Après l'apéro vient l'Entrée, donc malgré l'abscence abyssale de reviews (ce n'est pas un reproche), je continue à poster cette histoire souvenir de mes 15 ans lorsque je l'écrivais en cours de MPI (le truc que je déteste le plus après les maths et la physique) et que la prof semlait proche de la crise de nerfs (je sais vraiment pas pk). Je reprécise que cette histoire est née dans mon cerveau et que je n'avais pas encore lu Harry Potter, donc la magie présentée vient de moi (et de Marion zimmer Bradley par moment. des deux livres que j'ai lu.).

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Chapitre 1 : Elim

Maëlle, ma mère m'a souvent raconté la venue au monde de ma grand-mère.

Il y a bien longtemps, le roi Jor, comme tout roi, respecta la tradition et choisit une prêtresse, Myra, pour le conseiller.

Elle était aussi belle que sage et bientôt le roi en fut épris. Elle était en mission et n'avait le droit de se laisser aimer qu'à un certain moment de l'année, celui du grand cornu, lorsque les feux de Beltane sont allumés pour insuffler la vie et l'esprit de la grande Déesse en chaque enfant engendré par l'union des prêtresses et des druides.

Elle résista jusque là, mais s'abandonna au roi alors marié à Marianne qui lui avait donner un fils, Alban et qui était de nouveau enceinte. Ne pouvant s'empêcher d'aimer Jor, elle s'unit à lui encore une fois, une seule fois juste après la saison des feux. Alors, la grande Déesse la punit, elle accéléra la croissance de l'enfant des feux qu'elle portait, et la fit mourir en couches. On ne sait pour quelle raison, mais Marianne enfanta le lendemain. Son enfant ne vécu qu'une heure. On nomma l'enfant de la prêtresse, Nira, « celle qui ensorcelle » et Jor désespéré par la mort de son amante et celle de son fils, confia l'enfant à Marianne afin qu'elle la nourrisse. Elle refusa tout d'abord cette idée, mais devant le regard terne de son époux habituellement si joyeux, elle consentit à élever Nira comme sa propre fille, mais ne put l'aimer pleinement. Alban, alors âgé de 5 ans, accepta vite la venue de sa « sœur ». Ils grandirent. Mais, si Nira avait hérité de la sagesse et de la gentillesse de sa mère, Alban, lui, appartenait à la race des maléfiques. Si elle parvenait à l'adoucir parfois, son tempérament destructeur, jaloux, possessif et vicieux reprenait le dessus.

Bientôt, Nira eut 16 ans. Depuis sa naissance elle n'avait cessé d'embellir, choyée par son père mais élevée froidement par Marianne qui reprochait à Jor d'aimer l'enfant de Myra plus que le sien. Il sentait bien la douleur dans ses yeux à chaque fois qu'elle l'appelait « mère ». Après sa naissance, la sœur de Myra, Nolwenn, exigea de voir sa nièce le plus souvent possible et lui enseigna la magie, la sagesse, la préparant ainsi à devenir une prêtresse Arkanne et si possible la Grande prêtresse après sa mort.

Alban et Nira devenaient complices, jusqu'au jour ou il l'aperçu se baigner nue dans la rivière. Il n'avait jamais vu un corps aussi beau. Naturellement, il ne lui dit pas, mais un soir en revenant de la chasse, il surprit une dispute entre ses parents :

- Tu l'aimes plus qu'Alban, je ne le supporte plus. Je l'ai nourrie et élevé en oubliant ta tromperie. C'est une bâtarde, rien de plus, tu entends, Rien de plus !

Alban venait d'apprendre que sa sœur n'était que sa demi-sœur. D'abord troublé, il ne sut comment réagir, puis décida d'aller parler à Nira en se répétant intérieurement : « Ça change tout ».

Il la surprit à parler avec un jeune homme de son âge sur un banc. Visiblement, il lui faisait la cour et ils ne se connaissaient guère depuis longtemps. Alban l'avait déjà vu rôder autour du château. Il sentit la jalousie s'emparer de son esprit, puis de son cœur lorsqu'ils échangèrent un baiser. Il n'eut pas le courage de les interrompre et retourna rageusement dans sa chambre.

Quelques semaines passèrent et il apercevait le jeune homme de plus en plus souvent. La rage grondait en lui et un jour où Nira rentrait Laï sa jument préférée, il se décida à lui parler.

Il la prit par le bras et l'entraîna vivement dans l'écurie. Puis, il commença à lui parler de ce qu'il avait entendu et fut surpris de se rendre compte qu'elle savait que Marianne n'était pas sa mère. C'était Nolwenn qui le lui avait dit lorsqu'elle avait sept ans. Ne tenant plus il lui lança sournoisement :

- Si je ne suis pas ton frère, nous pouvons nous aimer.

- Tu perds l'esprit Alban, nous sommes liés par le même sang.

- Peut-être, mais nous n'en avons qu'une moitié en commun. Plus il avançait et plus elle reculait.

- N'avances plus, tu es fou ? Ton esprit est brouillé.

- Oui, floué par ta beauté Nira. Il l'enlaça et tenta un baiser mais elle le gifla et s'enfuit.

Elle n'osait plus lui parler, ni le regarder dans les yeux. Elle ne comprenait pas sa nature. Il pouvait être si gentil parfois, mais tellement odieux lorsque sa mère n'était pas là. Elle l'évitait le plus possible, mais un soir il la piégea dans la grande salle commune. Elle brodait devant l'âtre.

Il avait attendu que les serviteurs débarrassent la grande table rectangulaire puis s'était fait le plus discret possible. C'est en dépliant son pied engourdi qu'il fit bouger l'écuelle de leur chien. Elle entendit le raclement sourd du métal sur la pierre et se leva intriguée. Elle trembla à la vue d'Alban, et, prenant une voix pleine d'assurance, elle lui lança :

- Il est bien tard mon frère, tu devrais aller te coucher.

- Nira, écoutes-moi. Je ne dors plus, je pense à toi tout le temps, pourquoi me tourmentes-tu ainsi ? Je veux seulement t'embrasser.

A ces mots, il se précipita devant la porte qu'elle allait ouvrir.

- Non, non, non petite sœur, tu ne t'enfuiras plus. Le ton était joueur.

- Il la prit par le bras et l'enlaça brutalement. Lui bloquant les bras, il parvint à l'embrasser. Elle tenta de le mordre, mais il lui bloqua la tête avec sa main. Il l'entraîna au centre de la salle et tenta de l'embrasser à nouveau. Elle lui donna un grand coup de genou au bas-ventre et lui lança :

- Vas-t'en, laisse-moi. Je ne veux plus te voir. Tu me dégoûtes !

- Nira, qu'est-ce qui te prends ? Je suis ton frère !

- Non, mon frère est mort. Tu es mort ! Comment oses-tu me demander une chose pareille ?

- Je t'aime Nira et…

- Assez ! Je ne veux plus t'entendre, tais-toi !

- Qu'est ce qui te prends, je ne dis rien de mal, je ne suis que ton demi-frère.

- Et alors, nous avons le même sang. Et puis, j'aime quelqu'un d'autre.

- Nous allons être heureux ensembles…Dit-il rêveur en s'approchant lentement d'elle.

- Que fais-tu, recules, je t'ordonne de reculer !

- Ordonnes ce que tu voudras, crie si tu veux, personne ne t'entendras !

- A ces mots, il se jeta sur elle et…

- Arrêtes ! Tu a perdu l'esprit mon fils.

Une silhouette d'une maigreur étonnante s'encadra dans la porte.

- Mère, ne vous mêlez point de ceci, c'est une affaire entre elle et moi.

- Comment oses-tu, ici, chez moi, avec ta propre sœur ?

- Demi-sœur. Mrianne tiqua.

- Peu m'importe, elle est de ton sang. Ne la souille pas comme une vulgaire servante.

- Mais mère, elle est l'enfant d'un pêché, que t'importe ce que je lui fais, tu devrais te réjouir au contraire ?

- Assez ! J'aime ton père, et je ne veux pas que tu fasses du mal a sa fille.

- Comme vous voudrez mère. Le ton semblait contrit mais laissait une pointe d'amertume.

- Sort Nira, vas dans ta chambre et reposes toi. Celle-ci parti le plus vite possible sans se retourner. Quand à toi Alban, ne t'avises plus jamais de la toucher. Je sais qu'elle devient de plus en plus belle mais elle est trop jeune. N'as-tu point honte a ton âge, tu as vingt-et-un ans et elle n'en a que seize. Honte sur toi mon fils!

La porte se referma sur la noble Dame et Alban resta seul à élaborer un plan. Il désirait trop sa sœur pour rester sur sa faim et recevoir cette leçon sans rien dire.

Le soir venu, Alban se glissa sans bruit hors de sa chambre, monta les escaliers de pierre, puis entra dans celle de Nira.

Elle dormait paisiblement, rêvant de magie et de fées, un sourire aux lèvres. Sa douce chevelure flamboyait sur l'oreiller et ses traits fins lui donnaient l'air d'un ange. Troublé par tant de beauté, Alban murmura :

- Que tu es belle, ce soir tu seras mienne.

Elle se réveilla en entendant le claquement de la porte puis essaya de crier, mais une main vint sur sa bouche et aucun son n'en sortis. Puis gardant la main posée sur ses lèvres il parla :

- Enfin seuls ma douce. J'attendais ce moment avec impatience.

Elle le mordit violemment jusqu'au sang et il relâcha son étreinte.

- Quel tempérament, cela me plaît.

- Gardes tes remarques pour toi ! Elle tentait de se dégager mais il la serrait trop fort.

- Mais non, ma chère, il faut au contraire les partagées.

- Que me veux-tu ? Elle tremblait légèrement.

- Ah ! Cesses de jouer les imbéciles, tu sais très bien ce que je veux de toi.

- Tu ne m'auras jamais, je suis à un autre !

- Ah oui, ton beau chevalier qui se joue de toi en douces paroles mais qui ne les pense guère.

- Tu ne le connais pas, il est noble et généreux.

- Des paroles, c'est tout. Je sais ce que cet homme voudra de toi.

- Il n'est pas comme toi lui, il n'est pas mauvais.

- Mauvais ? Mais tu n'as rien compris, tous les hommes sont mauvais. Tous sans exceptions.

- Non, il n'y a que toi ! Elle tenta de le rejeter sans succès.

- Tu es si naïve, ma pauvre sœur.

- Pourquoi me poursuis-tu, que t'ais-je fait pour que tu me veuilles non plus comme une sœur mais comme une amante ?

- Comme une femme. Dit-il en posant ses mains près de sa gorge.

- Jamais ! Je ne serais jamais a toi ! Elle rua, lança ses bras en tous sens mais rien n'y fit. Que peut une jeune fille de seize ans contre la force d'un homme ?

- C'est ce qu'on va voir. Le ton dangereux l'encouragea à lutter. Cela ne suffit pas.

Il se jeta sur elle et la fit sienne. Malgré ses cris personne ne vint à son secours et au petit matin on la trouva recroquevillée au pied de son lit, tremblante et en pleurs.

Elle resta au lit pendant deux longues semaines, puis décida de partir pour Idès, ville de rire et de joie, même si elle n'avait plus goût à rien.

La route était longue pour aller à Idès, et il avait fallu convaincre Jor.

Bien sur, elle ne lui avait rien dit, et voyant sa fille si triste il avait pensé qu'un petit séjour chez sa tante ne pourrait lui faire que du bien. De son côté, Alban voulant suivre sa sœur partit à son tour, prétextant qu'il allait dans le Nord voir un vieil ami.

Arrivée à Idès chez sa tante Nolwenn, elle lui raconta tout dans un long sanglot.

- Pourquoi n'ai-je pas pu utilisé mes pouvoirs contre lui ?

- Tu étais trop choquée.

- Oh marraine, comment a-t-il pu, lui, mon frère ?

- Les hommes ne songent qu'au plaisir, et toi avec ton petit minois rieur et ton corps parfait,

- Comment un homme pourrait te résister ?

- Ils ne sont pas tous comme ça, pas Eltan.

- Eltan, qui est-ce ? Tu ne m'en as jamais parlé.

- C'est un chevalier, vous connaissez son père, Ossian d'Eglemin. Je crois que je l'aime.

- Comment peux-tu aimer, tu n'as que seize ans, ce n'est pas l'âge de la raison. Nolwenn souriait doucement.

- Je suis sérieuse, mais désormais il me repoussera. Dit-elle avec desespoir.

- Pourquoi le ferait-il ?

- Vous le savez ma tante, je n'en suis plus digne à présent.

- Oui, je sais tout ça, mais je sais aussi qu'il t'aimera. Elle semblait si sincère. Nira leva son visage emplit de larmes vers elle.

- Comment pouvez-vous en être si sûre ?

- Saches ma petite que tu n'es pas la seule à avoir un don, ta mère te l'a transmis et je vais bientôt t'apprendre a t'en servir judicieusement.

- Quels sont vos projets ma tante ? Elle essuya ses larmes d'un revers de main.

- Tu le sauras, sois un peu patiente, c'est une vertu a ce qu'il paraît. Elle s'inclina :

- Oui ma tante.

Comme il fallait s'y attendre, Nira se trouva enceinte, elle avait tant souhaité que cela n'arrive pas, mais les nausées et tout le reste ne trompaient pas. Cela faisait un peu plus de trois mois qu'elle était arrivée en pleurs cherchant le réconfort de sa tante. Tout d'abord elle n'avait pas fait attention aux signes qui permettent de prévenir une grossesse, Nolwenn ne lui laissait pas un moment de libre.

Au début elle était très affolée, puis, s'étant fait une raison, elle s'était calmée et avait attendu l'instant de sa délivrance avec impatience et nombreuses craintes car elle ne supportait pas l'idée de tuer son enfant en avortant.

Ce petit être arriva un soir où la tempête faisait rage au-dehors, après de douloureuses heures dans la salle d'enfantement on entendit un grand cri de délivrance dans tout le château suivit des pleurs du nouveau-né. Nira, épuisée le tenait contre elle lorsque Nolwenn invoqua les dieux pour savoir le nom de l'enfant. Il s'appellerait désormais Elim, « le vent ».

Idès resplendissait, tout était joyeux, il y avait tellement de fêtes et de jeux que Nira n'avait pas le temps de s'ennuyer. Il faut dire qu'entre les leçons de magie, Elim et les tournois elle oubliait pour la journée ce qui s'était passé, mais le soir elle ne pouvait s'empêcher de pleurer.

Cela faisait presque un an qu'elle était arrivée lorsque Nolwenn se décida à lui parler.

- Vous m'avez fait mander ma tante ? Fit-elle en s'inclinant respectueusement.

- Oui Nira, j'ai à te parler de quelque chose de très important. Nolwenn semblait tendue.

- De quoi s'agit t'il ?

- De Gern. Maintenant tu es assez âgée pour m'écouter et comprendre ce qu'est ton devoir.

- Mon devoir ? Dit-elle surprise.

- Oui Nira. Tu sais que Gern a jadis été volé à ton père ?

- Oui, c'est une vieille histoire d'ailleurs. Que veux-tu que je fasse ?

- Il faut convaincre l'imposteur, lui reprendre Gern.

- Que puis-je y faire, je ne suis qu'une bâtarde.

- Tu seras la dernière des grandes prêtresses Akannes après moi. Ton devoir est de protéger ton royaume.

- Mais, c'est Arkan mon royaume, et il n'est pas en menacé.

- Si ma petite, il est menacé par celui qui usurpe le trône de Gern.

- Le dragon ? Que faut-il faire ? L'angoisse la saisit.

- Il faut que tu trouves l'armure rouge, elle seule peut soumettre le roi.

- Où est-elle ? Comment vais-je faire ? Dit-elle d'un air désespéré.

- Elle est en Argon dans le donjon d'Ers, Uthor ne sait pas qu'elle existe mais elle est tout de même gardée par les anciens soldats du « Fléau ». Il te faut une escorte.

- Qui ?

- Les meilleurs.

- Ma tante, même avec les plus grands chevaliers d'Arkan et d' Eka réunis je n'y arriverai pas. Cette tour est au fin fond d'Argon, c'est trop loin, de plus, je ne puis partir et laisser mon fils.

- Elim est entre de bonnes mains et pour le reste tu as tes pouvoirs.

- Je n'ai point d'expérience !

- Tu as la force et la sagesse de tes ancêtres en toi et puis, maintenant tu connais mieux ta magie.

- Cela suffira-t-il ?

- Je t'aiderai. Pour l'heure prépares tes malles. Je pars choisir les chevaliers qui auront l'honneur de servir leur terre.

- Y'en aura t'il d'assez courageux ? Dit-elle dans un soupir.

La place était vaste, il y avait un échafaud juste au centre, c'est là que Nolwenn avait réuni tout les chevaliers d'Idès, il y en avait d'autres venus de toutes les terres, les nains, les elfes, le petit peuple des forêts et biens d'autres encore, elle demanda le silence pour expliquer le sens de cette réunion.

- Messires, braves chevaliers, Gern à besoin de vous, commença-t-elle.

Ils l'écoutaient sans bruit sur la place publique d'Idès quand soudain :

- Tout pour notre terre ! Cria un chevalier vêtu d'une tuique de blanche et rouge.

- Messire Eltan, je vous reconnais bien là. Elle lui adressa un sourire bienveillant avant de reprendre :

- Et vous fiers chevaliers, êtes-vous avec nous ?

- J'aime mon roi ! Dit un homme enfermé dans une armure aussi noire que la robe de son cheval.

- Je le sais messire et c'est pour le défendre que je suis ici. Qui êtes-vous ?

- Je suis Alban, fils de Jor, notre roi légitime.

- Evidemment, comment ais-je pu ne point vous reconnaître.Que faites-vous à Idès, si loin de votre domaine ?

- Je cherche ma sœur Nira, votre nièce madame.

- Pourquoi donc ?

- On l'a enlevée !

- Vraiment messire, c'est bien malheureux. Elle avait un petit sourire moqueur au coin des lèvres.

- Qui l'a enlevée ? Cette voix inquiète était celle d'Eltan. Il regardait Alban d'un œil interrogateur.

- Je ne sais messire, mais ce n'est point votre affaire ! Dit Alban d'un air méprisant.

- Au contraire monseigneur, ceci me regarde.

- Pourquoi donc ? Vous ne la connaissez même pas.

- Je vous contredis encore seigneur, je connais cette charmante personne.

- Eltan…Fit-il songeur, oui, je vous reconnais à présent, c'est vous qui avez eu l'audace de courtiser ma sœur.

- Demi-sœur ! Dit Nolwenn gravement.

- Je ne voulais point vous froisser madame. Nous ne sommes pas nés de la même mère il est vrai, mais dans mon cœur nous sommes frère et sœur.

- Vraiment messire, frère et sœur, rien de plus ? Elle le fixa intensément.

- Bien sûr voyons, pourquoi cette question ? Le ton étais nettement moins courtois.

- Vous seul le savez messire Alban. Fit-elle mystérieuse.

- Vous êtes une…

Eltan s'interposa :

- Suffit messire, ne l'insultez pas !

- Mêlez-vous de vos affaires ! S'exaspéra Alban. Ou je vous corrige sur l'heure !

- Mais faites monseigneur, faites donc. Il sortit son épée du fourreau.

- Arrêtez ! Dit Nolwenn.- Je ne suis pas là pour ça. Vous n'êtes pas là pour ça.

- Alors dites-nous pourquoi nous sommes réunis ? Reprit Alban, moqueur.

- Cela ne vous concerne plus Alban, quittez cette place je vous prie.

- Très bien madame, mais vous le regretterez.

Il partit dans un grognement en regardant Eltan d'un air méprisant et haineux.

Après un long moment, Nolwenn commença à parler de la mission qu'elle allait leur confier et à la fin de son long récit Eltan l'interpella à nouveau.

- Mais madame, que se passera t'il si nous échouons ?

- Gern sera à Uthor à jamais et sa tyrannie ne fera qu'empirer, sa soif de pouvoir et sa passion pour les femmes mèneront tous les grands royaumes à la guerre, il pillera, brûlera chaque village et chaque ville jusqu'à ce qu'il ait trouvé ce qu'il recherche.

- Et, que cherche-t-il ? Questionna Eltan de plus en plus nerveux.

- Il cherche une femme aussi belle que celle qui lui a échappé, et pour laquelle Gern est passé en ses mains.

- Qui était cette femme ? Demanda un autre chevalier.

- Lyria, fille d'une de nos prêtresses, elle était également la grand-mère de celle que vous devrez accompagner dans cette quête, car tout repose désormais sur ses épaules.

- Et, qui est cette femme que nous devons accompagner ? Demanda à son tour Eltan.

- Nulle autre que Nira la fille de Jor, votre roi légitime.

A ces mots, un éclair de joie passa dans les yeux d'Eltan, aussitôt suivi d'une tristesse indescriptible. Il dit alors :

- Je connais cette jeune personne, elle n'a que seize ans, c'est trop dangereux pour une demoiselle sans expérience.

- Douteriez-vous de ses capacités jeune homme ? Reprit Nolwenn d'un ton grave.

- Certes non, mais elle est très jeune et…

- Et quoi messire ? Elle sera à ma mort la dernière des grandes prêtresses Arkanne, et je l'ai formée depuis qu'elle est venue au monde. De plus, sachez que cela fait maintenant près d'un an qu'elle est en nos murs et que je complète sa formation.

- Je ne savais pas, excusez-moi. Bredouilla-t-il.

- Je sais les raisons de votre inquiétude. Dit-elle avec un petit sourire amusé. Puis elle reprit à l'intention de tous :

- Nous partirons demain à midi, que ceux qui veulent participer à cette aventure se présentent à l'aube au château d'Idès.

- Elle lança un regard pénétrant à Eltan avant de monter en selle, puis s'éloigna en direction du château suivie d'une petite escorte voilée de bleu et marquée d'un croissant de lune bleu sur le front, le signe des prêtresses.

- Nira attendait sa tante dans la cour du château, elle était inquiète.

- Que se passe-t-il Nira, questionna Nolwenn en descendant de cheval.

- Avez-vous réussi ? Y a-t-il beaucoup de chevaliers qui se rallient à notre cause ?

- Il y en a au moins un. Répondit Nolwenn d'un faible sourire.

- Qui ça ? Demanda Nira avec impatience.

- Un jeune chevalier qui semble beaucoup s'intéresser à vous.

- Ah ! s'exclama Nira, une pointe de malice au fond des yeux.

- Oui, il est d'ailleurs charmant, et assez beau, une stature de roi.

- C'est Eltan n'est-ce pas ?

- Vous connaissez la réponse grâce à votre don, ne faites donc pas la sotte.

- Ce n'était point mon intention, dit-elle perdue dans ses pensées.

- Nira, tu sais que tu ne dois pas altérer ton esprit à cause d'un sentiment.

- Mais, j'ai bien le droit d'aimer qui je veux ? Dit-elle boudeuse.

- Uniquement lorsque tu n'es pas en mission, il faut que tu apprennes à te sacrifier pour la cause.

- Bien ma tante, comme il vous plaira. Fit-elle résignée en soupirant.

- Nous partons demain à midi. Reprit Nolwenn. Tu dois te préparer pour recevoir la bénédiction des dieux. Es-tu toujours sûre de le vouloir ?

- Oui ma tante, je vous promet que je serait digne de leur estime.

Nolwenn sourit tendrement. « comme elle ressemble à sa mère » songea-t-elle, puis, d'un signe de la main elle lui montra la porte et reprit d'une voix presque murmurante :

- Monte vite dans ta chambre, je te ferai appeler tout à l'heure. Vas !

- A minuit pile, une jeune servante vaint chercher Nira et la conduisit dans la tour ouest du château, celle où Nolwenn s'enfermait pendant des heures pour prier et étudier.

Jamais encore elle n'avait pu pénétré dans cette tour, ni personne d'autre d'ailleurs, elle était cependant sereine et attendit sa tante. C'était une pièce sombre sans fenêtre apparente, il y avait juste une meurtrière qui donnait sur la cour du château. Il faisait froid, les murs étaient couverts de tapis sombres aux motifs divers. Sur des étagères de chêne, étaient disposés des flacons, des grimoires et des vieux livres, tous couverts de poussière, ce qui les rendaient encore plus mystérieux, Nira remarqua un ouvrage, « La pierre Philosophale » suivi d'autres livres qui portaient tous sur les différentes pierres existantes. Elle allait l'ouvrir lorsque Nolwenn entra par une porte cachée.

- Ne touchez point ce livre Nira, vous n'êtes pas encore prête à découvrir son secret.

- Pardonnez-moi ma tante, il a attiré mon intention.

- En effet, sur la couverture on pouvait distingué de petits serpents entremêlés, formant une lune semblable à celle représentée sur le front de Nolwenn. Ils attiraient les âmes vers leur écrin glacé afin de les enfermer à tout jamais dans l'oubli. Seul un esprit sage pouvait leur résister, si Nolwenn n'était pas intervenue, Nira se serait perdue dans leur haine de la vie.

- Je le sais, vous êtes encore trop jeune, sa magie risquerait d'embrumer votre esprit.

Nolwenn lui prit le livre des mains et le reposa à sa place. La voix de Nira retentit à nouveau.

- Que dois-je faire ?

- Ton initiation consiste à jurer fidélité aux dieux et aux déesses, à ton pays et au vœu des Arkanne. Tout cela pendant que tu seras marquée à tout jamais du signe des prêtresses.

- Le même que vous et que vos suivantes ?

- Oui Nira, le même. Maintenant asseyez-vous et ne posez plus de questions.

- Oui ma tante.

Les sept suivantes de Nolwenn entrèrent et formèrent un cercle autour des deux femmes. L'une d'entre elles portait un bol. Il contenait de la poudre d'un bleu profond, si beau et si intense que l'on pouvait y rester plongé un long moment avant de recouvrer ses esprits.

Il y eut un long silence, et puis, soudain le tonnerre éclata au dehors et Nolwenn commença les incantations dans une langue que seul le petit peuple des forêts, le plus vieux des peuples utilise toujours.

Puis Nira plongée dans une transe commença à réciter ses prières et ses serments toujours dans la même langue. Nolwenn approcha alors le petit bol et traça le croissant de lune horizontal sur le front de Nira à l'aide d'une sorte de petit stylet en argent filigrané. Ce signe ne pourrait jamais s'effacer, elle resterait marquée jusqu'à la fin de ses jours.

Nira se regardait dans le miroir de sa chambre lorsque Nolwenn entra.

- Bonjour ma nièce.

- Je vous attendais ma tante. Elle semblait nerveuse et tournait en rond entre son lit et le berceau d'Elim.

- Quels sont les motifs d'une telle agitation ?

- C'est l'aube et…

- Et il doit venir au château. La coupa Nolwenn. Elle sourit.

- Et puis, il y a ce signe, il est si beau.

- Et il vous va fort bien. Avez-vous manger mon enfant ?

- Non, pas encore, mais je n'ai pas très faim.

- A votre âge, il faut manger, d'autant que vous avez une journée bien chargée qui vous attend.

Elle frappa dans ses mains et une jeune suivante entra avec un plateau de fruits et un verre de lait.

- Etes-vous prête ?

- Oui ma tante.

- Bien, nous allons descendre et attendre les chevaliers.

- A ces mots les yeux de Nira pétillèrent, ce qui n'échappa pas à Nolwenn. Elle fit un geste à l'intention de la jeune servante qui était restée dans un coin, aussi discrète que possible.

- Je vous présente Florie, elle à votre âge et est très vive d'esprit, elle vous accompagnera durant votre mission.

- Je suis enchantée de vous rencontrer enfin. Dit Florie avec un sourire éclatant. Ses cheveux couleur de cuivre lui donnait un air farouche, elle était assez jolie avec ses yeux verts émeraude.

- Je le suis également. Dit Nira. J'espère que nous serons de bonnes amies.

- Je l'espère aussi. Les interrompit Nolwenn. Il faut nous hâter, ces messieurs vont s'impatienter.

Elles descendirent les escaliers en parlant de tout et de rien. Visiblement une bonne entente était née entre les deux jeunes filles.

Dans la cour on pouvait distingué une trentaine d'hommes, dont des chevaliers et de simples guerriers. Nira cherchait des yeux Eltan, et Florie remarqua un beau chevalier dont Nolwenn lui souffla le nom, Joris. Ils se regardèrent un long moment, mais Florie entraînée par Nira s'éloigna et perdit de vue le jeune homme d'une vingtaine d'années.

Enfin, Eltan apparut, il n'avait pas son armure et tenait par la bride son beau cheval blanc.

Il se dévisagèrent un long moment, puis Nira détourna les yeux en se rappelant les paroles de Nolwenn, elle ne devait pas se distraire de sa tâche. Il y eut de nombreuses et longues présentations puis une épreuve destinée à choisir les meilleurs hommes.

Les plus renommés de tout Gern, Yvain, Guérin et Garin les deux frères jumeaux. Mais également Joris le beau chevalier blond de Florie, Bastien, un jeune noble, et bien entendu Eltan, ainsi que d'autres peu connus mais tout de même valeureux, en tout, trente-deux chevaliers avaient réussi l'épreuve du dragon. Les autres chevaliers ayant échouer rentrèrent chez eux, certains à l'humeur neutre, d'autres honteux.

Nira était isolée dans un coin lorsque Eltan la surpris. Elle détourna encore une fois le regard.

- Qu'avez-vous ? Pourquoi vous détournez-vous de moi ? Vous aurais-je offensée ?

- Non, bien sur que non. Mais je ne dois pas…Laissez-moi seule je vous prie. Fit-elle en baissant le regard.

- Comme vous voudrez, mais laissez-moi cependant vous dire une chose.

- Laquelle ? Le vert moussu de ses yeux rencontra le regard bleu métallique d'Eltan.

- Vous êtes encore plus belle qu'avant. Ce signe étrange est pur et fait ressortir votre beauté. Ne me chassez pas, je vous en prie, je vous aime.

- Je ne peux pas vous aimer, je n'en ai pas le droit.

- Pourquoi donc ?

- Je dois mener ma mission au mieux. Soyez patient je vous en supplie.

- Soit, j'attendrais. Je demeurerais votre ami et vous soutiendrais dans votre quête.

- Merci. Dit-elle tout bas avant qu'il ne s'éloigne. Elle savait désormais qu'ils ne se trouveraient sûrement plus jamais seuls au cours de l'aventure. Elle venait de faire son premier sacrifice pour le bien de son royaume, et ce n'était sans doute pas le dernier.

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Alors? Déjà l'indigestion?