C'est l'été. Il fait chaud. Il porte une chemise à manche longue. S'énerve contre lui-même parce que quelle idée de con de porter une chemise par cette température. Il poursuit un écureuil depuis 15 minutes quand il entrevoit le chemin. Il hésite. Rien qu'une seconde. Un an qu'il n'est pas passé. Il avance sur la pointe des pieds, comme pour ne pas gêner. Puis il manque de chuter. Le portail est refait. Magnifiquement. D'un beau bleu acier. Les loups ont retrouvés toute leur splendeur passée. Il lève son appareil, obligé qu'il immortalise ça, quand une ombre vient dans son champ.
- Bonjour ; ggrrr cette voix grave
Stiles relève les yeux et manque de mourir d'un arrêt cardiaque. Mais c'est quoi cet Apollon ? L'homme grand, carré d'épaule, foutrement musclé, un peu brillant de sueur, un débardeur blanc constellé de tâche noire, un jeans noir. Le photographe ouvre la bouche. La referme. L'autre hausse un sourcil.
- Je peux vous aider ? ; oh mais cette voix qu'il a ! On dirait… Un grondement de loup.
- Je suis photographe ; bien Stiles, bravo, c'est juste hors-propos
- Je m'en suis douté étonnamment ; il croise les bras, roh ces biceps, et s'accoude contre le mur de pierre
- Il est bien refait. C'est vous qui vous en êtes occupé ? ; il indique du doigt le portail
- Ouais. J'ai racheté le domaine début d'année. Vous connaissiez avant ?
- Oui j'ai passé… ; il tire sur la courroie de l'appareil qui semble peser lourd, il n'a qu'une envie, prendre ce mec en photo sous toutes les coutures, TOUTES les coutures ! ; Pas mal de temps ici quand j'étais jeune
- Vous êtes du coin ? ; le mec se redresse, l'air intéressé, s'avance même vers le jeune homme
- Oui. Stiles Stilinski ; il recule, il doit reculer sinon il lui saute dessus ; J'y vais. Bravo en tout cas ; il tourne déjà les talons
- Hey ; le hèle le gars, Stiles se contente de lui jeter un coup d'œil ; J'm'appelle Derek
- Content de vous savoir dans le coin Derek ; et il se met à courir
Le soir, sous sa douche, Stiles se demande encore ce qui lui a prit de fuir comme un couard face à cette statue de Dieu grec tombé sur terre juste pour le torturer.
Il se tourne et se tourne dans ces draps, sans trouver le sommeil. Il est agité. Une idée de photo lui tourne en tête. Il va devenir cinglé s'il prend pas ce cliché. Résigné il sort de son lit, passe un jeans et un t-shirt et attrape son appareil. Il rejoint le portail au petit trot. La lune est en quartier ce soir. C'est beau. C'est calme. Il pose un genou à terre et déclenche. La photo sera parfaite. Il le sait. Il le sent. Son âme est sereine.
Dans son labo photo il trépigne le temps que le cliché apparaisse. Une fois fait il croit qu'il va tomber de tout son long. La photo de une est parfaite, si si, mais en plus l'ombre du loup est là. Contre un arbre. On le devine à peine. Tout ce qu'on remarque c'est sa silhouette, la pointe de ses oreilles et bien évidemment les yeux rouges. Il caresse d'un doigt léger cette forme, sourit et murmure « content de te savoir rentré mon gros ».
Une semaine passe, Stiles est bien. Il est heureux. Il est chez lui, entouré de ses amis et son affaire tourne bien. Un matin sa Roscoe refuse de démarre. Toute cette humidité c'est pas bon pour elle. Il arrive après moulte effort à la faire se traîner jusqu'au garage du coin. Quelle surprise…
- Hey salut toi ; oh merde mais cette voix définitivement viril
- Salut Derek ; il chuchote en train de se demander s'il va griller sur place à cause de toute cette chaleur qu'il sent en lui ou s'il va fondre tellement ce gars le rend tout guimauve
- Qu'est ce qu'il t'arrive ? ; il tourne autour de la Jeep, caresse le capot avec respect et ça plait à Stiles
- J'ai galéré à la démarrer et… Elle tourne pas comme d'hab
- Je vais voir ça. Tu m'ouvres le capot ?
- Yep ; il obéit et immédiatement le mécano se penche sur le moteur, sa cambrure est… Oh là là. Stiles est à deux doigts de s'éventer avec sa main juste pour faire baisser la rougeur de ses joues
- Mmmhhh ; mais c'est quoi ce son ? On dirait un ronronnement
- Je te la laisse peut-être ? ; vite il doit fuir, maintenant, tout de suite, loin, au pôle noir, froid, manchot et glace
- Oui je pense ; le mécano se redresse, ses mèches toute en vrac, oh dieu
- J'y vais tu… ; il recule déjà, 10 pas en arrière
- Mais attends ; il l'attrape par le bras, sa main glisse jusqu'au poignet et le photographe veut juste mourir là de suite ; J'ai besoin de tes coordonnées. Viens avec moi
Il le tire par la manche de son gilet gris dans un bureau. Ok, il le suit où il veut. Surtout dans un bureau fermé avec des volets. Et que tous les deux dans tout cet entrepôt et… Derek se sert du bas de son t-shirt pour essuyer une ligne de sueur qui a coulé le long de sa tempe. Stiles s'emmêle les pieds. Nan mais y a autant d'abdos sur tout le monde ? Et c'est possible que sa peau ait l'air si ferme et douce et brune et… Il heurte le chambranle. Derek rit doucement et pose sa main sur l'épaule du maladroit.
- Ça va ?
- Juste je regardais pas où je marchais ; il grommelle, honteux
- Je me doute. Tiens assieds toi va ; il lui tire une chaise du bout du pied et l'envoie presque jusqu'à lui, c'est sexy, lui s'assied à moitié sur un bureau, oh mais il le fait exprès de prendre des postures qui font ressortir toute sa putain de musculature ? ; Alors ; il farfouille dans les papiers sur un coin et sort un formulaire ; Tiens tu me remplis ça pendant ce temps moi je vais me changer
- Ouais, ok, je remplis
Là il est à la limite de dire qu'il viendrait bien avec, qu'il veut bien l'aider à passer son débardeur au dessus de ses épaules, et qu'il l'aiderait à descendre son jeans et… Papier. Stylo. Remplir. Ok ! Nom, prénom il s'en souvient c'est déjà pas mal. Adresse. Oui ça passe encore. Il est encore en train de réfléchir à son numéro de fixe quand Derek revient. T-shirt long noir, gilet rouge, oh merde, et jeans noir très ajusté.
- Comme tu laisses ta voiture tu veux que je te raccompagne ?
- Quoi ? ; il couine
- Il pleut Stiles ; il indique le toit en tôle de l'index d'où tout à coup on entend des dizaines de milliers de gouttes, Stiles n'avait pas remarqué depuis qu'il est rentré dans cet endroit qu'il pleuvait toujours, il était trop occupé ! ; Donc plutôt que de te laisser rentrer à pied sous cette pluie diluvienne tu veux que je te raccompagne ? J'ai fini ma journée
- Mais il est 10h ; il souffle parce qu'il est pas en état de penser
- L'avantage d'être son propre patron ; il lui adresse un sourire éblouissant et Stiles manque de faire tomber papier et stylo tant ses mains deviennent moites
- Ouais
- Ok je vais chercher la voiture. Quand t'auras fini pose ça là ; et il se tend, passe au-dessus de Stiles qui a une putain de vue direct sur ses reins et il tapote un casier plastique ; A de suite
- Ouais
Son cerveau a grillé. Foutu. Cramé. Fondu. Perdu. Il se racle la gorge, baisse les yeux sur le papier, ajoute son numéro de portable (sous le prétexte absolument faux qu'il n'est pas souvent chez lui), met son adresse mail et pose le papier là où l'a dit le sexy boy, euh Derek. De-rek. Chancelant il revient vers sa jeep, il en sort son barda photo, une chemise cartonné et deux trois autres trucs. C'est là qu'il l'entend. Le feulement de la bête. Il se retourne, se cogne au passage le crâne, aoutch. Une voiture noir, de sport, et… Derek en sort rapidement, relevant le col de sa veste en cuir. Ses cheveux sont trempés de pluie, ça lui goutte le long du visage, ça se perd dans sa barbe et… Le jeune homme pense à refermer sa bouche. Un bon point pour lui.
- Tu as tout ? ; hochement de tête ; Ok alors je vais fermer si tu permets ; encore hochement de tête ; Stiles ?
- Oui ? ; il papillonne des yeux
- Voiture ; il indique du regard la bête rugissante qui tourne au ralenti
- Ouais ok
- Tout de suite ça serait bien. A moins que tu préfères attendre que la pluie se transforme en neige ; goguenard il hausse un sourcil
- Nan j'y vais
A peine la portière refermée il sait qu'il va mourir dans cette voiture. Ça sent le mâle. Pas puant le mâle! Juste… Viril, masculin, chaud et… Oh bordel il va pas se taper une érection juste à cause de l'odeur d'un habitacle d'une bagnole quand même ? Il baisse la tête. Ben si, définitivement si. Gêné il pose la pochette carton dessus. Derek revient en courant, se glisse en un mouvement derrière le volant et à peine dans la voiture s'ébouriffe les cheveux pour les débarrasser de toutes les gouttelettes. Ok, il va crever.
- Quel déluge ; il marmonne et Stiles remercie tous les Dieux qu'il pense connaître, il en invente peut-être même, pour toute cette pluie qui rend le mécanicien si sexy ; Bon. J't'amène où ?
- Nul part ; merde c'est sorti de sa bouche ça, Derek se met à rire
- T'as pas des rendez-vous ou…
- Nop ; il laisse traîner le P sur ses lèvres et il croit voir les yeux bleu-vert fixer ces dernières
- Café alors ? Histoire de se débarrasser de toute cette foutue humidité qui colle à la peau ?
- Volontiers ; il hoche la tête tellement fort que sa nuque craque
- C'est parti
Derek passe un bras derrière le siège de Stiles et manœuvre pour sortir en marche arrière. Stiles lui se contente de le dévorer des yeux. Il a déjà imaginé tellement de photos qu'il va finir cinglé s'il en fait pas au moins un.
- Dis je pourrais te prendre en photo ? ; hé merde c'est encore sorti de sa bouche ça ?!
- Quoi ? ; il tourne la tête, un demi-sourire timide
- Genre là putain… ; sans plus attendre Stiles ouvre sa pochette, le scratch fait un bruit du tonnerre mais Stiles est pressé, il attrape son nikon, règle deux trucs et même pas 30 secondes après la photo est prise ; Tu devrais faire du mannequinat ou… Poser ou… ; merde pourquoi sa bouche s'arrête pas toute seule
- Je suis pas très… Sociable ; il hausse une épaule et son blouson de cuir exhale une odeur de mécanique, de lui et de forêt
Ils roulent en silence, seul le bruit du moteur, de la pluie et des essuie-glaces, résonne. Puis le conducteur attrape un bip dans sa poche et le portail aux loups s'ouvre.
- Oh on…
- Le café sera gratuit comme ça nouveau sourire en coin ! Alors tu connaissais la maison ?
- Oui et non c'est… Une longue histoire ; il se frotte la nuque, l'appareil en main ; Comment tu l'as bien refaite la vache ! ; il se tortille sur son siège, puis abat sa main sur la cuisse de Derek, qui sursaute et manque de piler ; Attends, juste attends, bouge plus putain ! ; le photographe se couche à moitié sur le tableau de bord, prend une photo, puis une autre, il change de position, s'allonge à moitié sur Derek et enfin range l'appareil ; Je pouvais pas louper ça
- Sans souci. Mais tu sais que c'est ma maison là hein et que tu vas devoir me faire signer des autorisations
- Ouais je sais ; il grimace parce qu'en général c'est AVANT de prendre les photos qu'on fait ça ; Pardon ? ; il retrousse le nez comme un enfant prit en train de voler un gâteau, des miettes plein autour de la bouche
- Allé amène toi
Il coupe le contact, ouvre sa porte et court vers le porche. Ce même porche où Stiles enfant a posé une peluche. Puis une autre. Sa gorge se serre. Le saule est magnifique, vert et blanc, déployé tel une corolle contre le coin de la véranda. C'est… Apaisant, calme ici. Il ne court pas, au contraire. Il marche avec mesure vers la maison. Il respire à fond et sans même s'en rendre compte balaye des yeux les alentours, s'attendant presque à trouver des yeux rouges. Avec un sourire qui illumine même le fond de son âme il pénètre enfin dans la véranda.
- C'est la meilleure après-midi de toute ma vie ; remercie chaleureusement Stiles à la porte de son appartement
- Je suis content que la maison te plaise ; Derek s'accoude au mur
- Et merci de m'avoir laissé faire mon paparazzi ; il agite l'appareil
- Je veux juste voir ce qu'elles vont donner
- Hey tu doutes de mon talent ; il lui colle une bourrade contre l'épaule
- Même pas ; souffle le brun
Puis il attire Stiles d'une main ferme sur la nuque et comme ça, dans la moiteur d'un mois de juillet pluvieux, ils s'embrassent. Les lèvres de Derek sont fermes et sa barbe irrite la peau délicate de Stiles mais la vache c'est le meilleur baiser de toute sa foutu vie ! Il manque de lâcher son appareil et s'enroule comme il peut autour du plus grand. Il n'a qu'une envie : sentir le plus de peau possible contre la sienne. Le baiser pourtant cesse et Derek pose son front contre celui de Stiles.
- Wow ; chuchote d'ailleurs celui-ci
- J'pouvais décemment pas te laisser partir sans l'avoir fait
- Alors je suis très content que tu l'ais fait ; il sourit en frottant son nez contre sa joue
- On se voit demain ? ; incertitude dans les yeux verts
- Je ferais à manger
- Super ; nouveau baiser plus doux, plus… Amoureux ? ; A demain
- A demain Der'
Sur un nuage Stiles se laisse glisser contre sa porte. Puis il se relève, crie à toute voix et danse comme un con dans son salon.
