Hey hey hey !

On est jeudi, il est minuit et je crois que vous méritez bien la partie II ! La partie III (la dernière) sera pour jeudi prochain, comme d'habitude, vous savez sûrement que les histoires que je publie sont déjà terminées pour éviter de vous laisser en plan si le manque d'inspiration se fait ressentir.

Je suis déjà en train d'en terminer une autre pour après celle-ci, et elle n'est pas prête, j'ai un OS tout prêt ! :P

Merci à AudeSnape et Pauu-Aya pour leur lecture et leur correction, heureusement qu'elles sont là ! Je n'aurais pas eu autant de motivation à écrire sans elle 3

Sur ce,

Bonne lecture !


Clochette (partie II)

Severus claqua son livre et le posa sur sa table de nuit. Il retira ses lunettes carrées avec une grimace.

Il détestait porter des lunettes, mais en avait toujours eu besoin. Malheureusement, lorsqu'il était enfant, ses parents n'avaient eu ni l'envie ni les moyens de lui en acheter, et durant son adolescence, il n'avait pas voulu être plus laid qu'il ne l'était déjà et que les élèves aient d'autres sujets de moquerie. Une fois professeur, il n'avait pas souhaité perdre son autorité avec ses lunettes ridicules. Il ne les mettait que dans l'intimité de ses appartements à Poudlard, et maintenant celle de sa maison, lorsqu'il était seul.

Il venait donc de finir le huitième tome de Terry Pasha Jotrem, charmant anagramme de Harry James Potter.

Lorsqu'il avait eu connaissance de son nom de plume, deux mois auparavant, il avait acheté tous les livres de cet auteur pour savoir ce que pouvait bien raconter Potter dans ses romans et il devait bien admettre, qu'il avait été assez bluffé.

C'était l'histoire d'une jeune fille qui vivait dans le monde Moldu. Sa vie était assez misérable car son oncle et sa tante ne s'occupait pas d'elle. Elle était la paria de son village et subissait une négligence sévère, vivant dans un placard. A l'âge de onze ans, cette enfant apprend la vérité sur la mort de ses parents et ses origines sorcières. S'en suivait ensuite une découverte du monde sorcier et de ses bizarreries.

Le plus intéressant, était que les Moldus horribles qui s'occupaient de cette enfant étaient presque à plaindre dans l'histoire. Il arrivait, par un tour de force, à ne pas faire propager la haine pour les Moldus, expliquant aussi leur point de vue et cette peur de l'inconnu dont il avait lui même été victime en arrivant dans ce monde. Le choc des cultures, la découverte d'un autre peuple, tout était abordé, d'abord d'un point de vue d'enfant, puis de celui d'un adulte.

Severus n'était pas idiot, il savait qu'Harry Potter avait raconté une partie de sa vie dans ce livre, il en connaissait un minimum pour le savoir. Bien sûr, il n'y avait rien sur Voldemort, son statut d'Élu et sa célébrité, mais c'était bel et bien lui qui parlait à travers cette petite fille, et personne, sauf ses proches, ne pouvaient savoir. Le tome deux, racontait les aventures de cette jeune fille, rien à voir avec la pierre philosophale, le basilic, ou autres. Il ne parlait même pas de Poudlard, mais des voyages à dos d'hippogriffes, des excursions dans des forêts lugubres à la recherche d'une araignée géante.

Tout avait un rapport de près ou de loin avec les aventures du Survivant dont Albus lui avait rabâché les oreilles pendant toutes ses années, dans une histoire complètement différente qui ne pouvait laisser penser à personne qui en était l'auteur.

C'était vraiment ingénieux car, avec la réalité qu'il connaissait, Potter arrivait à retranscrire de vraies émotions, comme pour le vol à dos de sombral, et bien que ce soit un livre plutôt simple et bon enfant, pour lui qui ne lisait que des choses plutôt sombres et torturées, c'était un bon livre. Apparemment, le premier avait tellement bien marché qu'il avait continué à écrire.

Severus avait été très surpris lorsque, dans le tome trois intitulé « Ce mystère que sont les potions » la dédicace lui était visiblement dédié :

« A mon détestable professeur de potion, sans qui je n'aurais pu garder les pieds sur terre... »

Cela signifiait que grâce à lui, il n'avait pas prit la grosse tête, ou qu'il lui avait permis de rester en vie de nombreuses fois ? Severus ne savait pas, peut-être les deux à la fois. Dans tous les cas, cette simple phrase avait une valeur particulière pour lui.

Ces ouvrages étaient bons. Vraiment. Et Severus s'en sentait bêtement heureux.

Et voilà qu'il venait de finir le dernier de la collection. Terry Jotrem y annonçait la fin des aventures d'Elie Crow et la préparation d'un nouveau livre pour l'été prochain.

Severus avait, mine de rien, passé une bonne soirée avec Potter et sa fille et il avait envie de se tenir informer, de savoir comment se passait leur vie. C'est pour cela que le lendemain, il avait décidé d'aller à la librairie de Granger pour assister à la séance de dédicace. Il n'allait pas faire la queue pour un ridicule autographe, non, il avait une réputation à conserver.

Ainsi, à dix huit heures cinq, alors que la boutique venait de fermer, Severus s'y présenta et frappa quelques coups brefs à la porte, sachant très bien que Granger ne laisserait jamais un client attendre dehors, heure d'ouverture ou non. Effectivement, quelques secondes plus tard, Hermione Granger apparut derrière la porte vitrée. Elle sembla étouffer un couinement lorsqu'elle l'aperçut et se dépêcha de venir lui ouvrir le verrou.

« Professeur Snape, » s'exclama-t-elle. « Je suis ravie de vous voir dans ma boutique. »

« Je n'en doute pas Miss Granger. Ou Madame Weasley si ma mémoire est bonne. »

Celle-ci hocha vivement la tête, puis se pencha vers lui pour lui dire sur un ton de confidence :

« Mais vous pouvez continuer de m'appeler Miss Granger, je n'aime pas tellement que l'on s'adresse à moi comme on le fait pour Molly. »

Elle esquissa un sourire et s'effaça pour le laisser entrer. C'était assez étrange de converser de la sorte avec cette sorcière qu'il avait appris à apprécier au fil des années. Si au début, elle était une foutue Miss-Je-Sais-Tout qui sautillait partout pour prouver sa valeur et son appartenance au monde sorcier, en grandissant, elle était devenue plus posée, plus réfléchie et plus humble.

Au fond de la boutique, Severus entendait des rires et des paroles étouffés, il sut qu'il avait vu juste et qu'il avait bien fait de venir à cette heure-ci.

« Que puis-je pour vous professeur ? »

« J'aimerais voir Monsieur Jotrem. » répondit-il alors que la jeune femme pâlissait légèrement. « J'ai un livre à lui faire signer... » dit-il ensuite en lui montrant le tome trois « Ce mystère que sont les potions ».

La lueur de ses yeux montrait clairement qu'il savait très bien qui en était l'auteur et la jeune femme ne put que l'emmener voir son ami, ne sachant pas à quoi s'attendre. Il la suivit à travers les rangés de livres, jusqu'à une table au fond. Assis sur une chaise, dos à lui pour pouvoir parler à son ami Ronald, Harry Potter était toujours installé détendant son cou apparemment douloureux après cette séance de dédicace.

Severus était sûr que c'était Potter, pourtant il n'avait pas la même apparence, ni corpulence.

Cet homme était plus grand, plus musclé, les cheveux mi-longs, légèrement bouclés, blonds, la peau claire, tout l'inverse de Potter. Pourtant, pour Severus, c'était évident, c'était Potter. Il avait passé tant de temps à l'observer, cherchant un signe d'une quelconque bêtise ou danger. Cette façon toute Potterienne de passer sa main dans ses cheveux, ses doigts qu'il pressait contre sa cuisse lorsqu'il avait trop écrit et même son pied qui battait la mesure sur un rythme que lui seul connaissait, comme s'il ne pouvait pas rester en place plus de quelques secondes.

Severus s'approcha de la table sous l'œil inquiet de Granger et médusé de Weasley qui l'avait repéré, et fit claquer le gros volume sur la table. Le jeune homme se retourna sans même le regarder, pensant très certainement que c'était la propriétaire des lieux qui se trouvait en face de lui.

« Tu veux que je signe ce vieux bouquin 'Mione ? Remarque tu as raison, c'est l'un de mes préférés. »

« Moi aussi, je dois bien l'avouer, » répondit Severus d'une voix de velours.

Potter sursauta et releva la tête vivement pour plonger ses yeux, toujours d'un vert émeraude brillant, dans ceux noirs de son professeur.

« Professeur Snape ! Vous avez lu mes livres ?! »

« De toute évidence, » répondit Severus faisant pouffer le jeune écrivain.

« Vous voulez vraiment une dédicace ? » demanda-t-il ensuite en fronçant les sourcils, clairement sceptique.

« Pourquoi pas ? Lucius aura enfin une raison pour se moquer de moi, » déclara Severus pince-sans-rire.

« Alors il devrait apprécier ça ! » répondit le jeune homme en écrivant en vitesse sur la page de garde avant de refermer le livre et de le tendre à l'homme.

« Je dois dire que vous avez aiguisé ma curiosité, Monsieur... Jotrem. Et j'ai lu tous vos livres. Même si ce n'est pas mon style habituel j'ai été agréablement surpris. Vous pouvez dire merci à vos années d'école à Poudlard pour avoir autant d'anecdotes croustillantes et complètement hors règlements. »

L'auteur sourit, sachant reconnaître un compliment lorsqu'il venait de Severus Snape.

« C'est vrai Monsieur et je dois même vous remercier car vous m'avez inspiré le personnage de Monsieur Tenebrus. »

Severus fronça les sourcils.

« L'homme qui apprend à la jeune fille à se défendre ? »

« Évidemment ! C'est quasiment le héros dans ce tome. Intelligent, calculateur, froid, courageux, ténébreux. »

« Celui que vous avez appelé si ma mémoire est exacte "le grand et bel homme à la musculature développée et aux yeux perçants.", » ricana Severus.

L'auteur se tassa sur son siège, le visage légèrement rouge de honte.

« Il faut bien vendre, » grommela-t-il.

« C'était un plaisir de vous revoir, » dit Severus en retenant un rire franc. « Monsieur Weasley, Monsieur Jotrem, Miss Granger, » dit-il en s'inclinant légèrement et en adressant un sourire ironique à la jeune femme.

« Je vous raccompagne, » déclara l'auteur en se relevant.

« Ça va devenir une habitude... » souffla Severus.

Arrivé à la porte du magasin il pensa à une chose et se tourna vers le jeune homme.

« Dites-moi Potter, pourquoi ne vois-je pas votre véritable apparence ? M'avez-vous retiré du sort ? »

« Oh non, l'autre sortilège que j'utilise pour sortir génère un physique aléatoire et différent à chaque fois, pour mon rôle d'auteur qui fait parfois des dédicaces ou des photos dans la presse, j'ai choisi un glamour qui je renouvelle à chaque fois »

« Ceci est un glamour ? » demanda Severus en pointant son visage du doigt.

« Exactement. »

« C'est étrange, les glamours ne changent pas autant l'apparence d'une personne d'habitude. »

« Je crois que c'est une question de puissance... » répondit le jeune homme en haussant les épaules, avant de fixer son regard sur son ancien professeur l'air gêné. « Je voulais vous dire... Lily me parle souvent de vous... Elle aimerait vous revoir... Pensez vous que vous pourriez un jour... Lui montrer comment se servir de son kit pour potion ? Non... Oubliez ça... Vous devez avoir beaucoup de travail et... »

« Jeudi, dix-huit heures, » le coupa Severus avant de franchir la porte.

« Merci monsieur, bonne soirée, » entendit-il avant que la porte ne se referme doucement.

Severus marcha dans la rue pour rejoindre la zone de transplanage, mais au milieu du chemin, il s'arrêta subitement. Il mit une main dans sa poche et en sortit le livre à la couverture verte pour l'ouvrir et lire la dédicace.

« Pour Severus Snape, plus intelligent, beau et fort que Lucius Malfoy ne le sera jamais. Amicalement,

Terry Pasha Jotrem. »

Severus eut un sourire sarcastique. Ce jeune homme était décidément plein de surprise.

§§§

Le jeudi arriva bien vite et Severus se trouvait devant la porte de la demeure de Potter et de sa fille. A dix-huit heures précise, il frappa et c'est une tornade brune qui ouvrit la porte avant de le percuter avec la force d'un boulet de canon, s'accrochant à ses jambes.

« Professeur Clochette ! » hurla-t-elle surexcitée. « C'est vrai que tu vas m'expliquer comment ça marche les potions ? Papa m'a dit que c'était toi le plus fort pour ça ! Et pis même qu'il m'a dit que t'étais meilleur que George, alors que George, il est déjà très fort ! Un jour il a même transformé Pattenrond en cheval, parce que je voulais faire du poney ! Sauf que Pattenrond, c'est pas un cheval, alors il a eu peur et il savait pas marcher sur ses sabots alors il s'est emmêlé les pattes et il est tombé dans la boue et tata Hermione elle a beaucoup crié et... »

« Stop ! » fit son père en apparaissant dans l'embrasure de la porte. « Lilypad, ton histoire est passionnante, vraiment, mais je ne suis pas sûr qu'elle intéresse le professeur Snape et en plus de ça, il est plus poli de faire entrer les gens avant de les assaillir de paroles. »

La petite rougit, de la même façon que son père lorsqu'il était encore à l'école et s'écarta pour le laisser entrer. Severus passa donc la porte et posa un regard sur la pièce. Elle avait l'air plus soignée que la dernière fois lui faisant esquisser un sourire sarcastique. Il donna son manteau au jeune homme qui lui proposait de le prendre et s'installa à la table de la salle à manger où trônait déjà la boîte de potion pour enfant, dont les inscriptions criardes vantaient les mérites des potions à brasser, comme celle pour teindre les sourcils en vert forêt.

Lily arriva bien vite et s'installa sur le siège à côté de lui alors qu'il n'avait toujours pas ouvert la bouche, bien qu'apparemment, la petite n'en ait strictement rien à faire et parlait pour deux.

« Dis, tu sais faire une potion qui transforme en cheval ? » demanda-t-elle ensuite.

« Oui, » dit-il d'une voix neutre en la regardant.

« Alors tu es fort comme George ! »

Severus entendit Potter ricaner alors qu'il préparait apparemment le repas du soir.

« Très bien jeune fille ouvre cette boîte qu'on en finisse, » grogna-t-il.

Lily s'exécuta rapidement, les yeux pétillants de bonheur. Dans l'emballage, il y avait un minuscule chaudron, une cuillère en bois, une louche, un livre, une balance, un support à chauffer ensorcelé pour éviter les brûlures et quelques ingrédients. Severus ne connaissait pas ces kits, il n'en avait pas eu lorsqu'il était petit, et Draco - le seul enfant qu'il avait eu dans son entourage - avait commencé directement avec de vrais potions.

Il ouvrit le livre et examina les différentes potions qui le composaient. C'était d'une simplicité enfantine... En même temps... Cette boîte était pour les cinq à huit ans.

« Commençons... » soupira-t-il.

Il aimait les potions, mais à un niveau plus élevé. A ce stade là, c'était d'un ennui mortel.

« Je fais quoi professeur ? » demanda-t-elle avec agitation.

« Va mettre de l'eau dans le chaudron, jusqu'au deuxième marquage. Nous allons faire la première potion, celle qui fait pousser les ongles. »

La petite s'exécuta immédiatement, avec une application insoupçonnée. Elle faisait très attention à ne pas renverser d'eau, marchant doucement, sa petite langue sortant de sa bouche, signe d'une concentration extrême.

Severus installa le réchaud et lorsqu'elle mit le chaudron dessus, le tapota avec sa baguette. C'était conçu pour que les enfants ne puissent l'utiliser seuls. Il disposa les ingrédients dont ils auraient besoin, sous le regard émerveillé de Lily.

« Tu crois que je vais pouvoir transformer ma peluche en vraie licorne ? » s'extasia la petite fille, trépignant d'impatience.

Severus soupira.

La séance serait longue…

§§§

Severus marchait en direction de la petite maison.

Il s'était passé cinq mois depuis la première fois qu'il avait franchi la porte de cette petite maison. Pendant cinq mois, il était revenu tous les jeudis pour donner des cours de potion à Lily.

Elle était brillante ! Réellement. Tout comme l'avait été sa grand-mère. Elle se calmait dès qu'elle commençait à brasser et devenait studieuse et appliquée. Elle était instinctive pour les potions, tout comme lui, et apprenait très vite, c'était un plaisir de lui apprendre car elle en avait vraiment envie.

Potter restait en retrait et souvent, était la cible des potions les plus mesquines. Le jeune homme se méfiait toujours maintenant, quand il était là, car c'était très souvent que quelques gouttes de potion soient versées dans son jus de citrouille.

Oh, c'était un but purement pédagogique bien sûr, pour montrer à Lily les effets des potions…

La première fois, il avait eu vraiment peur lorsque, après avoir goûté à son assiette, il avait vu ses ongles s'allonger jusqu'à faire plus d'un mètre de long. Un jour, il avait aussi eu la surprise avant de prendre sa douche, de voir que ses sourcils étaient devenus complètement verts. Il avait alors compris les clins d'œil complices du Maître de potion pour la petite fille et les gloussements intempestifs de celle-ci durant tout le repas.

Severus devait bien avouer qu'il s'amusait beaucoup à faire des farces au jeune homme. Il se vengeait de toutes ces années de blagues douteuses qu'il avait subies de la part de Potter père et ses acolytes. Bien que les leurs aient été bien plus cruelles parfois…

Et Potter fils le prenait avec beaucoup plus d'humour que lui ne l'avait fait. Certes, ce n'était pas les mêmes circonstances, mais tout de même... Il prenait un air faussement outré et exagéré à chaque fois, puis éclatait de rire ensuite, chatouillant parfois sa fille jusqu'à ce qu'elle demande grâce.

Severus avait eu peur que Lily ne devienne une tortionnaire, comme l'avait été James Potter, mais elle avait des limites et trouvait parfois des blagues trop méchantes, tout comme elle trouvait que son nom était trop méchant : Severus Snape. Non, elle ne serait définitivement pas comme James Potter, elle était la douceur incarnée.

D'ailleurs, il avait réussi à la convaincre, à force de grognement et de disputes légères, de ne plus l'appeler par ce surnom ridicule : Clochette, ni même professeur Clochette. Elle ne l'appelait comme ça que lorsqu'elle était un peu triste ou malade. Le reste du temps, elle se contentait de l'appeler Professeur.

Severus sortit de ses rêveries et s'arrêta de marcher au bout du petit chemin, se rendant compte qu'un léger sourire ornait ses lèvres. Ces visites hebdomadaires apportaient un peu de fraîcheur à sa vie routinière et il s'était vraiment attaché à cette petite fille.

Il frappa à la porte comme d'habitude et attendit que quelqu'un vienne ouvrir. Cela dit, cette fois était différente. Habituellement, les bruits de pas surexcités l'accueillaient, et des cris joyeux montrant l'impatience de Lily. Là, rien.

Le Maître des potions fronça les sourcils. Que se passait-il ?

La porte s'ouvrit enfin et une petite frimousse passa l'embrasure.

Lily avait les joues rouges et les yeux pleins de larmes. Elle avait l'air totalement perdu alors qu'elle le regardait avec tristesse.

Severus s'agenouilla immédiatement, sachant qu'il ne tarderait pas à recevoir le boulet de canon qu'était Lily Potter. Moins de deux secondes plus tard, la petite fille sanglotait dans son giron.

« Que se passe-t-il ? » demanda-t-il, inquiet malgré lui.

« Papa est triste, » répondit Lily après s'être à moitié mouchée dans sa chemise.

Pour une fois, Severus en avait cure. Il voulait savoir ce qui plongeait sa petite protégée dans cet état.

« Où est-il ? » demanda-t-il d'une voix douce.

« Dans le salon... »

Severus se releva, Lily toujours blottie dans ses bras et s'avança dans la petite maison chaleureuse qu'il connaissait si bien maintenant.

La pièce était comme il en avait l'habitude, sauf que cette fois, le jeune père était assis sur le canapé, une larme roulant sur sa joue, suivant sans aucun doute une ribambelle d'autres.

« Potter ? » appela Severus alors que Lily se mettait à pleurer plus fort.

Le jeune homme ne répondit pas et le Maître des potions put voir sa main serrée sur un morceau de parchemin. Une mauvaise nouvelle très certainement.

« Lily, je vais t'emmener chez Granger... Hum... Hermione. »

« Mais... papa. »

« Ton papa a besoin de calme. Je vais t'emmener à la librairie et revenir ici pour m'occuper de lui. D'accord ? »

La petite fille hocha la tête, apparemment pas très convaincue mais obéissante.

« Va chercher Maya et ensuite on y va. »

Aussitôt, Lily partit dans sa chambre et revint avec sa licorne rose dans les bras. Severus la porta à nouveau, prit une veste dans le placard de l'entrée et sans un mot, sortit de la maison.

Il traversa le jardin, faisant attention à son précieux fardeau. Arrivé en dehors de barrière, il transplana après un dernier regard pour la maison, espérant que le jeune homme ne fuirait pas et ne ferait pas de bêtises.

Arrivé à Pré-Au-Lard, il se hâta jusqu'à la boutique dans laquelle il était déjà entré une fois. Il poussa la porte et se dirigea vers la caisse où était assise une jeune femme qu'il ne connaissait pas.

« Je viens voir Miss Granger, » dit-il d'une voix froide.

« Pardon ? Je... La patronne n'est pas disponible, je... »

« Ce n'était pas une demande mademoiselle, c'était un ordre. »

« Je... » La jeune fille semblait sur le point de fondre en larmes.

« Professeur Snape ? » fit une voix en haut des escaliers.

Severus releva la tête pour voir l'ancienne Miss-Je-Sais-Tout de Gryffondor, les sourcils froncés. Lorsqu'elle vit qui était dans ses bras, elle descendit les escaliers en courant presque.

« Lily ?! Mais que faites-vous ici ? Il y a un problème ? »

« Je pourrais vous le dire si vous me laissez en placer une Miss Granger, » répondit Severus.

« Pardon. Expliquez-moi s'il-vous-plaît. »

« Il semblerait que Potter ait reçu une mauvaise nouvelle, cet après-midi et il n'est pas au meilleur de sa forme, j'ai pensé que vous pourriez vous occuper de Lily, le temps que je mette cela au clair. »

« Voulez-vous que j'y aille ? Je peux fermer la boutique et... » commença-t-elle, paniqué.

« Miss Granger, je vous ai seulement demandé de vous occuper de Lily. Je sais que votre magasin ferme dans une heure, que vous devez ensuite récupérer votre fille chez votre belle-mère et que votre époux est en mission à l'étranger pour encore une semaine. Vous avez bien assez de choses à gérer, je vais m'occuper de Potter moi-même. »

« Mais je... »

Severus ne l'écouta pas et décolla la petite fille de son buste pour la regarder dans les yeux.

« Lilypad, » dit-il avec douceur.

C'était la première fois qu'il l'appelait de cette façon, c'était réservé à son père d'habitude, mais aujourd'hui, il sentait que la petite fille aurait besoin de cette marque d'affection familière.

« Je vais m'occuper de ton papa et tu restes avec Miss Granger... Hermione. C'est d'accord ? »

« Tu vas le faire sourire hein ? »

Severus grimaça. Il était plus du genre à faire pleurer les gens qu'à les faire sourire…

« Papa ne sourit pas, » continua Lily. « C'est jamais pour de vrai... »

« Je vais voir ce que je peux faire, » marmonna-t-il avant le lui embrasser le front dans un geste purement instinctif.

Severus la posa à terre et la regarda se précipiter sur la jeune femme pour l'enlacer. Il ne fit qu'un bref signe de tête avant de leur tourner le dos pour retrouver ce crétin de Gryffondor.

Arrivé dans la petite maison, il sentit tout de suite ce qui avait changé. Une forte odeur de Whisky s'élevait dans la pièce et le jeune homme n'était plus sur le canapé mais assis sur une chaise, un verre vide posé en face de lui. Il ne devait pas en être au premier vu son état et ses pupilles dilatées. La lettre était maintenant posée sur la table.

« Que vous arrive-t-il Potter ? Quelle est cette désastreuse nouvelle qui vous met dans cet état ? » demanda-t-il en s'asseyant à son tour, éloignant par la même occasion la bouteille pour qu'elle soit hors de porté.

Le jeune père grogna et fit glisser la lettre sur la table pour la mettre en face de lui, indiquant clairement qu'il pouvait - ou devait - la lire.

Harry,

J'ai reçu ta lettre et... Je sais que ce n'est pas la première en quatre ans, mais je me dois de te répondre aujourd'hui.

Tu me demandes d'être présente pour l'anniversaire de notre fille, mais je ne peux m'y résoudre. Je suis en thérapie depuis ses quatre dernières années et j'ai compris beaucoup de choses... Notamment que les années passées l'ont été sans mon consentement.

Lorsque j'étais enfant, j'ai été bercée par l'histoire d'Harry Potter. Mes parents aimaient tellement les tiens, les adulaient... Je me suis mise à t'aduler toi, comme un héros d'enfant. Lorsque je t'ai rencontré, j'étais jeune et influencée par les histoires et anecdotes de mes parents.

Puis il y a eu ce journal.

Tu m'as sauvée, mais le mal était fait. J'avais une part d'ombre en moi, que j'étais déterminée à cacher tout ça, pour le bien de ma famille. Cette part enflait en moi et je peinais à la dissimuler.

Tu étais mon sauveur et tu l'es toujours, mais tu n'es pas celui avec qui je veux être.

La guerre m'a détruite mais je ne voulais pas être celle qu'on protège. Peut-être aurais-je dû... Chaque nuit je revois le fantôme de Fred. Celui de Nymphadora, de Remus.

Nous nous sommes mariés parce que c'était ce que je devais faire, parce que c'était la bonne solution, mais jamais je ne me suis sentie à ma place dans cette maison, auprès de cette enfant. Cette peur de laisser l'ombre en moi me dominer, de vous causer du tort, de vous faire du mal.

Je suis partie et depuis quatre ans, j'apprends à vivre de la façon dont j'aurais toujours dû le faire... Je me créé une nouvelle vie. Loin de vous. Loin de ma famille.

Je suis lâche.

Et pourtant, je ne me suis jamais sentie aussi bien que maintenant.

Je renonce officiellement à mes droits sur Lily, cette enfant qui a tes yeux, tes cheveux, les traits de ta maman, ton caractère, tes mimiques.

Oui, elle est ma fille, mais je ne me suis jamais sentie comme étant sa mère. Pourtant je l'ai aimée, et je l'aime toujours, crois moi...

J'ai aujourd'hui un nouveau prénom, un nouveau nom. J'habite loin et j'ai un nouveau travail. Je veux repartir du début, et je ne peux le faire avec ce passé que j'ai tant détesté. Je te laisse ta fille, ta maison, ton argent et je recommence à zéro.

C'est pour cela que je ne peux accepter ta demande, que je ne peux venir pour son anniversaire. Le mieux à partir de maintenant, c'est d'oublier.

Tu es quelqu'un de bien Harry et tu resteras mon héros, celui que je vois en rêve, dans cette vie qui n'est pas la mienne.

Ne pense jamais que je ne t'ai pas sincèrement aimé. C'est juste que celle qui l'a fait n'existe plus aujourd'hui.

Longue vie à toi et à ta fille.

Avec toute mon affection,

Anciennement Ginevra Weasley.

Severus eut un coup au cœur. Cette femme venait d'écrire qu'elle abandonnait son enfant. Ce n'était pas de la haine, pas du regret, pas de rancoeur, juste une femme perdue qui voulait tout reprendre à zéro. C'était ce que lui avait voulu faire un jour, mais il n'en avait pas eu le courage. Seulement, lorsqu'un enfant était en jeu, tout devenait différent... Non ?

« Salope... » murmura la voix rauque de Potter.

« L'aimez vous ? » demanda Severus, sans vraiment réfléchir.

« Non. J'ai fais une croix sur notre couple depuis un moment maintenant, » murmura le jeune homme, faisant un geste de main pour attirer magiquement la bouteille à lui et se resservir un verre. « Mais sa fille ! » cria-t-il ensuite, subitement enragé. « Elle renie sa propre fille ! Elle n'est pas là depuis plus de quatre ans ! Tous les ans je lui envoie une invitation pour son anniversaire, je n'ai jamais eu de réponse ! J'attendais qu'elle soit prête ! J'attendais qu'elle se sente assez bien pour revenir et prouver à sa fille qu'elle l'aimait, comme je l'affirme à Lily depuis toutes ces années. »

Potter s'était levé, il tanguait légèrement et renversait le liquide de son verre en agitant les bras.

« Ce n'est pas elle qui a dû répondre aux questions comme "Pourquoi maman n'est pas là ?", "Pourquoi ma maman elle m'a abandonnée ?", "Pourquoi les autres ont une maman et pas moi ?", "J'ai fait quelque chose de mal pour que maman ne m'aime plus ?" Non ce n'est pas elle ! Elle l'abandonne et la renie ! Une si merveilleuse petite fille ! Et c'est elle qui lui fait du mal. »

Potter s'effondra sur sa chaise, comme dévasté, les larmes coulant toujours sur ses joues. Severus ne savait pas vraiment quoi dire, se contentant d'être là, tout simplement.

« Je savais déjà que notre couple n'était pas sain. Nous n'avions jamais de marques d'affections l'un pour l'autre, même dans l'intimité. Je ne sais pas comment on fait, j'ai pas appris et elle ne se laissait pas approcher ! Même notre vie sexuelle était un désastre, et après son accouchement, elle ne voulait plus que je la touche ! Même si ça avait été le cas, je n'en avais pas l'envie, » grogna-t-il.

« De toute façon, je n'ai même jamais aimé le sexe... Je pensais que j'avais un problème, que c'était à cause des Dursley et de leur manque d'amour et d'attention à mon égard. Passer onze ans de sa vie dans un placard, avec pour seule compagnie les araignées, sans un bisou sur le front avant de dormir, ni même un câlin après s'être écorché le genou, ça éloigne de toute tendresse... Mais je voulais faire un effort, j'essayais pour elle ! »

Severus grogna, il n'avait pas spécialement envie de connaître la vie sexuelle de son ancien élève, mais Potter continuait, déblatérant ce qui lui passait par la tête, dans l'unique but d'apaiser ses sentiments et de lâcher ce qu'il avait sur le cœur.

« A qui j'aurais pu en parler ? Qui ? Comme si j'allais demander à Ron, comment sauter sa petite sœur ?! Hermione m'aurait sûrement fait lire tout un tas de bouquin sur l'excitation, les préliminaires chez les sorciers ou même la reproduction des Manchots empereur en Antarctique. »

Severus ne put empêcher un sourire moqueur d'orner ses lèvres. Potter marquait un point. Rien ne valait pour ami, un Serpentard, froid, détaché et fourbe comme l'était Lucius.

« Non... cela fait bien longtemps que je n'éprouve plus de sentiments amoureux pour ma femme, si seulement j'en ai eu un jour... Mais elle était ma meilleure amie, mon épouse et la mère de ma fille... Je n'imagine pas qu'elle ait pu lui faire ça, » finit le jeune homme, posant sa tête sur la table.

En ce moment même, il ressemblait plus à un enfant extrêmement vulnérable qu'à un homme mature approchant de la trentaine. C'était légèrement pathétique mais comment lui en vouloir ? Lui même était en bien pire état quelques années auparavant.

Severus se leva et passa dans le coin cuisine, sortit deux tasses et mit l'eau à bouillir. Il connaissait où se trouvait chaque chose, à force d'observer Potter le préparer tous les jeudis. Il n'était pas certain qu'un thé soit le meilleur remède actuellement, mais il ne savait absolument pas quoi faire d'autre.

Lorsqu'il revint avec deux tasses de thé fumante, il se rendit compte que le jeune homme s'était endormi, dans la position dans laquelle il l'avait laissé.

Après un soupir, il posa les mugs sur la table et sortit sa baguette. Avec un sort, il le fit léviter pour le poser sur le canapé derrière eux, enleva ses chaussures et remonta le plaid jusqu'au bas de son menton.

Une fois le jeune homme correctement installé, Severus fit apparaître une bassine par terre, au cas où il en aurait besoin et s'assit sur le fauteuil. D'un geste négligent et toujours plongé dans ses pensées, il fit venir son thé et la lettre de la mère de Lily. Il voulait réfléchir aux implications de tout ça, même si tout était déjà clair. Il n'avait de toute façon, rien d'autre à faire cette nuit en surveillant que ce foutu Potter ne fasse pas de bêtises…

Deux heures plus tard, la tête d'Hermione Granger apparaissait dans la cheminée.

« Harry ? » chuchota-t-elle.

« Monsieur Potter est actuellement en train de dégriser, » répondit Severus à voix basse.

« Oh professeur Snape ! Que s'est-il passé ? »

« Ce n'est pas à moi de vous l'apprendre je pense... Mais sachez qu'il va aussi bien que la situation puisse le permettre. Et Lily ? »

« Elle était un peu chamboulée, mais une fois qu'elle a pu jouer avec Rose ça a été. J'ai pris un jour de congé demain, je vais m'occuper de Lily jusqu'à ce qu'Harry revienne la chercher. »

« Je vous remercie Miss Granger. »

« Merci à vous professeur, » répondit la jeune fille avant de disparaître des flammes.

Severus regarda la forme endormie sur le canapé et soupira pour ce qui lui sembla être la millième fois aujourd'hui. Il n'avait plus qu'à attendre…

Lorsqu'il se réveilla le lendemain, il était seul dans la petite maison. Une petite note trônait sur la table :

Merci.

C'est avec un léger sourire qu'il quitta la propriété pour retrouver son lit douillet.


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Epsi.