Bonjour,

C'est avec un immense plaisir que je vous livre le 2ème OS de cette fic. Celui-ci me tient tout particulièrement à cœur, j'ai véritablement adoré l'écrire, bercée par cette sublime chanson, et les images qui me venaient en tête…

J'espère sincèrement que cet OS saura vous parler et vous toucher, et que malgré sa tonalité, vous en garderez un beau souvenir.

Pour rappel, les différents OS de cette fic ne sont pas présentés dans l'ordre chronologique. Celui-ci, par exemple, se situe avant le premier, dans le déroulement de l'histoire (heu… vous me suivez toujours, ça va ?). Si vous avez parfois un doute, n'hésitez pas à demander : )

Disclaimer : la plupart des personnages et lieux cités sont à J.K. Rowling. Les paroles de la chanson I put a spell on you (en italique dans le texte) appartiennent à Nina Simone (mais pour ma part j'ai écouté en boucle la sublime version de Xenia -non, non, pas la guerrière !-, tirée de la BO du superbe film Poupoupidou… Toute la BO est un pur bijou, que je vous recommande plus que chaudement !).

Rating : K

Bonne lecture à tous.


I put a spell on you

La voiture -c'est ça ?- me bringuebale, me soulevant le cœur à chaque virage. Je ne me sens pas bien, mais je crois que la conduite maladroite d'Arthur n'y est pour rien. J'ai même envie qu'il continue à rouler, sans fin, qu'il laisse son véhicule avaler l'asphalte avec voracité.

J'ai envie de partir, le plus loin possible, sans jeter un seul coup d'œil au rétroviseur.

J'appuie ma tête sur la vitre, et ferme les yeux. Une autre embardée de la petite Ford Anglia -je ne me trompe pas ?- me ramène la nausée au bord des lèvres. Mais je ne suis pas inquiet pour le cuir des sièges : la boule qui s'est coincée dans ma gorge depuis le début de la soirée bloque tout ce qui pourrait sortir de moi.

Et je garde tout à l'intérieur.

Je serre les lèvres, je froisse mes poings, je ravale mes larmes par un battement de cils désespéré. Je me sens comme un noyé, un naufragé qui aurait perdu le cap, contraint de tourner en rond dans l'océan sans pouvoir espérer apercevoir le rivage un jour.

Si seulement je pouvais sombrer, et ne plus penser à rien.

Arthur me jette un vague coup d'œil, mais se concentre de nouveau sur la route. Il a vu que je n'étais pas bien. Forcément. Il n'a pas besoin de bien me connaître pour lire en moi.

Saleté ! J'ai toujours été si maître de moi, et là… et là… Je suis pâle, je tremble encore un peu… Je suis plus pâle que toi, sur ton lit si blanc…

Je tremble encore un peu, mais les secousses de la voiture ont tôt fait de me bercer, de m'apaiser. Un peu.

Pourtant, la route est inégale, le chemin presque tortueux, avec tous ces virages, avec tous ces dos d'âne -quel nom !-… Mais ce n'est pas grave, ça me distrait, ça m'occupe, ça me détourne de ce à quoi je ne veux surtout pas penser.

Toi.

Merde. J'aurais pas dû penser à toi encore une fois. Ton image sur ma rétine vient d'éclater la barrière de mes paupières closes. Une larme s'est échappée. Merde. J'ai reniflé aussi, en essuyant rapidement cette preuve de faiblesse.

Merde.

Je ne me sens pas bien.

Un gémissement m'échappe, traître, et je mords mes lèvres pour ne plus rien laisser filtrer. Je me sens assez mal comme ça, pas besoin de me donner en spectacle devant mon pilote.

Arthur a peut-être bien des défauts, j'ai été le premier à les énumérer des années durant, mais je dois lui reconnaître une qualité : il a du tact. Et de la pudeur. Dès qu'il a entendu que je pleurais, il s'est penché vers la radio pour l'allumer.

On entend alors un grésillement, il tourne un peu le bouton, baisse le son. Le remonte un peu finalement, puis se concentre de nouveau sur la route. Une voix rocailleuse couvre alors le rugissement de chat enroué de la voiture.

You know I can't stand it

You runnin' around

Je rive mes yeux sur la route qui défile à vive allure, m'enivre des reflets des réverbères sur les façades des derniers immeubles assombris par la nuit, que nous dépassons, quittant la ville… filant droit devant nous sans savoir où nous allons… sans savoir quand nous nous arrêterons. On s'en fout.

Rouler me fait du bien. La boule dans la gorge commence même à se résorber, doucement. Comme un sucre qui fond sur la langue, en laissant un goût amer.

Les cinq cafés que j'ai avalés aujourd'hui, assis dans ce couloir froid, n'aident sans doute pas pour l'amertume.

Je ferme de nouveau les yeux, m'anesthésie de toute douleur en me concentrant sur la sensation de la vitre froide contre ma joue. Mon voisin a légèrement ouvert sa fenêtre, je crois je sens un peu d'air frais s'engouffrer dans la voiture, dans un bruit sourd et entêtant.

J'aimerais qu'on roule si vite qu'on se fonde dans le paysage, qu'on disparaisse dans la nuit. Depuis combien de temps sommes-nous embarqués dans ce voyage sans but ? Jusqu'où cette vieille carcasse de métal pourra nous porter ?

Aurais-je le temps d'oublier un peu tout ce que j'ai vu aujourd'hui ?

La nuit, le froid, la vitesse, la nausée… vont-elles m'emporter, me happer, m'étourdir assez pour t'oublier ?

Pour oublier le blanc de ta peau, qui se confondait avec les bandages ?

Pour oublier le bruit obsédant des gouttes tombant dans le tuyau ?

Pour oublier le regard incertain du médicomage, qui se détourne quand j'arrive enfin à ouvrir la bouche pour lui demander ?

Cette voiture qui m'emmène, loin de tout, loin de toi, pourra-t-elle me faire oublier le silence qui a suivi ma question ? Pourra-t-elle me faire oublier que je n'ai pas eu de réponse ?

Je crois que l'air glacé qui est venu nous saisir dans notre course folle, la ceinture qui me cinglait le torse, le ronronnement erratique du moteur… je crois que tout ça aurait réussi au bout d'un moment à m'éloigner assez de toute autre pensée, si soudain la voix grave dans la radio n'avait pas soudain relié nos deux mondes… Monde moldu et monde sorcier soudain réunis, pour moi qui voulais justement m'éloigner de tout.

De toi.

I put a spell on you

Because you're mine

Merde, Harry… Mes larmes reviennent, la boule vient de s'étrangler dans ma gorge. Merde, comment je peux tenir si même une putain de chanson vient me rappeler ce qui nous unit…

You're mine

Et nous désunit dans le même temps, si jamais… si… si tu n'ouvrais plus les y…

Merde. Je ne me sens pas bien.

I love you, I love you anyhow

La main d'Arthur vient se poser sur ma nuque. Sans tendresse, sans complaisance. Juste en soutien. Juste à la place de ces mots que tu ne peux pas dire pour moi, là maintenant.

« Je suis là. » Je voudrais voir tes lèvres remuer. « Je suis là pour toi. » Je voudrais sentir ton souffle effleurer ma peau.

And I don't care if you don't want me

« Draco… » Je voudrais sentir nos lèvres se murmurer en silence des promesses, des promesses au bord des lèvres qui s'effleurent, se cherchent…

Mais c'est juste cette nausée dérangeante, et ces larmes inconvenantes qui m'étreignent. Et le poids de la paume large, rugueuse et chaude d'Arthur sur ma nuque.

I'm yours right now

Alors, je renonce. Je lâche. Les vannes s'ouvrent, et je laisse la nuit nous happer, nous emporter, m'enivrant des cahots de la route, me perdant dans la vitesse de la petite Ford qui avance depuis des heures à présent, s'enfonçant dans la nuit…

Qu'importe où nous allons, qu'importe quand nous reviendrons.

Je sais, tu sais, que nous reviendrons.

Même si c'est pour encore devoir contempler sans fin ton visage plus pâle que le mien.

Tant pis. Je lâche juste ce soir, je m'abandonne juste un instant au désespoir.

Demain, après-demain… plus tard, je serai là. A tes côtés.

Tu le sais, je ne pourrais pas être ailleurs. Je suis à toi, tu es à moi. Nos vies sont liées.

Pitié, Harry… qu'elles le soient encore longtemps !

Je ne peux plus vivre sans toi, tu le sais, non ? Putain, tu m'as perdu le jour où… Je ne te perdrai pas… Pitié…

I put a spell on you

Reviens-moi vite.