N/A: Merci à tous ceux qui ont laissé un petit mot, ça fait toujours très, très plaisir !

Attention : Je crois l'avoir déjà mentionné dans le chapitre précédent mais cette histoire contiendra pas mal de drogue, de grossièretés, sans doute du sexe, je ne me suis pas encore fixée là-dessus, mais, surtout, c'est un slash (Arthur/Merlin même si ça mettra un peu de temps à venir) si ça une de ces chose-là vous dérange, alors, ne lisez pas !

Disclaimer : Rien de tout ceci ne m'appartient. Ni les personnages, ni l'intrigue (inspirée du film Almost Famous).


Presque Célèbre

Chapitre I : The Man Who Sold the World

"I gazed a gazely stare at all the millions here,
We must have died alone, a long long time ago,

Who knows? Not me,
We never lost control,
You're face to face,
With the man who sold the world."

David Bowie —The Man Who Sold the World

(1970)

SAN DIEGO – 1973

Merlin était terriblement têtu, un trait qu'il avait selon Will hérité de sa mère. Ce qui pourrait être envisagé comme un défaut se révéla cependant être la raison même du virage inouïe que prit son destin pendant le magnifique mois de mai de l'année 1973.

Merlin avait fêté son dix-neuvième anniversaire en Janvier, et était en plein dans sa deuxième année universitaire d'étude de droit – un parcours qui, selon sa mère, lui avait toujours été destiné – mais voilà, ce n'était pas son truc, mais alors pas du tout. Sa passion pour les cours de droit constitutionnel s'arrêtait aux petits dessins qu'il passait son temps à faire dans les marges de son cahier.

Comme la plupart des mères, Hunith ne faisait qu'espèrer le meilleur pour ses enfants – dans ce cas-ci pour son seul et unique fils, puisqu'elle avait vraisemblablement rayé Will de son existence – sans se rendre compte que ce qui, à ses yeux, faisait le bonheur, n'était pas ce que désirait Merlin.

Malheureusement pour lui, s'il se trouvait être têtu à souhait, il n'était pas pour autant un parangon d'audace, surtout en face de sa génitrice, raison pour laquelle il n'avait jamais trouvé en lui le courage nécessaire pour lui avouer que le droit, il n'en avait rien-à.-foutre. Elle n'aurait pas compris, ne pouvait pas comprendre, c'était en tout cas ce que lui avait assuré Will, et depuis tout petit Merlin avait pris la fâcheuse manie d'ériger ses paroles en messages quasi divins. Pour le plus grand malheur de sa mère, qui désespérait de le voir écouter cette musique (du Rock 'n' Roll, franchement, qui avait trouvé un nom pareil?) à longueur de journée.

« Je ne comprends vraiment pas ce que tu leur trouves. Ce sont tous des junkies. Tu as entendu parler de ces Rolling Stones ? » demanda-t-elle avec mépris.

Merlin se retint de lever les yeux au ciel : bien sûr qu'il en avait entendu parler, qui n'en avait pas entendu parler, au juste ? Mais sa mère n'appréciait pas les questions rhétoriques, trop insolentes à son goût.

« Que de scandales, est-ce que tu as seulement entendu parler de leur dernière frasque ? Sexe et drogue. Si les jeunes grandissent avec pour idoles des gens pareils, je préfère ne même pas imaginer ce qu'il va advenir de notre société.

-Maman...je pense que tu exagères. Légèrement, rajouta-t-il précipitamment face au regard noir qu'elle lui lança.

-Est-ce que tu essaies de me dire que tu approuves ?

-Non, bien entendu. Mais je me fiche bien de ce qu'ils font en dehors de la scène. Est-ce qu'on ne peut pas apprécier un artiste sans apprécier l'homme ?

-Je ne vois pas comment. »

Vu comme ça, il n'était pas difficile de comprendre pourquoi Will disait constamment que son obstination était un héritage maternelle, pensa Merlin en soupirant discrètement.

« Ils ne parlent que de ça dans leur chanson, c'est quand même choquant. »

Merlin aimait sa mère et il l'aimerait toujours. Mais elle avait un don absolument fascinant pour lui taper sur le système. Il se considérait comme un jeune homme taciturne, assez conciliant, ce qui en somme signifiait qu'il n'était pas chose facile de le mettre hors de lui, sport dans lequel sa mère adorée excellait pourtant et remportait même la palme d'or.

Hunith était quant à elle une femme relativement paradoxale elle avait un côté relativement conservateur qui s'opposait à un côté profondément féministe et engagé.

Elle posa un saladier plein de légumes de saison à peine assaisonnés sur la table. Au moins elle ne prenait pas de risque pour la cuisson. Avait-il oublié de préciser que c'était une piètre cuisinière ? Elle leur avait – à Will et lui – imposé un régime végétalien depuis tout jeunes, ce qui leur avait sans doute épargné un nombre incalculable de plats plus dégueulasses les uns que les autres. (Il n'y avait vraiment pas d'autres mots.)


Will avait encore une cigarette collée aux lèvres.

« Pourquoi est-ce que tu fumes autant ? Demanda-t-il exaspéré.

-Quoi ? T'en veux une ? »

Il soupira et se mit à marcher plus vite. La personne à qui il avait envoyé ses articles avec frénésie avait pris la peine de passer au poste radio du coin, tenu par Cédric – un homme pour le moins étrange, qui faisait lui faisait constamment des avances – il ne pouvait pas se permettre d'arriver en retard.

« Bon sang, Will, accélère s'il te plaît, on va être à la bourre. »

Will haussa un sourcil broussailleux « tu vas être à la bourre. »

Merlin aurait de nouveau lever les yeux au ciel si son cœur ne battait pas la chamade comme il le faisait depuis un petit peu trop longtemps maintenant. Il ne savait même pas précisément de qui il s'agissait. Seulement qu'il (ou elle) était journaliste à plein temps pour le magazine Creem.

Il n'avait jamais espérer qu'on aille jusqu'à lui réponde alors lui proposer un rendez-vous...c'était tout simplement énorme, il ne pouvait pas laisser passer une opportunité pareille, il ne pouvait tout simplement pas. Le pire, c'était sa mère, mais bon, elle n'avait pas à être mise au courant de cette rencontre, et puis ce n'était certainement pas Will qui allait le trahir. Lorsqu'ils arrivèrent devant le poste radio, Merlin eut un haut le cœur comme s'il allait se mettre à vomir tout d'un coup, mais il se força à garder son calme. Ce n'était pas comme s'il se retrouvait face à un éminent homme politique, non, c'était simplement un journaliste, qui écrivait pour Creem, mais un simple journaliste tout de même, et puis il ne se serait pas déplacé pour lui dire que ses articles n'avaient aucun intérêt. Fort de cette pensée, Merlin poussa la porte en verre du poste radio avec détermination. Laissant son frère – complètement oublié – dehors.

Il croisa d'abord le regard surpris, puis appréciatif, de Cédric.

Sa moustache était toujours aussi imposante qu'avant. Il articula difficilement un « bonjour » presque inaudible lorsque ses yeux tombèrent sur la silhouette très féminine d'une grande blonde. Une tresse, large et dorée, cascadait depuis sa nuque pour s'échouer sur sa poitrine, ronde et imposante.

« Bonjour, Merlin, c'est ça ? Je m'appelle Iseult.

-Oh, euh, enchanté, » dit-il en lui tendant la main, une rougeur s'étala sur les joues, et Merlin tenta de sourire malgré la gêne qui l'habitait.

La jeune femme la saisit avec une fermeté étonnante et lui lança un sourire d'une blancheur éclatante.

« Et si on allait boire un verre, histoire de discuter au calme ?

-Euh...oui, oui, bien sûr. »

Et il sortit à sa suite sans plus un regard pour Cédric ou pour Will, qui le suivit néanmoins du regard, complètement éberlué (le regard plus ou moins attiré par la chute de reins de la femme qui l'accompagnait).

« Qu'est-ce que tu étudies, dis-moi. »

Elle avait commandé deux glaces à la vanille, une pour elle et l'autre pour Merlin, ce fut également elle qui les paya – « ça me fait plaisir, je t'assure. »

« Euh, du droit ? »

Elle éclata de rire à son expression.

« Quoi, tu n'en es pas sûr ?

-Si, si. C'est juste que ce n'est pas ce que j'ai envie de faire.

-Mmh, oui, j'avais cru comprendre ça. »

Elle se tut, troquant son expression enjouée pour une autre, bien plus sérieuse.

« J'ai beaucoup apprécié les articles que tu nous as envoyé, notamment sur The Round Table... je pense sincèrement que tu pourrais avoir un avenir dans ce domaine.

-Mais ?

-Mais notre rédacteur en chef n'était pas aussi intéressé que moi. Il ne croit pas vraiment en ce groupe si tu veux savoir, il est un peu vieux jeu, je dois dire, et il préfère rester sur des valeurs sûres.

-Je vois. »

Merlin soupira, déçu.

Et là, elle lui sourit de nouveau. Comme si elle ne venait pas d'envoyer tous ses espoirs s'échouer à terre, brisés en un nombre incalculable de petits morceaux. De nouveau elle laissa apparaître sa dentition parfaite dans un sourire éblouissant. Elle pris sa main dans la sienne, et s'il n'avait pas eu le cœur au bord des lèvres, il serait probablement devenu écarlate.

« Mais je ne suis pas de cet avis, alors j'ai envoyé tes articles à une personne que je connais au Rolling Stone Magazine. »

Merlin sentait littéralement son cœur au fond de sa gorge.

C'était le Rolling Stone Magazine, même en rêve il ne s 'était jamais laissé espérer une opportunité pareille.

« Pincez-moi. S'il vous plaît. »

Iseult éclata à nouveau de rire sa tête basculée en arrière et sa tresse suivant le mouvement. Soudain, la couleur de sa peau, légèrement hâlée, était devenue aux yeux de Merlin, celle de l'espoir. Il n'osait même pas respirer convenablement, de peur que sa bulle finisse par éclater et lui par se réveiller dans son lit, la voix de sa mère raisonnant depuis la cuisine. C'était invraisemblable, et la joie éclata comme un feu d'artifice dans sa poitrine.

« Tu sais, je ne peux rien te promettre. La décision ne m'appartient pas mais...si je peux te dire une chose c'est – n'arrête pas, d'accord ? Les gens ne savent plus reconnaître l'âme du rock, de la véritable musique, ils ne la sentent plus. A quoi est-ce que ça sert de jouer si les gens ne peuvent plus vraiment entendre, écouter ? On a besoin de personne comme toi, Merlin, pour maintenir la musique en vie, pour qu'elle puisse trouver des oreilles attentives. Je l'ai compris dès ton premier article, que tu savais écouter, pour de vrai, pas comme ces attroupements de groupies qui ne savent rien faire d'autre que de courir après leurs idoles. Je suis sûre que tu iras loin, alors même si tu ne reçois pas de réponse du Rolling Stone Magazine, n'abandonne pas, d'accord ? »

Merlin se contenta de hocher la tête, incapable de parler, son esprit flottait au-dessus des nuages. Là, à cet instant précis, plus rien ne lui semblait impossible, et il se sentait invincible.

Ils finirent leurs glaces en discutant d'autres choses, des stars par exemple, Merlin fit par des commentaires de sa mère à propos du Rock 'n' Roll et des Rolling Stones à Iseult, qui se contenta de sourire, amusée.

« Je comprends bien. Imagine mes parents quand ils ont entendu du rock pour la première fois. Plus choqué, tu meurs. Mais ils s'y sont faits, petit à petit, et puis ils n'avaient pas vraiment le choix, quand il m'interdisais un concert, je faisais le mur. Mais on ne peut pas pour autant dire que ta mère n'a pas raison, c'est ça l'esprit rock sex, drugs and Rock 'n' Roll. On ne le changera pas. Et je n'en ai pas la moindre envie. »

Et puis ils se mirent à parler de The Round Table, dont ils étaient tous les deux fans.

« Ils ont encore quelque chose d'immature, mais je pense sincèrement qu'ils s'amélioreront avec le temps. Et puis le son de la guitare...c'est extraordinaire. Je ne pensais pas un jour entendre un guitariste qui puisse se mesurer à Jimmy Page, mais c'est juste époustouflant, ça me donne des frissons à chaque fois que je les écoute ! »

Iseult ne put que sourire devant l'enthousiasme de Merlin.

« Je me doute bien de la réponse mais...tu es au courant qu'il va y avoir un concert, ici, à San Diego.

-Bien sûr ! Des Black Sabbath.

-Oui, répondit-elle avant de se pencher en avant, et de murmurer, sur le ton de la conspiration : et est-ce que tu sais quel groupe va se charger de faire l'ouverture ?

-Non.

-Et bien tu ne tarderas pas à le découvrir !

-Mais vous n'allez pas me le dire ?

-Pourquoi est-ce que je devrai ? L'attente avant la réponse n'en sera que plus exaltante.

-Mais je ne suis même pas sûr de pouvoir y –

-Diantre ! Ne t'avises pas de terminer cette phrase. Tu dois y aller. Tu te prétend journaliste en herbe ? Alors tu ne peux pas rater une occasion pareille ! Et puis si ta mère veut t'empêcher d'y aller...ma foi, fais le mur, on devrait tous passer par là une fois dans sa vie ça forge le caractère.

-Okay, répondit Merlin, dont le joie pouvait faire dire à peu près tout et n'importe quoi. J'irai.

-Voilà la réponse que j'attendais ! »

Elle jeta un coup d'œil à sa montre et grimaça.

« Merde, va falloir que j'y aille. Tiens, je te laisses les coordonnées des bureaux du Rolling Stone Magazine, normalement, c'est un certain Tristan qui te répondra, tu lui diras que c'est Iseult qui t'a donné ce numéro et tu lui demanderas Gaius. Il a sans doute déjà reçu tes articles. »

Elle allait partir, d'un pas empressé, mais Merlin se leva à son tour.

« Iseult !

-Oui ? Demanda-t-elle, toujours avec amabilité, comme s'il ne lui faisait pas perdre son temps.

-Je – je voulais juste vous remercier, d'avoir fait tout ça pour moi, c'est...c'est vraiment génial de votre part.

-Oh mais je ne le fais pas pour toi, répondit-elle, un sourire mystérieux sur les lèvres. Je le fais pour la musique. »

Sur ces mots, elle lui souhaita bonne chance, et sortit du petit café dans lequel ils s'étaient installés pour discuter.

Merlin se laissa tomber dans la chaise qu'il occupait quelques minutes auparavant. Complètement retourné par cet échange. La tête sans dessus-dessous et le cœur complètement paumé, comme s'il ne savait plus où se mettre. C'était – sans euphémisme – le sentiment le plus exaltant qu'il avait jamais ressenti. Il se sentait à la hauteur pour tout entreprendre, tout ce dont il n'avait fait que rêver jusqu'à aujourd'hui. Il se sentait près à soulever des montagnes. Est-ce que c'était ça, que de sentir son rêve se matérialiser ? Se rapprocher, d'enfin pouvoir le sentir, le frôler du bout des doigts ? Il n'en savait strictement rien, parce qu'à dix-neuf ans il n'avait pas plus d'expérience de ce domaine-là que ses camarades du même âge, mais il avait autre chose, il avait l'intime conviction, renforcé par le discours d'Iseult, que cette entreprise qui était la sienne ne rimait pas à rien, comme sa mère voulait le lui faire croire, non. C'était ce pour quoi il était fait, c'était son destin.

Là-dessus, il sortit à son tour du petit café, un sourire dément sur les lèvres, et si Will se moqua longuement et ouvertement de lui, on pouvait voir sur son visage que le bonheur de son frère prenait écho en lui.

« Bon, commença Will en s'allumant une nouvelle cigarette. Je t'invite chez Mcdonald's pour dîner, tu me racontes tout ce que la gonzesse t'a dit, et ensuite j'te ramène à la maison, qu'est-ce que t'en pense ?

-J'en pense que de temps en temps tu es capable d'avoir de bonnes idées ! »


Comme Merlin l'avait prédit, le plus dur restait à convaincre Hunith du bien fondé de son entreprise. Et puis ce n'était pas comme s'il abandonnait la fac ou quoi que ce soit, comme s'il avait l'intention de laisser tomber le droit – parce que c'était bel et bien ce que sa mère craignait, il le savait – il voulait simplement aller à un concert. Ce n'était pas complètement invraisemblable pour un jeune de dix-neuf ans...si ?

Oh, et puis il s'en fichait bien de ce qu'elle pensait, de ce que les autres pensaient ! Il n'avait plus qu'un seul but, se rendre à ce foutu concert et interviewer les Black Sabbath. Il n'avait plus que cette idée-là en tête, et personne ne pourrait le convaincre de ne pas la concrétiser.

« C'est bientôt la fin d'année, tu devrais rester à la maison et réviser pour tes examens plutôt que d'aller te mélanger à tout un tas de junkies.

-Mais je ne fais que ça, réviser ! J'ai dix-neuf et c'est tout ce autour de quoi ma vie tourne. Est-ce que ce n'est pas déprimant ? J'ai sauter une classe et on continue de me regarder comme un alien à la fac, je ne suis jamais sorti avec une fille –

-Je n'en vois pas l'utilité. Il y a des choses plus importantes dans la vie.

-Maman. J'ai besoin d'aller à ce concert. S'il te plaît. C'est une question de vie ou de mort. »

Hunith haussa un sourcil qui en disait long sur son opinion.

« Est-ce que tu n'exagères pas un peu ?

-Je parle de ma vie sociale, là. Je ne te demande pas grand chose, je ne te demande jamais rien. Je veux juste, vraiment aller à ce concert. »

L'expression d'Hunith change légèrement, presque imperceptiblement, mais Merlin connaissait sa mère, et il savait que c'était le signe qu'elle allait céder, qu'elle allait accepter. Il allait pouvoir aller à ce foutu concert, et écrire un article du tonnerre qu'il enverrait au fameux Gaius, et...et à partir de là les choses se feraient toutes seules. Il le sentait, il touchait son but du bout des doigts. Il allait enfin réaliser ce pour quoi il était venu au monde.

« Bon, je passerai te chercher à 23 heure, alors tu m'attendras ici, précisément. Ce n'est pas une demi heure plus tard ou à minuit. Entendu ? Je veux que tu sois ici à 23 heure pétante, entendu ?

-Oui, oui. Je peux y aller maintenant ? »

Hunith murmura un « oui » presque inaudible et se pencha vers son fils, qui lui embrassa la joue, plus par habitude que pour quelques autre raisons que ce soit.

Il suivait les pas d'une foule conséquente lorsque sa mère, vitre baissée, lui cria :

« Merlin, n'oublie pas ! Pas de drogues! »

A ces mots, plusieurs personnes – visiblement tout sauf dans leur état normal – se tournèrent tout comme lui en direction de la voiture de sa mère et crièrent à leur tour : « Pas de drooogue » pour ensuite éclaté de rire. À la mine contrite de sa mère, Merlin se contenta de hausser les épaules avant de continuer sa marche d'un pas rapide et enthousiaste.

« Aaah ces jeunes, » murmura Hunith une fois son fils hors de sa vue, une nostalgie insoupçonnée dans la voix.

Du côté de Merlin, les choses auraient pu mieux se passer à croire que certains n'étaient pas au courant de ce que le destin avait prévu pour lui.

La montagne qui gardait l'entrée des coulisses tel un bon gros chien de Cerbère haussa un sourcil inexistant (il était complètement chauve, pas l'ombre d'un cheveux, d'un sourcil ou d'un seul poil).

« Qu'est-ce que tu veux, gamin ? »

Merlin ouvrit et ferma la bouche, comme un poisson hors de l'eau.

« Pardon ? Je ne suis pas un gamin ! Je – je suis journaliste.

-Ah ouais ? Écoute, gamin, va raconter ça à quelqu'un d'autre.

-Je ne plaisante pas, dit-il en attrapant le videur par le bras avant que celui-ci ne retourne à l'intérieur sans le laisser entrer. J'ai été envoyé par le magazine Creempour écrire un article sur Black Sabbath. »

A ces mots, l'homme sembla hésitant à le rabrouer de nouveau. Puis il entra en faisant signe à Merlin d'attendre. Une fois ressorti, il avait récupéré son air hautain.

« Désolé gamin, ton magazine n'est pas sur la liste. »

Sur ce, l'homme dépourvu de toute pilosité décida qu'il en avait fini avec Merlin, et qu'il pouvait retourner vaguer à ses occupations. À l'intérieur.

Bon sang, qu'il était déçu. Il n'avait pas été très malin en même temps, il aurait dû y penser avant. Tout ne pouvait pas se passer comme sur des roulettes, ça aurait été trop beau pour être vrai. Mais il s'en fichait bien, il allait avoir cet article, peu importe qu'il soit sur la liste ou non.

Il soupira et s'éloigna.

Il pouvait entendre des filles plus loin, chuchotant et ricanant alors qu'elles le regardaient plus ou moins discrètement.

« Mais qu'est-ce qu'il fait ?

-Il veut sans doute un autographe.

-Et ils lui ont fermé la porte au nez !

-Le pauvre ! »

Bon. Il avait connu plus discret.

L'une d'entre elles s'approcha doucement de lui.

Elle était très belle il pouvait le voir alors même que le soleil s'était couché depuis longtemps. Un nuage de cheveux bouclés d'un brun doré flottait autour de son visage basané et son sourire était absolument éclatant. Elle était habillé avec un jean taille haute et un petit haut en lin, ses fines bretelles frôlant la peau caramel de ses épaules rondes, qui laissait deviner sans peine qu'elle ne portait rien en-dessous. Mais ce n'était pas surprenant, les nuits de Mai était très douces en Californie.

Les mots sortirent de sa bouche tous seuls : « je ne suis pas une groupie. ».

La jeune femme parut surprise mais finit par sourire après quelques secondes de silence.

« Moi non plus, répondit-elle avant d'ajouter : aussi surprenant que cela puisse paraître. Je n'ai rien à voir avec ces filles qui courent après des idoles sans jamais essayer d'écouter la musique. Je m'appelle Gwen, et je fais partie d'un ensemble de groupeuses. Et toi, si tu n'es pas une groupie, qu'est-ce que tu fais là ? »

Son sourire avait un petit quelque chose de moqueur, mais Merlin ne s'en offusqua pas, parce qu'elle ne le prenait pas de haut. Loin de là, elle avait l'air sincèrement amusée et curieuse.

« Je suis journaliste. Je suis venu pour faire une interview des Black Sabbath. »

A ces mots, l'expression de Gwen se fit vraiment surprise. Mais elle ne tarda pas à froncer les sourcils, et Merlin pensa : « quoi ? Je suis si peu crédible que ça ? »

« Tu m'as l'air un peu jeune pour être journaliste. Tu as quel âge ? »

19 ? Qu'est-ce qui était préférable ? Dire la vérité ou la camoufler un peu ? La seconde option lui semblait bien plus judicieuse.

« 21. J'écris pour le magazine Creem.

-Oh. »

Elle jeta un coup d'œil par dessus son épaule.

« Et tu n'arrives pas à entrer ? »

Merlin grimaça.

« Non. Le chien de garde dit que je ne suis pas sur la liste. »

La jeune femme – Gwen – sourit de nouveau, toujours un brin moqueuse.

« Regarde faire les pros. »

Elle lui lança un clin d'œil alors que – avec les autres jeunes femmes qui l'accompagnait – elle frapper à la même porte que lui quelques minutes auparavant. Merlin haussa un sourcil. Qu'est-ce qu'elle espérait ? Qu'on les laisserait entrer sous prétexte qu'elles étaient quoi au juste ? Des groupies qui prétendaient ne pas appartenir à la catégorie portant ce nom. Il aurait lui aussi l'occasion de se moquer lorsque – lorsque rien du tout. À sa grande surprise – et à sa grande indignation – le chien de garde se contenta de leur sourire (en flirtant sans honte) et de les laisser entrer en pinçant les fesses de l'une d'entre en passant.

Merlin se précipita à leur suite et coinça son pied dans l'embrasure de la porte avant que le chien de garde n'ait eu le temps de la fermer.

« Pourquoi est-ce que vous les avez laissé entrer ? Demanda-t-il, indigné. Après réflexion, non, ne répondez pas à cette question. Mais, juste, si vous les laissez entrer, qu'est-ce qu'il vous coûte de me laisser entrer, moi ? »

L'homme fronça les sourcils, il n'avait plus l'air le moins du monde amusé.

« Dégages moi le plancher, ou je me chargerai de te faire retourner dans le bide de ta mère. Pigé ? »

Merlin avala difficilement sa salive. Un frisson lui parcourant l'échine. Pourquoi est-ce que les choses ne se passaient pas comme dans un rêve, hein ? Histoire de continuer sur la lancée euphorique qu'avait initié Iseult.

Il fit quelques pas en arrière, dépité, et se fit à l'idée de devoir trouver un autre moyen d'entrer. (Hors de question qu'il abandonne. Il était bien trop le fils de sa mère pour ça.)

Il était plongé dans ses pensées et considération – cherchant activement un moyen de parvenir à ses fins – lorsqu'il entendit le crissement de pneus contre le béton de la route derrière lui. Il fronça les sourcils, intrigué à la vue de la Combi Volkswagen 69 toutes lumières allumées. Il ne remarqua pas tout de suite le mot peint à même la voiture, juste au-dessus du logo de la marque allemande.

Excalibur.

Voilà ce qu'il y avait décrit sur la voiture. Ce qui signifiait que cette voiture n'était autre que celle de –

« Bordel de merde. »

Il n'était pas dans les habitudes de Merlin de parler de la sorte (Hunith lui avait réussi à lui inculquer des valeurs, contrairement à Will) mais là, la surprise était telle que pour la traduire et la retranscrire on n'aurait pu trouver de mots plus expressifs que ceux-là. Parce que là, juste devant lui (et lui seul, aucune groupie ou fan hystérique à l'horizon) se trouvait le van des membres du groupe The Round Table. Si ça ce n'était pas un signe, alors il était prêt à renoncer à...et bien, à n'importe quoi.

Le van se gara en zigzagant. À croire que le conducteur était complètement bourré.

De là où il était, Merlin pouvait entendre des gens parler – presque crier – à l'intérieur. Peut-être qu'ils se disputaient.

Il avait les yeux fixés sur la porte du van lorsque celle-ci s'ouvrit sur un homme relativement grand, les épaules larges et la taille marqué, ses cheveux bruns frôlant la peau hâlée de ses épaules.

C'était Gwaine le vocaliste de The Round Table en plein dans une discussion fort agitée avec une jeune femme qui – en tout cas aux dernières nouvelles – ne faisait pas partie du groupe. Une fois qu'il eut posé les yeux sur elle, Merlin fut bien incapable de détourner le regard. Elle était...époustouflante. Grande et élancée, extraordinairement belle, mais de cette beauté froide et inatteignable qui vous coupe le souffle et la met de suite sur un piédestal, comme s'il y avait en elle un quelque chose de non-humain, de surnaturel, de quasi divin.

Enfin, peut-être que tout ça n'était que le produit de son esprit de – plus tout à fait adolescent mais encore un peu quand même – puceau plein d'hormones et mièvre au possible.

De toute façon, la réponse resterait à jamais enfermée dans un coin de l'esprit de notre héros, parce que la troisième personne à descendre du van n'était autre que le guitariste principal de la bande Arthur Pendragon. Est-il seulement nécessaire de rappeler ce que Merlin pensait du son de cette guitare ? Extraordinaire.

Il sentit son cœur cesser de battre alors qu'il réalisait l'ampleur de sa chance.

Voilà de quelle groupe Iseult parlait quelques jours plus tôt, en lui demandant s'il savait qui allait faire l'ouverture du concert des Black Sabbath. The Round Table ; voilà de qui elle parlait. Voilà pourquoi il fallait à tout prix qu'il vienne.

Merlin n'avait pas froid aux yeux, était têtu comme une mule et incapable de renoncer à quoi que ce soit, alors quand l'ensemble du groupe (accompagné de la jeune femme et d'une montagne qui devait être le garde du corps) fut sorti du van et commença à se diriger dans la direction des coulisses, dans sa direction, il prit son courage à deux mains et alors même qu'il était persuadé de se retrouver incapable de prononcer le moindre mot une fois en face de quelque groupe que ce soit, les paroles sortirent de sa bouche comme par elles-même.

« Hé ! Vous êtes bien les membres de The Round Table, n'est-ce pas ? Est-ce que je pourrai vous interviewer ? C'est pour le magazine Creem. Ce ne sera pas long, je vous assure ! »

Le silence qui suivit sa question lui donna l'impression d'avoir parlé mandarin.

Tous les yeux étaient fixés sur lui, comme s'il était une bête curieuse, jusqu'alors jamais vu. Merlin se sentit rougir lorsque ses yeux croisèrent ceux du guitariste et détourna le regard. Il crut voir la femme ouvrir la bouche pour parler du coin de l'œil, mais c'est une voix masculine qui s'éleva dans le silence gênant. Elle aurait pu être amicale et chaleureuse, bienveillante, mais elle fut méprisante, tranchante et plus froide encore que les pauvres glaciers du Pôle Sud qui n'avaient rien demandé à personne.

« Hors de question. Pourquoi est-ce qu'on perdrait notre temps à répondre aux questions d'un morveux qui ne connaît rien à la musique ? »

Merlin cligna des yeux, abasourdi. Puis il ouvrit la bouche et la referma.

C'était Arthur qui venait de lui parler comme s'il n'était qu'un déchet accroché à la semelle de sa chaussure. Méprisant et arrogant au possible. Ses yeux étaient glacés, la colère brillait dans les iris bleues et Merlin trouva cette réaction complètement disproportionnée et c'est exactement ce qu'il allait lui dire lorsque Gwaine, le chanteur du groupe, posa une main compatissante sur son épaule.

« Désolé petit, mais nous on joue pour ceux qui aiment notre musique, pas pour les critiques. »

Un froid glacial courut dans ses veines, le figeant sur place.

Alors ça allait finir comme ça ? Il allait se laisser abattre par autant de négativité et remettre ce foutu rêve à plus tard ?

Non. Il en était hors de question parce qu'Iseult avait fait le déplacement, parce qu'il avait sa chance, parce que son rêve, son objectif était de plus en plus concret, parce qu'il abandonnait maintenant, ça voudrait dire...ça voudrait dire que tout serait fini.

On ne peut pas constamment remettre à plus tard ses souhaits, il allait forcément rencontrer des difficultés sur le chemin, il ne pouvait pas se laisser abattre. Il ne pouvait pas.

« Je ne suis pas critique. Je suis journaliste. Et je pense que j'aime la musique et le rock au moins autant que vous. La voix, dit-il en regardant Gwaine droit dans les yeux, rauque et profonde, flexible et puis la guitare...la guitare, dit-il, cette fois en fixant le dos du guitariste, qui décidément avait un problème avec lui, c'est...c'est tout simplement brillant. J'aime ce que vous faites, vous avez du potentiel, je le sais, je le sens. Alors...même si vous ne voulez pas que je vous interview, j'espère que vous continuerez longtemps à faire de la musique, parce que vous êtes bons, et que je suis sûr que vous serez excellents un jour. »

Les autres étaient sans voix, il ne savait pas au juste si c'était bon signe, mais ils le regardaient d'un œil différent maintenant sauf Arthur, qui avait visiblement décidé que Merlin ne méritait même pas qu'on pose le regard sur lui.

Même la jeune femme, jusqu'alors muette et froide, les bras croisés sur sa poitrine, avait vu son expression s'adoucir.

« Tu sais quoi, commença Gwaine, tu vas nous accompagnés et puis après...et bien, on en discutera avec notre manager. Ça te va ?

-Oui ! Bien sûr, c'est parfait.

-Génial.

-Mais euh, votre manager c'est... ?

-Oh, pardon, excuse-moi, je te présente le canon que voici, dit-il en attirant la jeune femme qui les accompagnait à lui (elle le fusilla du regard).

-Je m'appelle Morgana, et je suis le manager attitré de ces abrutis finis. Ravie de faire ta connaissance...

-Merlin ! Je m'appelle Merlin.

En entrant, il avait jeté un sourire satisfait au chien de garde avant de lui tirer la langue, s'empressant de suivre les membres du groupe quand ce dernier avait fait mine de lui régler son compte. Il était installé dans les coulisses aux côtés de Morgana qui avait dévêtu son manteau de fourrure blanche (comment elle pouvait porter ce truc par une chaleur pareille, il n'en avait pas la moindre idée).

« N'en veux pas trop à Arthur, c'est un con fini mais il a bon fond. »

Elle sortit un étui à cigarette de son sac et un joint de celui-ci. Il savait que c'en était un – à défaut d'en avoir jamais fumé – parce que Will était aussi un consommateur plus ou moins régulier de ce genre de produit.

« Tu en veux ? Demanda-t-elle en lui tendant le joint allumé.

-Oh. Euh non merci, c'est pas vraiment...mon truc. »Elle haussa un sourcil noir parfaitement dessiné, son expression était étonnée mais amusée. Elle tira plusieurs fois sur le joint et Merlin embrassa les coulisses du regard. Relativement surpris qu'on ne fasse aucune remarque à la brune.

Il finit par lui demander : « est-ce que tu as le droit de...enfin, tu vois quoi. »

La jeune femme se mit à rire et posa sa main sur la sienne avant de pointé un canapé dans un coin sombre des coulisses, où quelques cinq filles étaient écroulées les unes sur les autres.

« Ce que tu vois là, dit-elle en brandissant son joint, c'est ce qu'il y a de plus soft dans cette piaule. »

Son regard se reporta sur les silhouettes féminines et une expression méprisante s'installa sur son visage.

« Les groupies..., commença-t-elle, je ne connais rien de plus insupportable. Des chattes en chaleur qui ne savent rien faire d'autre que de courir après les stars pour espérer pouvoir un jour goûter à la saveur de quelqu'un de connu. Des imbéciles en somme. Qu'est-ce que tu fous ? »

Merlin avait sorti un petit calepin que lui avait offert Will quelques temps auparavant, et s'était retrouvé à noter ce que disait Morgana. « Oh euh...je prends en note ? »

De nouveau la jeune femme se mit à rire.

« Arrête ces conneries, » dit-elle en se levant pour mieux le pousser dans des dédales qui les menèrent à l'arrière de la scène. Un coin où ils pouvaient tout voir du spectacle sans être vu du public.

« Tu as dit que tu aimais la musique, alors écoute et arrête...ça, » dit-elle en grimaçant et en lui arrachant son calepin des mains et disparu, sans doute pour reprendre place dans les coulisses.

Et c'est exactement ce qu'il fit.

Ils jouaient Fever Dog (1). Ce n'était pas un de leurs meilleurs morceaux, il était déjà passé plusieurs fois à la Radio, mais il avait le mérite d'être ce dont on a parfois besoin. Toutes chansons ne pouvaient être des chefs d'œuvre, et cette chanson-là était exactement ce qu'on pouvait recherché en tant qu'easy listener. Des morceaux faciles et plaisants à écouter en somme, ni plus ni moins.

Les jeux de la batterie et de la guitare raisonnaient jusque dans le plancher de la scène, sous ses pieds, Merlin pouvait les sentir jusque dans les moindre pores de sa peau. Les différentes pulsations prenaient écho dans la peau fine qui recouvrait la pulpe de ses doigts, comme un million de picotement, il mourrait d'envie de tendre les mains en avant, d'en faire quelque chose, de ne pas rester figé comme une statue, là, sans savoir quoi faire mais parfaitement conscient de ne jamais – au grand jamais – vouloir partir. Il le savait, il le sentait. Et à cet instant précis, rien n'aurait pu le convaincre du contraire : sa place était là et nul part ailleurs.

« Alors, t'as réussi à entrer finalement ? »

Il se tourna, surpris, pour trouver la jeune femme de tout à l'heure à ses côtés.

« On dirait bien. »

Comme lui, elle redirigea son regard vers le groupe actuellement sur scène.

« Tu les connais ? Demanda-t-elle avec un quelque chose dans la voix auquel Merlin ne put apposer un nom.

-Ouais. Pas toi ?

-Non. Je venais juste pour Black Sabbath à la base. Ils sont bons.

-Très bon, ajouta Merlin avec un sourire. Et ils seront encore bien meilleur un jour. »

Mais Gwen ne l'écoutait plus. Son regard avait croisé celui d'Arthur, sur scène, réalisa Merlin. Ses propres yeux faisant le voyage entre les deux, ébahis. Il se sentit la victime d'une injustice en voyant le sourire aguicheur que le blond servit à Gwen alors qu'il avait été aussi violemment virulent avec lui, sans le connaître.

Ce n'était pas juste, et il sentit un de se rêve d'enfant se briser. Il aurait dû prévoir que ses idoles pouvaient être aussi amicales que détestables. Mais Merlin était trop naïf pour son propre bien.

Gwen était restée avec lui jusqu'à ce qu'il lui annonce qu'il devait partir, à ce moment elle l'embrassa sur les deux joues – comme s'ils se connaissaient depuis longtemps – pour aller rejoindre ses amies. Morgana le prit à part, après une discussion enflammée mais surtout chuchotée avec les membres du groupe.

« Écoute, ils sont d'accord pour l'article alors, comme tu dois partir, je vais te dire ce qu'on va faire : on va rester ici pendant quatre jours, on doit assurer plusieurs ouvertures mais après on doit dégager vers Los Angeles, tiens, » dit-elle en lui tendant un morceaux de papier plié en quatre. « C'est l'adresse de l'hôtel dans lequel on s'est posé, passe nous voir un de ces quatre. Oh, viens l'après-midi, avant 14 heures ils ne servent pas à grand chose. »

Elle lui lança un clin et fit demi-tour, le tissus fluide de sa longue robe accompagnant chacun de ses mouvements dans une harmonie de forme et de matières éblouissante.

Il jeta un coup d'œil à sa montre et grimaça. 23H17. Sa mère allait lui passer un de ses savons...

« Hé ! »

Merlin se retourna surpris, pour faire face à un Arthur qui marchait résolument vers lui, une expression beaucoup plus enjouée et légère que tout à l'heure. Il avait les yeux drôlement luisants et les pupilles dilatées.

« Qu'est-ce que vous voulez ? Demanda-t-il en serrant davantage sa main autour du petit papier que lui avait donné Morgana.

-Ne fais pas cette tête, je vais pas te mordre.

-C'est pas l'impression que vous donnez. »

Arthur leva les yeux au ciel, et se pencha vers Merlin.

« Morgana m'a dit que tu allais passer à l'hôtel, tache de ramener ta copine, okay ? »

Tout cela accompagné d'un clin d'œil qui lui sembla fortement hors caractère. Il fronça les sourcils.

« Quelle copine ?

-À ton avis ? La bonasse avec laquelle je t'ai vu tout à l'heure. »

Merlin ne s'y attendait pas. Il ouvrit la bouche et la referma, trop de fois pour que ce ne soit pas embarrassant. Mais qu'est-ce qu'il pouvait bien répondre à ça ? Il n'avait en aucun cas envisagé la possibilité que ses idoles – enfin plus vraiment pour certains – soient...soient aussi...

« Ma parole...mais vous êtes un véritable crétin. »

L'expression choquée et vexée du guitariste n'avait pas de prix.


(1): ''Fever Dog" est en fait une chanson attribuée au groupe fictif Stillwater autour duquel tourne le film Almost Famous, on peut cependant la trouver sur youtube.