Kyosuke sortait progressivement d'un pénible sommeil. Ses articulations et son dos douloureux, raidi par les sièges étroits de l'avion, ne l'avaient absolument pas aidé à dormir convenablement. « Je ne vois absolument pas comment j'ai réussi à dormir dans ce siège, serré comme j'étais par les accoudoirs, mais passons… », pensa-t-il.

Il se tourna vers sa droite, et vit que Kuroneko n'était pas encore réveillée. On pouvait lire sur son visage pâle une sérénité quasi-méditative, malgré l'assise inconfortable et le souffle des réacteurs.

Depuis le hublot, le jeune homme observait la campagne qui entourait la région Parisienne. Il fut frappé par la vue de ces vastes champs céréaliers qui s'étendaient à perte de vue, sporadiquement interrompus par les clochers pittoresques des petits bourgs campagnards environnants et traversés par de grandes autoroutes de bitume où l'on conduisait à gauche. Kyosuke conclût que l'avion était en phase d'approche.

L'annonce de l'équipage confirma l'intuition de Kyosuke : « Mesdames, messieurs, compte tenu de l'atterrissage imminent de l'appareil, veuillez-vous assurer que votre tablette soit rangée, votre dossier de siège relevé et votre ceinture bouclée. Le temps est ensoleillé à Paris, la température à Charles de Gaulle est de 23°C. L'arrivée est prévu 10, heure Parisienne. »

Tandis que l'avion poursuivait sa descente, le jeune homme commença à rassembler les affaires qu'il avait laissé au sol, ainsi qu'à délicatement réveiller sa charmante compagne. Kyosuke commença par lui murmurer qu'ils étaient arrivés, en vain. Voyant que la jeune fille était profondément assoupie, il la secoua subtilement, ce qui n'eut que pour effet de lui faire prononcer, après un petit grognement, « Kirino... ». Kyosuke brossa alors la paume de sa main contre la peau douce de la joue de Kuroneko, qui ouvrit les yeux. Son visage avait pris une teinte écarlate : le délicat mouvement de la main de Kyosuke sur son minois ne l'avait visiblement pas laissée de marbre.

« Kyosuke ? », soupira la jeune fille, « L'avion a atterri, n'est-ce pas ? »

- « Pas encore, mais cela ne saurait tarder. D'une minute à l'autre. »

Elle bailla, puis répondit :« Très bien, je vais ranger mes affaires dans mon sac à main. »

Une dizaine de minutes plus tard, l'aéronef se posa sur le tarmac de Roissy - Charles de Gaulle et se rendit rapidement à son emplacement de stationnement. Kyosuke et Kuroneko, malgré leurs douleurs articulaires, se levèrent rapidement de leur assise et sortirent de l'aéronef.

Après s'être soumis aux nombreux contrôles aux frontières et avoir récupéré leurs effets personnels, le couple japonais s'était lové confortablement sur la banquette arrière d'un taxi parisien typique, qui filait déjà vers le 6e arrondissement à toute allure. Ce samedi matin, la circulation était peu dense : l'autoroute qui reliait l'aéroport à la capitale était quasi vide. Ils eurent ainsi le luxe de pouvoir se rendre rapidement à leur hôtel tout en profitant du paysage urbain.

La berline sillonnait désormais les rues de l'arrondissement. Kyosuke admirait les vertes allées du jardin du Luxembourg, devant lequel le taxi passait, tandis que Kuroneko, pas encore tout à fait éveillée, somnolait, son visage aux yeux mi-clos reposant sur l'avant-bras du grand frère de Kirino. Kyosuke, conscient de l'état de son amie, conclut qu'ils allaient probablement passer la journée à l'hôtel, lui qui était si avide de commencer la visite des musées et des jardins de la Ville-Lumière. Il soupira. Les visites qu'il avait planifié pour ce jour-ci étaient sûrement forfaites.

Après un trajet de quarante minutes, le taxi les déposa sur le parvis de leur hôtel. C'était une bâtisse luxueuse, d'un style haussmannien très classique. Très rapidement, un groom s'occupa de prendre les bagages du couple. Kyosuke, suivi de prêt par Kuroneko, entrèrent dans le hall. Celui-ci était vaste et luxueux ils firent ainsi leurs premiers pas sur une impeccable moquette écarlate, intimidés par l'immense lustre doré pendant au dessus d'eux. Aux murs recouverts de boiserie et de papier-peint étaient accrochées diverses toiles, toutes reproductions de célèbres œuvres de la Renaissance, et encadrées par d'épais cadres en bois verni plutôt baroques. Au centre de la pièce se trouvait une petite fontaine, où l'on pouvait contempler des chérubins en marbre cracher de l'eau sur le bords du bassin de pierre. Dans l'ensemble, la décoration était riche et surtout assez classique.

Kuroneko, un peu revitalisée après sa sieste dans la voiture, souffla doucement à l'oreille de Kyosuke :« Je me demande combien d'ampoules se trouvent sur le lustre, pas toi ? »

Il répondit, non sans humour :« Cela ne me préoccupes pas vraiment, kuro. Par contre, si les compter t'amuses, lance-toi. Je t'attendrai dans la chambre... »

Faisant mine d'être outrée, elle lui adressa sèchement :« Baka ! » .

Kyosuke se rendit au comptoir, afin de confirmer la réservation et de prendre connaissance des modalités d'occupation des chambres. Une dizaine de minutes plus tard, il repartit, la clé en main, vers les ascenseurs. Il fit signe à Kuroneko, qui admirait toujours le chandelier avec autant d'ébahissement, de le rejoindre.

Dans la chambre, le décor était certes beaucoup moins faste, mais celle-ci restait digne d'un quatre étoile parisien. L'imposant lit double, un vieux meuble en chêne massif, trônait au centre de la chambre. En face se trouvait une télévision dernier cri, logée dans un meuble plus moderne. Accolé contre la fenêtre, qui donnait sur le jardin du Luxembourg, se trouvait un petit bureau en teck sur lequel était posé des notes adhésives et un téléphone. Ce qui les impressionna le plus, cependant, était la salle de bain. Se trouvant à droite de l'entrée, elle était carrelée de granit rose, et possédait une baignoire jacuzzi de forme cubique, conçue pour accueillir au moins deux personnes.

« Kyosuke ? Je pensais que nous aurions deux lits séparés ? », questionna Kuroneko, intriguée.

- « C'est vrai, il y a eu une erreur. Je vais appeler la réception, histoire qu'ils remplacent le... »

Kuroneko l'interrompit assez sèchement : « Ce ne sera pas nécessaire, ce n'est qu'un désagrément mineur. De plus, le lit est assez large pour que nous dormions tout deux indépendamment de chaque côté. »

- « Si tu le dis, pas de soucis. », répondit Kyosuke, rougissant un peu à l'idée qu'il allait partager le lit avec elle.

Kyosuke alla se changer dans la salle de bain. Il faisait plutôt chaud à Paris Kyosuke avait beaucoup transpiré dans le taxi, qui n'était pas très bien climatisé. Il en sortit quelques instant plus tard, et demanda à Kuroneko : « Tu penses être en état de commencer à visiter maintenant ? »

- « Pas vraiment, onii-san, je suis encore épuisée du trajet. Peut-être cet après-midi, pour l'instant je vais me reposer sur le lit. »

Elle s'allongea, et s'enroula dans le dessus de lit, vantant la douceur de celui-ci à Kyosuke, qui ne tarda pas à s'allonger lui aussi. Un peu de repos ne lui fera certainement pas de mal à lui non plus.

« Je suis content d'être avec toi, onii-chan. », soupira-t-elle en agrippant davantage le drap.

- « Tant que ça ? », s'étonna Kyosuke, surpris de cette tendresse inattendue.

- « Viens prendre dans tes bras ta sœur facile à vivre, et tu verras un peu combien je suis contente. », dit-elle en riant un peu.

Le jeune homme se rapprocha lentement d'elle, lui prit délicatement ses deux mains douces, posa sa tête contre son épaule et la serra contre soi. Ils restèrent ainsi plusieurs minutes, avant que Kyosuke ne relâche son étreinte. Les deux amis se sentaient léger, le câlin ayant été agréable et relaxant. Kuroneko s'allongea à nouveau. Elle versa une petite larme perlant sur le coin de l'oeil, puis s'endormit.