Titre : La mauvaise réputation

Ratings : T
Genre : Romance / Drama / Comfort / Humour
Summary : Katniss Hawthorne et Peeta Mellark viennent d'enterrer leurs époux respectifs. On dit que quand une porte se ferme, une autre s'ouvre. Alors qu'ils ont tout perdu, peuvent-ils s'aider à se retrouver ?

BO : Numbers – Ludovico Einaudi
Songs For Gavin – Ludovico Einaudi
ABC – Ludovico Einaudi
Hymn #35 – Joe Pug


Bonne lecture !


«Je ne fais pourtant de tort à personne,
En suivant mon ch'min de petit bonhomme ;
Mais les brav's gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux… »
La Mauvaise Réputation, Georges Brassens


1.

La Mauvaise Réputation

Katniss Hawthorne regarda fixement la boîte en chêne disparaître par la trappe. Le claquement du panneau lorsqu'il retomba tonna sèchement dans l'air et elle sentit la moitié des invités sursauter autour d'elle. Son propre corps resta inerte. Elle se sentait déconnectée de tout ce qui l'entourait, comme si une barrière, invisible mais bien tangible, se dressait autour d'elle. Elle évoluait maintenant dans un monde différent, un monde qui venait de trembler tellement sévèrement sur son axe qu'elle se demandait comment elle tenait encore debout.

De loin, ses oreilles perçurent le raclement désagréable des chaises sur le linoléum de la pièce et elle vit du coin de l'œil que les convives commençaient à se lever. Pour éviter qu'on lui demande à nouveau si ça allait –franchement, que répondre à ça ?-, elle se déplia machinalement pour se retrouver sur ses pieds et se tourna vers la sortie. En passant devant elle, les gens détournaient le regard, gêné, inclinaient solennellement la tête ou s'arrêtaient un instant pour poser une main compatissante sur son avant-bras. Mais personne ne lui adressait un mot.

En même temps, c'était une chose que l'on pouvait comprendre. Que pouvait-on sérieusement dire à une femme qui vient d'enterrer son mari après six mois de mariage et qui se retrouve soudainement veuve à vingt-sept ans ? Elle commençait à peine à envisager son futur qu'il lui avait brutalement été arraché des mains, par un chauffeur aviné qui avait pris la fuite, par-dessus le marché, un lugubre soir de février.

Dans la petite ville de Panem, la nouvelle s'était propagée à toute vitesse et avait provoqué un certain émoi. Gale Hawthorne, enfant du pays, était une figure locale connue, malgré ses airs renfrognés. Pompier volontaire, bénévole au centre d'hébergement pour sans-abris, il donnait de son temps sans compter pour les autres dans son métier de médiateur social. Les mères le voulaient toutes pour gendre, les petits garçons le prenaient pour leur grand frère et les grands-mères étaient sous le charme de ses bras robustes qui portaient leurs courses jusque dans leur cuisine.

Aussi, quand il était revenu un jour, après une intervention dans la ville voisine et mal famée de La Veine, avec une jeune fille brune au bras, chacun des habitants s'était senti obligé de donner son opinion. De l'avis général, cette Katniss Everdeen ne convenait pas à Gale, et encore moins à Panem, et en plus, ô sacrilège, elle ne faisait aucun effort pour s'intégrer. Méfiante, taciturne et globalement peu agréable, elle suscitait les regards et les commérages sur le chemin de la boulangerie ou du supermarché. Certains insinuaient même que Gale l'avait seulement prise en pitié et que depuis, elle vivait à son crochet.

Seule Katniss connaissait la vérité sur leur rencontre. Gale s'était pris d'affection pour elle lorsqu'il avait mis les pieds dans le miteux restaurant dans lequel elle était serveuse. La nourriture était mauvaise, la propreté douteuse et le patron la mettait mal à l'aise avec ses mains baladeuses, mais elle n'avait pas eu le choix. Elle n'avait pas assez d'argent pour s'offrir des études et il devenait de plus en plus difficile de trouver un travail sans diplôme. Gale s'était installé sur l'une des banquettes rapiécées et avait commandé un hamburger. Quand elle lui avait ramené le plat, il avait insisté pour qu'elle s'assoie et partage le moment avec lui. Il était tard et le restaurant était désert. Katniss avait obtempéré et avec patience, il avait réussi à en savoir plus sur elle. A la fin du dîner, il lui avait proposé une offre qu'elle ne pouvait refuser : une formation au sein du centre social où il travaillait, une chance d'exercer le même métier que lui, de gagner mieux sa vie et d'offrir un meilleur avenir à sa petite sœur.

Ainsi, Katniss était montée dans la voiture de Gale et s'était retrouvée dans son petit salon confortable, devant une tasse de thé. Il l'avait aidé à s'inscrire à la formation et lui avait prêté son lit, pendant qu'il dormait sur le canapé, le temps qu'elle économise assez pour déménager. Un soir, après un verre de vin de trop, ils s'étaient embrassés. Katniss n'avait jamais su dire qui s'était penché le premier. Elle avait apprécié le baiser mais pour sa part, il ne s'agissait que d'un moment d'égarement et ne signifiait pas grand-chose. Mais l'attitude de Gale avait radicalement changé depuis ce jour et elle se sentait trop redevable envers lui pour le décevoir. De plus, c'était quelqu'un d'agréable et doux, elle aurait pu tomber sur bien pire. Elle savait qu'elle s'attacherait lui et éprouverait pour lui une certaine affection. Aussi, quand il avait mit un genou à terre un an plus tard, elle avait répondu un oui timide, mais ferme, en envisageant pour la première fois l'idée d'un futur un peu plus lumineux que celui que lui promettait La Veine. Le mariage avait été simple, mais toute la ville voulut y assister pour Gale, adressant des sourires forcés à la jeune femme à ses côtés qui leur avait volé leur héros.

Katniss ferma la marche, guidée par la main de sa petite sœur Prim dans la sienne. La porte se referma derrière elle en un bruit qui lui parut assourdissant. Un buffet attendait les invités dans le coin de l'antichambre et ils étaient déjà tous agglutinés autour de la grande table, un verre de champagne pétillant à la main et des assiettes remplis d'amuse-gueules dans l'autre. Ils conversaient à voix basse en glissant des coups d'œil furtifs à la jeune veuve.

Katniss sentait la nausée serrer sa gorge devant ces visages faussement désolés pour elle. Elle n'avait jamais été d'une nature très avenante et ouverte, mais la vue de toute cette hypocrisie envers elle lui donna envie de vomir. Tous ces gens n'avaient que faire d'elle, ils la considéraient comme un fardeau et elle n'aurait pas été surprise si certains d'entre eux ne la pensaient pas un peu responsable de la mort de Gale, même si à ce terrible instant, elle avait été paisiblement endormie sous sa couette. Tout Panem pleurait Gale, même des gens qui ne le connaissaient pas vraiment, mais médisait sur le compte de Katniss lorsqu'elle montrait un signe de tristesse. Elle était dépossédée de son propre chagrin par la population bien sous tout-rapport de Panem. Car même si elle ne retournait pas l'intensité des sentiments que Gale avait pour elle, elle avait quand même l'impression d'avoir perdu la moitié de son corps, au moment où la boîte avait disparu dans la trappe de l'incinérateur.

Elle eut un haut-le-corps et chercha autour d'elle désespérément une porte de sortie. Avec soulagement, elle aperçut une issue de secours. En titubant, elle se précipita dans cette direction, poussa la porte à la volée et détala dans le Jardin du Souvenir du crématorium. Après quelques pas, ses genoux se dérobèrent sous elle et elle tomba au sol, la respiration tremblante et la main plaquée sur la bouche.

Quelques instants plus tard, ou peut-être quelques heures, elle ne savait plus vraiment, elle entendit le crissement de pas lents sur le gravier de l'allée. Toujours agenouillée, elle releva doucement la tête et aperçut une longue silhouette mince s'avancer dans sa direction. Elle envisagea un instant de se lever et de s'enfuir à nouveau mais elle réagit trop tard et elle réalisa que la personne l'avait vu. Avec un choc, elle s'aperçut que la silhouette n'était autre que celle de Peeta Mellark, pâtissier attitré de Panem. Elle l'avait déjà vu, bien sûr, dans sa boutique, mais elle n'y était jamais entrée, n'étant pas friande de gâteaux sucrés.

Il avait l'air mal en point. Il semblait avoir perdu beaucoup de poids en peu de temps et ses joues auraient bien eu besoin d'un coup de rasoir. Son costume sombre était froissé, un tic nerveux agitait sa paupière et ses cheveux blonds étaient ébouriffés. Il avançait machinalement, comme un robot, mais il sembla réaliser sa présence et ses yeux se fixèrent sur elle. Ses iris s'allumèrent avec une lueur de reconnaissance.

Katniss prit alors conscience qu'elle était toujours au sol et rougit de honte, en se relevant.
-Bonjour Katniss, la salua Peeta d'une voix grave, lorsqu'il fut à quelques mètres d'elle. Tout va bien ?
Elle ne fut pas surprise qu'il connaisse son nom –tout le monde se connaissait à Panem. Elle fronça les sourcils et répondit platement :
-Pas vraiment. Vous êtes venu pour … pour Gale ?
Il prit une expression perplexe et passa d'un air absent une main dans ses cheveux.
-Pour Gale ?
Son ton était poliment interrogateur, comme s'il essayait de mettre le doigt sur quelque chose dont il ne se souvenait pas, puis ses yeux s'écarquillèrent brusquement.
-J'avais oublié. J'avais oublié que l'enterrement de Gale était prévu pour aujourd'hui, souffla-t'il.
-Dans ce cas, pourquoi êtes-vous là ? demanda Katniss, piquée par la curiosité.
-C'est aussi le jour de l'enterrement de... de Delly, bafouilla-t'il douloureusement. Je n'avais pas réalisé qu'ils tombaient le même jour. Ceci explique pourquoi aussi peu de gens était présent, ajouta-t'il avec un sourire amer.

Katniss étouffa une exclamation de surprise. Delly était l'une des vendeuses de la pâtisserie Mellark et accessoirement, la femme de Peeta. Katniss savait que depuis la nouvelle de la mort de Gale, dix jours auparavant, elle s'était renfermée dans sa bulle, mais aux dernières nouvelles, Delly Mellark se portait comme un charme.

-Mais comment ça ? murmura-t'elle, abasourdie.
-Une crise cardiaque, répondit laconiquement Peeta, dans un sourire tremblant. Soudaine et impardonnable. Une seconde, elle allait très bien, l'instant d'après… elle était partie.
Katniss plaqua une main sur sa bouche.
-Je… Je suis désolée. Si j'avais su… J'ai été un peu occupée, ces derniers temps, bégaya-t'elle, le souffle court.
-C'est compréhensible. J'ai moi-même oublié que l'on enterrait Gale aujourd'hui. J'aurais dû changer la date pour pouvoir y assister, mais c'était la seule place qu'il leur restait, finit-il.

Le silence s'installa entre eux et ils tournèrent machinalement la tête vers le bâtiment du crématorium. Fait d'arrêtes pointues et de béton gris, il projetait sa silhouette menaçante et déprimante dans un ciel aussi inintéressant que lui. Si les circonstances pour lesquels ils étaient ici n'étaient déjà pas assez tragiques, la vue de ce monolithe triste et sans âme aurait réussi à leur saper le moral.

-Je devrais peut-être y retourner, soupira Katniss. Je ne voudrais pas leur donner encore plus le plaisir de pouvoir médire sur mon dos… Toutes mes condoléances, Peeta, ajouta-t'elle doucement en commençant à reculer.
Peeta hocha la tête puis ouvrit soudain la bouche, lorsqu'elle fut sur le point de tourner les talons.
-Attendez !
Katniss lui jeta un regard interrogateur et le jeune homme fit quelques pas dans sa direction :
-Vous avez l'air d'être aussi enchantée que moi à l'idée de retourner dans cette atmosphère lugubre. J'étais sur le point de m'échapper pour un petit remontant. Ca vous dit ?
Katniss réfléchit à sa proposition plus que tentante.
-Je crois que c'est la seule chose dont j'ai besoin en ce moment, finit-elle par dire, mais elle ajouta avec un rire jaune : Mais je pense que ça ne donnera que plus de grain à moudre pour toutes ces commères. Déjà que je ne suis pas en odeur de sainteté à Panem… Vous imaginez un peu ? La veuve indigne du brave Gale Hawthorne s'échappe en plein enterrement avec le gentil pâtissier !
-Vous savez que ces vieilles mamies se réjouissent de tous ces ragots. Alors pourquoi ne pas leur donner une bonne raison de le faire ? répondit Peta, avec un sourire un peu plus franc.
Katniss le fixa un instant puis hocha soudainement la tête. Tout lui semblait être une meilleure idée que de retourner s'enfermer dans cette pièce étouffante de sourires mielleux.
-Ok. Mais dans ce cas-là, on se tutoie !

x

x x

Peeta poussa la porte du Twelve, dont la sonnette déglinguée retentit sur leur passage. L'intérieur était sombre et enfumé, un air d'harmonica grésillant faiblement des enceintes, mais le bar était vide.

Ils avaient tourné plusieurs minutes dans Panem à la recherche d'un endroit ouvert, mais les deux enterrements avaient entièrement vidé la ville de sa population, comme au lendemain d'une terrible tragédie. Katniss eut envie de rire devant le côté dramatique et grandiloquent de ces habitants, qui se croyaient dans un véritable film. Finalement, ils avaient déniché, au fond d'une impasse le seul bar qui semblait être ouvert. Le Twelve faisait frémir les bonnes mères de famille et le patron, Haymitch Abernathy, qui devait être la seule personne qui pouvait dépasser Katniss dans le top 3 des individus les plus détestés de la ville, prenait un malin plaisir à les provoquer avec des commentaires de mauvais goût. Il s'esclaffait alors de rire en les voyant lever leur petit nez pointu d'un air courroucé, entraînant leurs bambins loin de cette mauvaise influence qu'elles semblaient considérer comme contagieuse. Rien que pour ça, Katniss se sentait d'une sympathie féroce envers le vieil ivrogne.

Elle sourit sombrement en se disant qu'elle cherchait un peu le bâton pour se faire battre, en se rendant dans cet endroit considéré comme le paradis de la débauche.

Haymitch était posté derrière le bar, essuyant des verres avec un torchon crasseux. Il leva la tête en entendant le cliquètement dissonant du grelot et arqua un sourcil en les apercevant.

Katniss réalisa qu'ils devaient présenter un drôle de tableau. Même si Haymitch vivait comme un ermite, il n'avait pu échapper à la nouvelle des deux enterrements. Et voilà qu'il voyait débarquer dans son bar miteux les deux protagonistes vivants de la journée, engoncés dans leurs habits sombres de cérémonie, l'air aussi perdu l'un que l'autre. Mais Haymitch mit en application sa plus grande qualité aux yeux de Katniss et ne leur posa aucune question. Il hocha simplement la tête lorsqu'ils commandèrent deux bières.

Les deux gens se glissèrent, face à face, sur les banquettes en velours râpeux vert sombre. Haymitch déposa les choppes devant eux et se retira sans bruit vers son bar. Peeta leva son verre puis s'interrompit, les sourcils froncés :
-Euh… A quoi devons-nous trinquer ?
-Au fait qu'on ait réussi à échapper à cette journée angoissante !
Ils cognèrent leur verre l'un contre l'autre et Katniss avala une longue lampée fraîche. Elle sentit la bière glisser dans sa gorge et accueillit le sentiment avec bonheur. C'était peut-être la première chose qu'elle ressentait depuis dix jours. Elle sentait un poids se lever de ses épaules contractées et se détendit pour la première fois depuis qu'elle avait ouvert les yeux, loin du crématorium. Elle ne saisissait pas encore l'énormité de la situation qui lui était soudainement tombée dessus mais elle savait que ça ne durerait pas et que bientôt, elle devrait entamer son travail de deuil. Pour le moment, elle décida de rester dans cet entre-deux flottant, avant la grosse réalisation, où elle arrivait encore à étirer ses lèvres en un sourire, aussi petit soit-il.

-Tu arrives à faire face ? demanda Peeta sur un ton doux, interrompant ses pensées.
Elle leva les yeux vers lui et reconnut le même océan de tristesse qui menaçait de l'engloutir d'une minute à l'autre. Elle haussa les épaules et tourna son regard vers le liquide doré dans son verre.
-On fait avec. Je cois… Je crois que je ne réalise pas trop encore. Depuis que j'ai appris la nouvelle, j'ai l'impression d'être en pilote automatique. Gale…
Sa voix se cassa sur le nom de son défunt mari. Elle se racla la gorge et reprit dans un souffle :
-Gale était tellement adoré à Panem, que je n'ai eu le choix de rien. Ce n'est pas moi qui ai organisé tout ça. Je le connaissais quand même un peu et je suis sûre que ce n'est pas ce qu'il aurait voulu. Bien évidemment, il n'aurait rien dit et aurait assuré à tout le monde que tout était parfait… Mais moi, je le connaissais.
-Tu aurais fait quoi ? s'enquit Peeta, dans un murmure.
-Ils veulent garder ses cendres dans le Jardin du Souvenir du crématorium. Pour que tout le monde puisse aller se recueillir. Moi j'aurais préféré les laisser s'envoler dans la forêt du Geai Moqueur. Il aimait bien y emmener les gamins desquels il s'occupait, finit-elle avec un petit sourire triste. Mais la forêt fait peur aux gens d'ici et ils ont décrété que ce serait plus simple qu'il reste dans cet affreux endroit. Et je n'ai pas vraiment voix au chapitre. J'ai même l'impression que j'arrive à les offenser en étant triste. Comme si je ne le méritais pas, tu vois.
-Gale déplorait souvent la réaction des gens d'ici à ton égard, confirma Peeta. Je le connaissais bien, on a fait toute notre scolarité ensemble, comme à peu près tout le monde ici. Delly aussi ne supportait pas très bien cette ambiance. Elle disait souvent qu'elle avait l'impression d'être mariée avec la moitié de Panem, tant les gens étaient investis dans notre relation. Combien de fois la vieille mamie Trinket m'a réprimandé, lorsqu'on se disputait avec Delly ! Tous les jours, elle venait à la pâtisserie et demandait à Delly quand tomberait-elle enfin enceinte. Je suppose que maintenant elle viendra surveiller si j'ai l'air asse triste, finit-il, en secouant la tête, les yeux assombris.
Katniss tendit une main réconfortante et la posa légèrement sur le bras de Peeta. Haymitch revint à leur table et posa devant eux deux verres remplit de liquide ambrée. Devant leur regard interrogateur, il fit un geste négligé de la main et grommela dans sa barbe :
-Vous avez l'air d'avoir besoin d'un sacré remontant, les gamins. C'est pour la maison.
Katniss attrapa le verre et sentit une odeur forte de whisky. Elle leva le bras :
-Aux bonnes gens de Panem, qui pensent toujours tout savoir mieux que tout le monde !
Peeta rit, trinqua et avala le whisky d'une traite.

Ils recommandèrent une bière. Puis une autre. Et encore une autre. Bientôt, la moitié de la table en bois fut envahie de pintes vides. Katniss sentait une délicieuse brume pétillante envahir son esprit et se laissa glisser dedans.

Ils continuèrent de discuter sur la population de Panem. Elle eut mal aux côtes, tellement elle riait devant son imitation du maire Undersee, toujours boudiné dans ses costumes bon marché et qui insistait pour porter un monocle, qui ne cessait de tomber losqu'il levait les sourcils. Elle prit un malin plaisir à lui conter toutes les remarques qu'elle entendait sur son passage et toutes les histoires inventées qui circulaient à son sujet. Il trouva très drôle la version propagée par le vieux Darius, qui était convaincu que Katniss était payée par le maire de Capitol City afin d'empêcher Panem de gagner le titre de ville la plus fleurie du comté, titre qu'elle se disputait ardemment avec sa rivale depuis des années et qui revêtait une importance du même niveau que la découverte de la théorie de la relativité par Einstein. Il s'esclaffa quand elle lui confia que parfois, elle faisait mine de piétiner la pelouse devant la maison de Darius, rien que pour voir son petit visage se flétrir sous la colère.

Ni l'un ni l'autre ne firent attention aux heures qui défilaient, enivrés par le soulagement que leur procurait l'alcool face à leur douleur. Leur bouche devenait pâteuse et leurs gestes plus désordonnés. Ils éclatèrent à nouveau de rire devant le spectacle d'une mouche coincée dans un des verres et qui, dans l'état dans lequel ils étaient, leur semblait tout bonnement hilarant. Katniss se leva pour aller aux toilettes et perdit l'équilibre, atterrissant à moitié sur les genoux de Peeta. Comme dans un automatisme, elle sentit ses bras se refermer autour de sa taille. Elle ferma un instant les yeux et posa la tête dans le creux de son cou, pour empêcher la nausée de s'emparer d'elle, et inspira son odeur de savon. Cela lui faisait du bien de sentir le contact de quelqu'un, le contact d'un homme, depuis ce terrible coup de téléphone en pleine nuit. Ils restèrent ainsi un moment, silencieux, se perdant dans leur étreinte.

Un raclement de gorge les fit sursauter et ils relevèrent la tête.
-La moitié de la ville vous cherche depuis des heures, les gamins, dit Haymitch d'un ton bourru. Ils viennent de téléphoner et ils seront là dans un instant.
Katnis tourna son visage vers Peeta, un sourire coupable sur les lèvres :
-Oups, je crois qu'on a fait une bêtise…
Peeta eut à peine le temps de rire que la porte s'ouvrit à la volée. Prim entra d'un pas vif, suivit de près par les parents de Gale puis les propres parents de Peeta, l'air pincé et révolté.
-Katniss, qu'est-ce que tu fais ? chuchota Prim, sur un ton furieux. Tout le monde t'attend depuis des heures au crématorium !
-Peeta, lève-toi immédiatement ! ordonna impérieusement Mme Mellark d'un ton froid, ses yeux jetant des éclairs glacés.
Katniss laissa échapper un petit rire en se demandant l'image qu'ils pouvaient bien renvoyer, elle sur les genoux, une montagne de verre derrière eux et de grands sourires niais sur le visage. Elle se leva tant bien que mal en lissant sa robe qui s'était un peu relevée sur ses cuisses. Derrière elle, Peeta fit de même mais tangua et tomba sur elle, la faisant basculer sur Prim qui la rattrapa avec difficulté. Les deux jeunes gens explosèrent de rire et Katniss essuyait encore des larmes au coin de ses yeux quand sa petite sœur la traîna à l'extérieur du bar, sous le regard désapprobateur de M. et Mme Hawthorne. Peeta suivit derrière elle, soutenu par son père.

Dehors, avant que Prim ne pousse Katniss sur le siège arrière de la voiture qui attendait à l'extérieur, Peeta la héla. La jeune femme se tourna avec difficulté en s'appuyant sur la portière. Peeta était en train de lutter contre son père, qui tentait de l'emmener dans la direction opposée tandis que le jeune homme essayait de se tourner vers Katniss. Il parvint finalement à se dégager et s'approcha d'elle, s'accrochant à la portière dès qu'il put pour ne pas s'effondrer.
-Je crois qu'on a bien réussi à notre coup, à mon avis on va parler de cette journée pendant un moment, souffla Katniss, sur un ton conspirateur.
Peeta sourit, les yeux vitreux, et se pencha vers elle :
-On se voit au groupe de discussion sur le deuil ?
-Bien sûr, répondit-elle, en articulant difficilement. Compte sur moi ! ajouta-t'elle en martelant le torse du jeune homme de son index.
M. Mellark tira alors solidement son fils vers l'arrière et pris par surpriss, Peeta se laissa entraîner. Il se tourna une dernière fois vers Katniss et lui cria, en lui faisant un clin d'œil :

-Ils sont drôles, les enterrements, avec toi, Katniss !

-Avec toi aussi, Peeta ! répondit-elle, en hurlant dans ses mains réunies devant sa bouche comme un mégaphone.

Elle laissa sa sœur l'asseoir à l'arrière, en la réprimandant pour son comportement scandaleux. Prim démarra. Katniss laissa sa tête dodeliner contre la vitre et sourit, les yeux fermés. Une trouée dans les nuages laissa passer un rayon de soleil qui tomba sur sa joue.
Finalement, la journée n'avait pas été si terrible qu'elle le pensait. En tout cas, elle ne se sentait plus si seule.
C'était Peeta et elle contre le reste du monde. Enfin, le reste de Panem.


Salut !

Je sais. Je sais ce que vous vous dîtes. Encore une fiction ?! Alors qu'elle en a déjà trois autres sur le feu et qu'elle a surtout promis de publier la suite avant de partir en vacances !

Et vi, j'ai eu une petite panne d'inspi pour A Shot at a Silver Lining et Wicked Game (j'ai commencé à écrire les chapitres !). Et de l'autre côté, il y a plein d'idées qui se sont bousculées dans ma tête ! Si l'appétit vient en mangeant, c'est pareil pour l'écriture. Donc au lieu de bloquer sur les deux autres fictions, je me suis mise à écrire ce texte.
Donc voilà, je vous livre ce OS (mais c'est mal barré, j'ai déjà envie de le continuer en fiction plus longue)... Dîtes-moi ce que vous en pensez ! Par ailleurs, j'ai mis à jour mon profil avec une nouvelle idée de fiction, un croisement entre Sept Jours pour une Eternité (généralement pas fan de Mac Lévy mais j'aime beaucoup l'idée de base) et HG. Vous me direz si ce petit voyage vous tente (au pire, je l'écrirais pour moi :-P)

Vous avez compris le concept de ce recueil, je ne peux donc pas vous promettre une publication régulière, ce sera selon l'inspiration (mais j'en ai à revendre).

En espérant qu'on commence ce nouveau voyage ensemble.
Des bises et à très vite,

Bergdorf.

PS : Je viens de me rendre compte que ça parle beaucoup d'alcool dans mes fictions... Hum, comment dire? Je trouve juste que c'est généralement un bon moyen de faire avancer une historie car les persos se lâchent un peu plus ! Et puis savez ce qu'o dit : Aucune belle histoire n'a commencé avec "Un jour, je mangeais une salade...". A bon entendeur... ;-)