Egon jura en martelant les côtes du cheval mais sans effet. Celui-ci refusait de reprendre son trot poussif et s'était même mis à boiter tout en soufflant irrégulièrement. Il se retourna et constata avec soulagement que tout restait calme derrière eux. A ce train-là, il n'était pas près de rejoindre Garmish ils venaient à peine de passer la bifurcation. Des gémissements étouffés lui signalèrent que « la petite duchesse » reprenait ses esprits. Et d'ailleurs, elle se mit presque aussitôt à crier et à se débattre au point qu'elle faillit les faire tomber tous les deux.

- Doucement votre Altesse. Je suis votre valet, Egon. Nous avons été attaqués et...

Pas vraiment attentive, l'adolescente se laissa glisser agilement le long de la selle, retomba sur ses pieds pour aussitôt se mettre à courir vers les bois. Le spectacle aurait pu être amusant car les robes de cours ne sont pas vraiment adaptées à l'exercice mais Egon jura de nouveau et se jetant à terre se mit à sa poursuite.

- Sera Elfriede ! Je suis là pour vous protéger ! Je dois vous ramener auprès de votre père ! Revenez !

Il gagnait du terrain sur elle et quand il fut assez proche, il la ceintura si bien qu'ils roulèrent tous les deux au sol au milieu des hautes herbes et des branchages. Elle hurla de nouveau et se débattit. Mais elle restait une enfant de quatorze ans qu'Egon finit par maîtriser. Le plus dur en fait était de ne pas lui faire du mal. Maintenant difficilement sa main sur sa bouche il put lui dire :

- Calmez-vous. Je suis votre ami... un allié, compris ? Nous nous sommes enfuis d'une embuscade contre votre personne mais ils ne sont pas loin, alors nous devons repartir. C'est clair ?

La jeune fille cessa de se débattre et se mit à trembler.

- Je vais vous lâcher, mais nous devons rester ensemble, d'accord ? Il y a une ville toute proche et nous demanderons protection au Sanctuaire du Temple, ça vous va ?

Elle fit un signe de la tête puis repoussa violemment Egon. Elle se redressa si brusquement qu'il craignit qu'elle se remette à s'enfuir. Mais elle revint sur leur pas sans un mot. Elle s'approcha du cheval qu'elle observa alors attentivement en passant sa main sur son poitrail.

- Il ne pourra plus nous être utile. Il est blessé sur le thorax, c'est uniquement sa bonne volonté qui l'a poussé à nous conduire aussi loin. Si vous étiez charitable, vous mettriez fin à ses souffrances.

Elle fit quelque pas avant de reprendre d'un ton qui ne souffrait pas de discussion :

- Allez-y, je vous attends.