II. Poudlard.


Sirius n'arrivait pas à dormir. Il regarda l'heure pour la énième fois. Demain, il irait à Poudlard. Demain, demain, demain. Il ne savait pas s'il devait être anxieux, ou jubiler, mais il était excité comme une puce. Demain, demain, demain. Sa valise était prête, ses habits aussi. Les fournitures avaient toutes été achetées quinze jours auparavant sur le Chemin de Traverse. Vingt-trois heures. Plus que douze heures et il prendrait le Poudlard Express. Et puis Poudlard, enfin! Mais il était aussi un peu inquiet. Que dirait sa mère s'il n'allait pas à Serpentard? Toute la famille y était passée, depuis son grand-oncle Phineas Nigellus, jusqu'à ses trois cousines. Le fait qu'il y aille lui aussi était une évidence pour tout le monde.

Sauf pour lui.

Et s'il était reparti ailleurs? S'il n'était pas réparti du tout? Il y avait pensé tout l'été, et insidieusement, une certitude avait son trou dans sa tête : Quand bien même il irait à Serpentard, sa mère ne le féliciterait pas. Tout au plus trouverait-t-elle ça normal et trouverai cent autres reproches à lui faire. Alors la question s'était posée à nouveau mais sous un autre angle. Et si il n'allait pas à Serpentard? Déjà, avait-il envie d'y aller? A vrai dire, il ne s'était jamais vraiment posé la question. Et maintenant? Quels étaient les autres maisons? Serdaigle? L'intelligence et le savoir. Très peu pour lui. Il avait déjà l'impression d'avoir passé son enfance devant un pupitre. Poufsouffle? La patience et la bonté? Bof. Gryffondor? Fort et Brave. Ça c'était attrayant.

Bien sûr, toutes ces maisons accueillaient aussi les sang-de-bourbe, et c'était assez dérangeant. Il repensa à Andromeda, et à l'horrible scène qui avait suivi quand la famille avait appris qu'elle en fréquentait un. Qu'est-ce qui lui avait pris ? Sirius avait vu Ted Tonk, une fois, quand Narcissa les avait emmené lui et Regulus voir Andromeda pour la naissance de sa fille, en cachette des parents biens sur. Sirius avait été surpris de voir à quel point il paraissait normal…. C'était très décevant.

Supporter les sang-de-bourbe valait peut-être le coup du moment qu'il échappait à l'emprise de sa mère, non ? Mieux, ça la rendrait furieuse.

Mais du coup, et si il allait à Serpentard? Après tout, ce n'était pas lui qui décidait, et si toute la famille était passée par là, quelle chance avait-il d'y échapper ?

Trois coups furent toqués à la porte, si doucement que Sirius se demanda s'il ne les avait pas rêvés. Il alla ouvrir, baissa la tête, et se retrouva nez à nez avec Regulus. Sa main se resserra sur celle glacée que le môme avait glissée dans la sienne.

-SIRIUS QU EST-CE QUE C'EST QUE CE BRUIT ?

Sirius fit volte-face, lâchant la petite main sans même s'en rendre compte et se campa face à sa mère dans une attitude de défi.

-Encore douze heures et tu n'auras plus à supporter ça pendant un an ! Lança-t-il.

- Comment ose-tu me parler sur ce ton ? Jamais ton frère n'oserait !

-Encore douze heures et je n'aurai plus à supporter ça !

-Fais attention si tu ne veux pas que je t'efface!

Il claqua la porte aussi fort que possible et rumina sa colère marchant de long en large dans sa chambre.

Demain. Douze heures. Demain, demain, demain. Serpentard? Pas Serpentard? Il verrait bien, après tout. Mieux valait aller dormir pour être en forme.

Ce n'est qu'au moment où il allait se glisser dans le lit qu'il se rappela de Regulus. Il alla rouvrir discrètement sa porte, mais le couloir était désert. Il retourna vers son lit avec un haussement d'épaule, et tenta de dormir tant bien que mal.

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Walburga balaya le salon du regard. Il débordait de convives. Son frère Alphard assis sur le canapé discutait avec un homme qu'elle ne se souvenait même pas avoir invité. Les garçons - Sirius était revenu la veille de Poudlard - étaient collés l'un à l'autre dans un coin. Leurs costumes avaient beau avoir été faits sur mesure, ils avaient l'air de se noyer dedans. Bellatrix parlait avec une quelconque huile du ministère tandis que sa mère se tenait silencieuse à ses côtés. Druella semblait particulièrement fade à côté de sa fille. Le noir allait bien à la jeune femme, elle n'en paraissait que plus lumineuse et semblait accrocher tous les regards comme si elle était la vedette de la soirée. Vu les circonstances, ça avait quelque chose de déplacé.

Walburga soupira.

Orion lui manquait.

Elle aurait largement préféré être seule plutôt que d'avoir à jouer les maîtresses de maison. Une première, sans doute.

C'était drôle quand elle y songeait. Ils s'étaient mariés tellement jeunes, qu'elle en avait oublié pourquoi. Avec le temps, seule la fierté d'avoir perpétué le nom familial était restée. Ce n'est que quand elle l'avait vu, allongé, raide et froid dans le lit conjugal, les volets clos et l'air saturé de l'odeur douceâtre des bougies et des fleurs, qu'elle avait réalisé que, depuis ses deux ans, elle n'avait jamais vécu sans lui. Des souvenirs lui étaient alors soudainement, cruellement, revenus.

Des après-midis autour du lac à Poudlard.

Un baiser impromptu entre deux portes lors d'une réunion de famille.

Un jeune homme sérieux comme une langue-de-plomb qui la demandait en mariage.

« C'est une évidence » avait-elle dit, et il l'avait pris par la taille, la faisant tourbillonner au milieu d'un grand éclat de rire, franc et éclatant.

Avec le temps, la présence discrète, mais constante d'Orion était devenue tellement acquise qu'elle n'avait jamais réalisé qu'un jour il pourrait en être autrement.

Mais il était parti à présent, et ironiquement, c'est seulement maintenant qu'elle se souvenait :

Elle l'aimait.

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Le Poudlard Express filait à vive allure tandis que Severus et Lily cherchaient désespérément un compartiment où s'installer. Ils en trouvèrent un, occupé seulement par un première année, la tête plongée si profondément dans Sorts et enchantements niveau 1 qu'on ne distinguait de lui que ses cheveux coiffés avec une raie sur le côté.

-Je te le répète, dit Lily tandis qu'elle hissait sa valise sur le porte-bagages, c'est de la magie noire.

-Penses-y, si jamais Potter recommence….

D'un air pensif, la jeune fille rousse prit une plume en sucre et la suçota d'un air absent, finalement, elle répondit.

-On pourrait le balancer dans le lac…je suis sûre que le calamar géant apprécierait d'avoir de la compagnie….

Rogue ricana.

-Poudlard, débarrassé de Potter et Black ! Mais le calamar les recracherait sur la berge aussitôt, même lui n'a pas si mauvais goût. Non, il faut trouver autre chose.

Il réalisa que leur camarade avait filé au moment où la porte du compartiment coulissa. A travers la vitre, Rogue eut la désagréable impression de voir son ennemi dans un miroir déformant. En un clignement d'œil, l'autre était déjà parti.

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Sirius observait la cérémonie de répartition d'un air morne. L'avantage avec un nom comme Black, c'est que quand l'ordre alphabétique s'en mêlait, le suspens ne durait jamais bien longtemps. Et en effet, son frère s'avançait déjà d'un pas lent et calme vers le tabouret. McGonagall lui posa le Choixpeau sur la tête.

-Serpentard! Hurla-t-il.

Regulus rejoignit la table des verts et argents sous les applaudissements. Il pouvait voir Narcissa s'approcher pour le féliciter. Voilà qui allait faire plaisir à sa mère. La trajectoire parfaite et sans surprise du petit chouchou de la famille. Il l'entendait déjà le lui seriner en boucle (« lui, au moins ne nous couvre pas de honte ! »). Sirius ne regrettait pas d'être à Gryffondor, bien au contraire. Mais il y avait quelque chose de vaguement écœurant à voir son frère faire un sans-faute quand lui se savait n'être qu'une source de déception.

La répartition continua tandis qu'il fixait toujours la table des serpendards. Un James enthousiaste, et un article de balais magasine le tirèrent de ses pensées moroses. A la fin du repas, il était redevenu aussi joyeux qu'à son habitude.

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Slughorn tournait dans les rangées des premières années, et s'arrêta devant la potion de Regulus. Elle était correcte. Mieux que ça même. Elle aurait même pu être parfaite, mais il manquait au savoir tristement académique du jeune Black cette légère touche artistique, cette subtilité qu'il retrouvait toujours dans les chaudrons de Lily Evans et Severus Rogue. Regulus Black se contentait d'ingurgiter tous les livres qu'il avait à sa portée et de les recracher dans son chaudron ou n'importe quel autre cours. Son travail était impeccable, ça en faisait un érudit pas un génie.

Il fallait tout de même reconnaître que le jeune homme avait une régularité de métronome, et en tant que professeur, il aurait était injuste d'en demander plus. Et puis la rigueur se faisait tellement rare de nos jours chez les élèves !

Mais tout de même.

Il aurait aimé retrouver chez lui la flamboyance de son frère, Sirius. Mais ce Black là lui avait échappé.

Et pourtant, tout engoncé qu'il était dans ses manières scolaires, Slughorn était certain qu'il suffirait d'un rien pour que le jeune homme se révèle. Il avait le nez pour ça. En histoire de la magie peut-être, il s'était laissé dire qu'il faisait preuve de plus de…passion dans cette matière.

-Regulus, dit-il, penché sur la potion du jeune homme, c'est très bien. Rangez vos affaires, continua-t-il plus fort tandis que la sonnerie retentissait, nous continuerons mercredi.

Les quatrièmes années entrèrent en même temps que les premières années sortaient.

-Ah ! James, Sirius, dit-il avec un large sourire, je compte sur vous pour la petite réunion de ce soir, n'est-ce pas ?

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Severus leva la tête et jeta un regard mauvais à l'élève installé deux tables plus loin.

Rien n'y faisait, Regulus Black ressemblait beaucoup trop à son salopard de frère.

Physiquement déjà. Il avait beau se tenir raide comme un I, et arborer systématiquement cette ridicule raie sur le côté, cela ne l'empêchait pas d'être la pâle copie de Sirius. Quant au reste…Regulus ne souriait jamais et Severus l'avait toujours vu seul. Sans doute que la plèbe composant Poudlard n'était pas assez bien pour lui, petit être arrogant et tellement important.

Non, vraiment, il détestait ce type.

Malheureusement, chaque fois qu'il allait à la bibliothèque, il était sûr de l'y trouver. A croire qu'il vivait là.

Severus continuait de le fusiller du regard, mais l'autre ne semblait pas s'en rendre compte.

-Rogue…

Dérangé en plein meurtre imaginaire, il se retourna vers le malheureux qui avait osé lui adresser la parole.

-Même pas en rêve, Wilson siffla-t-il.

Ledit Wilson s'éloigna, l'air penaud. Celui-là, il fallait toujours qu'il vienne quémander de l'aide pour ses devoirs.

Severus replongea la tête dans son devoir de métamorphose…pour la relever presque aussitôt.

Wilson était allé trouver Regulus, et celui-ci était en train de lui expliquer les sept points de la règle de Talbot dans un chuchotis absolument insupportable.

L'imbécile…

Puis Lily le rejoignit à sa table, les bras chargé de livres, et il en oublia tout le reste.

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Remus reprenait doucement conscience dans un des lits confortables de l'infirmerie. C'était les vacances de Noël. Il voyait les flocons tomber doucement à travers la fenêtre. Le lit à sa droite avait les rideaux soigneusement tirés, sur la table de chevet était posée une carafe d'eau avec deux verres.

Il resta immobile. Sa transformation avait été particulièrement violente la veille et il lui semblait qu'il avait été piétiné par une horde de trolls. Il se souvenait s'être mordu violemment à la jambe, au point de se briser l'os. Il jeta un œil : à cet endroit-là du sang tâchait le drap.

Une tornade brune déboula soudain dans l'infirmerie, les bras chargés de confiseries.

-Remus, s'exclama Sirius, je voulais venir plus tôt, Rusard m'a pas lâché. Ça va ? Ta jambe !

-Ça va, dit Remus, ça va.

-Mais ta jambe…

-Ça va guérir…C'est juste…Et bien disons que cette pleine lune était plus violente que les autres. Je me suis mordu ajouta-t-il un peu trop brusquement face à l'air perdu de Sirius. Plusieurs fois.

-Je peux voir ?

Remus hésita et souleva le drap avec réticence. Le bandage que lui avait posé Pomfresh était gorgé de sang, et on pouvait même apercevoir du pus suinter par endroit. De plus, le baume dont elle avait enduit la jambe avait une odeur épouvantable.

Remus relâcha le drap, retenant sa respiration en attendant le verdict de Sirius face à ce que le monstre qu'il était s'était infligé.

-Tu sais fini-t-il par dire, sans lâcher la jambe des yeux, on a pas mal progressé ces derniers temps. Même Peter. Bon lui il…enfin, c'est Peter quoi. Mais on avance !

Il leva enfin les yeux de la jambe. Remus ne sut quoi dire. Cela faisait deux ans que ces trois amis nourrissaient le projet insensé de devenir animagus. Pour lui ils entrapercevaient déjà bien assez ce qu'était la créature monstrueuse et assoiffée de sang qu'il devenait chaque mois. Mais les transformations étaient si douloureuses…c'était tentant.

Il se redressa pour attraper la carafe, mais un éclair de douleur le fit renoncer.

-Attend fit Sirius.

Son ami attrapa distraitement la carafe au moment où la personne derrière les rideaux faisait de même. De surprise, Sirius laissa tomber le pichet à terre.

-Regulus ?

Remus se sentit paniquer. Il les avait entendu, bientôt toute l'école saurait, il devrait partir…

D'un ton prudent, Sirius demanda :

-Qu'est-ce que tu as entendu ?

Regulus se leva brusquement, manquant trébucher dans la flaque d'eau.

-Je m'en vais, dit-il d'un ton sec.

Il traversa l'infirmerie à grandes enjambées.

-Black ! Dans mon bureau !

Mme Pomfresh venait apparaître, et fixait Regulus d'un air mécontent. Celui-ci fit demi-tour et la suivit.

Sirius se tourna vers Remus.

-Qu'est-ce qu'il fait là ? demanda-t-il les sourcils froncés ?

Le loup-garou ne répondit pas. Il se voyait déjà avec sa valise sous le bras sur le perron de sa maison.

A travers la vitre floutée, ils pouvaient voir la silhouette de l'infirmière s'agiter des plus en plus face à celle toujours plus figée de Regulus. La voix de l'infirmière filtrait à travers la porte.

-Intoxication à la potion de mémoire ! C'est la troisième fois ce trimestre Black, et vous n'êtes qu'en première année. J'ai averti le directeur et le professeur Slughorn. … Vraiment ? Vous vous ruinez la santé Black ! Est-ce qu'au moins vous le comprenez ? Ne vous imaginez pas que je vais me contenter de vagues excuses pour vous revoir ici dans quinze jours !...Black, restez ici !

Regulus s'était levé et s'en allait de l'infirmerie, Pomfresh sur les talons.

Sirius se leva à son tour, et Remus tenta de faire de même. Mais une douleur fulgurante lui traversa la jambe quand il la posa à terre, et il s'effondra de tout son long.

-Remus !

-Lupin !

Sirius et Pomfresh se précipitèrent vers lui et Regulus disparut dans les couloirs.

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"Tu pourrais quand même te faire punir pour des trucs valables", lâcha Narcissa à Regulus tandis qu'ils marchaient au pas de course pour rejoindre leur salle commune.

Il était tard et elle n'avait pas franchement envie de tomber sur Rusard. Son cousin trottait à ses côtés, les mains encore barbouillées de l'huile à lustrer les armures.

-C'est Pomfresh et les profs qui ne comprennent rien, répondit-il. Ils n'avaient aucune raison de me punir.

-Ils ne te puniraient pas si tu te pourrissais pas la santé avec ses saletés de potions, répliqua-t-elle. Pour rien, par-dessus le marché.

-J'ai besoin des potions pour les devoirs, c'est important.

Narcissa poussa un soupir exaspéré avant de reprendre :

-Tu vas crever de fatigue à ce rythme-là! Arrête un peu de faire tout ce que te dit ta mère. Elle est pas là, profites-en ! Elle sera jamais contente de toute façon.

-Elle dit aussi que je ne dois pas prendre exemple sur toi ou Sirius.

-Elle me met dans le même panier que Sirius ? Non mais quelle pitié ! Bref, elle te serre la vis jusqu'au sang parce qu'elle-même n'a jamais rien fichu de ces dix doigts. Tu t'en rends comptes ou pas du tout ?

-Ne parle pas comme ça de ma mère ! s'indigna Regulus. C'est elle qui a raison. Toi qu'est-ce que tu fais à part te pavaner devant la glace comme une grue décervelée ?

Narcissa pila net et se tourna franchement vers Regulus.

-Tu ne devrais pas non plus répéter sans comprendre siffla-t-elle d'un ton dangereux.

En face d'elle Regulus rougit. Narcissa en était sûre, c'était les mots de sa mère dans la bouche de son cousin, Elle allait reprendre, furieuse, quand des bruits de pas se firent entendre.

-Mince, Rusard….souffla-t-elle.

Elle attrapa Regulus par le cou et l'entraîna à l'abri derrière une tapisserie.

Les bruits de pas se rapprochèrent mais ce n'était pas ceux de Rusard. Narcissa pâlit de la tête au pied au voyant l'homme qui traversait le couloir.

Lui. C'était lui.

Il était encore plus terrifiant que dans son souvenir, avec sa peau blanche comme le marbre et sa figure qui lui rappelait celle d'un serpent.

Mais qu'est-ce qu'il faisait là Merlin ? A Poudlard !

Il se dirigeait d'un pas rapide vers les escaliers quand Slughorn arriva.

-Tom ! dit-il après un long moment, comme s'il avait du mal à le reconnaître, Tom Jedusor ?

-Professeur, répondit l'autre d'une voix glacée.

Cette voix fit frissonner Narcissa de bas en haut et Slughorn, semblait aussi transit qu'elle. Il fixait Voldemort avec des yeux exorbités.

-Par la barbe de Merlin ! Qu'avez-vous fait, Tom ? Qu'avez-vous fait ?

Slughorn parlait d'une voix tellement hachée que Narcissa avait du mal à comprendre ce qu'il disait.

« De la magie noire, de la magie très, très noire. » murmura-t-il encore, alors que Voldemort le regardait avec une sorte d'amusement cruel.

-Tom, fit une voix forte.

C'était la voix de Dumbledore et Narcissa soupira de soulagement en l'entendant.

-Tu t'es perdu en route ? demanda Dumbledore.

-J'allais partir, répondit Voldemort. Mais je regrette la tournure qu'a pris notre entretien, Dumbledore.

-Tu n'auras pas de poste dans cette école tant que j'en serai le directeur. Rétorqua Dumbledore d'un ton sans réplique.

Le visage de Voldemort se durcit, comme sous le coup d'une colère mal contenue. Mais il se contenta de saluer les deux professeurs d'un signe de tête et s'en alla à grand pas. Narcissa eut la désagréable impression que pendant un bref instant, il avait tourné brièvement la tête vers leur cachette.

-Horace ? demanda Dumbledore à Slughorn une fois qu'il fut parti.

-Oui…non….Il est très tard, Albus je dois rentrer.

Slughorn fila aussi vite que le lui permettait sa corpulence, toujours en marmonnant « de la magie noire, très, très noire». Dumbledore le regarda partir, l'air soucieux, puis il se tourna vers la cachette de Regulus et Narcissa,

-Vous aussi, vous devriez rentrer à vos dortoirs, leur dit-il.

Narcissa ne se le fit pas dire deux fois. Sans même un mot pour Dumbledore, elle empoigna la main de Regulus et l'entraîna à travers les couloirs, courant à toutes jambes jusqu'à leur salle commune.

Ce n'est qu'une fois le mur du cachot passé qu'elle se permit de respirer.

-C'étaitlui ? Demanda Regulus, d'un ton surexcité, alors qu'elle tentait tant bien que mal de reprendre son hocha la tête.

Regulus eut soudainement l'air réjouit.

-Il était à Poudlard ! On l'a vu !

-Youpiiii, répondit-elle d'un ton sarcastique.

Mais il ne semblait pas l'avoir remarqué.

-Il est comme Bella l'avait dit ! Il est…

Regulus sembla incapable de trouver ses mots.

-Toi tu l'avais déjà vu non ?

Elle hocha à nouveau la tête.

-Quand j'étais petite, oui, dit-elle de mauvaise grâce L'oncle Cillian nous avait emmenés, moi, Bellatrix, Andromeda, et Evan.

-Et ?

-Et alors quoi ? demanda-t-elle d'un ton sec.

Elle n'avait pas franchement envi de se souvenir de cette soirée. Elle s'était retrouvé elle et ses sœurs au beau milieu d'une forêt de robe noires, et au milieu, il y avait eu lui et son visage de craie. Elle avait fondu en larme en le voyant. Et encore plus quand Oncle Cillian lui avait brusquement ordonné de s'agenouiller. Ensuite, elle était restée prostrée dans un coin, Evan, trop petit pour comprendre, dormant contre son épaule alors qu'elle même osait à peine respirer, jetant de temps à autre des regards suppliants à ses deux sœurs qui n'avaient d'yeux que pour le Seigneur des Ténèbres, subjuguées par sa présence, buvant chacune de ses paroles.

Elle ne se souvenait pas de ce qui avait été dit ce jour-là, d'ailleurs, elle était sans doute trop petite pour le comprendre. Elle se souvenait juste des mots glacées qui tombait goutte à goutte dans un silence si épais qu'il en était palpable et d'à quel point elle avait eu peur.

-Tu ne veux pas raconter ? Insista Regulus.

-Non.

-Mais….

-Non parce qu'il me fout la trouille ! Un point c'est tout !

-Bella en parle tout le temps pourtant. Tout le temps, tout le temps. Elle n'arrête pas de dire que c'est ce dont les sorciers ont besoin et bien plus encore.

-Je sais oui.

Il était difficile de passer à coter des discours de sa sœur vu qu'elle les serinait même en dormant.

- Et Andromeda? Tu disais qu'elle y était ?

-Oui, dit-elle du bout des lèvres.

-Et ensuite ?

« Ensuite, pensa-t-elle, Oncle Cillian les avait emmenées à la chasse au sang-de-bourbe. »

Mais ça elle ne pouvait pas en parler. Ni à Regulus, ni à personne. Elle n'avait même pas envie de s'en souvenir, ni du visage de cet imbécile de Ted Tonk terrifié alors que Bella et Meda lui tournait autour comme des hyènes, encouragé par un oncle Cillian complètement ivre. Ni après de la flaque de sang sur le trottoir qui grandissait, grandissait et grandissait encore, et encore moins du visage d'Andromeda qui soudain paraissait être complètement partie pendant que Cillian la félicitait. Et sûrement pas de l'expression de pure jouissance de Bellatrix.

Le pire, c'est qu'après tout ça Andromeda était sortie avec Ted Tonk. Quoi de plus normal après avoir voulu le tuer ? D'ailleurs, quand elle l'avait appris, Narcissa avait amèrement regretté qu'elle ne l'ait pas fait. Puis, les parents l'avaient renié sans état d'âme.

C'était la condamner à mort, avait dit Narcissa. oncle Cillian la tuerai sans sourciller si elle ne faisait plus partie de la famille. Mais ils avaient juste pensé qu'elle inventait pour défendre Meda. Ted Tonk n'avait pas été beaucoup plus réceptif quand elle l'avait supplié de larguer sa sœur. Elle l'avait même soudoyé avec un bracelet, mais il l'avait offert à Meda, le sournois ! Se faire torturer sur un bord de trottoir aurait dû le rendre moins sceptique, mais non.

Décidément, les sang-de-bourbe ne servaient vraiment à rien. Et puis, c'étaient tous des menteurs. Comment pouvait-on faire confiance à des gens qui mentaient effrontément à tous ceux qu'ils connaissaient dès lors qu'ils rentraient dans le monde sorcier ? Et pourquoi les accepter dans le monde magique, censé rester secret, alors même qu'ils rendaient ses frontières poreuses ? On marchait sur la tête. C'est pour ça que des types comme Voldemort émergeaient. On en était qu'au début, Narcissa en était sûre, mais personne n'avait l'air de vraiment prendre la mesure de ce qui était en train d'arriver. A part Dumbledore apparemment.

-Foutus moldus, fini-t-elle par dire. S'ils n'existaient pas des types comme Voldemort ne se pointerait pas. Ils méritent ce qui va leur arriver, tient !

-Tu ne l'aime pas ? demanda Regulus, un peu surpris.

-Pas des masses, non.

-Mais Bellatrix raconte toujours des tas de trucs sur lui, insista Regulus.

-Demande à Bellatrix alors ! S'écria Narcissa franchement énervée.

Elle le planta là et s'en alla à grand pas dans son dortoir.

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Walburga sentait le regard impassible mais lourd de son fils cadet sur elle. Cela la mettait mal à l'aise, comme s'il attendait quelque chose d'elle. Elle posa en soupirant son exemplaire de sorcière hebdo et parcouru rapidement le bulletin que Regulus avait posé sur la table. Il était impeccable. Oh bien sûr, elle avait reçu au cours de l'année plusieurs hiboux de Poudlard à propos de ces histoires de potions de mémoires, mais à part ça, la conduite de Regulus et ses résultats étaient absolument excellents, et elle n'avait pas vraiment compris le ton alarmant des lettres de Dumbledore. Regulus n'avait rien fait qui puisse porter préjudice à l'école ou à sa famille. Quel mal pouvait-il y avoir aux potions stimulantes si le résultat était là ? Regulus n'était pas comme Sirius, qui ne perdait pas une occasion de la mettre dans l'embarras. Elle ne comptait plus les hiboux qu'elle avait reçus suite à sa conduite exécrable. Son admission à Gryffondor, quand toute la famille était passée par Serpentard était clairement un affront, une façon de se démarquer d'eux. Elle aurait pu fermer les yeux s'il n'avait pas pris la fâcheuse habitude de la couvrir de honte par tous les moyens possibles et imaginables. Il ne se passait pas une semaine sans que son aîné ne se retrouve en retenue. Il faisait ça contre elle, évidement.

Comment en était-on arrivé là ?

-Tu sais, dit-elle en reposant négligemment la feuille, je pense que ton frère a eu trop de loisirs. J'ai été trop laxiste avec lui, et regarde le résultat.

Elle crut déceler une lueur de colère dans le regard de son fils, et cela ne lui plut pas du tout.

-Tu penses que j'exagère ? Que je suis trop dure avec lui ? Mais regarde ce qu'il est en train de devenir ! Il est effronté, insolent ! Bientôt, je n'arriverai plus à le tenir ! J'ai bien peur qu'un jour, je ne doive l'enlever de la tapisserie !

-Oui, maman, murmura le garçon.

-Oui, et pourtant crois-moi, ça me désolerait, vraiment.

Elle marqua une pause, l'air perdu dans le vague.

-Je pense, reprit-elle, oui je pense que cet été, tu devrais établir un programme de révision, en plus des devoirs que l'on t'a donnés. Pour être fin prêt à la rentrée.

-Mais j'ai les meilleures notes de toute ma classe ! s'écria Regulus.

-Ne prend surtout pas l'habitude de te reposer sur tes lauriers. Le niveau de Poudlard est excessivement bas depuis que Dumbledore est directeur, sans doute pour permettre à ces racailles de sang-de-bourbe de se maintenir à niveau. Tu peux faire mieux, Regulus, tu dois faire mieux. Ne serait-ce que pour faire oublier les frasques de ton frère, à moins que tu ne veuille déshonorer ton nom ? Comme lui ? Toi aussi tu veux que je t'efface ?

Il baissa la tête.

-Non, maman.