L'arrivée dans l'appartement se fait en silence. Ron observe, ses oreilles toujours attentives au moindre son qui pourrait l'alarmer.
- On vit ici tous les trois. Blaise, Pansy et moi.
- Blaise est encore au travail, il ne voulait pas y aller mais on n'a pas le droit de louper une journée sous peine d'avoir le droit à une petite visite d'une troupe d'Auror.
- Ron… sache qu'il y a une chambre de prévu pour toi.
- Merci.
Draco lui sourit, attrapant sa main pour l'entrainer à leur suite dans le salon où ils prennent place. Mais Ron recule, son regard s'abaissant sur ses mains avant qu'il ne s'assoit par terre.
- Ron…
- Je ne peux pas -je- désolé.
- Ce n'est pas grave, il nous a fallu pas mal de temps à nous aussi.
- Comment te sens-tu ? demande timidement Pansy.
- Je vais bien.
- Ron…
- Est-ce…Est-ce que ça a été après, je veux dire, ils n'ont pas…
- Ce qui se passe là-bas, reste là-bas Pansy, je ne veux pas en parler.
- D'accord, excuse-moi.
- Je vais bien. Racontez-moi, pour vous.
- Eh bien à notre sortie Théo est venu nous chercher. Il nous a trouvé cet appart et voilà on a mis du temps à se réhabituer à tout ça, la vie, les gens. Et puis on a du se soumettre au travail de réinsertion, les visites chez notre Auror attitré, et puis trouver du travail tout ça. J'ai commencé des études en droit et je travail le soir chez ton frère pour aider à payer le loyer et le reste.
- Et toi Draco ?
- J'ai commencé aussi des études de potion, je voudrais rentrer à Poudlard, prendre la suite de Rogue. J'ai écris un livre sur tout ça, sous un pseudonyme, il marche bien ça m'aide pour les études, pour l'appartement. Et Blaise a trouvé un travail de décorateur d'intérieur, ça se passe bien.
- Vous êtes beau. Mais Draco, pour Théo il-
- Ne m'a pas attendu. Mais ce n'est pas important Ron, ce n'est pas important.
- Draco va mal mais il ne te le dira pas.
- Pansy juste tait-toi !
Draco baisse la tête, sa main passant dans sa chevelure blonde, évitant ainsi le regard insistant de l'ancien Gryffondor.
- Ron est-ce que tu veux prendre une douche maintenant ? Je peux m'occuper de tes cheveux et de ta barbe.
- La douche… non, non la douche c'est le jeudi.
- Ron…
- On n'est pas jeudi.
- Ron…
- Je ne peux pas, je-
- D'accord, d'accord.
- Pansy est-ce que tu peux nous préparer quelque chose, je vais aller montrer sa chambre à Ron.
- Oui, bien sur. Prenez votre temps.
Le blond se lève laissant le roux le suivre à l'étage. Tout se fait dans un silence pesant, jusqu'à passer la porte de la chambre.
- C'est simple, mais si tu veux t'installer ici tu pourras tout changer, Blaise pourra t'aider si tu en as envie.
- Draco raconte-moi pour Théo.
- Ron s'il te plait !
- Parle-moi en…
- Il- Il est venu nous chercher, nous a montré l'appartement. Tu sais il était vraiment heureux de nous retrouver, mais j'ai tout de suite senti que quelque chose n'allait pas. Il ne me regardait pas. Et puis il est venu me voir quelques jours plus tard, on a parlé. Dire que j'ai failli lui dire que c'était grâce à lui que j'avais tenu le coup, que je l'aimais plus que de raison. Mais il m'a devancé, il a baissé la tête et m'a dis qu'il avait rencontré quelqu'un, qu'il était désolé de pas m'avoir attendu mais qu'il n'a pas contrôlé ça et, enfin voilà… Je lui ai simplement répondu que j'étais très heureux pour lui et que de toute façon l'enfermement taris les sentiments. Je crois qu'il m'a cru parce qu'il a sourit et on est descendu. Je ne sais pas trop ce qu'il devient, on ne se voit plus, enfin je ne veux plus le voir. J'ai trop peur qu'il puisse voir dans mes yeux à quel point je lui ai menti.
- Oh, je vois.
Ron baisse la tête, ça lui fait mal d'entendre ça. Ça lui fait mal de savoir que la terre a continué de tourner, que la vie a suivie son court. Putain et dire qu'il a loupé quatre ans de cette foutue vie, quatre ans de liberté pour s'être battue pour cette putain de liberté en plus. Son cerveau bourdonnant par toutes les informations lui arrivant, et toutes les questions qu'il se pose, il s'assoit à nouveau par terre bien vite rejoint par Draco. Ce besoin lui tiraillant les entrailles depuis maintenant un an, il attrape les mains du blond et se met doucement à s'amuser avec ses doigts.
- Tu sais ça prendra du temps, mais tu sortiras de toute cette douleur, de toute cette haine qu'on a pu accumuler, de toute cette torture, de tout. T'es plus fort que n'importe lequel d'entre nous, je n'aurais pas tenu un an de plus tout seul, alors tu arriveras à passer au dessus de tout ça.
- Tu as réussi Draco ?
- Je- presque… Ron, tu sais, j'ai mis trois jours avant de vouloir me regarder dans un miroir, et me laver. J'ai mis une semaine avant d'accepter que Pansy ne me coupe les cheveux et ne me rase. Une autre semaine plus tard j'ai finalement réussi à dormir sur un lit. J'ai mis un mois avant de sortir de l'appartement. Il m'a fallut du temps, beaucoup de temps pour accepter cette nouvelle vie, et la reprendre en main pour en faire quelque chose parce qu'il n'est pas trop tard. Je n'ai pas encore finis tu sais. Il t'en faudra à toi aussi, peut-être plus qu'à nous, parce que tu as des gens à retrouver, des regards à affronter. Nous on avait plus personne.
- Draco…
- Mais je te le répète, tu nous as nous. Tu m'as moi. Je te le promets que je ne te laisserais plus jamais. On s'en sortira ensemble. Par Merlin tu m'as tant manqué. Je les ai cherché tes doigts, pendant des nuits entières.
- Je les cherchais aussi.
Alors Draco se rapproche, prenant Ron contre lui pour le serrer fort, tellement fort.
- On a très régulièrement été rendre visite à tes parents, tu leur manques à en perdre la raison. Ton père s'en veut tellement, et Molly pleure souvent. Est-ce que tu voudrais aller les voir demain ?
- Je ne sais pas.
- C'est comme tu veux, on peut encore attendre un peu si tu veux, dans plusieurs jours, une semaine, ou un mois.
- Non tu as raison, demain d'accord. Mais tu…
- Je viendrais avec toi.
- Merci.
- Tu viens manger ?
- Je n'ai pas très faim.
- Bien repose-toi alors.
Le blond fixe les deux océans, dégageant d'une main les longues mèches rousses du beau visage malheureusement trop sale pour s'en rendre compte. Mais Draco s'en fou, parce que Draco le sait. Alors il embrasse tendrement le front dégagé, avant de se relever et de quitter la chambre, laissant Ron seul adossé contre le mur.
Lorsqu'il revient deux heures plus tard, comme il s'y attendait, il retrouve Ron allongé à même le sol toujours vêtu de sa tenue qui lui a collé au corps pendant quatre longues années, ses bras entourant ses jambes elles mêmes repliées contre son torse. Alors doucement il lui dépose une couverture sur le dos et se pose sur un fauteuil attendant. Parce que malgré le fait que Ron dort, il sait que bientôt il se réveillera surement en hurlant, des larmes dévalant ses joues, il le sait parce lui aussi a vécu sa première nuit en dehors de sa cellule. Il sait que Ron aura besoin de lui comme pendant les trois années qu'ils ont partagé ensemble, un mur les séparant. Il le sait alors il sera là.
Et comme prévu, Draco se réveille en plein milieu de la nuit par l'agitation brutale du corps de Ron sur le sol et par l'entente de ses gémissements plaintifs. Alors le blond se lève pour s'approcher du roux qui ne s'est toujours pas calmé.
- Ron, réveille-toi je suis là.
- Harry… Harry je t'en supplie.
- Ron calme toi tu es à la maison.
- Harry…
- Ron !
Le roux finit par ouvrir ses yeux pleins de larmes pour les plonger dans ceux de Draco, inquiets. Ce dernier glisse ses doigts dans la main de son vis-à-vis avant de venir enlacer sa taille de son autre bras.
- Draco…
- Je suis là, tout va bien. Tu es à la maison maintenant. Rendors-toi.
Alors Ron vient enfouir sa tête dans le cou du blond, avant de refermer ses yeux, épuisé de cette vie, épuisé de ce manque, épuisé d'Harry qui n'est plus là et qui ne l'a jamais vraiment été. Oui épuisé de tout.
Intrigant ? Je l'espère.
