"Mel, tu restes sage, d'accord ?" fit Pétunia d'une voix calme, passant sa main dans ses cheveux.

La petite fille hocha la tête. Elle était bien habillée, de même que Pétunia. Vernon avait accepté de les accompagner au tribunal en apprenant toute l'affaire, et avait en même temps tacitement accepté que Meliane vive désormais chez lui. La petite fille savait qu'il avait eu une très longue discussion avec sa femme, parlant de sa magie, et que Vernon avait lentement accepté que ce ne soit pas dangereux. Il n'avait plus eu alors aucune raison de refuser son toit à Mel.

Ils retrouvèrent leur avocat dans le hall du tribunal, ainsi que le médecin de l'hôpital et plusieurs de ses collègues, venus pour témoigner. Nulle part ils ne virent Potter, ni un autre avocat.

Lorsqu'ils entrèrent dans la salle du tribunal, ils s'installèrent là où on le leur montrait, regardant anxieusement l'autre côté de la salle, là où seraient leurs opposants. Mais nul avocat pour les Potter n'apparut, ni Potter lui-même. Le juge pinça des lèvres, prenant une expression encore plus sévère en fixant la place vide. Le procès commença tout de même et ce fut le médecin qui se leva en premier, énonçant son nom et ses qualifications avant de présenter un rapport d'expert, d'une voix claire et calme. Les autres médecins témoignèrent à leur tour, puis Pétunia se leva et raconta comment elle avait trouvé sa sœur, répétant mot pour mot ce qu'elle lui avait dit et réitérant son vœu d'élever Mel et de la protéger de ce salaud. Elle était presque en larmes alors qu'elle terminait son récit, mais retourna dignement s'asseoir à sa place où Meliane lui saisit la main, la regardant avec crainte.

Tous les regards se posèrent sur elle et elle se rétrécit sur place.

"Tu n'es pas obligée, Mel" lui souffla Pétunia en lui caressant doucement les cheveux.

Mel déglutit difficilement, puis se leva. Elle n'aurait jamais dû pouvoir témoigner, elle n'était pas majeure, pourtant le juge semblait s'en moquer éperdument. Il lui dit cependant d'une voix posée que rien ne l'obligeait à parler et que personne ne lui en tiendrait rigueur. En toute réponse, Mel plongea dans son regard. Elle sentit son intégrité, elle sut qu'il rendrait le jugement le plus juste et ouvrit la bouche.

D'une voix rapide, encore aiguë, elle raconta tout ce qu'il s'était passé, déballant son histoire d'une traite, se souvenant des détails avec une précision terrifiante. Elle passa sur la magie qui avait été utilisée, sa mère lui ayant bien dit que les juges l'ignoraient et qu'elle aurait des ennuis si elle en parlait. A la place, son ancien père saisit un couteau et fondit sur elle. Ses yeux se remplirent de larmes alors qu'elle revoyait sa mère se placer devant elle, sacrifiant sa vie sans plus hésiter, la protégeant dans son étreinte si chaude. La suite du récit fut plus chaotique, elle parvint tout juste à dire que Lily l'avait prise dans ses bras et l'avait emmenée loin, très loin, jusqu'à ce qu'elle se réveille dans une chambre toute blanche.

Lorsqu'elle se tut, elle hoquetait et Pétunia était près d'elle, la berçant doucement en lui murmurant des mots apaisants à l'oreille. Elle demanda l'autorisation de quitter la salle et on la lui accorda sans hésiter.

Vernon les rejoignit presque trois heures plus tard, alors que Meliane s'était enfin calmée. Pour lui changer les idées, Pétunia n'avait rien trouvé d'autres que de lui acheter une crêpe bien chaude, emplie de chocolat fondu et les yeux de Mel avaient brillé de joie. Elle n'en avait visiblement jamais mangé et Pétunia ne put résister et lui en offrit une seconde, riant en la voyant barbouillée de chocolat. Pourtant, elle reprit son sérieux alors que Vernon réapparaissait, les rejoignant rapidement.

"Alors ?" demanda-t-elle anxieusement.

"James Potter est accusé de la mort de sa femme et de violences sur mineur" répondit-il.

Il s'accroupit pour se mettre à la hauteur de Meliane.

"Est-ce que tu veux venir vivre avec nous ?" demanda-t-il d'une voix douce qui lui était inhabituelle. "Nous pouvons signer des papiers et nous deviendrons ta vraie famille... Il n'aura plus aucun droit sur toi."

Mel cligna des yeux.

"Vous voulez bien ?" demanda-t-elle timidement.

"Bien sûr" répondit Pétunia avec un sourire chaleureux. "Nous ne te l'aurions pas proposé sinon."

Avec un grand sourire, Meliane accepta. Quelques semaines plus tard, Meliane Potter disparut officiellement et devint Meliane Evans. Pétunia avait insisté pour qu'elle garde le nom de sa mère et Meliane accepta assez rapidement. Elle reçut une chambre dans la maison des Dursley et l'ordre de l'arranger comme elle le voulait.

Pourtant, ni elle ni les Dursley n'étaient au bout de leurs surprises.


La première vint lorsque quelqu'un sonna à la porte, plusieurs semaines après l'adoption de la petite fille. Ouvrant, Vernon vit un homme vêtu sobrement, d'un pantalon noir et d'une chemise de la même couleur, à moitié dissimulée sous un long manteau, noir lui aussi. Il avait l'air anxieux.

"Je viens voir Meliane" fit-il d'une voix néanmoins calme, secouant ses longs cheveux.

"Que lui voulez-vous ?" demanda Vernon, méfiant.

En toute réponse, l'homme sortit une lettre froissée de sa poche.

"J'ai reçu une lettre de Lily" fit-il d'une voix tendue. "Elle me demandait de vérifier que Meliane allait bien, et qu'aucun sorcier ne pourrait l'approcher. De m'occuper de la partie sorcière de son éducation, également."

Méfiant, Vernon tendit la main et l'homme déposa la lettre sans rechigner. Il la parcourut rapidement du regard, avant de s'écarter pour le laisser entrer.

"Pétunia, est-ce que c'est l'écriture de Lily ?" demanda-t-il en tendant la lettre à sa femme après avoir refermé la porte, empêchant le froid de l'hiver d'entrer.

Pétunia confirma après avoir rapidement parcouru la lettre.

"Meliane est à l'école" fit-elle néanmoins. "Elle devrait rentrer d'ici une demi-heure. Vous voulez l'attendre ?"

Avec un sourire poli, l'homme acquiesça. Il ôta son manteau et se retrouva sans trop comprendre comment à boire un thé chaud.

"Puis-je connaître votre nom ?" attaqua Pétunia. "Si Lily veut voir Mel vous fréquenter, j'aimerai vous connaître."

L'homme hocha la tête.

"Je m'appelle Severus Rogue. Et inutile de me le demander, je déteste James Potter. J'aurai cependant préféré qu'ils se séparent moins... tragiquement."

"Il ne s'est pas présenté au procès" fit Pétunia en pinçant des lèvres.

"Il se fiche de Mel, et c'est tant mieux" répondit Rogue, curieusement poli avec ces moldus. "Seul Awel compte pour lui... le précieux Survivant."

Il n'avait pas réussi à dissimuler totalement le mépris dans sa voix, mais Pétunia et Vernon ne semblèrent pas lui en tenir rigueur.

"Mel ressemble beaucoup à Lily" fit Pétunia alors que son interlocuteur lui demandait de parler d'elle. "Elle a ses yeux... ses cheveux sont noirs, mais magnifiques. Et elle est tellement intelligente... Ses professeurs en sont ébahis. Ils l'ont faite avancer beaucoup plus vite. Elle va rejoindre une classe spéciale."

"Elle est si intelligente ?" demanda Severus Rogue, très intéressé. "Son frère est un vrai crétin" expliqua-t-il ensuite. "Le portrait de son père. Je suis heureux que Mel ressemble plus à Lily. Je n'aurai peut-être pas pu supporter de me retrouver en présence d'une copie conforme de cet imbécile."

Pétunia rit doucement. Il y eut un long moment de silence, puis la conversation repris, bien plus légère. Presque trois quarts d'heure plus tard, la porte de l'entrée s'ouvrait à nouveau.

"On est rentrés, Maman" fit une voix de garçon.

Severus entendit les bruits de manteau et de chaussures que l'on ôte. Pétunia s'était déjà levée et partit à la cuisine.

"Mel, quelqu'un veut te voir" fit-elle d'une voix amusée. "Lily l'avait contacté..."

Curieuse, Mel pointa le bout de son nez par la porte du salon et son regard tomba sur le grand homme.

"Vous êtes Severus Rogue ?" demanda-t-elle en souriant.

"Exact" fit-il, dissimulant sa surprise. "Lily m'a envoyé une lettre... et me voici."

Mel hocha la tête et entra complètement dans la pièce, s'installant dans un fauteuil, lovée comme un chat. Severus eut un regard admirateur. Ses longs cheveux noirs étaient soyeux, voletant autour d'elle à chaque mouvement qu'elle faisait. Ses grands yeux verts le fixaient sans crainte, juste avec une curiosité non dissimulée.

"Tu es magnifique" complimenta-t-il, se surprenant lui-même.

Depuis quand présentait-il un intérêt pour les gosses ? Il reçut en toute réponse un petit rire.

"Merci" fit Mel d'une voix joyeuse. "Pourquoi êtes-vous là ?"

Severus se racla la gorge.

"Ta mère m'a demandé de m'assurer qu'aucun sorcier ne te trouverait, et de m'occuper de ton éducation magique, pour que tu ne sois pas démunie lorsque tu arriveras dans le monde magique. Tu veux aller à Poudlard ?"

Mel fronça adorablement du nez.

"Est-ce que j'ai le choix ?" demanda-t-elle d'un ton sarcastique qui lui plut immédiatement.

Il lui fit un sourire, se surprenant encore une fois.

"En théorie, non, tu y es inscrite depuis ta naissance" répondit-il. "En pratique, rien ne t'empêche de disparaître, surtout si tu as la complicité d'un autre sorcier."

"Je veux faire mes études" fit Mel d'une voix têtue. "Normales, je veux dire."

"Tu songes déjà à tes études ?" fit Severus, amusé. "Tu sais, rien ne t'empêche de prendre des cours par correspondance."

Il ne précisa pas s'il parlait de cours sorciers ou moldus par correspondance. Il était intérieurement mort de rire. Si Mel choisissait de ne pas venir à Poudlard... Ce serait un beau charivari, le jour où l'on se rendrait compte qu'elle avait vaincu Voldemort...

"Qu'est-ce qui vous fait rire ?" demanda Mel d'une voix pénétrante.

"Ton caractère" répondit Severus avec un sourire. "Crois-moi, si tu es aussi intelligente que ta tante me l'a dit, tu peux passer tes examens sans aller à Poudlard. Les candidats libres existent aussi."

Il pinça des lèvres.

"Enfin, je ne t'aurai jamais en cours."

"Si" répondit Mel avec un sourire innocent. "Maman vous l'a demandé."

A nouveau, Severus retint un rire.

"Tu ferais une parfaite Serpentarde, n'en déplaise à ton père" fit-il avec une étincelle dans les yeux.

"Vous êtes Serpentard, non ?" demanda Mel.

"Je suis le directeur des Serpentards" acquiesça Severus.

Ils furent interrompu par Pétunia qui entrait. Elle déposa un chocolat fumant sur la petite table près du fauteuil de Meliane et leur fit un sourire.

"Mr Rogue, si vous voulez rester pour dîner, ce n'est pas un problème" fit-elle aimablement. "Dites-le-moi juste, que je fasse un peu plus à manger."

"Je vous remercie, Mrs Dursley" répondit courtoisement Severus. "Meliane n'a pas encore commencé à poser ses questions, mais je sens que cela ne va pas tarder."

Mel rougit un peu sous le regard amusé des deux adultes.

"Vas-y, demande-moi ce que tu veux" offrit Severus.

"Euh..." fit Mel d'un ton hésitant.

"Mais après, je te demanderai aussi des choses" fit mystérieusement Severus.

Meliane lui jeta un regard méfiant, puis se jeta à l'eau.

"Qu'est-ce qu'il y a comme matières à Poudlard ?" lança-t-elle tout de go.

"Métamorphose, Sortilèges, Botanique, Astronomie, Défense contre les forces du mal..."

Il eut un petit reniflement de mépris que Meliane ne releva pas, avant de poursuivre.

"Potions, bien sûr. A partir de la troisième année, on peut choisir des options, comme les Runes, l'Arithmancie, les Soins aux Créatures Magiques, l'Etude des Moldus, la Divination, etc."

"L'Etude des Moldus ?" coupa Meliane.

"Les gens sans pouvoirs magiques sont appelés des moldus" expliqua Severus. "On étudie leur manière de vivre, les différences avec les sorciers... Pour être franc, c'est un cours totalement inutile. La majorité des sorciers pensent que les moldus sont restés coincés au Moyen-Age. Ils ne se sont même rendus compte de rien pendant les Guerres Mondiales, je ne vois pas si tu imagines..."

"Oh, si, j'imagine" fit Meliane d'une voix absente. "Pas pour vous vexer, mais ils paraissent un peu stupides, comme vous les décrivez..."

"Oh, beaucoup de sorciers sont stupides, mais surtout ignorants" répondit Severus. "Ils ne s'intéressent qu'à leur propre petite personne. Le gouvernement n'a pas évolué depuis au moins trois siècles, la réputation de Poudlard date d'il y a au moins cinq cents ans... Le programme était beaucoup plus difficile, mais gratifiant, avant."

Comme il l'avait supposé, la première question en déchaîna un véritable déluge et il répondit de son mieux, ne dissimulant rien, donnant son opinion après des réponses neutres sur chacun des sujets. Ils furent interrompus par Pétunia qui les fit passer dans la salle à manger, mais Meliane ne stoppa pas et continua de le bombarder tout le long du repas.

"Stop" finit-il par dire, rendant les armes. "Meliane, je vais revenir, inutile de tout me demander en une fois... du moins, si ça ne vous dérange pas" ajouta-t-il en se tournant vers Vernon et Pétunia.

Ils secouèrent la tête, avant de paraître hésitants.

"Ça ne nous dérange pas" finit par dire Pétunia. "Mais Mel va bientôt partir en internat."

"Vraiment ?" releva Severus. "Où ça ?"

"A Londres" répondit Meliane à la place de ses tuteurs. "Je vais faire des études un peu plus avancées."

"Tu n'es pas supposée être en primaire ?" demanda Severus.

Mel fit un sourire un peu contrit.

"Meliane a une mémoire extraordinaire" fit Pétunia, visiblement très fière de sa nièce. "Elle va dans une école spéciale pour voir des choses plus avancées."

Severus acquiesça, songeant que ses questions pouvaient attendre plus tard.

"Je serai ravi de venir te voir à Londres, si tu n'y vois pas d'inconvénient" offrit-il. "Le Chemin de Traverse, le plus grand rassemblement de boutiques sorcières, a son entrée sur Londres. Je pourrai t'y emmener et te fournir quelques livres pour quand nous ne pourrons pas nous voir."

"J'en serai ravie" acquiesça Mel, avant de jeter un regard muet à son oncle et sa tante, qui acceptèrent après quelques hésitations.

"N'oublie pas que tes week-ends nous seront réservés, Mel" fit néanmoins sa tante avec un sourire affectueux.

"Bien sûr" fit joyeusement Meliane.

Elle avait finalement intégré rapidement son école et était folle de joie. Elle adorait les défis, et ses cours quotidiens en étaient désormais un. En parallèle, elle entretenait une correspondance poussée avec Severus, qui l'informait toujours plus. Elle avait fini par apprendre l'histoire complète de sa vie, et ce qu'il s'était passé ce soir-là. Severus avait été surpris, puis joyeux de savoir qu'elle était Fourchelangue, mais elle avait principalement sentit la colère monter en elle, rapidement suivit par une haine intense à l'égard de James Potter. Elle réserva son jugement pour son jeune frère pour plus tard. Après tout, elle ne s'en souvenait que très mal, et il serait stupide de décider de sa future attitude à cause d'un comportement enfantin. Severus la tenait informée de tout ce qu'il arrivait dans le monde magique, commentant tout avec son sarcasme habituel.

"Meliane, la bibliothèque ferme" soupira un de ses professeurs derrière elle.

"Encore cinq minutes" supplia-t-elle en s'arrachant à ses pensées. "Je ne comprends pas très bien la différence entre une radiation et une onde électromagnétique."

Son professeur soupira, puis se pencha au-dessus de son livre, parcourant rapidement le texte.

"Omettant le fait que nous ne l'avons pas vu en cours" entama-t-il. "Je pensais que tu le trouverais seule. Toutes les ondes électromagnétiques sont des "radiations", bien que le terme utilisé dans ce sens soit faux. Toutes les radiations ne sont pas des ondes électromagnétiques."

Il prit un stylo et une feuille et dessina rapidement le symbole atomique.

"Tu sais qu'il existe plusieurs manières pour un noyau radioactif de se désintégrer" supposa-t-il à haute voix. "Chacune de ces manières provoque une radiation bien précise. L'une d'entre elles est effectivement le rayonnement gamma, extrêmement dangereux. Mais les rayonnements Bêta, par exemple, ne sont pas des ondes électromagnétiques. Il s'agit du dégagement d'une particule, et non pas d'une onde."

Son dessin se complétait au fur et à mesure, puis le professeur reposa son stylo, avant de l'aider à se relever.

"Tu as encore le temps, Meliane" fit-il en lui souriant. "Comprendre ceci à huit ans et demi est déjà un exploit..."

"Non, je n'ai plus beaucoup de temps" fit Mel d'une voix triste.

"Pourquoi ?" interrogea son professeur, surpris.

"Des gens me cherchent" avoua-t-elle sans difficultés. "Quand j'aurai onze ans au plus tard, ils feront tout pour me retrouver, pour m'envoyer dans leur... école."

"Tu ne veux pas ?" interrogea son professeur. "Rien ne te forcera à y aller, alors. Comment sais-tu qu'ils te poursuivent ?"

"Un ami de ma mère travaille dans cette école" expliqua Meliane à contrecœur. "Il m'écrit souvent, bien que personne ne le sache, et m'apprend ce que je dois savoir pour pouvoir rester moi-même là-bas."

Son professeur lui fit un sourire rassurant.

"Dans tous les cas" fit-il "cela te laisse jusqu'à tes onze ans, n'est-ce pas ? Est-ce qu'ils songeraient à te chercher à l'étranger ?"

Surprise, Meliane réfléchit un moment.

"Peut-être pas" fit-elle lentement.

"Eh bien, quand tu auras un niveau suffisant, et tu l'auras avant tes onze ans, j'en suis certain, je pourrai contacter des amis en université dans d'autres pays et leur proposer un petit génie. Tu n'as pas seulement une mémoire extraordinaire, Meliane. Tu as aussi un esprit logique implacable, tu es capable de saisir des concepts purement imaginaires, et surtout, tu es capable de faire le lien entre toutes les choses que tu entends. C'est cela qui t'aidera réellement à très haut niveau. Tu peux avoir un avenir glorieux, Meliane. Ne laisse personne te dicter tes choix."

Il n'aurait jamais parlé de ceci à un des génies de son école, normalement, mais Meliane avouait sans difficultés que beaucoup de personnes convoitaient ses dons. Et il ne pouvait pas permettre qu'un de ses élèves ne puisse plus choisir à cause d'autres personnes.

"Il va être temps d'aller te coucher, non ?" fit-il avec un sourire.

"Oui" fit Meliane sans conviction. "On voit quoi, demain ?"

"Les nombres complexes, je pense" répondit son professeur. "Je suppose que tu t'es déjà renseignée dessus..."

"Vous en aviez parlé en cours" se défendit Meliane.

Il sourit.

"Ce n'est pas un reproche, Meliane" répondit-il. "Je te laisse ici... Bonne nuit."

"A vous aussi" répondit poliment son élève.

Il tourna à gauche, regagnant les couloirs de l'administration, alors qu'elle rejoignait les dortoirs. Ils n'étaient pas nombreux et avaient droit à une chambre privée. Ils avaient par contre une grande salle commune où se détendre. Entrant dedans, elle fit un signe de main joyeux à ses camarades. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il n'y avait que très peu de rivalités dans leur école. Ils savaient tous pourquoi ils étaient là, et ils savaient également que chaque personne présente y avait sa place. Meliane était peut-être l'une des plus jeunes, mais cela ne changeait rien. Elle était tout aussi intelligente qu'eux.

Rapidement pourtant, Meliane disparut dans sa chambre, allant s'allonger sur son lit en regardant pensivement le plafond. Elle ne tarda pas à s'endormir, faisant un rêve bizarre.

Des gens étaient assis en cercle dans une vaste pièce lumineuse, chacun en tailleurs sur un fauteuil à l'air confortable. Ils devaient être une douzaine, mais certains étaient curieusement transparents, bleutés et leur image semblait trembloter de temps en temps. Elle ouvrit silencieusement la bouche en voyant certains d'entre eux, clairement non-humains. Ils étaient en train de parler de choses qu'elle ne comprenait pas, mais soudain l'un d'entre eux, un homme au port de tête noble, redressa la tête.

"Quelqu'un nous écoute" fit-il d'une voix calme.

Son regard se posa sur un petit être à sa gauche. Il n'était pas très grand et était... vert. Ses grandes oreilles remuèrent doucement et il hocha la tête, le regard pensif.

"Qui pourrait donc nous écouter ?" fit une créature très haute, couverte d'une épaisse fourrure. "Nous sommes dans la tour Jedi..."

"D'un monde que nous ne connaissons pas, elle vient" fit soudain le petit être vert.

Les autres le regardèrent avec respect. Il avait les yeux fermés et Meliane sentit soudain sa présence s'intensifier. D'un coup, il apparut à côté d'elle et elle recula avec un petit cri, une main sur le cœur.

"Vous m'avez fait peur" fit-elle, haletante.

Elle s'aperçut subitement que tout le monde l'avait entendue. Ce n'était pas lui qui était apparu à côté d'elle, mais elle qui les avait rejoints.

"Tu ne maîtrises pas la Force, jeune fille ?" demanda le noble.

"La quoi ?" demanda Mel, abasourdie.

"Comment es-tu arrivée ici ?" demanda-t-il d'une voix plus douce, voyant bien qu'elle ne savait pas de quoi il parlait.

"Je ne sais pas" répondit-elle après un instant d'hésitation. "J'étais fatiguée... je me suis couchée et puis... c'est tout. J'étais juste au-dessus de vous. C'est un rêve, non ?"

"Je crains que non" fit la créature aux longs poils.

Mel resta silencieuse, sous le choc.

"Vous voulez dire... que vous existez réellement ?" fit-elle, hésitante.

Tous les regards étaient posés sur elle et cela la rendait extrêmement mal à l'aise. Le petit être vert se leva.

"Venir te rejoindre, je vais" fit-il d'une voix calme, la regardant.

Elle était plus grande que lui, et pourtant il la dominait, possédant une sagesse qu'elle n'aurait sans doute jamais.

"Tu pourrais être une Jedi" fit le noble, songeur. "Seule la Force t'aurait permis d'entrer ici... Où es ta planète ?"

"Ma... planète ?" répéta Mel. "Vous venez... d'une autre planète ?"

"Probablement" fit un quatrième. "Pourquoi cela t'étonne-t-il ?"

"Je ne savais pas qu'il y avait d'autres planètes habitées" avoua Meliane. "Cela explique pourquoi je ne reconnais pas certains d'entre vous..."

"Il n'y a que des humains chez toi ?" s'enquit le noble.

"Euh... oui. Enfin, des gobelins aussi, et puis quelques autres créatures de légendes... mais pas d'êtres comme vous, ou alors ils se cachent très bien."

"Maître Yoda a décidé de venir vous voir" admit le noble. "Je l'aurai fait sinon... Vous pouvez vous réveiller, puisque visiblement vous étiez endormie."

Mel le regarda, stupéfaite.

"Euh... je fais comment ?" demanda-t-elle.

En toute réponse le petit être vert s'approcha d'elle. A nouveau, elle sentit cette intense concentration, et cette présence tout autour d'eux. Puis tout devint flou, et disparut.

"MEL !"

Une main rude la secouait.

"Mel, on a les cours qui commencent dans une demi-heure ! Allez, debout ! Le professeur Baxter va être furieux si tu ne manges pas avant d'y aller ! DEBOUT !"

Le dernier cri acheva de la sortir du sommeil et elle ouvrit difficilement les yeux.

"Hein ?" fit-elle très intelligemment.

"Il est sept heures et demi, ma chérie" fit son amie Serena, de quelques années plus âgée qu'elle.

Meliane jeta un œil à son réveil, puis jura, puis se jeta vers son armoire.

"Comment ça se fait que t'aies été encore en train de dormir ?" s'enquit Serena alors qu'elle se changeait rapidement, après avoir fait une toilette rapide dans le lavabo.

"J'ai fait un rêve très bizarre" lança Meliane.

Cinq minutes plus tard, elle était prête et toutes deux se ruèrent vers le réfectoire. Mel ne se permit de souffler qu'une fois qu'elle fut en cours, tout pile à l'heure.

Il ne se passa rien pendant plusieurs semaines. Mel s'acharnait sur ses cours et était folle de joie d'apprendre aussi vite et aussi bien. Elle n'avait plus repensé à son étrange rêve. Severus l'avait emmenée voir le chemin de Traverse et elle avait été folle de joie, le traînant dans toutes les boutiques pour son plus grand malheur. Après une longue discussion et un regard suppliant, il finit par accepter de lui enseigner les potions quand ils auraient le temps de se voir.

"Et tes études ?" demanda Severus alors qu'ils étaient assis à la terrasse d'un café, côté moldu.

"Trop bien !" s'exclama Mel. "C'est fascinant, ce qu'on fait ! Le professeur Baxter sait qu'on me cherche, mais il a dit que si je ne voulais pas partir, il contacterait des professeurs qu'il connaît et m'enverrai étudier à l'étranger."

"C'est bien" fit Severus en souriant. "Je ne te verrai pas, mais j'espère que tu seras heureuse."

"Je n'ai pas encore pris ma décision" fit doucement Mel. "Même si..."

Elle s'interrompit et il y eut un long moment de silence.

"Sev ?" finit par appeler Meliane.

"Oui ?"

"C'est vrai que je suis trop grande pour mon âge ?"

Severus la regarda d'un œil critique.

"Au niveau de la taille, non" répondit-il, avant de prendre un air plus sérieux. "Oui, Mel, on peut dire que tu es plus grande. Quelqu'un qui lirait un de tes textes ne devineraient certainement pas ton âge, tu es beaucoup plus mature. Mais quelle importance ? Si tu t'amuses et que tu aimes ta vie, tu t'en fiche. Quelqu'un qui ne t'accepte pas comme ça ne vaut pas la peine que tu te soucies de lui."

Il y eut à nouveau un moment de silence, puis Meliane sourit.

"Merci, Sev."

Son sourire se fit espiègle.

"Je suis certaine que mon père serait fou furieux s'il nous voyait et rien ne me fait plus plaisir."

"A moi non plus, Mel, à moi non plus" fit Severus en souriant largement. "Bien, j'ai dû comprendre que tu devais rentrer assez tôt ?"

Meliane se mordit la lèvre.

"Je devais parler au professeur Baxter" fit-elle. "Je pense que je vais quitter tout de suite l'Angleterre. Tu m'as dit qu'ils me cherchaient de plus en plus activement."

"Je doute qu'ils aillent voir dans une école pour surdoués" fit Severus avec un sourire narquois.

"J'ai peur qu'ils embêtent oncle Vernon et tante Pétunia... Si je m'en vais, ils pourront dire honnêtement qu'ils ne savent pas ce que je fais. C'est vrai, ils ne comprennent pas mes cours."

Severus sourit sur le jeu possible sur les mots. Cela suffisait largement à contrer une potion de vérité. S'ils ne savaient pas ce qu'elle faisait exactement, ils pouvaient contourner la question.

"N'envisage pas que le pire" conseilla-t-il néanmoins.

"J'en ai déjà parlé avec ma famille" répondit-elle simplement.

"Je te raccompagne" fit Severus en se levant.

Elle ne protesta pas et ils se remirent en route vers l'école, sans se douter qu'ils étaient suivis par un homme plus discret que l'ombre. Celui-ci les observa entrer dans l'école, puis fit demi-tour, partant rejoindre son Maître.

Deux jours plus tard, Meliane quittait l'Angleterre après de lourds adieux avec sa famille, leur promettant néanmoins des mails que les sorciers seraient trop stupides pour lire.