Je n'en crois pas mes yeux. Antony m'avait menti enfin Edward Cullen m'avait menti et ce depuis le début. Toutes les excuses, que j'avais pu inventer pour justifier son départ précipité, n'expliquaient pas ce mensonge.
Un faux nom, mais pourquoi ? Je m'interroge pourtant l'évidence s'impose à moi : une double vie, une autre femme. Voilà une preuve supplémentaire qui me prouve que, pour lui, je n'étais qu'une distraction.
Et dire que mon fils est censé s'appeler comme son père. J'avais pris cette décision dès le premier test de grossesse effectué en me disant que si c'était un petit garçon, à défaut de connaitre son papa il porterait au moins son prénom, une sorte d'héritage. Je devrais sans doute me sentir soulager qu'Edward Cullen a pour deuxième prénom Antony mais malheureusement non. Il m'avait menti…
Un jour ou l'autre Antony et Lina m'interrogeront sur l'identité de leur père, qu'est-ce-que je vais bien pouvoir leur dire ? C'est vrai quoi, si le mec est capable de s'inventer une identité, il est tout à fait capable de mentir sur bien d'autres aspects de sa vie.
Je me suis projetée, un bon nombre de fois, ce moment de vérité. Incontestablement l'un des plus difficiles de ma vie. Je n'avais pas de photos d'Ant… Euh d'Edward. Étrangement elles avaient toutes disparues en même temps que lui et ses quelques affaires qui se trouvaient dans mon appartement. Plus aucune trace de son passage dans ma vie, comme s'il n'avait jamais existé.
Alors, je me suis imaginée le décrire à mes enfants en instant sur leur ressemblance physique, leur parler de ses goûts, de ses idées et de toutes les choses qu'il avait bien voulu partager avec moi. Je me suis même promise de tout faire pour que mes enfants ne le détestent pas pour son absence car après tout, il ignorait ma grossesse. Il était parti trop tôt...
Mais à présent, tout ce que je croyais connaître de lui : son prénom, son histoire, sa personnalité…, toutes ces choses qui m'ont fait l'aimer plus que tout, est remis en question.
Je ne saurai dire dans quel état d'esprit je me trouve actuellement. Triste, je le suis depuis le fameux matin où je me suis réveillée seule. Choquée, le mot est faible. En colère, même pas, enfin je ne sais pas…
« Mademoiselle Swan » L'inspecteur me secoue légèrement le bras. Il est là debout près de moi, je n'ai même pas remarqué qu'il s'était déplacé.
« Vous allez bien »
Je me racle la gorge et avoue doucement « Je ne sais pas »
« Vous désirez un verre d'eau peut-être ? »
« Non… » je secoue la tête « Non merci. Je… En faite, je veux mes enfants »
Le besoin de les avoir prêts de moi se fait ressentir de façon urgente. Je suis complétement troublée, totalement désorientée par cette nouvelle information. Il est nécessaire pour moi de les savoir en sécurité.
« Ne vous inquiétez pas, ils sont entre de bonnes mains »
« Non… S'il vous plait, j'ai réellement besoin de les avoir auprès de moi » lui dis-je en me levant pour aller les chercher moi-même.
Très vite « Super-connard » se place devant moi et se veut rassurant « Écoutez Mademoiselle Swan, vos enfants sont au calme juste à côté ».
Je le regarde durement afin qu'il comprenne que je ne plaisante pas et que ne changerai pas d'avis « Je veux mes enfants auprès de moi Inspecteur » en insistant sur chacun des mots.
« Très bien… Prenez vos affaires et suivez-moi » dit-il exaspéré.
Je m'exécute et le suit dans le couloir jusqu'à la dernière porte de droite. En entrant dans la pièce, je constate que mes enfants ne sont pas là, mais avant que je n'aie eu le temps de penser ou dire quoi que ce soit, Black se dirige vers le mur de gauche et tire sur le store. Une vitre apparaît et à travers de celle-ci, je peux voir mes enfants en train de manger des frites en compagnie de la dame de tout à l'heure. Les voir aussi paisible me rassure instantanément.
« Leah, notre secrétaire, a pensé qu'ils avaient faim. Il est midi passé. Ce n'est pas ce qu'il s'appelle un repas équilibré mais bon… ».
Je remercie l'inspecteur de cette intention et nous prenons place l'un en face de l'autre, autour de la table. Cette pièce a la même décoration que la précédente. L'agent Black dépose, face à moi, la photo ainsi que la pièce d'identité photocopiée.
« Bon, si nous continuons. » Ce n'est pas une question, mais plutôt une affirmation et au vu de son regard, je sens qu'il ne souhaite visiblement pas être contredit.
« Que pouvez-vous me dire sur Edward Cullen ? » m'interroge-t-il.
Et là, la réalité de la situation me saute aux yeux. Toute cette histoire n'a strictement rien à voir avec Alice. Si je me trouve actuellement, dans cette salle d'interrogatoire, ce n'est pas pour m'enlever ma petite sœur de cœur mais pour parler d'Edward Cullen. Toute l'angoisse emmagasinée depuis mon réveil se dissipe simultanément. Me voilà rassurée, Alice est en sécurité. Quand j'y pense, la pauvre… J'espère qu'elle a trouvé une solution pour s'extraire de dessous la baignoire. Je souris malgré moi. L'inspecteur, toujours installé en face de moi, le remarque probablement puisqu'il me regarde en levant un sourcil se demandant surement la raison de ma soudaine euphorie.
Malheureusement cet échange visuel me ramène à la réalité et trop vite, cette nouvelle quiétude laisse place à la déception : il m'a menti…
Sans réfléchir, je saisis la photo et l'examine attentivement. Aucun doute possible cet Edward est bien mon Antony même si le pronom « mon » n'est pas du tout adapté dans ces circonstances. Pourtant, il est si différent. Dans mon souvenir, Antony était toujours souriant, agréable et facile à vivre. Il possédait un look bien à lui, assez cool avec les cheveux en bataille, jeans délavés et tee-shirts moulants. Lui et son appareil photo étaient inséparables. Toujours accroché à son cou, même lors de nos rendez-vous ou lorsqu'il venait me chercher sur mon lieu de stage. « On ne sait jamais » me disait-il toujours avec son sourire en coin.
à l'inverse, l'homme sur cette photo a l'air froid, aucune expression n'anime son visage. Il semble plus âgé. J'interromps mon observation et reporte mon attention sur la pièce d'identité afin de vérifier son âge. Encore un mensonge… Il aura 25 ans le mois prochain, quasiment 5 ans de plus que moi. Cette version de mon Antony aborde une apparence stricte, presque trop guindée. Il est habillé d'un costume sombre et ses cheveux sont impeccablement plaqués sur le côté probablement avec du gel. Impossible pour lui d'y passer la main dedans, geste qu'il reproduisait à longueur de journée, lorsqu'il était près de moi. D'ailleurs, j'ai toujours pensé que c'était une sorte de tic tout comme lorsqu'il se pinçait le nez. Enfin, tout ça pour dire que malgré son éternelle beauté, on est très loin de ce que j'avais connu.
« Mademoiselle Swan, parlez-moi d'Edward Cullen»
Edward Cullen… Je n'arrive pas à me faire à ce nom et dire qu'il m'a menti, et ce, dès le début. La possibilité qu'il m'est baratiné sur tout me revient à l'esprit et une douleur vive me transperce la poitrine alors j'avoue d'une faible voix « à bien y réfléchir je ne pense pas connaitre cet homme »
« Il n'est pas le père de vos enfants ? »
De toute évidence, Black sait appuyer où ça fait mal. Je lui réponds honteusement « Si bien sûr mais… Enfin… Ce que je veux dire… C'est que s'il a menti sur son identité, il a très bien pu me mentir sur pas de mal de chose et … » Je ne finis pas ma phrase. Je ne sais plus du tout où j'en suis. Je tourne la tête vers mes bébés, ils ne me voient pas, ils mangent tranquillement. Là, tout de suite, maintenant, mon seul souhait est de rentrer à la maison pour dormir, dormir et oublier
« J'aimerai rentrer chez moi »
« Cela ne va pas être possible Mademoiselle » m'annonce-t-il d'une voix grave.
« Ah oui et pourquoi ? » lui dis-je sèchement. Sachant Alice en sécurité, je ne prends plus de gant. Il me saoule avec toute cette histoire et je me gêne pas pour lui faire ressentir.
« Calmez-vous et commencez par me raconter votre rencontre avec Monsieur Cullen »
« Non » Non mais c'est vrai merde, qu'est-ce-qu'il voulait que je lui raconte à la fin.
« Écoutez, plus vite vous me raconter et plus vite je suis fixé » Ses traits se sont durcis au fur et à mesure de notre échange. « Super-connard » est de retour.
« Je n'ai plus aucun contact avec lui depuis près de 23 mois. Aucun appel. Aucune visite. Je n'ai rien à vous dire de plus »
« Super-connard » me dévisage tout en tapant des doigts sur la table trahissant son impatience. Quant à moi, je rêve de lui frapper sur le crâne afin qu'il comprenne, une bonne fois pour toutes, que je ne souhaite pas parler de lui.
« Je crois que vous ne comprenez pas l'étendue de la situation Mademoiselle » dit-il avec un rictus au coin des lèvres.
Il a l'air effrayant mais je ne le laisse pas m'intimider et réponds du tac au tac « Oui effectivement je ne comprends pas, mais je vous en prie expliquez-moi »
« Très bien ! Alors par où commencer… » dit-il tout en regardant dans son dossier placé devant lui. « Mademoiselle Swan vous êtes soupçonnée, en autres, d'association de malfaiteurs et de complicité dans diverses affaires de braquages »
Dire que je suis choquée est trop faible, je suis complètement ahurie par tout ce que je viens d'entendre.
« Alors quand je vous demande de me parler de votre relation avec Monsieur Cullen, j'attends de vous que vous me racontiez tout, et ce dans les moindres détails » poursuit-il sévèrement en se levant et en quittant la pièce.
« Quoi ? Mais non, je… Mais je n'ai rien fait ! Je n'ai rien à voir avec tout cela » je hurle mais déjà la porte se referme devant moi.
Instinctivement, je regarde mes bébés, ils vont bien. Aucune trace de « Super-connard », mais où a-t-il bien pu encore partir. Je reste seule face à ces nouvelles révélations. La voix de Black résonnait sans cesse dans ma tête. : « Edward Cullen » « Braquages » « Association de malfaiteurs ». Mais dans quoi je me suis embarquée. Pourquoi moi ? Mon cœur bat tellement fort que ça en devient douloureux. La boule d'angoisse qui s'était résorbée un peu plus tôt dans ma poitrine se fait de nouveau sentir. Mes paumes de mes mains sont de plus en plus moites. Mais comment je vais me sortir de cette merde.
Après une attente interminable, l'inspecteur réapparaît. Je me précipite vers lui tout en lui jurant que je n'ai rien à voir avec toute cette affaire.
« Je sais » m'affirme-t-il calmement.
Abasourdie, je me stoppe net dans mon élan. Ce mec est fou ! Il m'accuse de gangster en hurlant puis se radoucit et me confirme calmement mon innocence.
« Asseyez-vous… » me demande-t-il en prenant place sur sa chaise.
Je l'écoute sans broncher.
« Je vous observe depuis tout à l'heure et je vois bien, à la manière dont vous réagissez, que vous êtes complètement larguée dans cette histoire. »
« C'est vrai que je peux me tromper aussi et que vous pouvez être bonne actrice, mais je ne pense pas. »
Je secoue la tête pour lui affirmer mon accord.
« Alors, je vous propose de faire un marcher vous et moi. Disons que vous me racontez tout ce que vous savez sur Cullen et je m'engage à vous aider en retour. »
Les coins de sa bouche frémissent. Il a gagné cette bataille, il le sait et ça lui plaît. Pour ma part, j'ai la forte impression de pactiser avec le diable. Son offre me répugne mais ai-je le choix ? Je dois penser à mes enfants et à Alice.
« Je répondrai à vos questions, dans la limite du possible ».
« Très bien ! Alors dites-moi, pouvez-vous me dire depuis quand connaissez-vous Edward Cullen »
« Je l'ai rencontré le jeudi 2 mai 2013 »
Il abandonne sa prise de notes pour relever la tête et me regarder attentivement.
« Le 2 mai 2013, vous êtes sure de vous ? »
« Oui certaine » Je souris bien malgré moi, jamais je n'oublierai cette date.
Il a l'air septique. Après avoir inscrit quelques mots dans son dossier, il m'invite à poursuivre d'un geste de la main « Racontez-moi les circonstances de votre rencontre »
Je souffle un bon coup, comme pour me donner du courage. C'était toujours très difficile pour moi d'évoquer ma relation avec An… avec lui. Seule Alice connaît mon histoire… En même temps, seule Alice s'intéresse assez à moi pour connaitre ma vie.
« J'ai rencontré Edward Cullen un soir en sortant de mon stage »
« À l'époque, je voulais devenir consultante en stratégie spécialisée dans le secteur financier » Et oui connard, être serveuse comme il me l'avait fait remarquer plus tôt, n'a jamais fait partie de mes projets initiaux.
« La Bank of America a accepté ma candidature en tant que stagiaire »
« La Bank of America » reprit-il songeur
« Oui »
Mon interlocuteur prend note de tout ce que je raconte « Poursuivez merci »
« Ce jour-là, j'avais pour mission de rédiger un rapport et de participer à une réunion de travail, qui s'était prolongée tard dans la soirée. Ma responsable de stage s'était proposée pour me raccompagner mais j'avais refusé, elle avait une famille qui l'attendait et je ne voulais pas la retarder davantage en lui faisant faire un détour. Enfin bref… comme le bus venait juste de me passer sous le nez, j'ai décidé de rentrer à pied »
Avec un sourire amer je poursuis « Je dois avouer, aujourd'hui, que ce n'était pas la meilleure idée que j'ai eue. »
Me souvenir de ce moment me rendait nerveuse, je me souviens encore de la peur que j'avais ressentie, j'ai vraiment cru ce soir-là que ma fin était proche.
« Il faisait nuit et peu de monde circulait dans les rues. Je marchai depuis un petit moment quand je fus saisi par le bras et trainée brutalement dans une ruelle sombre. »
Des frissons me parcourent le corps. Deux ans s'était écoulé depuis mon agression et ma détresse était toujours la même.
« Il avait placé sa main sur ma bouche, impossible pour moi de crier ou d'appeler au secours. Ce mec avait surement l'idée de me violer et si Ant… Edward Cullen ne s'était pas pointé, je pense qu'il aurait réussi » conclus-je.
« Et ensuite »
« Quoi ensuite ? C'est tout… Cullen m'a sauvé ! Il s'est battu avec le mec et m'a ensuite raccompagné jusqu'à chez moi » il m'exaspère cet abruti.
« Vous plaisantez ? » il avait l'air furieux « Vous venez de vous faire agresser et vous laisser un parfait inconnu vous suivre jusqu'à chez vous »
« Il m'a sauvé la vie » ma réponse fuse.
« Instinct de survie » dit-il en mimant les guillemets avec ses doigts « ça vous dit quelque chose ? »
Il est sérieux là ? Il était vraiment bizarre ce type et puis franchement qu'est-ce-que ça pouvait bien lui faire après tout.
« Je me suis sentie en confiance » j'insiste sur chaque mot d'une voix cinglante
« Vous me prenez pour une débile ou quoi. Un mec me sauve la vie et quoi ? Je le fuie en courant sans un merci, ni rien ? »
Il leva les yeux au ciel « très bien continuez, je vous prie »
« Le lendemain, il est venu me voir, à la maison pour s'assurer que j'allais bien » Je le défie du regard d'ajouter quelque chose mais il lève, une nouvelle fois, les yeux au ciel.
« Et puis… Je vous épargne la suite » Ma contrariété redescend d'un coup pour faire place à de l'embarras. Je ne suis pas quelqu'un qui se confier sur ses sentiments ou qui aime parler de soi.
« Ne m'épargnez rien, continuez » me dit-il sur un ton ironique
Quel connard… Qu'est-ce qu'il peut être agaçant !
« Suite à ça, on s'est revu, on s'est fréquenté et notre histoire s'est terminée aussi vite qu'elle a commencé, point final ! »
« Vite comment ? Je suppose que vous connaissez la date de votre rupture »
Je ne relève pas sur le fait qu'il n'y a jamais eu de rupture à proprement parler « le 21 juin 2013 au matin». Dire cette date me fait l'effet d'un coup de poignard dans le cœur comme à chaque fois que j'y pense.
« Êtes-vous celle qui a rompu »
« Non » souffle-je misérablement en tournant la tête vers mes enfants. Leah, si je me rappelle bien de son prénom, est en train de leur lire une histoire et ils ont l'air captivé. Antony et Lina sont toute ma vie, je les aime tant… Même si je garde un gout amer de mon histoire avec leur père, jamais au grand jamais je ne pourrais regretter cette rencontre qui au finalement m'a apporté le plus beau des cadeaux.
« Comment se comportait-il avec vous ? »
« bien »
« Mais encore ? »
« Je sais pas quoi vous dire… Il était très gentil»
« Lui arrivait-il de se mettre en colère ? Contre vous ou autres »
« Non »
« Vous êtes sure ? »
« Oui »
« Avez-vous déjà remarqué quelque chose d'étrange dans son comportement ? »
Un souvenir me revient brusquement en mémoire. Nous étions en train de chahuter sur le canapé dans mon appartement et son sac à dos était tombé par terre. Je m'étais empressée de ramasser son sac car je savais qu'il y avait son appareil photo dedans et j'avais peur qu'il soit abimé. En jetant un coup d'œil dedans je m'étais figée à la vue d'un pistolet de couleur noire. Je ne serai dire le modèle, je n'y connais rien. Antony s'était moqué de ma réaction en me traitant de peureuse et m'avait assuré qu'il s'agissait d'un jouet qu'il utilisait pour un projet photo. Nous avions beaucoup ri de ma naïveté enfin surtout lui. Je me rappelle de sa répartie et à l'époque je n'avais aucun doute mais à présent…
« Non je ne vois pas » je ne sais pas trop pourquoi mais je préfère garder tout cela pour moi.
L'inspecteur me regarde attentivement comme s'il essaye de s'introduire dans mon cerveau.
« Vous souvenez-vous s'il était curieux au sujet de votre stage ? ou plus généralement de la Bank of America ? »
« Non ça ne me dit rien »
« Vous savez, il a très bien pu vous poser des questions détournées ? Cullen est très malin »
« Franchement, je m'en souviens pas. Il était très attentionnée donc il a dû à un moment donné, me demander comment c'était passé ma journée mais rien de plus ou du moins rien de suspect pour moi à l'époque »
Il continu à m'interroger me demandant si j'avais rencontré d'autres membres de la famille Cullen, si Edward Cullen s'était confié à moi, ce qu'il m'avait raconté sur sa vie… Mes réponses restaient négatives. Pas que je mente ou quoi que ce soit, je ne sais tout simplement rien de plus. Pour moi enfin selon ses dires, Antony est orphelin.
Au bout d'un certain temps, Black pose son stylo et croise les doigts. Son taux d'irritation semble être au maximum.
« Très bien. Avez-vous d'autres informations à me confier »
« Non » dis-je en essayant d'être convaincante.
Et c'était vrai, je n'ai rien d'autre à lui raconter. Pour moi, ma relation avec cet homme se résume à une histoire d'amour comme tant d'autres, qui pour ma part, s'est soldée par un échec.
J'étais tombée sous charme d'Antony à la minute où je l'avais vu après mon agression et le fait qu'il est joué au super héros n'a pas arrangé la chose. J'ai eu la chance de connaitre le bonheur parfait, enfin selon moi, pendant un mois et dix sept jours. Même si nous étions très occupés par nos études respectives nous prenions le temps de nous voir chaque jour et ainsi apprendre à nous connaitre. Il était si tendre, si attentionné et toujours à mon écoute. Il ne me brusquait pas, il avait bien compris que je n'avais aucune expérience amoureuse, il était si prévenant. Chaque jour, je découvrais une nouvelle façon de l'aimer. J'étais littéralement dingue de ce mec. J'avais décidé de lui avouer mes sentiments le jour de son anniversaire. Tout avait été parfait. Il avait adoré le repas que je lui avais préparé. Au dessert, grâce aux deux coupes de champagne que j'avais avalé avec le fondant au chocolat, j'avais trouvé le courage de lui avouer maladroitement mon amour et il m'avait avoué le sien. Aucune fille n'avait été si heureuse et comblée que moi à cet instant et c'est donc tout naturellement que je m'étais donnée à lui le soir même. Nous avions fait l'amour et je m'étais endormie dans ses bras, un pur bonheur. J'avais malheureusement déchanté le lendemain en me réveillant. Son côté du lit était froid, il était parti en laissant derrière lui un morceau de papier ou était inscrit : « désolé je ne peux pas... »
J'avais tenté de le joindre par téléphone mais la ligne était coupée. Je m'étais rendu à ses cours mais visiblement personne ne le connaissait. C'est à ce moment là que j'avais réalisé que finalement je ne connaissais pas grand-chose de lui. J'avais été aveuglé par ce mec, seule sa présence me suffisait. Je n'avais jamais cherché à le questionner, me contentant de ce qu'il voulait bien me dire. Je pensais avoir le temps…
« Mademoiselle Swan, vous m'écoutez ? »
« Oui bien sur, excusez-moi »
« Comme je vous le disais, je pense que vous êtes une nouvelle victime de Cullen »
« Comment ça ? » je fronce les sourcils. Qu'est-ce-que je vais apprendre encore.
« Nous avons plusieurs témoignages de jeunes femmes qui ont reconnu Edward Cullen comme étant un ex-petit ami. Toutes travaillaient au sein d'une banque et toutes ont été larguée, par Cullen, quelques jours avant le braquage de celles-ci »
à cette nouvelle confidence, mon cerveau semble s'être déconnecté. J'essaie de réfléchir à la situation mais rien… Plus aucune pensée cohérente. C'est peut-être ce que l'on ressent quand on est en état de choc. Au vu de mon manque de réaction, l'inspecteur poursuit « A mon avis, vous faites parti de ses femmes. Je suis certain que votre rencontre et votre relation ont été montées de toutes pièces dans le seul but de vous soutirer des informations sur la Bank of America »
Une douleur vive me comprime la poitrine, mon cœur s'accélère. Si l'idée d'avoir été prise pour une conne m'a effleurée l'esprit, j'étais malheureusement loin du compte.
« Edward Cullen est soupçonné de plusieurs braquages entre 2010 et fin 2013, il est très intelligent c'est d'ailleurs l'une des raisons pour laquelle il n'est pas encore derrière les barreaux. »
« Il est issu d'une famille italienne où chaque membre doit faire ses preuves et Edward est un individu très déterminé qui est prêt à tout pour se faire respecter. »
Les révélations s'enchaînent sans que je n'arrive à prononcer un mot.
« Alors » poursuit-il « tuer quelqu'un ou tout simplement baratiner une jeune fille naïve pour arriver à ces fins, n'est pour lui qu'un détail. Et comme je vous le disais, vous n'êtes pas la première »
« Tuer ? » Tel un électrochoc ce mot me sort brusquement de ma léthargie.
Toutes ces informations se bousculent dans mon cerveau
« Tuer comme tuer des gens »
à l'heure actuelle, je ne pensais pas pouvoir être plus choquer que je ne l'étais déjà.
Nous sommes interrompus par l'arrivée inopinée d'un grand blond, habillé en costume. Il avance à grand pas jusqu'à mes côtés et m'ordonne, à haute voix, de ne plus répondre aux questions de l'inspecteur Black.
Mais qu'est-ce-qui se passe encore ? Par reflexe, je détourne le regard en direction de mes enfants, ils n'ont pas changé de position depuis tout à l'heure, tout est ok.
« Pourquoi ne suis-je pas étonné de vous voir débarquer dans nos locaux » aboie l'inspecteur.
Loin d'être impressionnée, le nouvel arrivant lui répond sèchement « Mademoiselle Isabella Swan, ne répondra à aucune question sans ma présence, je suis son avocat. Pouvez-vous me dire les raisons de son arrestation »
Tel un duel de Far west, l'inspecteur et l'avocat s'affronte du regard.
« Mademoiselle Swan est venue de son plein grè, elle n'a pas fait référence à un av… »
Scandalisée par les propos de « super connard » je ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase et hurle en pointant mon index dans sa direction « Quoi ? Vous plaisantez ! Vous m'avez sorti du lit et vous m'avez demandé de vous suivre au poste. Je ne suis jamais venue de mon plein grès comme vous dites et à aucun moment vous m'avez dit que j'avais le choix ». Là j'étais en colère.
« Très bien » répond l'avocat « Dans ce cas, je vous dis au revoir Inspecteur Black »
« Ouais c'est ça » marmonne Black.
L'inspecteur détourne le regard et s'adresse à moi « Si vous avez envie de finir cette conversation Mademoiselle Swan, sachez que je me tiens à votre disposition. Je suis prêt à répondre à toutes vos questions. Tenez voici ma carte »
Je saisis machinalement la carte qu'il me tend et fais demi-tour sans prendre la peine de le saluer.
Je me précipite dans la pièce d'à côté afin de récupérer mes enfants et fuir ce lieu de malheur. Je prends quand même le temps de remercier la secrétaire de s'être occupée de mes trésors.
A ma grande surprise, je remarque que mon « sauveur d'avocat » m'attend près de la porte de sortie. Je me dirige timidement vers lui « Merci Maître pour votre intervention »
« Je vous en prie » me dit-il en me tenant la porte de sortie.
Nous sortons du commissariat. Une pluie battante nous accueille. Je me baisse et enfile la capuche d'Antony et Lina. Je cherche du regard un endroit où nous abriter, avant que nous soyons trempés. Un bar se trouvant en face du commissariat fera l'affaire en espérant que la pluie se calme rapidement.
Je reporte mon attention vers mon avocat « Maître, je… »
« Suivez-moi, je vais vous raccompagner chez vous et nous aurons tout le temps de discuter dans la voiture » sans attendre une réponse de ma part il se dirige vers une voiture luxueuse de couleur noire
« Non… Attendez Maître… Je ne vais pas user de votre générosité plus longtemps »
« Je vous en prie venez » dit-il en regardant vers le commissariat.
L'inspecteur Black se trouve à quelques mètres de nous et nous dévisage.
Sans demander mon reste, je soulève Antony et Lina afin de les positionner sur chacune de mes hanches et suie rapidement l'avocat.
Nous nous installons à l'arrière du véhicule. L'avocat me demande mon adresse afin de la saisir sur le GPS et démarre la voiture direction fork.
J'enlève le manteau de mes enfants et les serre fort contre moi. Respirer leurs odeurs de bébé a toujours eu un effet relaxant voire reposant, sur moi. Mes pauvres chéris… Ils démarrent bien la vie avec un père gangster et une mère complètement demeurée.
Comment ai-je pu me tromper à ce point sur lui ? Comment ai-je pu être aussi naïve ? Ce n'est pas permis d'être con comme ça.
Durant mes longues heures de déprime, toutes sortes de scénarios m'étaient venues en tête, mais jamais d'histoire comme celle-ci. Antony n'existait pas. Il n'était qu'un rôle inventé de toutes pièces incarné par Edward Cullen, braqueur de banque à ses heures perdues. Et pour ma part, j'avais été le dindon de la farce ! Edward Cullen s'était joué de moi pour arriver à ses fins et moi grande naïve je n'y avais vu que du feu. J'ai cru en lui… J'ai cru à son amour…
Des larmes silencieuses coulent sur mes joues, je n'arrive plus à les retenir. J'ai si mal… Mon cœur est si serré que la douleur devient insupportable.
Perdu dans mes tristes pensées, je ne prête aucune attention à la route ou à mon chauffeur. C'est uniquement lorsque la voiture s'arrête brusquement que je réalise que nous sommes déjà devant la maison. à peine sorti du véhicule, que la porte d'entrée de la maison s'ouvre en grand et qu'une Alice hystérique sort et cours vers moi.
« Izzi, tu es enfin de retour » pleure-t-elle en me sautant dans les bras
La pauvre... Elle semble si effrayée, si fragile, je ressens toute sa détresse pourtant je suis incapable de la rassurer. Impossible de formuler ne serait-ce qu'un mot. Je m'accroche à ma petite Alice comme une bouée de sauvetage et tout comme elle, je ne peux retenir mes larmes. Je pleure pour toutes ses choses horribles que je viens d'apprendre et qui m'ont bouleversées. Je pleure pour cet homme qui s'est joué de moi et qui ne m'a jamais aimé. Je pleure pour mes enfants et pour cette vie de merde que je subis depuis mon plus jeune âge.
Alice me sert fort, elle me soutient encore une fois… Elle ne cesse de m'interroger, elle s'inquiète pour moi. Je sens les bras de mes enfants s'enrouler autour de mes jambes tout, ils m'appellent « mam-mam ».Il faut que je me ressaisisse au plus vite, pour Lina, Antony et Alice. Je me dois d'être forte pour eux et de surtout ne pas m'effondrer comme ça, ils ne le méritent pas, ils n'ont rien demandé. Cullen et son monde de dingue ne font pas parti de ma vie ! Qu'il aille au diable… Je ne le reverrai jamais, je vais bien finir par le sortir une bonne fois pour toute de ma tête.
Je me redresse et respire un grand coup tout en m'essuyant les joues. J'essaie de sourire à Alice mais c'est peine perdue.
Un raclement de gorge finit de me remettre les idées en place et je me détourne honteuse pour faire face à mon « sauveur d'avocat ».
« Ooh excusé moi» j'essaye une nouvelle tentative de sourire, j'ai dû réussir car il me le rend.
Alice me pince doucement le bras. Je la regarde surprise, elle m'interroge sur mon accompagnateur d'un signe de tête peu discret. Je reconnais bien là mon Alice.
« Alice je te présente mon sauveur, il m'a sorti des griffes de la police. Maître ? Euh… Désolée, mais je n'ai pas retenu votre nom »
« Mon nom est Jasper Cullen » dit-il d'une voix grave et assurée.
« Cullen ? » Je le regarde totalement estomaquée
« Cullen… Comme Cullen, le Cullen ? » Pitié, tout mais pas ça, pitié, pitié, pitié
« Oui, je suis son frère » me confirme-t-il.
