Chapitre 1 Point de départ

Dans notre monde, il existe deux camps bien distincts : le bien et le mal. Choisir de quel côté nous souhaitons être est un combat quotidien pour chacun. Beaucoup essaieront de vous influencer, de vous convaincre que vous faites le bon choix mais vous aurez toujours le doute qui subsiste dans votre esprit, le tout est de savoir reconnaître lorsque vous vous êtes trompés car il n'est jamais trop tard... Enfin, pour certains.

La vie est sombre, triste, révoltante, c'est un combat quotidien au cours duquel une force incroyable doit être présente chaque jour afin de prendre le dessus sur toutes ces choses qui viennent noircir le tableau.

Depuis des siècles, des créatures nées des contes pour enfants hantent les nuits de chaque ville dans tous les pays de cette planète. Le jour, elles se fondent dans le décor afin de ne pas être reconnue et mener à bien ce pour quoi elles ont été créées : la destruction. Le but ultime de leur maître est de provoquer l'apocalypse afin de régner sur notre planète.

Pour cela, il y a, entre autres, dans le camp du bien, divers protecteurs formés dans le seul et unique but de protéger la planète de ces créatures néfastes à notre harmonie ainsi qu'à notre équilibre ; on les appelle les Defenders, guides des protecteurs, fondateurs ultime du bien. Leur magie bien qu'utile ne leur permet pas de tuer certaines créatures mais peuvent les emprisonner par le biais de divers sortilèges. Pour une mort certaines des loups-garous, vampires ou autres forces du mal telles que les métamorphes, il faut une arme puissante contre laquelle ils devront se battre : une Elue.

Choisie dès sa naissance, ses pouvoirs ne seront présents qu'à son adolescence, bien sûr un certain apprentissage lui sera nécessaire. Formée par un protecteur qui lui sera "attribué", elle apprendra à contrôler la magie, les arts martiaux les plus puissants, des connaissances dont elle ignore tout ne faisant pas partie des manuels scolaires.

Les Destroyers, fondateurs du mal et créateurs des monstres les plus effrayants, auront connaissance de cette Elue et voudront quoi qu'il leur en coûte la détruire afin de ne pas perdre ce pouvoir qu'ils ont acquis après tant d'années. Ils devront faire certains sacrifices, parfois se montrer au grand jour mais n'abandonneront jamais. La légende dit que ce sont des combattants inépuisables dignes d'un immortel de la guerre.

Un être meurt, un autre naît.

La bataille commence.

Vancouver, le 10 Septembre 2011, il s'agit d'une nouvelle année dans ce lycée, une énième rentrée scolaire. Bien que contente de retrouver mes amies, cette dernière année me perturbe ; dans quelques mois nous allons devoir réfléchir sérieusement à ce que nous souhaitons faire professionnellement, le fameux "après". Le hic, c'est qu'à dix-sept ans, de nos jours, personne ne sait ce qu'il veut faire quand il sera adulte ou alors ils se mentent à eux-mêmes pour se planter littéralement par la suite.

Je m'appelle Amanda, et je n'ai absolument aucune idée de ce que je veux faire de ma vie.

Il y a de ça deux ans, j'ai perdu la personne qui avait toujours été à mes côtés depuis mon enfance. Je ne vous parle pas d'un de mes parents, d'un frère ou d'une sœur mais de la personne qui existe seulement à la télévision et qui vous fait rêver sauf que, dans mon cas, ce n'était pas de la science-fiction.

Slevin était mon meilleur ami depuis l'école maternelle, ma moitié, mon double. On se complétait sur bien des choses. Beaucoup de personnes nous prenaient pour des jumeaux mais nous n'avions aucun lien de sang. Cependant, il était assez drôle de voir comment l'un agissait en fonction de l'autre. Puis, arrivés à l'école primaire, nous sommes devenus de vrais siamois, inséparables, liés par cette amitié, cette complicité que peu de personnes pouvaient comprendre, le monde était à nous, personne ne pouvait nous atteindre. A l'entrée au collège, moment fatidique où les hormones commencent à nous titiller, nous nous sommes rendus compte qu'un sentiment nouveau, avait prit le dessus sur notre amitié et c'est de cette façon que nous nous sommes donnés notre tout premier baiser. A partir de là, une histoire d'amour naquit nous liant à jamais. Il finissait mes phrases comme je finissais les siennes. En classe, nous étions toujours l'un avec l'autre ; bien sûr, nous avions des copains, n'allez pas croire qu'on ne vivait que l'un pour l'autre, on avait aussi une vie à côté. Mais, fort heureusement, nous avions les mêmes amis, avec autant de filles que de garçons. Aucune fille, aucun garçon n'avait réussi à obtenir quelque chose d'autre que de l'amitié de notre part, nous étions fous amoureux comme jamais et n'avions pas peur de le montrer. Cependant, nous prenions le temps dans notre relation, car nous ne voulions pas ressembler à tous ces jeunes de nos jours qui, dès qu'ils sont amoureux, passent à l'acte dès qu'ils ont atteint l'âge de quatorze ans, c'est d'un ridicule.

Nous fîmes notre rentrée scolaire au lycée de Vancouver ensemble le 5 Septembre 2009, et le changement fut des plus bizarres. Pour la première fois depuis treize ans, nous n'étions pas constamment ensemble. N'ayant pas les mêmes projets professionnels, certains cours n'étaient pas communs. Au début, ce fut dur, mais on s'y était habitué surtout que, le midi, on pouvait se retrouver pour manger ensemble et, le soir, faire nos devoirs même si certaines matières divergeaient.

C'est à l'époque du lycée, lors de la date anniversaire de notre premier baiser, que nous avons fait l'amour pour la première fois. La peur, l'angoisse de ce que cela pouvait être, de comment nous ferions au moment de se déshabiller ou de mettre la capote ne s'était pas présenté le moment venu. Par contre, le fait de le voir nu, de voir son sexe devant moi me fit une drôle de sensation et je pense que ce fut la même pour lui. Ba oui, en treize d'amitié et d'amour c'était la première que l'on se voyait dans notre plus simple appareil. Ce fut la plus belle et inoubliable nuit de ma vie, gravée à jamais dans mon âme et mon cœur. Bien sûr, comme tous les jeunes dépucelés de notre âge à notre époque, on avait remis le couvert dès que nous le pouvions, parfois même sans faire de pause, le meilleur régime pour perdre du poids, croyez-moi.

Mais, il y a deux ans, je n'ai toujours pas compris ce qu'il s'est passé, j'ai perdu une partie de lui. Il était devenu différent, comme si quelque chose était venu affecter son existence et qu'il ne pouvait pas m'en parler. Nous étions toujours ensemble mais notre complicité avait disparu, il était devenu ce garçon dur et froid que je n'avais jamais connu jusqu'à parfois me faire peur. Puis un soir, il m'avait invité au cinéma alors que nos rapports n'étaient pas au beau fixe, ce fut une soirée fort agréable, l'impression d'avoir retrouvé celui que j'ai toujours aimé plus que tout. A la sortie, nous discutions de nos avis sur le film tout en riant de certaines répliques jusqu'à ce qu'une voiture qui zigzaguait comme un serpent vienne le percuter sous mes yeux, sans que je puisse y faire quoi que ce soit. Intérieurement, j'ai senti mon cœur se briser en millions de petits morceaux qui s'éparpillèrent dans les airs. Il était là, sous mes yeux, allongé sur la route, le visage en sang et, moi, je restais là sans pouvoir réagir.

Trois jours plus tard, nous l'enterrions dans le cimetière qui se trouvait à quelques mètres de la sortie de la ville. Ce fut une cérémonie très soft et respectueuse. Sa mère a toujours été une personne aimant les traditions mais, pour son fils, elle avait fait une exception, elle savait qu'il n'aurait pas aimé cela. Je suis restée à ses côtés durant la cérémonie ; j'avais l'impression de voir cela depuis les nuages, comme si je flottais, comme si mon corps refusait d'être ici, à cet endroit. Ma visite précédente dans ce lieu particulier avait eu lieu deux mois plus tôt, pour l'anniversaire de la mort de mes parents, une mort toujours inexpliquée, la police n'ayant jamais eu de réponse ; on les avait retrouvés mort sur leur canapé, comme s'ils avaient fait une crise cardiaque mais aucun examen ne l'avait confirmé. Depuis, j'avais déménagé, pris un appartement avec les sous qu'ils m'avaient laissé pas trop loin du lycée et pas trop près de ma future université. Une fois la cérémonie terminée, le cercueil fut enfermé dans le caveau familial où se trouvait son père.

Sa mère repartit avec sa sœur, n'ayant pas la force de rester à pleurer devant le caveau. Ma meilleure amie, Emilie, se trouvait à côté de moi. Ne trouvant pas les mots qui pourraient me soulager - il n'y en avait pas - elle resta là, silencieuse me tenant la main, sachant que seule sa présence me suffisait à rester forte et ne pas craquer pour le rejoindre. Car oui, ce fut ma première pensée, plus rien ne me retenait ici mais heureusement que je l'avais, sinon, cet acte serait fait depuis longtemps afin d'enlever cette douleur dans ma poitrine qui m'empêchait de respirer correctement.

Après une vingtaine de minutes restée à côté de moi sans piper mot, me donnant un mouchoir de temps en temps, elle ouvrit la bouche.

- Amanda, on devrait y aller, la nuit ne va pas tarder à tomber.

- Je... je suis incapable de faire un pas, lui répondis-je tout en reniflant.

- Je te laisse encore cinq minutes, après cela, si tu ne viens pas de toi-même, j'appelle Mickael qu'il vienne te chercher.

- D'accord, acceptai-je.

Elle s'éloigna dans un silence absolu de façon à respecter l'endroit où on se trouvait mais aussi pour respecter ce chagrin qui ne cessait de m'envahir. Je savais que j'allais devoir moi aussi m'éloigner de cet endroit mais il fallait que j'en trouve la force sinon notre ami, Mickael, serait obligé de venir me chercher par la force et je préférai m'épargner cela.

- Tu me manqueras, un peu plus chaque jour... Je t'aime au delà du temps. Adieu.

Ce fut à l'instant où je décidais de partir, que je vis cette silhouette qui me regardait sans bouger. Mes yeux figés dans sa direction s'habituèrent au début de pénombre provoqué par la tombée de la nuit et, un instant, mon cœur s'emballa en distinguant le visage de Slevin. Je me retournai pour appeler Emilie qui était déjà dans la voiture mais lorsque je repris ma position initiale, il n'y avait plus personne.

- Je dois devenir folle.

Je déposai un baiser sur la tombe qui portait son prénom, et m'éloignais avec le peu de volonté qu'il me restait. Une fois dans la voiture, je ne pipais mot.

Voilà deux ans maintenant qu'il nous avait quittés et il ne se passe pas un jour où je ne pense à lui ou à mes parents sans avoir cette pointe qui rend mon cœur douloureux.

J'avais le plaisir de découvrir que cette année, Emilie, Mickael et moi serions dans la même classe pour l'ensemble de nos cours, ce qui nous avait fait sauter de joie. Heureusement qu'ils sont là, je ne sais pas ce que je serais devenue sans eux. Au moins, pas une fois, ils n'avaient, en deux ans, déposé un regard de pitié sur moi, ils avaient fait ce dont j'avais eu le plus besoin, continuer à vivre comme si de rien n'était, sans oublier leur peine mais de façon à ce que je puisse, moi de mon côté, remonter la pente sans y sombrer. Ce qui avait fortement bien marché, je dois le reconnaître. La douleur et la peine étaient toujours là mais je vivais avec au quotidien, j'avais réappris à sourire et je dois admettre que ça fait du bien.

- C'est quoi notre premier cours ?

- Hum, toi, tu as encore zappé de passer au Centre d'Information pour prendre le planning, conclut Emilie.

- Ba, je ne vois pas pourquoi j'irais, puisque vous en prenez toujours un pour moi, répondis-je amusé.

- Eh ba, pas cette fois, ma grande.

- Han, et pourquoi ?

- L'année prochaine, ce sera l'université, ma grande, et va falloir apprendre à te débrouiller toute seule, donc tu vas prendre ton joli p'tit cul et le trainer jusqu'au centre de recherches où tu trouveras Miss Stone qui te le donnera gentiment avec tes livres.

- D'un, arrête de m'appeler ma grande ou je te fracasse les chicos, deux, tu peux dire bibliothèque c'est plus cours et beaucoup moins intello, lui répondis-je, en lui tirant la langue tout en m'éloignant.

- Tu ne perds rien pour attendre... ma grande, me répliqua Emilie, tout en me tirant la langue sous le regard amusé de Mickael. Rigole pas toi ou tu auras les chicos fracassés aussi.

- On fait quoi en attendant ? Lui demanda-t-il.

- Hum eh bien, j'ai pas fait ma musculation quotidienne pendant les vacances donc je ne suis pas assez costaud pour supporter tous ces livres pendant la journée...

- C'est bon, j'ai compris. Qu'est-ce que tu peux être chiante, le jour de la rentrée, chaque année c'est la même. Pour ça qu'on m'aime.

- Si tu le dis...

Elle lui flanqua un coup dans les côtes.

- Où en est le protecteur ?

- Il est arrivé au lieu de sa mission.

- Il connaît l'objectif de cette mission ?

- Oui, Maître et il saura la mener à bien.

- Je l'espère car il en va de la survie de cette planète.

- Certes. Mais vous savez tout comme moi qu'il est de confiance et que c'est le meilleur de nos hommes. Vous l'avez formé à diverses magies et arts martiaux, il saura faire ce qu'il faut.

- Où en est Maya ?

- Son enquête est en cours, mais il est difficile d'atteindre les souterrains sans être vu, vous le savez mieux que quiconque.

- Oui je sais, répondit la grosse voix. Attendons encore un peu avant de la ramener.

- Bien Maître.

La bibliothèque ou le centre de recherches si vous avez l'esprit intello est l'endroit parfait pour trouver tout ce dont vous avez besoin. Il y a toutes sortes de livres pour vous aider dans vos recherches scolaires, pour préparer vos cours ou encore, pour une envie de lire des bouquins ennuyeux et poussiéreux. Vous l'aurez compris, un endroit très peu fréquenté par ma personne, si bien que j'ai eu du mal à en retrouver le chemin. L'année passée, j'y suis allée une fois, pour préparer un mémoire pour le cours d'Histoire de Monsieur Stewart, et j'étais tombée sur une étagère bizarre avec des titres de livres incompréhensibles, leur contenu en était d'autant plus énigmatique que je ne comprenais pas spécialement le vocabulaire requis, on aurait dit du latin ou de l'hébreux, je ne sais trop car je ne suis pas experte en linguistique mais si j'avais cru à ces trucs-là, j'aurai été persuadée qu'il s'agissait de livres de magie.

Je passais la porte de ce cher endroit rempli d'encyclopédies pour y trouver un brouhaha de gens excités par leur rentrée scolaire. Pour certains, c'était leur toute première rentrée au lycée et je percevais leur excitation, pour d'autres, ce n'était pas le cas, je reconnus d'ailleurs beaucoup de têtes mais je ne m'attardai pas, je poursuivis imperturbablement mon parcours en direction de Miss Stone.

Elle était là, derrière son espèce de planche sur quatre pieds, à sourire aux élèves qui venaient chercher leurs manuels et leur emploi du temps. C'était une femme assez grande, toute menue, l'une des rares personnes adultes à ne pas mépriser les élèves du lycée. Elle avait le contact facile avec les adolescents, voilà pourquoi tous allaient à sa rencontre dès qu'ils avaient un problème, c'est un peu la psy générale du bahut.

- Amanda, quelle bonne surprise !

- Melle Stone.

- Je crois que je vais faire une croix sur mon calendrier.

- Peut-être même que demain il pleuvra, dis-je pour clôturer la blague.

- Fini la taquinerie. Voici votre emploi du temps et vos manuels sont indiqués sue la liste.

- La liste ?

- Oui ma belle. Chaque titre de livre est indiqué sur ce document. La salle qui se trouve à l'arrière de la bibliothèque, c'est là qu'ils se trouvent tous, m'indiqua-t-elle de son sourire des plus chaleureux.

- Merci.

- Oh Amanda, pouvez-vous me rendre un petit service ?

- Lequel ?

- Peter ?

A cet appel, un jeune homme mesurant dans les un mètre soixante-quinze, les yeux marron, les cheveux bruns, habillé d'un pantalon en toile de couleur beige accordé à une chemise à manche courte qu'il portait à merveille me sourit et se dirigea vers Melle Stone.

- Oui.

- Je te présente Amanda.

- Bonjour, me dit-il avec son plus beau sourire.

- Bonjour, lui répondis-je avec un sourire tout aussi chaleureux.

- Amanda, Peter arrive à Vancouver, c'est donc sa première année avec nous et sa dernière aussi, il est en terminale. Vous avez certains cours ensemble dont l'Histoire. Est-ce que tu pourrais un peu lui montrer le lycée après votre premier cours avec Monsieur Stewart.

- Bien sûr.

- Merci. Peter, je te laisse entre les mains d'Amanda.

- Merci Melle Stone.

Je me retournais vers la sortie quand elle m'interpella à nouveau.

- Amanda ?

- Oui ?

- Vos livres, me répondit-elle en m'indiquant la pièce à l'arrière de la bibliothèque.

Confuse, je me dirigeais vers la pièce, accompagnée de Peter.

- C'est quand elle veut...

- Patience, c'est un endroit qu'elle ne fréquente pas beaucoup, elle s'est peut-être perdue en chemin.

- Ba, elle avait qu'à avoir son GPS.

- Mauvaise.

Assis dans la salle d'Histoire, Mickael et Emilie m'attendaient assis à leurs places respectives, m'ayant gardé la mienne, celle près de la fenêtre.

- Tiens la voilà.

- C'est qui ce mec ?

- Ce mec, c'est Peter Andrews, c'est le nouveau de terminal. T'es vraiment pas à la page ma chère.

- Pfffffff. Pas dégueux en tout cas.

- Je confirme.

Je fis les présentations et leur expliquais la mission que m'avait confiée mademoiselle Stone. Peter se dirigea vers la chaise qui m'était destinée, ce qui me retourna les boyaux.

- Euh, Peter...

- Oui ?

- Je suis désolée, mais, euh, c'est ma place en fait, depuis trois ans.

- Oh ! Bien, je vais me mettre derrière alors enfin, celle qui se trouve derrière ton ami.

- Merci.

En guise de réponse, il me sourit. Il était très gentil pour le moment mais quelque chose en lui m'intriguait, je ne sais pas quoi mais il y avait un truc, je le sentais...