Alors voici la deuxième fic sur le thème de leur rencontre.
Un peu déçue du peu de reviews pour la première ! En fait, plus déçue que cela ne vous ait pas plu comme je l'aurais souhaité! :)
Si vous n'avez pas vu l'épisode "3XK" (saison 3, épisode 6), je tiens à préciser que ce OS y fait référence par certains détails de la vie d'Alexis.
Comme je l'ai mentionné précédemment, les 2 fanfictions ne se suivent pas et n'ont aucun rapport et aucun lien entre elles.
Bonne lecture! :)
Hold on
Hold on to yourself,
'Cause this is gonna hurt like hell
La lune semblait immense cette nuit-là, éclipsant un ciel pourtant constellé d'étoiles éblouissantes. L'éclat de cette lumière irréelle inondait la chambre, éclaboussant le plancher de bois, les murs, le lit énorme.
Kate sentait petit à petit tous ses muscles se délier.
Recroquevillée dans un profond fauteuil, les bras enserrant ses genoux, ses bottes à talons hauts abandonnées sur le sol, elle avait pris place au seul endroit de la pièce qui se trouvait dans l'ombre. Une certaine léthargie la gagnait après toutes ces heures sans repos, mais elle voulait demeurer vigilante et veiller sur l'homme qui s'était finalement assoupie. Il ne courait aucun danger, bien qu'elle ait pu constater quelques heures plus tôt que son état émotionnel était peut-être un risque pour lui-même. Elle savait qu'elle ne devrait pas être là, que peu à peu elle s'impliquait trop émotivement, qu'elle manquait de professionnalisme. Elle savait tout ça. Pourtant, elle ne pouvait se résoudre à quitter cet homme démoli, friable, à peine vivant.
Il y eut du mouvement en direction du lit et Kate vit l'homme ouvrir les yeux, puis tourner la tête vers elle. En l'apercevant, sa présence déclencha quelque chose d'horrible dans l'esprit de l'homme et le fit se redresser brusquement sous les draps. Sa respiration s'accéléra à toute allure et, se prenant la tête entre les mains, n'y tenant plus, il hurla. Il poussa un cri d'animal meurtri, écorché vif et Kate ferma les paupières, sa douleur criée l'atteignant comme des coups de poignards.
"Non!"
Son refus, son déni la touchait, reconnaissant des sentiments éprouvés il y a longtemps déjà. Lentement, elle se leva, le cœur lourd.
"Je n'ai pas tout imaginé. C'est vraiment arrivé, n'est-ce pas?"
Il chercha dans son regard une réponse, quelque chose qui pourrait lui donner tort. Que tout ceci n'était en fait qu'un rêve, qu'elle n'était que dans son imagination et qu'il pouvait retourner dans les bras de Morphée. Demain, il pourrait raconter son cauchemar à tout le monde et même, qui sait, se servir de l'idée pour un futur roman.
Hélas, Kate hocha la tête en signe d'assentiment et s'assit sur le lit, tout près de lui.
"Je suis désolée M. Castle."
La confirmation de la jeune femme le ramena à cette nuit horrible et, incontrôlablement, il se mit à se balancer d'avant en arrière en gémissant à travers de longs sanglots. Inutilement, Kate posa une main sur l'épaule de l'écrivain, voulant faire cesser ce mouvement frénétique. Entre ses plaintes et ses larmes, il cria, pétrifié de son aveu;
"J'ai tué ma propre fille! J'ai tué Alexis!"
2 jours plus tôt ...
Au cours des années travaillées à la brigade des Homicides, Katherine Beckett avait eu à affronter bon nombre de familles de victimes de meurtre. L'étape d'annoncer la mort d'une personne à ses proches était toujours éprouvante. C'était inhumain pour la famille ainsi que pour l'inspecteur, mais crucial pour l'enquête. C'est pourquoi Kate prenait un soin minutieux, une attention empathique à répondre à leur moindre question, à expliquer ou réexpliquer si nécessaire chaque détail du processus de l'enquête, à les écouter inlassablement, se rendant disponible à tout moment pour chacun.
Chaque rencontre avec ces proches éplorés la ramenaient invariablement 12 années en arrière, la nuit qu'un officier de police les eut informés du meurtre de sa mère. Bien que choisissant ses mots avec soin, l'enquêteur n'avait montré à ce moment aucune compassion pour elle ou son père.
Le détective lui avait paru blasé et détaché de leur situation. Avec le temps, elle avait compris qu'il essayait probablement d'éviter de s'impliquer envers les familles, leurs drames lui étant trop déchirants. En devenant détective aux Homicides, elle s'était cependant juré d'essayer de faire en sorte que jamais personne ne puisse penser qu'elle pouvait être insensible. Ces moments avec les familles lui grugeaient énormément d'énergie, mais elle les savait nécessaires.
En attendant au commissariat le père de la jeune victime trouvée un peu plus tôt, Kate essayait de rassembler les pièces du puzzle. Au beau milieu de la nuit, on l'avait appelé pour se rendre sur les lieux d'un homicide. Le corps d'une adolescente avait été retrouvé dans une ruelle mal éclairée.
Le policier qui lui avait passé le coup de fil lui avait assuré que le corps correspondait à un avis de disparition que le père avait communiqué au commissariat lorsqu'il avait constaté que sa fille ne rentrait pas à la maison après les cours. On était dans la nuit du mercredi au jeudi, l'appel du père avait été passé le mercredi à 18h23.
En arrivant sur les lieux, Kate n'avait eu besoin d'aucun papier d'identification pour reconnaître la jeune fille. Elle ne l'avait vu qu'une ou deux fois dans les tabloïds, mais elle savait que la rousse flamboyante était la fille adolescente du plus célèbre écrivain de New-York. Cet auteur, elle devait l'admettre, était son préféré depuis longtemps et pas pour de simples raisons.
Elle avait commencé à lire ses romans pendant son adolescence, appréciant son style d'écriture et les histoires originales qu'il pouvait créées. Puis était survenu la mort de sa mère, sa chute dans de sombres abîmes, l'alcoolisme de son père et absolument aucune autre chose n'avait pu lui accorder une tranquillité provisoire que les livres de Richard Castle. Cet auteur avait su prendre une place toute spéciale dans son cœur et voilà qu'elle devait lui annoncer la chose la plus horrible que des parents puissent entendre.
Sur la scène de crime, elle avait rapidement conclu que le vol n'était pas le motif de l'homicide, les bijoux et l'argent étaient toujours sur la jeune fille. Elle devait donc attendre les résultats des analyses du Dre. Parish, la médecin légiste, avant d'avoir de sérieuses pistes à mener. À moins que ses collègues, les détectives Ryan & Esposito, aient récolté quelques indices en interrogeant le voisinage ou que des preuves retrouvées sur les lieux, bien qu'elle n'en avait vu aucune lors de sa visite une heure plus tôt.
Tout ce que la Dre. Parish avait pu supposer était une strangulation, mais restait à déterminer si cette asphyxie était la cause du décès. Mais qui avait bien pu vouloir étrangler cette jeune adolescente sans histoire? Pour l'instant, elle devait révéler l'effroyable nouvelle à la famille et peut-être que celle-ci apporterait des éléments nouveaux.
Il était tout près de 4h00 du matin lorsque M. Castle arriva au commissariat accompagné d'une dame d'un âge certain. L'écrivain était visiblement en état d'alerte, ses yeux fouillant le commissariat à la recherche de sa fille. Ils se firent diriger vers une salle de repos où Kate les attendait déjà. En les apercevant, la jeune femme se leva.
"Détective Beckett, se présenta-t-elle en leur serrant la main.
- Richard Castle, répondit l'auteur. Et voici ma mère, Martha Rodgers."
Kate hocha la tête et les invita à s'asseoir.
Ils étaient tous les deux nerveux et agités. L'enquêtrice ne voulut pas les faire attendre plus longuement, mais avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, Richard Castle prit la parole.
"Où est ma fille? Vous l'avez retrouvé, n'est-ce pas? Ne me dites pas qu'elle traînait avec une bande de voyous, c'est impossible!"
Il parlait vite, gesticulait beaucoup, cherchait l'approbation de sa mère. Sa fébrilité palpable était difficile à freiner, la détective dut le couper dans le flot de ses questions.
"Mr. Castle, Mme Rodgers, il vaudrait mieux que vous vous assoyez."
La phrase les percuta, leur envoyant le signal d'une mauvaise nouvelle se pointer à l'horizon. Ils prirent place face à elle. Kate inspira profondément.
"Nous avons effectivement retrouvé votre fille. Malheureusement, M. Castle, c'est son corps que nous avons découvert. Votre fille Alexis est décédée. Je suis profondément désolée."
Il n'y avait aucune façon d'annoncer une telle nouvelle. Aucune forme d'apaisement. S'il y en avait eu, Kate l'aurait su. Souvent elle avait réfléchie à ses mots, à l'ordre des phrases, l'émotion qu'elle devait y mettre ou non, mais rien n'y changeait vraiment. La seule chose dont la jeune femme était certaine était que ce devait être bref et précis.
La famille devait assimiler l'information tout d'abord, et elle leur laissait le soin de prendre leur temps, et ensuite de poser des questions. Quelques fois, voyant les proches totalement consternés, elle prenait les devants et les renseignait sur ce qui allait suivre dans l'enquête et les circonstances de l'homicide. Kate fonctionnait beaucoup avec son instinct et réussissait toujours à ajuster son attitude avec la famille qui lui faisait face.
Cette fois-ci, elle voyait littéralement cet homme se briser sous ses yeux.
S'affaisser et se tétaniser.
"Pardon? s'exclama Mme Rodgers, interdite. Comment... Mais c'est impossible! Qui a pu ... Où, vous l'avez trouvé où?
- Un passant a vu un corps dans une ruelle. Dès qu'il a constaté que l'adolescente ne respirait pas, il a prévenu les policiers."
Avec précaution, elle leur dévoila les éléments qu'elle était en mesure de partager. Richard avait ses prunelles bleues fixées sur elle, mais elle se rendait bien compte qu'il ne la voyait pas. Il tentait de faire cheminer la nouvelle jusqu'à son cerveau et c'est lorsqu'elle se tue que lui s'anima.
"Comment est-elle morte?"
Rick n'avait pas peur de la question, ni du mot. On venait de lui apprendre que sa fille, ce qu'il avait de plus précieux au monde, n'était plus. Il voulait, il devait savoir. La douleur indicible n'avait pas encore atteint son cœur, seulement son cerveau, cela lui donnait donc un minuscule temps de répit pour être rationnel avant le déluge et la tempête.
Le calme, la patience de la détective et la bonté qui habitait ses yeux formaient un rempart autour de lui qui lui permettait également d'aller au bout de ses interrogations.
"La médecin légiste n'a pas encore déterminée la cause du décès.
-Vous ne pouvez pas me cacher quelque chose d'aussi important, s'objecta Richard.
- Je ne vous cache rien, assura doucement Kate. La légiste n'a pas encore fait de rapport et je ne peux rien avancer avant d'avoir son avis officiel.
- Vous ne pouvez rien avancer, mais vous avez des hypothèses, insista-t-il fermement.
La détective posa une main rassurante sur celles de l'auteur.
- Je suis désolée, M. Castle, je ne peux rien dire. Par contre, les résultats du rapport ne devraient pas tarder à m'être communiqués. La Dre. Parish est extrêmement compétente et minutieuse."
Mme Rodgers, devant tant de faits concrets, ne put se retenir plus longtemps et éclata en sanglots. De ses deux mains, elle cacha son visage et sa voix étouffée répétait un refus obstiné.
"Ce n'est pas possible. Non! Je n'y crois pas, Alexis est toujours vivante. Ce n'est pas possible!"
Richard demeurait stoïque, inflexible. Il passa un bras autour des épaules de sa mère et continuait de dévisager la jeune inspectrice. Celle-ci décida de poursuivre.
"Votre fille avait-elle des ennemis dont elle vous aurait parlé?
- Alexis était aimé de tout le monde. Jamais personne n'aurait pu lui faire de mal. C'était une bonne élève, une bonne adolescente. Détective, appuya l'écrivain, tous les parents l'auraient voulu comme fille. C'était une enfant modèle."
Kate hocha la tête, mais ne s'y mépris pas. Les parents avaient tendance à louanger leur enfant et pouvaient devenir complètement aveugle sur leurs mauvais agissements. Elle espérait que son interrogatoire la mènerait à quelque chose d'utile.
"Ces derniers jours, ces dernières semaines est-ce qu'Alexis avait un comportement anormal? Avez-vous noté un changement dans ses habitudes?
Richard prit un moment pour réfléchir, puis secoua négativement la tête.
- Non, je ne vois vraiment...
Son regard s'éclaira soudain.
- Oui, je me souviens de quelque chose, affirma-t-il.
Kate pencha la tête, l'invitant à poursuivre.
- Lundi elle m'a parlé d'une note d'un admirateur secret qu'elle avait trouvé dans son casier. Mardi soir elle est revenue à la maison avec une seconde note et une rose. Le deuxième message disait qu'ils devraient se rencontrer au parc proche de leur école.
Il se prit la tête entre les mains.
-Je n'y ai pas porté attention, j'étais certain que jamais Alexis ne le rencontrerait. Ce pourrait-il que par ma faute, parce que je n'ai pas été assez vigilant, ce salaud ait tué ma fille?
- Richard, tu ne m'avais pas raconté ça! s'indigna sa mère.
- Justement parce que je trouvais cela futile et sans intérêt pensant qu'Alexis était du même avis que moi.
- Je vais avoir besoin de ces notes, intervint la détective. Je demanderai à un collègue de vous raccompagner tout à l'heure et de ramener les deux messages pour les envoyer au labo."
Les questions se poursuivirent, mais outre la piste de l'admirateur secret rien ne fut concluant. Elle avait obtenu le nom du parc et comptait aller interroger le voisinage et également les amis d'Alexis. Peut-être leur avait-elle mentionné ce mystérieux soupirant.
En les dirigeant vers la sortie, Kate leur tendit sa carte professionnelle.
"Si jamais vous vous rappelez de quoi que ce soit, n'hésitez pas. Même le plus infime détail pourrait nous être utile."
Martha, en larmes, se saisit du bout de carton et chuchota un remerciement. Malgré son air statique et son apparente froideur, Richard eut un mouvement de reconnaissance envers la femme devant lui. Il s'empara d'une de ses mains et la serra convulsivement. Sa gentillesse attentionnée et sa douceur l'enveloppaient lors du pire moment de sa vie. Il se faisait la remarque qu'au temps médiéval on tuait le messager porteur de mauvaises nouvelles.
Aujourd'hui cependant, il devait admettre que cette jeune femme d'une bienveillance rassurante lui était salutaire.
Il quitta en se demandant comment il arriverait maintenant à faire face, seul, à son appartement et sa vie désormais vides.
La matinée débutait tout juste et le commissariat commençait doucement à s'animer. Les téléviseurs de la salle demeuraient perpétuellement à la chaîne de nouvelles continues et l'on voyait déjà l'annonce de l'homicide de la jeune adolescente.
Les tabloïds, les paparazzis et autres magazines people allaient inévitablement s'emparer de l'affaire et Kate ressentait un profond dégoût pour le peu de respect qu'ils porteraient à la vie privée de Richard Castle et leur avidité maladive à vouloir faire scandale.
Elle se demandait comment l'écrivain allait pouvoir affronter la mort de sa fille unique en plus de devoir supporter un éventuel acharnement médiatique. Personne n'avait besoin de telles épreuves.
Le policier qui devait raccompagner M. Castle revint quelque temps plus tard avec la liste des amis d'Alexis alors que ses collègues Ryan et Esposito, eux, regagnèrent le commissariat bredouille. Le voisinage n'avait été témoin de rien, n'avait entendu aucun bruit suspect et l'Unité de scène de crime n'avait trouvé aucun indice. New-York avait cela de négatif pour les enquêtes policières. Tant de gens dans une même ville, anonyme individus dans cette masse de population, il pouvait y avoir un meurtre à quelques mètres de soi sans que personne ne le remarque.
La liste des amis d'Alexis en mains, la détective se rendit à l'école secondaire de la jeune fille. Elle les rencontra un à un, de jeunes adolescents bouleversés par ce qui s'était produit. Nul ne pouvait comprendre pourquoi cela lui était arrivé, et tous s'accordaient pour affirmer qu'Alexis était une amie loyale, gentille, généreuse et attentionnée. Elle n'avait aucun ennemi, était une bonne élève, adorait son père et sa grand-mère et s'impliquait dans de nombreuses activités parascolaires.
Leurs témoignages faisaient écho à ce que M. Castle lui avait dit. Elle semblait vraiment appréciée de tous et aucun de ses amis n'avaient entendu parler de ce fameux admirateur donc Kate n'avait rien de probant pour son enquête. Elle terminait de questionner un étudiant lorsqu'elle reçut un appel du détective Esposito. Un camarade de classe d'Alexis était passé au commissariat après avoir appris la nouvelle de l'homicide. Il voulait leur rapporter un fait qui pourrait leur être utile.
"Il a vu Alexis au parc près de son école. Je lui ai demandé si elle était avec un autre élève, mais il n'en a vu aucun qu'il connaissait avec elle. Par contre, elle était en grande conversation avec leur professeur d'anglais.
- Est-ce que cet adolescent a parlé à Alexis?
- Non, il retournait chez lui et a simplement remarqué qu'elle parlait avec leur enseignant. Ce qui était plutôt fréquent, selon lui, puisqu'Alexis adorait la littérature et ils avaient souvent de nombreux échanges sur leurs auteurs favoris ou leurs romans préférés.
- Bon, je suis toujours à son école. Je vais rencontrer ce professeur et lui demander de passer au commissariat pour des prélèvements."
Ils raccrochèrent et la jeune femme dénicha le professeur dans sa salle de cours. Après lui avoir exposé les faits, qu'il connaissait déjà, elle lui demanda de bien vouloir collaborer et passer au poste de police, histoire de prélever ses empreintes et un échantillon de salive.
"Ce ne sont que des formalités, rien de plus. Vous êtes le dernier à l'avoir vu, vous comprenez?"
L'enseignant, Peter, acquiesça et affirma qu'il pourra y être dans l'après-midi, après son cours.
Sur le chemin du retour, Kate ne pouvait s'empêcher de repasser le comportement du professeur en revue. Cet empressement à répondre, ces yeux clignotant un peu trop souvent, cette main qui passait et repassait dans ses cheveux. Il était facile de confondre nervosité suspecte ou bouleversement troublé, mais Kate se trompait rarement sur ce genre de chose et elle avait bel et bien vu cet homme agité.
Au commissariat, la jeune inspectrice fit part des nouveaux éléments, si infimes soient-ils, à ses deux collègues.
"Je vais l'interroger formellement lorsqu'il viendra. Je veux que vous y assistez de l'autre côté, vous confirmerez ou infirmerez."
Plus tard dans l'après-midi, le professeur arriva et se plia de bonne grâce aux demandes de Kate. Il passa ensuite en salle d'interrogatoire afin d'établir les circonstances de leur rencontre, leur discussion, les derniers moments où il avait vu Alexis.
"Je l'ai croisé par hasard. Je passais par là et je l'ai vue qui attendait, assise sur un banc de parc. J'ai engagé la conversation, nous avons toujours aimé parlé de lecture et d'auteurs. Quelque temps plus tard, je l'ai quitté, je devais rentrer.
- C'est la dernière fois où vous l'avez vue?
- Oui, tout à fait, approuva Peter."
La belle brune ne pouvait se départir de son pressentiment, bien que l'enseignant semblait davantage calme ou alors s'était-il ressaisit. Mais comme elle n'avait aucun motif pour le retenir, elle dut le laisser quitter à regret.
"J'ai le sentiment de ne pas accomplir mon travail d'officier en le laissant partir, énonça simplement Esposito.
- C'est exactement la même impression que j'ai, admit-elle."
La journée ne se déroulait pas comme Kate l'aurait souhaité. Aucune piste, aucun témoin, aucun indice. Rien ne pouvait la frustrer autant.
Néanmoins, en soirée, tout bascula.
Peter entra au poste de police dans un état épouvantable. Tremblant, agité, en sueur, il se dirigea net vers le bureau de Kate Beckett sous l'œil ébahi d'Esposito et Ryan.
"C'est moi. Je l'ai tué."
Jamais de sa carrière un meurtrier ne s'était rendu pour confesser un homicide. Kate allait en faire l'expérience pour la première fois.
Ses deux collègues de l'autre côté du miroir sans tain, Kate en salle d'interrogatoire avec l'enseignant, ils écoutèrent son crime.
Il avait écrit ces deux notes à l'intention d'Alexis.
Il ne savait trop pourquoi. Alexis était gentille, ils avaient de nombreux points en commun, niveaux littérature.
Ils aimaient parler ensemble.
Non, il n'avait rien en tête lorsqu'il avait déposé ces messages dans son casier. Il voulait seulement savoir si elle se rendrait au parc.
Pourquoi l'avoir abordé au parc alors?
Il haussa les épaules.
Il ne voulait pas qu'elle croit qu'elle s'était fait poser un lapin. Lorsqu'il lui avait adressé la parole, elle lui avait tout raconté de ce mystérieux admirateur et se trouvait ridicule d'être là à l'attendre.
Il soupira.
Il voulait seulement qu'elle ne se sente pas ridicule, il craignait l'avoir blessé, alors il lui avait dit d'oublier ça, d'oublier de stupide admirateur secret et lui avait proposé de la raccompagner.
En chemin, ils avaient péroré sur la littérature anglaise. Elle était érudite, elle le fascinait.
Il voulait l'entendre encore et encore, sur tous les sujets, sur ses passions, ses ce qu'elle aimait, sur ce qu'elle détestait, sur ses projets et son avenir. Il voulait tout connaître d'elle.
Il était empressé, désireux de l'écouter, de la comprendre, de partager leurs points de vue, d'être en osmose. Il l'avait invité à son appartement pour lui montrer ses livres anciens, ses collections, ses premières éditions. Il ne sait pas ce qui s'était produit. Elle avait refusé et c'était comme si elle le transperçait d'un couteau. Elle rejetait tout de lui, son amour et sa fascination, elle lui refusait tout ce qu'il avait pu imaginer.
Et il perdit la tête. Elle lui fit perdre la raison.
Il l'avait traîné dans une ruelle et en la regardant bien en face l'avait fait taire, avait muselé son rejet en l'étranglant de toutes ses forces.
Peter était pantelant, exténué, en larmes.
Kate n'avait aucune compassion pour cet homme aussi repentant soit-il.
D'une simple phrase, Ryan résuma leur sentiment à tous trois;
"Avoir des remords ne rends pas moins coupable."
À peine avait-elle emprisonné le professeur en détention provisoire que Kate dut se rendre à la morgue, la médecin légiste l'ayant contacté pour lui remettre les résultats de l'autopsie.
Un dossier l'attendait tout près du corps d'Alexis Castle. Il y contenait l'AND, les empreintes et les fibres découverts sur l'adolescente. Les empreintes ainsi que l'échantillon de salive de l'enseignant s'y retrouvait également, corroboration donc de l'aveu de Peter.
" Ce sont des preuves accablantes, Kate. Jamais je n'ai vu autant d'indices sur un seul corps. Son AND est partout. Même s'il n'avait rien confessé, vous l'auriez arrêté rapidement."
Selon la Dre. Parish, la jeune fille s'était battu intensément pour sa vie, rien n'était plus sûr. La médecin légiste faxa des copies du dossier au commissariat pour que les officiers Esposito et Ryan puissent également les consulter alors que la détective les appela pour leur donner confirmation.
« Il est détenu maintenant, Beckett, plaida Ryan. Vous pouvez retourner chez vous. Allez-vous reposer.
-Impossible, objecta-t-elle. Je dois informer M. Castle le plus rapidement possible.
- Ça peut attendre demain matin.
- Ryan…
Elle n'avait pas besoin d'en dire d'avantage, il savait qu'elle ferait à sa tête et il devait avouer que c'était tout à son honneur.
- D'accord, d'accord. Mais promettez-moi qu'après, vous irez vous reposer.
- Promis, juré! »
Il n'était pas certain qu'elle dise la vérité, mais concéda et la laissa aller apprendre la nouvelle à la famille.
Elle contacta donc l'écrivain.
« Je suis désolée de vous réveiller M. Caste, s'excusa-t-elle, mais j'ai de nouvelles informations.
- Je ne dormais pas, Détective, assura Richard d'une voix enrouée.
Kate se maudit intérieurement de son égarement. Elle était la mieux placée pour savoir qu'il n'y avait aucune place au repos en de pareilles circonstances.
-Quelles sont ces informations, poursuivit-il.
-Est-ce que je peux passer à votre appartement? J'aimerais vous l'annoncer de vive voix.
-Oui, bien sûr! »
La détective ne perdit pas une minute sachant pertinemment qu'il angoisserait tout ce temps à savoir si c'était positif ou négatif.
Martha était en présence de son fils, tous deux fatigués, effondrés. Kate ne prit pas la peine de s'asseoir. Ils demeurèrent sur le seuil de la porte d'entrée et elle leur dévoila l'identité du tueur.
« Il s'est confessé, a tout admis. S'il ne l'avait pas fait, nous avions de solides preuves pour l'incriminer. »
Le choc fit flancher Mme. Rodgers et Richard la conduisit vers un fauteuil. Ce dernier semblait toujours distant et lointain comme si rien de cela ne l'atteignait, mais Kate savait que ce n'était pas le cas. Il avait besoin de temps.
L'inspectrice leur expliqua ce qui allait suivre pour l'enquête. La comparution de l'enseignant, ensuite son procès.
« Pour certains, ces étapes sont un baume sur leurs plaies. C'est vrai que cela peut soulager temporairement, mais au bout du compte, il reste toujours vous et votre deuil. Rien ne peut apaiser totalement votre peine. J'aimerais vous dire que le temps arrange les choses, ce qui n'est pas faux dans une certaine mesure, mais il y aura toujours un vide en vous. »
Le fils et la mère la fixaient intensément, leurs regards voilés d'une peine immuable. Kate aurait dû les réconforter, leur dire des paroles rassurantes, mais elle n'avait pu s'empêcher d'être honnête et elle sentait que c'était ce dont ils avaient besoin.
« Merci petite, répondit doucement Mme Rodgers en lui tapotant la main, un mince sourire de reconnaissance sur les lèvres. La vérité fait toujours mal à entendre, mais c'était nécessaire. »
Maintenant que l'identité du meurtrier de sa fille était connue, Richard voulait tout savoir de sa confession, quels avaient été les derniers instants de vie d'Alexis, les circonstances de l'homicide. Il voulait apprendre tout, par cœur.
« Non Richard, je ne veux pas savoir, moi, s'opposa Martha.
-J'ai besoin de savoir, riposta-t-il en martelant le mot « besoin ».
-Alors je vous laisse, répondit-elle à regret en se levant, je serai dans ma chambre. Merci d'être venue, Détective. »
Kate ne savait trop si tout raconter était une bonne idée. Peut-être était-ce dans ce récit que Richard trouverait un apaisement provisoire. Il disait qu'il en avait besoin et Kate comprenait. Elle aussi avait voulu tout connaître du meurtre de sa mère. Comprendre pouvait aider à lénifier la tempête.
Elle inspira profondément et raconta tout, du début de l'enquête à son arrivée jusqu'ici. Il ne l'interrompit à aucun moment, le poids de ses propres paroles semblait s'accrocher à ses épaules, le tassant toujours un peu plus sur lui-même.
Lorsqu'elle termina, il eut cette seule remarque;
« Tout est arrivé par ma faute, s'accusa-t-il, atterré.
- Pourquoi dites-vous cela, questionna-t-elle, peu surprise par le reproche. Dans un homicide d'enfant, tous les parents portaient le blâme du meurtre, à tort ou à raison.
- J'aurais dû l'avertir de ne pas y aller, j'aurais dû la mettre en garde. Porter plus attention à ce qui lui arrivait.
- Alexis n'a été victime que de la bonté qu'elle avait en elle. Rien n'aurait pu changer cela, pas même vous. Jamais elle n'aurait cru que quelqu'un puisse être foncièrement méchant. Elle voyait du bien dans chaque individu.
Kate haussa les épaules, marquant une évidence.
- Jusqu'à la toute fin, elle a cru aux bonnes intentions de son professeur. »
Richard releva la tête, secoué de ces mots. Elle venait de décrire Alexis le plus simplement, mais aussi de la façon la plus juste. Comment avait-elle pu cerner sa fille en si peu de temps?
Restait tout de même cet effroyable remord de ne pas l'avoir prévenu.
« Je n'ai pas joué mon rôle de père comme j'aurais dû.
Kate s'approcha un peu plus de l'écrivain, posa une main sur son épaule.
-Vous l'auriez interdit d'y aller qu'elle l'aurait fait de toute façon.
Il se détourna, se détacha d'elle.
- Non, je ne crois pas qu'elle y serait allée. »
Avant qu'elle ne franchisse le seuil de son appartement, Rick ne put s'empêcher de demander;
« Et vous, est-ce que le procès a mis du baume sur vos plaies?
La jeune femme tourna la tête vers lui, surprise de son sens de la déduction.
- Non, souffla-t-elle doucement, il n'y a pas eu de procès. Le meurtrier de ma mère n'a jamais été arrêté. »
L'air se suspendit un instant. Leurs yeux se croisèrent, s'attardèrent. Il ne pouvait s'empêcher d'être impressionné face à cette femme élégante, forte, belle, assurée. Savoir qu'elle portait en elle une telle déchirure de faisait qu'accroître son admiration.
Il savait qu'il lui serait éternellement reconnaissant d'avoir arrêté le tueur de sa fille. Il serait à jamais lié à elle. Elle l'avait marqué de la façon la plus tragique qui soit.
Et ils se quittèrent sur le silence.
Le métier de détective à la brigade des Homicides n'était pas comme on le montrait dans les films ou à la télé. Oui on arrêtait des meurtriers, on passait des heures à interroger des suspects, on bâtissait des théories, mais ce qui était moins « glamour », ce qu'on ne montrait pas, était le nombre incalculable d'heures à remplir des formulaires, à s'acquitter d'une tonne de paperasse.
Le lendemain fut consacré à ces documents à l'intention du procureur. Kate en avait l'habitude et y apportait autant d'attention et de précision qu'à tous les autres aspects de sa carrière. Dans un même temps, elle aida un collègue sur une affaire complexe et la journée s'étira ainsi jusque tard en soirée où elle terminait enfin les innombrables formulaires.
Un coup de téléphone la fit émerger de sa montagne de papiers.
« Détective Beckett, s'exclama la voix de Mme Rodgers. Je crois qu'il serait bon que vous veniez. Richard est devenu comme fou.
Kate se redressa sur sa chaise.
- Que se passe-t-il?
- Il détruit tout. Il est dans une telle fureur. Je n'ai pas peur pour ma sécurité, mais plutôt la sienne. J'ai peur qu'il fasse quelque chose de regrettable.
-J'arrive tout de suite! »
Que s'était-il passé? Son absence d'émotion s'était-il finalement manifesté, explosant devant l'absence manifeste de sa fille? Le deuil avait cela d'horrible qu'il submergeait d'une détresse innommable faisant ressortir ce qu'il y avait de plus beau ou de plus laid en chacun.
L'appartement de Richard Castle était un vrai saccage. La jeune femme y entra sans attendre et y trouva l'endroit aussi dévasté que l'auteur. Tout était massacré, les fauteuils renversés, des morceaux épars sur le sol de cadres de photos, de bibelots. Des livres mutilés avaient été dispersés partout, des pages arrachées. Les miroirs éclatés, la télévision démolie, les sofas éventrés.
Au fond de la pièce, Richard s'acharnait sur un quelconque objet à coup de batte de baseball. Jamais Kate n'avais vu une telle rage disloquée.
Mme Rodgers était à la cuisine, des traces de larmes sur ses joues. Elle ne tentait même pas de l'arrêter. La jeune femme eut un geste rassurant à son égard, puis s'approcha de l'homme qui hurlait son désespoir.
Richard ravageait tout ce qui se trouvait à sa portée. Alors qu'il s'apprêtait à abattre sa batte de baseball sur son ordinateur portable, la détective s'en saisit prestement, freinant son geste. L'auteur releva vivement la tête, étonné, et le fut bien plus en découvrant Kate devant lui.
L'instant se figea. Il sembla vouloir poursuivre, ignorer sa présence et la raison de sa venue. Mais la détermination qu'il lut dans son regard et son calme perceptible l'ébranlèrent et, lentement, en même temps qu'il reprenait pieds dans la réalité, il abaissa son arme.
En silence, ils se toisèrent. Sans que leurs yeux ne se quittent, ils entendirent Martha se retirer doucement dans sa chambre.
Il baissa la tête le premier, envoya valser la batte à l'autre bout de la pièce et s'effondra dans un fauteuil. Il était échevelé, une barbe avait gagné ses joues, ses yeux étaient injectés de sang et sa violente douleur marquait ses traits. Il semblait usé.
« Vous n'avez pas à être ici.
Sa voix était sourde, éraillée.
- Ce n'est pas l'avis de votre mère. »
Kate avisa une bouteille de whiskey largement entamée sur la table à café. Elle s'assit en face de lui et attendit. Qu'il parle ou qu'il hurle. Qu'il la renvoie sur le champ ou qu'il l'ignore. Qu'il se taise ou qu'il pleure. Elle était là et elle y demeurerait. Elle était maintenant trop engagée et ne pouvait tourner le dos.
« Ce serait plus rationnel, logique s'il était un psychopathe, un tueur en série, observa Richard dans un chuchotement.
Il passa une main sur son visage fatigué.
-Est-ce que ce serait plus facile à accepter, vraiment ?
Il leva les yeux vers elle, prenant conscience qu'elle comprenait parfaitement ce qu'il vivait et qu'elle avait déjà nagé dans ces eaux-là.
- Non, murmura-t-il, envahit par l'émotion. Ce serait sûrement tout aussi éprouvant. »
Un sanglot étrangla ses dernières paroles et sa voix se brisa. Une larme glissa sur sa joue et il étouffa un gémissement.
« Quand la mort et la perte d'un être cher sont présentes, il n'y aucune distinction possible, signifia la détective. Que l'on perde un parent, une sœur, un enfant, un ami. Il n'y a pas de degré à la douleur. Peut-être jugerez-vous que votre souffrance est plus aigüe qu'a pu être la mienne et je ne vous en tiendrai pas rigueur. Je comprends.
Elle triturait un fragment de miroir éclaté et se revoyait 12 ans plus tôt dans le même état que cet objet pulvérisé.
- Les mois qui ont suivis la mort de ma mère, ma peine était à un tel paroxysme que j'avais le sentiment qu'aucune autre personne ne pourrait jamais me comprendre et que personne d'autre ne pourrait jamais vivre quelque chose d'aussi atroce.
Elle cligna plusieurs fois des paupières afin de refouler une larme traîtresse.
- Ce que je veux dire est que nous avons tous nos drames personnels. Ne vous enfermez pas dans le vôtre en croyant que personne ne pourra jamais vous comprendre ou vous aider. »
L'auteur avait son regard rivé à elle, celui d'un condamné. Fracassé. Écroué. En mille morceaux.
Et la digue céda. Il fondit en larmes sans retenue. Ses mains agrippèrent le fauteuil, s'y accrochèrent, cherchant un rempart à sa douleur. Et comme si Kate avait lu ses pensées, elle s'approcha d'avantage et posa une main sur son genou. Richard s'en empara et se cramponna à cette chaleur humaine. Il haletait, le souffle court, comprimant les doigts de la jeune femme.
« Mon Alexis, sanglotait-il. Elle n'est plus là.
Ses mots étaient à peine audibles.
- Elle était une enfant extraordinaire.
Il empoignait fermement ses mains, ses poignets. Leurs têtes à quelques centimètre l'une de l'autre. Être si proche physiquement de l'écrivain étouffait Kate, l'imprégnant de sa souffrance à lui.
-Je sais, Richard. C'était unanime, tout le monde l'aimait.
Elle ne savait pas si elle devait franchir cette barrière, mais elle le fit tout de même.
- Son professeur aussi l'aimait, commença-t-elle posément. Il l'aimait mal, d'une façon immature, mais si cela peut vous aider, elle n'a pas été tuée par vengeance, par haine ou parce qu'elle était une mauvaise personne.
L'allusion était boiteuse, elle le savait, mais elle devait tenter quelque chose. Et de ce fait, Richard fronça les sourcils, évaluant ces paroles. Il se pinça l'arête du nez et hocha la tête.
-C'est vrai, constata-t-il simplement. »
L'auteur attrapa une photo à ses pieds représentant sa fille et lui-même. La jeune inspectrice profita de ce moment pour s'éclipser. Il continuait de sangloter en contemplant la photographie lorsqu'elle revint avec des somnifères et un grand verre d'eau.
« Avalez ça, vous devez vous reposer un peu. »
Il obtempéra sans un mot.
« Vous allez faire de l'insomnie pendant longtemps. Vous devez donc prendre du repos quand vous le pouvez, n'importe quand dans la journée. Lorsque vous réussirez à endormir, ce seront au tour des cauchemars de vous pourchasser.
Ils s'étaient levés et se dirigeaient vers la chambre à coucher.
- Vous vous réveillerez en hurlant, en pleurant. Mais peu à peu ces cauchemars se transformeront en quelque chose de beau. Les instants où vous pourrez retrouver votre fille. »
Richard secoua la tête d'accablement, comme si tout ce dont elle parlait était irréel. Il défie les draps de son lit.
« Je dois penser chaque seconde à respirer, alors pour ce qui est de dormir…
Il se glissa sous les couvertures et Kate eut un sourire bienveillant.
- Vous avez raison. Mon seul but les jours, les mois qui ont suivis la mort de ma mère, étaient de vivre une minute à la foi, ce qui me semblait impensable. Au fil du temps, j'ai supporté les minutes, les heures. Puis, j'ai réussi à vivre une journée à la fois.
Elle s'assit dans un fauteuil au fond de la pièce.
- Comment vous y êtes parvenu? demanda-t-il, les yeux accrochés au plafond.
Kate marqua une hésitation. Ce qui l'avait aidé, savait avait été de se plonger dans l'univers des romans de Richard Castle. Ils avaient été une distraction bienvenue, un moment où elle oubliait tout lui amenant une sérénité qu'elle n'arrivait toujours pas à s'expliquer. Elle ne pouvait décemment pas lui révéler ce fait.
-J'ai trouvé un moyen de m'évader.
Elle ramena ses jambes sous son menton.
-Ça demeure la meilleure solution, je crois, continua-t-elle. Vous devez vous trouver un exutoire, quelque chose qui détournera vos pensées. »
La présence, la force et le calme de Kate apaisait Richard. Conjugués aux effets des somnifères, il réussit à s'endormir.
Richard se réveilla en sursaut, habité d'un horrible cauchemar. À la vue de la jeune détective, le doute l'envahit, mais il savait. Non, ce n'était pas un rêve. On avait bien tué sa fille. Tout lui revenait en mémoire en même temps qu'un énorme sentiment de culpabilité.
« J'ai tué ma propre fille! J'ai tué Alexis! »
Kate ne dit rien. Puisqu'il n'avait rien à dire. Puisque la culpabilité était pire que tout, même si elle n'avait pas raison d'être.
Le reste de la nuit, elle la passa à nettoyer, ranger, remettre en ordre.
Et aux petites heures de l'aurore, ce furent les pleurs et les gémissements de l'auteur qui traça le sillage de la détective lorsqu'elle quitta l'appartement.
Plus tard ...
Kate se présenta aux obsèques d'Alexis sous l'instance de Richard.
Puis, il y eut le procès auquel tous deux assistèrent. Ils furent soulagés lorsque la condamnation de prison à vie tomba.
Peu après, Richard Castle déclara à la presse qu'il quittait le monde littéraire. Ce fut un choc, mais tout le monde s'y attendait. Kate s'en désola.
Les années passèrent sans que leur chemin ne se recroise.
C'est lorsqu'elle apprit qu'un nouveau roman de Richard Castle allait bientôt être en librairie qu'elle sut qu'il allait mieux.
Et c'est lorsqu'elle lut la dédicace, qu'elle sut qu'il allait guérir.
À celle qui m'a inspirée
J'ai trouvé mon exutoire, et je te le dois.
Alors, c'était une bonne idée?
J'espère sincèrement que vous avez apprécié cette variation en deux temps.
J'ai eu beaucoup de plaisir à les imaginer et les écrire. Je souhaite que vous en ayez eu tout autant à les lire! :)
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