Chapitre 2 : La routine se brise…

Note de l'auteur : Voici le chapitre deux ! Un gros merci à Moody Poison et à Baella, mes deux fantastiques bêta–lectrices J'espère que ça vous plaira. La suite devra attendre encore j'imagine. La rentrée approche à grands pas, je vais avoir pas mal de boulot sans compter que j'emménage dans ma chambre d'étudiant donc j'ai pleins de papiers à remplir et à signer. Et que j'aurais pas le net tout de suite.


La sonnerie stridente d'un réveil matin arracha Levy à ses doux rêves pour se reconnecter à la réalité. Le chant des oiseaux aurait été plus plaisant à entendre mais dans ces conditions ses yeux seraient restés étroitement clos et son esprit bien loin. Poussant un faible gémissement, son bras encore lourd de fatigue s'écrasa sur le bouton pour faire taire le bruit qui agaçait ses oreilles.

Sa chambre était située au deuxième étage, coté Est, avec une belle vue sur la forêt par delà les jardins et le mur d'enceinte. La pièce ressemblait d'ailleurs plus à une bibliothèque qu'à une réelle chambre à coucher. Un lit double était entouré par deux grandes étagères de livres pleines à craquer. À sa droite se trouvait une fenêtre et à gauche la porte menant au couloir et aux autres chambres. En face d'elle, une troisième porte donnait sur une petite salle de bain rien qu'à elle. La pièce était vaste, meublée de façon très sobre malgré la richesse certaine qu'on pouvait y voir.

La jeune femme étouffa un bâillement avec sa main et finit par s'étirer. Ses pieds se posèrent sur un tapis doux et moelleux quand elle se leva. Habillée d'une petite nuisette rose pâle, elle s'emmitoufla dans un peignoir avant d'ouvrir la porte. Le geste fut à peine exécuté que Levy sursauta en voyant un jeune homme courir dans le couloir en caleçon. Il était poursuivit par un autre garçon aux cheveux roses qui brandissait un coussin et braillait comme un sauvage. Les disputes entre ces deux–là ne cesseraient jamais. Le premier s'appelait Grey et la jeune fille rougit lentement en le voyant encore une fois à moitié nu. Elle ne l'avait noté que lorsqu'il était arrivé au bout du couloir, encore légèrement endormie. Elle n'avait jamais été surprise d'apprendre qu'il faisait fuir les enfants s'il vendait des glaces dans cette tenue. L'autre qui était juste derrière à brailler était Natsu. Il faisait tournoyer un coussin par-dessus sa tête de la même façon que lorsqu'il travaillait à la pizzeria et qu'il étirait la pâte dans les airs. Il était entré très jeune à Fairy Tail, son père ayant quitté la maison à cause de son travail. Depuis, plus aucune nouvelle de sa part, le pauvre garçon ignorait s'il était encore vivant.

— Salut Levy ! s'exclamèrent–ils en synchronisation parfaite avant de reprendre leur course.

L'intéressée n'avait même pas eu le temps de leur rendre la politesse. C'était toujours comme ça dès le matin: ça chahutait de partout. Elle leur cria juste de prendre garde à ne rien casser mais son message fut couvert par les piques qu'ils se lançaient.

Le premier étage du grand manoir était entièrement composé de chambres. Si bien qu'il ressemblait à s'y méprendre à un dortoir. En plus luxueux bien évidemment. Il n'y avait qu'à sentir la douceur du tapis rouge sous de petits pieds nus et le marbre des murs. La maison était assez grande pour que chacun ait sa petite pièce privée. Le nettoyage restait à la charge du propriétaire. C'était la raison première pour laquelle Levy ne rentrait absolument jamais dans une chambre appartenant à un homme. Lentement, elle se dirigea vers sa gauche où l'on distinguait un escalier en colimaçon qui descendait, au bout du couloir. Il y en avait un autre également à droite mais celui–ci montait. Il menait au dernier étage, vers la bibliothèque et l'observatoire. Un homme du nom de Gerald s'en occupait et vivait même dedans. La jeune femme lui parlait parfois, lorsqu'ils se croisaient. Il restait très discret la plupart du temps et observait les étoiles avec beaucoup d'intérêt.

Tandis qu'elle descendait les marches en se tenant prudemment à la rampe –elle était déjà tombée une fois donc elle prenait ses précautions– elle perçut une voix furieuse monter jusqu'à elle.

— Vous n'avez pas bientôt fini vos gamineries tous les deux ! Voila ce qui se passe quand on fout le bordel, vous empêchez tout le monde de manger correctement et vous avez fait tomber mon fraisier ! Et qui va nettoyer après ?

Rien qu'à l'intonation et à l'entente du mot « fraisier » Levy sut qu'il s'agissait d'Erza. Les garçons l'avaient rapidement surnommée « le Gendarme », quelle ironie puisqu'elle en avait fait son métier. C'était une femme très belle et charismatique même pour ses amies qui la traitaient avec respect malgré la complicité évidente. Elle avait la manie de tout vouloir contrôler. Comme un gendarme, oui. Elle adorait les fraisiers mais comble de malchance, elle n'arrivait pas à en manger un seul tranquillement : il fallait toujours que quelqu'un vienne la déranger.

Se doutant un peu que l'atmosphère tendue n'allait pas plaire à tout le monde, elle descendit timidement les quelques marches restantes. Levy faisait preuve d'une grande timidité, atténuée envers les gens qu'elle connaissait. Ce qui ne l'empêchait guère de se sentir mal à l'aise dans une situation comme celle–ci, où tous les regards se poseraient sur elle.

— Coucou tout le monde ! lança–t–elle cependant avec un maigre sourire, histoire de détendre les choses.

Un concert de réponses envahit la pièce et Lucy se leva même pour l'étreindre brièvement, suivi de Droy et de Jett. Comme à chaque fois : cela ressemblait presque à un rituel maintenant. La jeune fille sourit et leur répondit avant de s'installer à la table du petit déjeuner avec tout le monde. Entourée par le bruit incessant des conversations, elle se prépara quelques tartines tout en discutant avec ses proches. Ainsi, elle avait beau être fatiguée en se levant, celle–ci s'envolait toujours une fois arrivée en bas.

— Dis, Levy, tu fais quoi ce soir ? interrogea soudain Lucy en face d'elle.

— J'avais prévu de me chercher quelques livres à la bibliothèque avant de rentrer, pourquoi ? répondit la bleutée en remuant dans son chocolat chaud.

— D'après Mirajane, Gerald a donné un rencart à Erza, elle les a entendus en fouinant du coté de l'observatoire hier. On voulait organiser une soirée entre filles pour lui tirer les vers du nez.

La blonde ricana faiblement ce qui eut le don de faire sourire son amie. Ce fut donc tout naturellement qu'elle accepta l'invitation. Elle n'allait pas rester à la bibliothèque toute la nuit, elle serait rentrée bien avant que la Lune ne soit haute dans le ciel. Une jolie horloge lui rappela l'heure et elle prit congé pour retourner se préparer. Bientôt elle recommençait le travail et ne voulait pas que Fried attende trop longtemps. Dans les escaliers, elle croisa Makarov qui venait apparemment de se lever. Il portait un étrange bonnet et une tenue orange aux rayures bleues. Son air fatigué laissa place à un petit éclair malicieux lorsqu'il fixa les jambes dénudées de Levy. Oui, le vieux tuteur de Lucy était un pervers. Mais il ne faisait que toucher avec les yeux. Le saluant rapidement, elle s'enferma ensuite dans sa chambre.

Un peu pressée par le temps, elle opta pour une courte robe jaune et des sandales. Elle récupéra son sac, tenta de dompter ses éternels cheveux bouclés puis redescendit en prenant soin de ne pas sauter de marches pour ne pas tomber. C'est que ça glisse le marbre ! La plupart de ses camarades étaient déjà partis ou se préparaient. Sauf Natsu et Grey qui se disputaient encore dans un coin et Luxus. Ce dernier se trouvait être le petit fils de Makarov. Ses cheveux blonds, sa cicatrice en forme d'éclair qui lui barrait le visage et sa carrure impressionnante intimidait la plupart des filles. À en voir son air absolument blasé et Mirajane –une barmaid aux cheveux blancs– à côté de lui, il était en train de lui apprendre comment fonctionnait Fairybook. Lucy lui avait décrit ce réseau social comme étant le temple des couples et des informations sur internet. La jeune femme friande de ce genre de ragots avait sauté sur l'occasion. Comble de malchance, elle ignorait comment tout cela fonctionnait. Et c'était donc « l'informaticien » qui se chargeait de lui apprendre. Même si Luxus se révélait aussi être électricien. Cette vocation lui était apparue après qu'il ait mis les doigts dans une prise et se soit pris une décharge. Apparemment, il avait apprécié la chose. Affichant son sourire habituel, Levy se dirigea vers Fried qui rassemblait lui aussi ses affaires.

— Salut, Fried ! Je suis prête, on part quand tu veux.

— Tu peux déjà aller à la voiture si tu veux, j'arrive dans cinq minutes.

Elle opina et obéit en sortant de la maison. Se dirigeant à pas lents vers le garage, le jeune homme aux cheveux verts la rattrapa en chemin. Ils montèrent et s'en allèrent pour Magnoria. Il fallait partir tôt il y avait toujours plus de circulation le matin. Tous les deux se rendirent sur leur lieu de travail pour une énième journée. La routine continuait.

Lorsque la maison d'édition ferma, Levy informa son conducteur de son envie d'aller à la bibliothèque. Certes, la famille Heartfilia en avait une et possédait de nombreux ouvrages, cependant la bleutée voulait lire les nouveaux arrivages. Fried insista un peu sur le fait qu'elle devrait rentrer à pied mais elle affirma que ça ne la dérangeait pas. Avec un petit sourire vaincu, il la salua donc et rentra seul pendant qu'elle se dirigeait vers l'un de ses paradis sur terre, comme elle les appelait. Les minutes qu'elle pensait passer à l'intérieur se changèrent rapidement en heures. Flânant entre les rayons, attrapant un ou deux livres au passage et en lisant des extraits d'autres ouvrages, elle ne sortit que vers vingt heures. Autrement dis, très tard. Et là se trouvait le principal défaut de Levy : l'oubli du temps qui passait lorsqu'elle était entourée de livres. Réservant à la hâte ceux qu'elle désirait, elle sortit et envoya un message à Lucy, lui disant qu'elle était sur le chemin du retour.

Elle marchait dans les rues de Magnoria, longeant le fleuve où se réverbéraient les éclats du coucher de soleil qui illuminaient le ciel d'une couleur mordorée. C'était pour cela qu'elle aimait cette ville. Elle était grande et pourtant bien plus aérée que Crocus, la capitale. Là–bas, le ciel était gris à cause de la pollution : on y voyait rarement le soleil et encore moins de verdure. Tandis qu'ici, bien que Magnoria soit une des villes principales du pays, son cadre était cent fois plus agréable et tranquille. Elle passa près de la cathédrale Kardia, un monument historique très apprécié des touristes. Instinctivement, elle releva la tête vers ses deux tours à l'architecture fine et élaborée. Elle se demandait toujours comment des gens avaient pu construire un tel édifice sans la technologie d'aujourd'hui. Durant une fraction de seconde elle crut discerner quelqu'un sur le sommet d'une des tours. Un clignement des paupières et l'ombre avait disparu. Sans doute un effet d'optique. Cela n'avait pas d'importance et elle reprit sa marche tranquillement.

Avançant dans la rue pavée qui la mènerait à la sortie de la ville, la jeune femme était perdue dans ses pensées et ne faisait aucunement attention au reste. Quelques voitures passaient, rentrant du travail. Même s'il y avait peu de circulation à une heure aussi tardive. Tout le monde était chez soi autour d'un bon repas. Sauf elle et ce qu'elle ignorait c'est qu'elle serait encore retardée. Alors que la nuit commençait déjà à tomber. Les ombres reprenaient leurs droits. Elles paraissaient peut–être inoffensives lorsque le soleil imposait sa domination mais à présent tout le contraire se produisait. Levy n'aimait pas ce qui était sombre. Elle préférait passer ses soirées dans son lit à bouquiner, avec une lumière rassurante. Ici, pas de lumière hormis celle immaculée de la Lune qui faisait apparaître de drôles de formes sur les murs des maisons. Mis à part le vent dans les branches et le vrombissement des dernières voitures au loin, elle n'entendait plus rien. Son ventre noué commençait à l'oppresser, l'empêchant de respirer aussi convenablement qu'elle l'aurait souhaité. La jeune fille se retourna de nombreuses fois, comme angoissée d'apercevoir des ombres la guetter. Elle savait que ce serait pire en sortant de la ville. Car elle n'aurait que le chemin, les arbres et la nature alentour. Pas de maisons auxquelles elle pourrait toquer et demander à ce qu'on la ramène. Elle regrettait de ne pas être rentrée plus tôt, ou que Fried ne l'ait pas accompagnée.

Après de longues minutes passées dans un silence pourtant rempli des murmures du vent, des bruits de pas sur le sol bien trop proches et étrangement inquiétants résonnèrent à ses oreilles. Elle hésita quelques secondes à se retourner, se disant qu'il ne s'agissait sans doute que d'une personne pressée revenant des courses. Ou de sa peur qui rendaient la nuit, les ombres et les frémissements bien plus effrayants. Pourtant, l'écho ne s'estompait pas, comme un rappel à chaque pas qu'elle faisait pour dire que quelque chose était derrière elle. La jeune fille poussa un bref soupir pour tenter de reprendre ses esprits et se retourna finalement, après un long moment d'hésitation.

Elle avait vu tout faux. Et se détourna immédiatement pour regarder devant elle. L'homme qui la suivait et la fixait ne devait pas voir que sa présence l'avait affectée. Si elle l'ignorait, faisait comme s'il n'était pas là, il ne lui chercherait pas querelle. Son cœur s'était mis à battre dans sa poitrine. Peut–être que cette armoire à glace aux cheveux bruns ne la suivait pas après tout ? Elle n'était pas paranoïaque mais dans le doute, mieux valait se méfier, surtout à une heure aussi tardive alors qu'elle était seule. Et c'était ce qu'elle faisait vu que ce type ne la lâchait pas. Non, elle ne devait pas paniquer, ne pas s'enfuir en courant… rester calme. Son cerveau ne cessait de lui envoyer des avertissements, comme si on lui avait collé un panneau devant les yeux où était écrit « DANGER » en rouge. Une partie de son esprit restait sourde à tout cela. Comme si le simple fait de l'ignorer allait arranger la chose. Instinctivement, elle accéléra le pas en serrant la bandoulière de son sac, prête à se retourner et à l'utiliser comme s'il s'agissait d'une arme. Elle avait un ou deux livres dedans, si elle le touchait ça ferait mal.

— C'est pas bien de se balader toute seule, petite.

Elle roula des yeux. Qu'on se moque d'elle à propos de sa taille était classique, elle avait fini par s'y habituer. Elle aurait même pu en rire si elle n'avait pas été certaine que cela agisse comme une provocation. Et dans sa situation, mieux valait ne pas provoquer, justement. Surtout lorsque un second homme sortit d'une ruelle sombre à sa droite. Son sourire rassurant sonnait bien trop faux. Levy avait clairement remarqué qu'il ne faisait que simuler. Il eut beau passer une main légère dans ses cheveux courts pour se donner un air décontracté, cela ne changea rien à l'impression qu'il dégageait. Son ombre planait sur elle pour tenter de l'intimider. Tout ceci n'était qu'une mise en scène et elle ne tomberait jamais dans leurs filets. S'en était blessant de constater qu'ils étaient convaincus qu'elle viendrait à eux aussi facilement. D'un bref coup d'œil, elle regarda derrière elle. Le fleuve qui traversait Magnoria. Elle pouvait toujours sauter dans l'eau mais s'ils étaient déterminés elle ne leur échapperait pas.

— On peut te ramener si tu veux ! ricana le second qui venait juste de se montrer.

Elle ne répondit pas et se contenta de reculer en fixant le sol. C'était une attitude qui avait une chance sur deux de les énerver mais elle s'en fichait. Elle n'aurait pas pu supporter leurs regards. Son corps tremblait déjà assez et son cœur battait bien trop vite. Elle poussa un cri de surprise lorsque le premier lui attrapa le bras et se débattit du mieux qu'elle put malgré l'angoisse qui paralysait ses membres. En vain. Que pouvait–elle faire face à ces deux hommes ? Rien du tout. Si ce n'est crier en espérant avoir de l'aide. Ils s'approchèrent d'elle lentement, posément. Comme s'ils ne désiraient pas lui faire de mal. Ce que trahissait bien leur regard plein d'envie. Elle recula en s'agrippant férocement à son sac, prête à s'en servir au moindre geste violent, malgré une voix dans sa tête lui disant qu'elle n'en aurait pas le temps. Muette, tétanisée par la peur, elle ne parlait toujours pas. Elle se retrouva très vite bloquée par les deux hommes bien trop proches d'elle. Et ils lui sautèrent dessus avant même qu'elle n'ait pu ouvrir la bouche pour crier sa détresse.

Du haut du clocher de la cathédrale, il l'avait déjà repérée. Pendant un instant, lorsqu'elle s'était arrêtée pour admirer la bâtisse, il avait pensé qu'elle l'avait vu. Apparemment non. Ses cheveux bleus la rendaient trop voyante pour qu'il la manque et elle n'avait traversé que quelques rues. Il plissa les yeux en remarquant deux hommes un peu trop proches d'elle. Traîner à une heure pareille dans Magnoria n'était pas recommencé pour une fille. Surtout une fille comme elle qu'on avait l'impression de pouvoir casser en deux d'un simple coup de poing. Il y avait beaucoup de délinquants et de marchands de drogues sur les bords du canal lorsque tout le monde dormait. Les meurtres étaient rares mais il y en avait déjà eu. Il descendit rapidement en s'agrippant aux prises qu'il trouvait sur les murs de l'église, ne prenant pas la peine de trouver un chemin plus sûr. Elle risquait de se faire enlever sous ses yeux, la moindre des choses était de réagir. D'autant que ça n'arrangeait pas ses affaires. À quelques mètres du sol, il sauta agilement et s'engagea dans les rues. Le cri qu'il entendit l'avertit que les deux pervers qui s'en prenaient à la bleutée étaient passés à l'action.

C'était plus difficile de se repérer la nuit et au sol que sur le toit d'un joli bâtiment. Il le remarqua bien vite. Il venait rarement à Magnoria et ne connaissait pas spécialement bien ses rues. Après tout, cela ne faisait que quelques jours qu'il était là, à attendre, guetter. Aider cette jeune fille n'était pas prévu dans ses plans au départ mais finalement cela tombait plutôt bien. Sans freiner sa course, il prit une ruelle à gauche en manquant de se cogner contre le mur et déboula devant la scène à une vitesse fulgurante. Celui qui avait saisi la jeune femme par le bras n'eut pas le temps de se protéger du coup de poing qu'on venait de lui envoyer. Il se le prit en pleine tête, recula d'un pas sous l'impact et buta contre le rebord du canal avant de tomber dans l'eau. Trop surprise et terrifiée, Levy n'avait pas compris ce qu'il s'était passé et était tombée au sol, s'éraflant les genoux au passage. Le second homme qui était de mèche avec le premier s'en désintéressa pour aller frapper l'inconnu qui venait de la sauver. Levy le vit s'effondrer et suivre son copain dans l'inconscience après s'être prit un coup dans l'estomac. Le calme était retombé dans la ruelle aussi vite qu'il était parti il y a quelques minutes.

— Debout.

Encore sous le choc, elle poussa un second cri lorsque son sauveur la releva sèchement pour la remettre sur ses pieds. Il la dépassait d'au moins une tête et semblait légèrement plus fin de constitution que ses deux attaquants. Si la jeune femme paraissait excentrique avec ses cheveux bleus, ce type–là l'était tout autant. Son visage froid était recouvert de piercings arrondis et ses pupilles d'un rouge sombre, la fixaient sans pour autant montrer une quelconque hostilité. Malgré le peu qu'elle en avait entendu, elle savait sa voix grave et profonde, du genre de celles qui vous faisait trembler rien qu'à l'écouter.

— Je… m–merci… de m'avoir aidée, bredouilla–t–elle en ramassant son sac qui était tombé.

Aucune réponse, juste un léger « hmm » à peine perceptible. Elle essuya vaguement ses joues. Oui, de peur et de soulagement, elle avait pleuré. Levy replaça son sac sur son épaule en rougissant, guère accoutumée à ce genre de situations. Que devait-elle dire ou faire ? Par ailleurs, elle ignorait si ce gars l'avait aidée par bonté où s'il allait l'enlever à son tour.

— Y'a vraiment des inconscients dans c'te ville, déclara–t–il soudain en la faisant sursauter. T'habites où ? Que j'te raccompagne, d'toute façon j'ai que ça à faire.

Lorsqu'elle releva la tête vers lui, elle le vit rentrer ses mains dans les poches de son blazer. Il portait un haut rouge en dessous, un pantalon noir et des baskets. Tout ce qu'il y avait de plus banal pour un jeune parcourant les rues. Il avait l'air plus âgé qu'elle. Et d'après sa question, il ne lui laissait pas le choix de refuser sa compagnie. Elle ignorait si elle devait le vouvoyer ou le tutoyer. Dans le doute, elle choisit la première option.

— Voyez vous où se trouve la demeure Heartfilia ? interrogea–t–elle en se faisant plus petite, comme si la moindre de ses paroles était un crime.

— Arrête avec le « vous », la coupa–t–il sèchement. Raté !

C'était incroyable comme cet homme l'intimidait. Peut–être que c'était à cause de ses cheveux longs, noirs et hérissés. Comme la crinière des lions, à quelques différences près. De nouveau il ne lui répondit pas et se contenta d'attraper son poignet pour l'entraîner dans les rues. Un petit glapissement lui échappa. Sa tentative d'enlèvement l'avait rendue plus que craintive. La preuve, son cœur continuait de battre la chamade en elle et un tas d'émotions la submergeaient. Elle se sentait à la fois soulagée et perdue. Sans oublier qu'elle avait toujours horriblement peur et ne s'était pas remise du choc. Si elle avait pu, elle se serait jetée dans les bras du garçon qui l'emmenait pour le remercier mais son intuition lui disait de ne pas le faire. Il avançait vite et la prise sur son poignet était si forte qu'elle ne parviendrait pas à se dégager. Elle était forcée de courir pour le suivre et se retrouva rapidement essoufflée. L'autre ne ralentit pas pour autant et ne disait toujours aucun mot. Pas un seul regard pour elle. Ce n'était pas plus mal, elle avait le temps de l'observer ainsi. De dos, il paraissait encore plus grand mais moins intimidant. Peut–être n'étais–ce pas dû à ses cheveux mais à ses yeux. Elle avait remarqué qu'ils étaient fendus comme l'iris des chats. A moins que ce ne soit à cause de la pénombre et qu'elle ait mal vu. Elle était curieuse, avait envie de lui poser tout un tas de questions. Sauf que son étrange mutisme la faisait taire. Il ne semblait pas être le genre de personne à parler énormément.

Leur marche lui parût interminable. Le temps qu'ils sortent de la ville et fassent tout le chemin pour arriver à la propriété, il devait être plus de vingt et une heure. Ses amies devaient se faire un sang d'encre. Au bout de quelques mètres, lorsque les lumières du manoir leur apparurent, l'homme qui la tenait la lâcha brusquement et s'arrêta.

— T'y es. Pas la peine de m'remercier pour ça, rentre chez toi.

Elle le fit quand même. Son « merci » n'avait été qu'un souffle. Elle était certaine qu'il l'avait perçu. Bisca et Arzack étaient encore dehors puisqu'il y avait de la lumière. Et Lucy lui avait laissé au moins une quarantaine de messages pour savoir pourquoi elle était en retard, de plus en plus inquiète. Puisqu'elle était arrivée elle n'allait pas y répondre et se contenter de s'excuser platement. Elle hésitait encore à raconter ce qui s'était passé. Elle n'avait pas envie qu'on lui colle également un garde du corps du genre d'Elfman. Enfin, elle pouvait toujours tenter de convaincre les filles que ce n'était pas grand-chose. Lentement, elle tourna la tête vers celui qui l'avait aidée pour lui demander si elle pouvait faire quelque chose pour le remercier. Elle ne vit que la nuit et le vent qui faisait bouger les herbes hautes. Il avait disparu aussi vite qu'il était apparu, sans un mot, sans un son. Levy resta plantée dans l'herbe durant quelques minutes, l'esprit perdu dans le vague. Puis elle marcha en direction de la maison déjà mal à l'aise à propos de l'explication qu'elle devrait donner.