Je ne détiens aucun droit sur l'univers de The Musketeers, ni sur ses personnages. Par contre, j'aimerais bien mettre la main sur le chapeau d'Aramis... Corneille est de ma création. Ce passe-temps ne me procure aucun revenu.
Chapitre II. La requête extravagante du roi
Corneille est une femme mousquetaire. Elle a joint les rangs des soldats du roi il y a maintenant quelques mois. Elle s'entend très bien avec les quatre inséparables amis. En fait, avec la plupart d'entre eux. Pour une raison inconnue, Aramis se sent mal à l'aise en sa compagnie. Il est le seul qui ne lui accorde pas entièrement sa confiance, mais il se garde d'en parler aux autres, même si ses amis ne sont pas dupes et ont très bien remarqué le malaise de leur compagnon. Aramis est quelque peu réservé avec Corneille. Mais elle ne semble pas mal à l'aise outre mesure en sa compagnie. C'est étrange pour Aramis de voir Athos, habituellement si lent à faire confiance aux femmes, devenir un ami proche de Corneille, tandis que lui-même, Aramis, l'homme qui aime toutes les femmes, n'arrive pas à créer d'aussi bons liens avec elle. Peut-être que cela vient de ses manières quelque peu masculines. Enfin, elle est mousquetaire, après tout... Il se demande qu'est-ce qui cloche chez lui. Il devra y voir sérieusement. Ou elle est une espionne. Ou il y a quelque chose d'autre.
La garnison des Mousquetaires. Pas si tôt par un bon matin.
Les Mousquetaires se rassemblent autour d'une table à l'extérieur, en évitant d'être directement sous les forts rayons du soleil. Ils ont besoin de prendre le temps de se remettre de leur beuverie de la veille.
- Corneille! lance un Porthos tout souriant, tu es un vrai oiseau de nuit!
La Mousquetaire se contente de sourire paresseusement, étirant son dos et ses bras en baillant, pour ensuite s'asseoir à la table, agrippant avidement un bout de pain au passage. Sa longue chevelure est d'un noir profond et semble aussi douce que du velours. Une longue tresse tombe sur son épaule gauche. Souriant à Athos, elle incline la tête vers lui d'un air entendu:
- Capitaine.
Athos sourit et incline la tête dans sa direction, ajoutant au commentaire de Porthos :
- Je n'ai jamais vu une femme ayant si peu de classe, mais tu chantes d'une manière des plus divertissantes.
- Cela manquait de classe pour une femme, mais c'était parfait pour un mousquetaire en congé, déclare Aramis en souriant discrètement.
- Eh bien, j'ignorais que les tavernes étaient faites pour montrer de bonnes manières, déclare Corneille en souriant de toutes ses dents.
Occupé à bailler, D'Artagnan pouffe de rire en écoutant la conversation, à laquelle il se joint:
- Elle ferait sans doute une dame fort charmante à la Cour.
Chacun d'entre eux s'esclaffe, incluant Corneille.
- Quoi? Habillée en femme, elle ferait une dame digne de n'importe quelle autre! J'étais sérieux.
On entendit une mouche voler pendant quelques instants. Puis Corneille commence à rire de nouveau, heureuse que son meilleur ami la montre sous un si beau jour. Mais Athos, Porthos et Aramis demeurent silencieux.
- D'Artagnan! C'est très charmant gentilhomme de ta part de dire de tels compliments. Mais ma place est avec les soldats, pas avec les dames de la Cour.
Puis elle lui fait une accolade chaleureuse, bien que virile si tant est qu'une femme puisse agir virilement, donnant de fortes claques dans le dos de D'Artagnan. Ce dernier lui retourne quelques claques enthousiastes. Les deux compères rient en coeur d'un air complice. Aramis les regarde, presque jaloux de ce que D'Artagnan partage avec elle. Mais il semble qu'une autre personne soit jalouse de leur complicité...
- D'Artagnan! La voix de Constance laisse poindre de l'inquiétude.
Tous les Mousquetaires présents semblent soudain très absorbés par leur propre nombril. Corneille se contente de faire une révérence polie devant Constance, tandis que D'Artagnan ne semble pas le moins du monde comprendre pourquoi diable sa charmante épouse semble si inquiète.
- Constance, qu'y a-t-il? Quelque chose ne va pas ?
Constance soupire discrètement.
- J'imagine que non.
Alors que le couple s'éloigne afin d'avoir une conversation privée, Aramis dévisage inconsciemment Corneille, incapable de déterminer comment il se sent exactement. Il est pourtant habituellement si conscient de ses émotions. C'est un intuitif. Mais en ce moment, c'est la confusion. Il a peut-être trop bu hier soir.
- Qu'est-ce que tu regardes de la sorte, Aramis?
- En fait, curieusement, je l'ignore, Corneille.
Corneille le dévisage intensément, analysant la situation. Il ne sont pas particulièrement proches, mais jusqu'à maintenant, ils n'ont jamais été en conflit. Mais elle se sent jugée, et injustement.
- Eh bien, je crois que je le sais, curieusement... Aramis.
Très surpris par son attitude, Aramis est quelque peu insulté par sa réaction. D'une manière un peu provocante, Aramis toise Corneille, lui signifiant de s'expliquer avant qu'il ne s'offusque sérieusement. Mais leur conversation silencieuse devra attendre, car Constance revient vers Corneille, lui demandant poliment, mais fermement:
- Est-il possible d'avoir une conversation, Mousquetaire?
- Certes, Madame.
Après avoir obtenu l'approbation d'Athos, les deux femmes prennent son cabinet pour entretenir une conversation privée.
- Maintenant, Corneille, aurais-tu l'obligeance de me dire ce qu'il y a entre toi et D'Artagnan?
Corneille lui retourne un sourire chaleureux.
- La même chose qu'entre nous, Constance.
Constance prend soudain un air interrogatif. Alors Corneille s'explique plus clairement.
- Seulement de l'amitié. Mais une amitié très particulière... D'Artagnan est plus qu'un ami à mes yeux. Il est davantage un frère. Un petit frère. Je dois lutter contre mes instincts maternels quand il est près de moi.
C'est maintenant au tour de Constance de sourire chaleureusement.
- Oui, ce serait ridicule de le materner devant une bande de mousquetaires viriles... Je comprends maintenant. Je suis heureuse de savoir que nous sommes comme une famille.
Elles se serrent maladroitement la main, mais leurs sourires entendus sont sincères.
- Avant que je quitte, voici une lettre pour Gabriel.
- C'est comme si c'était fait.
- J'ai confiance en toi.
Elles quittent ensuite le cabinet du capitaine séparément. Après un bon moment, Athos entre, prêt à se mettre au travail, préoccupé par les rumeurs de conspiration entourant Feron et Gaston. S'assoyant sur sa chaise, il remarque son vieil ami sortir de l'armoire, heureux de ne pas avoir à descendre quelqu'un si tôt dans la journée.
- Que faisais-tu dans mon armoire, Aramis? J'aurais pu te tuer par erreur...
- Oh, je fais confiance à tes réflexes, Athos. Je voulais m'assurer que ça ne tourne pas mal entre Constance et Corneille...
Athos observe attentivement son ami.
- Qu'est-ce que ne va pas chez toi dernièrement?
Aramis demeure pensif un long moment avant de lui répondre.
- Je l'ignore. Mais il y a quelque chose qui me dérange chez Corneille. Je pense qu'elle est peut-être une espionne.
- Ce que tu dis est grave. Je ne pardonnerais pas une telle traîtrise.
- Je sais... Mais je suis peut-être dans le tort.
- Surveille-la si tu veux. Mais jusqu'à preuve du contraire, je la considère comme l'une des nôtres. J'ai un bon instinct pour ces choses.
Aramis regarde au plafond ironiquement.
- Athos... tu a été trahi par Milady.
- Justement. Je n'ai pas écouté mon instinct à cette époque. Maintenant, je suis attentif. Et rien ne m'amène à douter de Corneille.
Aramis sort du cabinet d'Athos, et marche en direction des appartements de Corneille. Il n'a même pas le temps d'essayer d'écornifler qu'elle lui ouvre la porte en l'accueillant chaleureusement.
- Cher Aramis, entre donc, fais comme chez toi!
Hésitant, Aramis passe la porte, enlevant son chapeau. Comme tous les appartements de soldats, celui-ci n'est pas très grand et on y trouve une chaise, un lit, une petite table et une petite armoire. Les seules différences notables sont le coffre au pied du lit et l'étagère sur laquelle sont déposés quelques livres.
- Pourquoi être si familière, soudainement?
- Je vais être directe, puisque je le suis toujours. Je sais que tu nous espionnais, Aramis. Je ne crois pas mériter ce manque de confiance, mais j'imagine que tu as de bonnes raisons. Tu peux t'amuser à m'espionner. Peut-être trouveras-tu quelque chose d'intéressant.
Aramis ne pensait pas qu'elle s'était rendu compte qu'il l'espionnait. Mais après tout, elle est aussi un mousquetaire. Elle a plus d'un truc dans sa manche... Peut-être devrait-il se contenter d'être aussi direct qu'elle.
- Je ne sais pas pourquoi j'ai ce sentiment que tu caches quelque chose. Peut-être ai-je tort d'entretenir des doutes à ton égard. Mais dis-moi, ce Gabriel, qui est-il?
- Je ne peux pas répondre à cette question. Comment puis-je te prouver que je suis digne de confiance? Ne l'ai-je pas prouvé maintes fois lors des batailles que nous avons livrées ensemble?
Assurément, elle a couvert leurs arrières plus d'une fois. Mais n'est-ce pas ce que font tous les Mousquetaires pour leurs compagnons d'arme?
- Je ne sais pas exactement, Corneille. Je vais y penser...
Corneille s'apprête à lui dire quelque chose, mais ses mots restent coincés dans sa gorge. Au même moment, ils entendent des bruits de sabot à l'extérieur. Ils sortent donc pour voir ce qu'il en est. C'est Treville.
- Capitaine Athos, lance Treville à son vieil ami.
Le ministre pointe du doigt les cinq Mousquetaires présents, leur faisant signe de le suivre dans son ancien cabinet.
- Par ordre du roi, vous devez escorter une troupe d'acteurs jusqu'au palais royal.
Les Mousquetaires ne peuvent pas croire qu'ils viennent d'entendre une requête aussi ridicule, mais ils gardent cette remarque pour eux-mêmes. Décidément, le roi semble devenir de plus en plus extravagant ces derniers temps.
- Es-tu certain que cet ordre provient réellement du roi?, demande Athos.
- Il me l'a donné en main propre, répond Treville.
- Doit-on réellement être cinq pour accomplir cette tâche?, demande Aramis, n'en croyant pas ses oreilles.
- Regardez vous-mêmes, tous vos noms sont écrits.
Les cinq Mousquetaires se préparent avant de quitter la garnison. Ils retrouveront les acteurs quelque part dans un village non loin de Paris, et ils devront ensuite les escorter jusqu'au palais. Ils reviendront très tard, voire peut-être même le lendemain matin. Ils ne peuvent que se demander pourquoi le roi les envoie de la sorte? Qu'a-t-il en tête, pour l'amour de Dieu?
