Titre : À la place du cœur
Auteur : ylg/malurette
Base : Moana (Vaïana)
Personnages/Couples : Moana, l'Océan, Te Fiti
Genre : gen
Gradation : G / K
Légalité : propriété de Disney, je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.

Thème : « negative space » pour LadiesBingo (espace négatif (?))
Continuité/Spoil éventuel : jusqu'à la fin du film
Nombre de mots : 675

oOo

Quand Moana revint sur son île, Te Fiti rétablie et le monde sauvé, ses parents décidèrent qu'il était grand temps qu'elle leur succède comme chef… et choisisse son tatouage au passage. Elle en voulait un qui représenterait l'Océan, évidemment : c'était son nom et sa destinée et elle portait fièrement ce double aspect de sa vie.
Et pourtant elle prit longtemps à réfléchir soigneusement au dessin exact, avec des détails subtils, qu'elle voulait.

Les vagues noires incrustées sur sa peau, au premier abord, semblaient toutes simples et évidentes, mais à y regarder de plus près, elles laissaient apparaître un second dessin entre les plages colorées. Les zones de peau laissée vierge formaient une spirale, le symbole de Te Fiti dont Moana avait gardé le cœur, l'Île-Mère bien-aimée, et une fleur pour rappeler ses pouvoirs de création de la vie et l'espoir invaincu qui renaissait toujours.
Le souvenir de sa grande quête pour sauver Te Fiti resterait en elle pour toujours. Elle lui avait rendu son cœur, et laissé un peu du sien avec. Elle porterait désormais les deux en elle, dans son cœur et sur sa peau.

Moana voulait deux images entrelacées pour son tatouage, de cette manière ci et non pas dans l'autre sens : la vie cachée parmi les vagues mais pas fleurissant sur elles ; pas parce que Te Fiti serait d'aucune façon moins importante que l'Océan, mais parce que ce schéma lui rappelait que même dans son pire moment de désespoir il restait toujours quelque chose de Te Fiti au fond de Te Kā : le vide créé par la perte de son cœur l'avait dissimulée mais non pas détruite.
De même, quand Moana se sentit découragée et prête à abandonner la tâche qui l'écrasait, elle ne cessa jamais d'être elle-même pour autant, et plus jamais elle n'abandonnerait quoi que ce soir désormais.

La plupart des navigateurs pensaient leur route en terme d'îles éparses, une constellation sur la mer : un reflet du ciel. Moana en revanche pensait à l'Océan d'abord, qui reliait tous ces bouts de terre les uns aux autres. Les îles étaient les enfants de Te Fiti, nourris, aimés, protégés par l'Océan : d'une certaine façon, ça rendait l'Océan plus important que les îles qui prospéraient en son sein.

Des années durant auparavant, Moana avait construit son identité autour d'une manque qu'elle ressentait sans pouvoir le définir. Elle savait désormais qu'elle n'avait pas perdu sa voie, que ce qu'elle voulait n'était pas opposition avec ce que ses parents souhaitaient, mais un complément.
Pourtant, le désir trop longtemps inassouvi et les doutes laissèrent une marque – pas une cicatrice pour autant – qu'elle portait avec fierté maintenant qu'elle l'avait conquise.

Cette impression d'avoir perdu quelque chose, de renoncer à une autre de son plein gré, et enfin le refus d'abandonner l'important faisaient tous partie intégrante d'elle. Elle apprit également que quelque chose qu'on retirait ne représentait pas forcément une perte non plus : parfois, on pouvait se débarrasser de l'inutile et garder seulement l'essentiel ?

Le tatouage en soi piqua et brûla sa peau, mais Moana accueillit la sensation sans une plainte. Pas qu'elle la prenait comme une punition méritée pour… quoi ce que soit qu'elle ait mal fait avant ou pendant sa quête, mais c'était le rituel qui faisait d'elle une adulte aux yeux de son peuple et plus juste en secret entre elle, les Dieux et feu sa grand-mère. Et puis, ça faisait sans nul doute bien moins mal que cette impression terrible d'avoir complètement échouée qu'elle avait ressentie autrefois, ou que de se faire arracher le cœur ?

Moana pensa encore à sa grand-mère, à sa connexion avec l'océan et à ses attentes pour la vie d'après. Elle ne choisit pas d'animal spécifique en lequel se réincarner : si elle pouvait, elle voulait s'unir à l'Océan lui-même, et être libre de se trouver partout où elle voudrait, aussi proche qu'elle voudrait de Te Fiti, ou de tout son peuple qui petit à petit se dispersait, entre son île natale et essaimait tout autour du monde.