Disclaimer : les personnages et l'univers de Prince of Tennis appartiennent à Takeshi Konomi. Je ne retire aucun profit de leur utilisation si ce n'est le plaisir d'écrire et d'être lue.

Je considère que l'histoire se déroule dans une réalité parallèle en tous points, ou presque, semblable à la nôtre puisque les techniques surréalistes inventées par l'auteur n'existent tout simplement pas pour la plupart. Ceci n'est pas un reproche, juste un constat.

Note : je me base uniquement sur l'animé, je ne connais pas le manga.

Je suis tombée sous le charme rafraichissant de Prince of Tennis et mon imagination a fait le reste. Il s'agit de ma première fic dans ce fandom. J'ai fait de mon mieux pour que les personnages ne soient pas trop OOC. J'en appelle à votre indulgence.

Bonne lecture.


Kara : merci d'avoir le temps de lire et de laisser une review sur ce premier chapitre. Ravie qu'il te plaise. Après avoir vu l'animé, j'ai laissé faire mon imagination et le résultat, c'est cette histoire. Le couple Sanada/Yukimura c'est imposé immédiatement à moi, même si l'on sait peu de chose sur le Capitaine de Rikkaidai. Cela laisse une plus grande marge d'action.

J'ai choisi de les vieillir et de ce fait, ils ne peuvent avoir une attitude de collégien ce qui peu parfois les faire paraitre OOC. J'ai tenté de limiter mes éventuels dérapages. Rassure-toi, tu connaitras la fin de cette fic puisque que sa rédaction est terminée. J'espère que le chapitre 2 te plaira tout autant.

Et je profite de ma réponse pour encourager les fans de Prince Of Tennis à écrire sur ce manga. Il est complètement surréaliste mais tellement rafraichissant. Et il y a suffisamment de personnages pour diversifier les couples. Faites preuve d'imagination et lâchez-vous ! Sinon, ce fandom risque de mourir. Et ce serait vraiment dommage. Allez ! A vos claviers !


Chapitre 2

Sanada se présenta à la demeure des Yukimura vers dix heures, le mercredi matin. Seiichi le regarda remonter l'allée dans son costume noir et le trouva terriblement élégant malgré les circonstances qui lui faisaient porter une telle tenue. Il se dirigea vers lui et le serra dans ses bras.

- Je suis content que tu sois là, lui murmura-t-il avant de le lâcher. Viens, je vais te présenter à ma mère et au reste de la famille.

Sanada sentit son cœur se serrer à la vu des yeux rougis et gonflés de son ami. Il voyait bien les efforts que celui-ci faisait afin de rester digne et ne pas montrer son chagrin pour ne pas rajouter à celui de sa mère. Un peu plus tard, alors qu'il regardait le jardin, debout sur l'engawa, il sentit une présence derrière lui. Il se retourna et croisa le regard brillant de larmes contenues de Madame Yukimura.

- J'aimerais vous poser une question, lui dit-elle en s'approchant.
- Bien sûr, je vous en prie.
- Comment va mon fils ? Quelle vie mène-t-il à Tokyo ? Je suis inquiète pour lui, mais je n'ose pas lui demander directement ce genre de chose.
- Soyez rassurée, il va très bien. Il a un bon emploi et nous avons recommencé à jouer au tennis ensemble depuis que je travaille avec lui.
- Ah… je suis soulagée. Déjà au collège vous étiez inséparables tous les deux et il a été très triste quand vous avez déménagé. Vous êtes quelqu'un sur qui il peut compter, je le sais. Veillez sur lui pour moi.
- Je m'en ferai un devoir. Je suis content de l'avoir retrouvé.

Sanada expliqua brièvement les circonstances de son départ de Rikkaidai et comment il avait sombré loin de ses amis. Et c'est grâce à Seiichi qu'il avait réussi à sortir la tête de l'eau.

- Alors vous prenez soin l'un de l'autre, c'est bien. Oh, ma sœur m'appelle, excusez-moi.

Après les funérailles, Sanada resta légèrement en retrait. L'heure tournait et il lui faudrait bientôt rentrer. Il accrocha le regard de Yukimura qui le rejoignit.

- Je ne vais pas tarder à partir. Mon bus est à dix-sept heures quinze.
- D'accord, je te raccompagne jusqu'à l'entrée.
- Tu rentres vendredi, c'est ça ?
- Oui, dans l'après-midi.
- Appelle-moi quand tu seras arrivé.
- Promis. Merci d'être venu, fit Yukimura en serrant son ami dans ses bras.

Etreinte qui lui fut rendue pour sa plus grande joie.

- Salue ta mère pour moi, je ne veux pas la déranger.
- Ce sera fait. A vendredi.

Sanada téléphona à son ami dès qu'il fut rentré chez lui. Ils échangèrent quelques mots et raccrochèrent. A nouveau, Genichirou ressentit le poids de la solitude peser sur ses épaules. Il détestait cette sensation. Elle le rendait nerveux. Machinalement, il prit son téléphone et tripota les réglages. Sans trop savoir pourquoi. Puis il accomplit les gestes de tous les jours. La douche, le repas, se brosser les dents, regarder la télévision. Il changeait de chaine sans trouver de programme intéressant. En réalité il n'arrivait à se concentrer sur rien. Son esprit était loin de là. Il allait se coucher quand le chant d'un oiseau retentit sur son téléphone. Il fronça les sourcils puis se rappela que c'était la sonnerie qu'il avait associée au contact de Yukimura. C'était un message.

"Tant que tu étais là, j'ai tenu le coup. Mais maintenant je me sens terriblement seul."

Devait-il répondre ? Il était tard, il pourrait toujours dire qu'il dormait déjà quand il avait reçu ce sms. Il ressentait comme une sorte d'urgence dans ces quelques mots. Peut-être devrait-il l'appeler ? Non. Entendre la voix de l'autre ne ferait qu'alourdir le poids de l'éloignement.

"Ta mère a besoin de toi. Pense à elle, pas à moi. On se voit dans deux jours." répondit Sanada, espérant par là recadrer les priorités de son ami.
"Oui, tu as raison. Comme toujours. Bonne nuit."
"Bonne nuit."

Sanada jeta son téléphone sur le drap près de lui et poussa un soupir nerveux. Pourquoi quelques mots l'inquiétaient-ils autant ? Et pourquoi crevait-il d'envie de reprendre ce satané bus pour rejoindre Yukimura ?

Là.

Maintenant.

Tout de suite.

Il s'allongea sur son lit mais ne trouva le sommeil que tard dans la nuit. Le lendemain matin, il n'était pas au mieux de sa forme, mais assura quand même sa part de travail. Il termina les plans de transports, vérifia pour la énième fois ceux qu'il avait déjà établis et quitta le bureau. Dans le métro, à nouveau un chant d'oiseau.

"Le temps ne passe pas. Demain c'est tellement loin" lut-il.
"J'ai fini les plans. Vendredi je ne travaille pas. Dis-moi à quelle heure tu arrives, je viendrai te chercher à la gare routière."
"Oui. Viens me chercher"
"A quelle heure ?"
"Je ne sais pas encore, je te le dirai."
"D'accord"

Encore une soirée à ne penser qu'au lendemain. Soudain, il fronça les sourcils et se dirigea vers le placard. Il se mit à fouiller sur l'étagère où il trouva une boite en fer. Il la posa sur le canapé et l'ouvrit. Elle contenait une multitude de petites choses. Des souvenirs accumulés. Un porte-clés de la Tokyo Skytree(1), ses premiers bandeaux de transpiration, quelques médailles, des photos, un vieil agenda. Justement, voilà ce qu'il cherchait, les photos. Il savait qu'il y en avait une ou ils étaient tous dessus, alors que Yanagi, Yukimura et lui étaient en deuxième année au collège. C'était celle qui avait servi à illustrer l'article qui rapportait dans un magasine sportif, leur second titre de champions nationaux. Il prit cette photo, s'assit par terre et la regarda. Ils n'étaient que des gamins, mais ils étaient habités par un feu, une passion qui leur permettait de tout accomplir. Son ex Capitaine avait toujours cet éclat farouche dans le regard lorsqu'il parlait de tennis ou qu'il jouait. Et dix ans après, ça n'avait pas changé. Ses yeux étaient toujours aussi brillants. Mais il savait qu'ils pouvaient également s'emplir d'une infinie douceur comme lorsqu'ils avaient parlé sur le toit de l'hôpital ou bien qu'il le formait, au bureau. Seiichi était plein de contrastes. Pas de contradictions, non, mais de contrastes.

Sanada posa la photo sur son chevet, à côté de son téléphone et se coucha. Il finit par s'endormir d'un sommeil peuplé de rêves où il voyait souvent Seiichi se jeter dans ses bras comme pour l'accueillir après une longue absence ou une séparation…


Yukimura ne dormit quasiment pas. Son impatience de repartir à Tokyo déversait dans ses veines une brulure qui le maintint éveillé. Il était fébrile. Il s'en voulait pour ça. Quitter sa mère ne le ravissait pas. Mais rester ici et ne penser qu'à son père l'emballait encore moins. A mesure que les heures s'égrainaient, son empressement grandissait. Il y avait pourtant une ombre au tableau. Les messages de Sanada lui avaient semblé distants et il n'était pas loin de penser que ce dernier ne ressentait pas la même hâte que lui. S'était-il trompé sur son ami ? Le sentiment de rapprochement qu'il avait perçu au cours de ses dernières semaines n'était-il que le fruit de son imagination ? De son désir profond ?

Quand sa mère l'appela pour prendre le petit-déjeuner, il n'était que l'ombre de lui-même. Il fit pourtant honneur au repas.

- Que fais-tu pendant la Golden Week(2) ? lui demanda-t-elle.
- Je n'ai rien de prévu. Et toi ?
- Je vais aller chez ma mère. Voudrais-tu venir une journée ? Cela fait longtemps que tu ne l'a pas vue.

La grand-mère maternelle de Yukimura habitait à Sodegaura, de l'autre côté de la Baie de Tokyo. Elle était invalide et n'avait pu faire le déplacement pour les obsèques.

- Bien sûr, je t'accompagnerai.
- Dis à ton ami de venir aussi, sourit-elle, comme ça tu ne t'ennuieras pas trop au milieu de deux vieilles femmes.
- D'accord, je lui demanderai. Je vais faire mon sac, mon bus est dans une heure. Oncle Ryu et tante Kim vont venir ?
- Oui, ils viennent manger avec moi. J'espère que tu n'auras pas de souci à ton travail.
- Non, ne t'inquiète pas. Ma responsable nous adresse ses condoléances. Elle est très compréhensive.
- Transmets-lui mes remerciements. Et essaie de venir plus souvent. Tu manquais à ton père et à moi aussi. Je regrette que ta sœur n'ait pas pu venir.
- Tu sais bien que si elle avait pu, elle serait là. Elle doit s'en vouloir terriblement, mais sa fille est malade et c'est normal qu'elle reste auprès d'elle. De plus son mari est en déplacement à l'étranger.
- Bien sûr que c'est normal, je le comprends très bien. Je pense à elle, c'est tout. Et à ma petite fille. Pourquoi a-t-il fallu qu'ils aillent habiter à l'autre bout du pays ?
- Maman, tu sais bien que pour Ikari c'était une opportunité professionnelle à ne pas rater. Et ma sœur a suivi son mari. Ça aussi c'est normal.
- Mmh… Et toi ? Quand rencontreras-tu une gentille fille pour te marier ?
- Tu seras la première à le savoir, sourit Seiichi en embrassant sa mère.


Plus le bus se rapprochait de Tokyo, plus Yukimura voyait son ciel intérieur s'éclaircir. La perspective de bientôt retrouver Sanada dessinait sur son visage un petit sourire complètement inconscient. Il ne l'avait pas encore réalisé, mais la présence de Genichirou, la joie qu'elle lui apportait contrebalançait la douleur du deuil. Et cette joie était vraiment immense pour parvenir à adoucir cette souffrance. Il n'avait jamais été proche de son père bien qu'il ne doutât pas de son amour. Celui-ci aurait voulu que son fils pratique un sport plus conventionnel, un art martial. Mais Seiichi avait préféré le tennis. Et même s'il ne le lui avoua jamais, il était très fier de ce garçon qui avait indéniablement un don. Et son fils avait décelé cette fierté dans son regard. Son décès lui avait causé une terrible souffrance, une tristesse brulante mais c'était surtout le désespoir de sa mère qui lui faisait mal. Il se promit de l'appeler tous les jours et d'aller la voir plus souvent.

Lorsque le bus manœuvra pour se garer, la première chose que Yukimura vit sur le quai encombré de voyageurs, fut la casquette noire de Sanada. Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Il se hâta de descendre pour le rejoindre. Les deux hommes se donnèrent une franche accolade et se dirigèrent vers la bouche de métro. Arrivé à l'appartement de Seiichi, Genichirou réalisa qu'il n'était encore jamais venu chez lui. Ce n'était pas grand mais fonctionnel. La pièce principale regroupait la kitchenette et le salon avec une large fenêtre. La porte du fond donnait sur la chambre et celle du hall d'entrée sur la petite salle de bains. Il y avait peu de décoration. Les quelques étagères étaient chargées de livres, de dvd et de trophées de tennis datant de plus de dix ans.

- Fais comme chez toi, lança Yukimura en allant déposer son sac dans la chambre. Tu veux boire quelque chose ?
- Non, merci.
- Je ne savais pas combien de temps j'allais partir alors il n'y a rien dans le frigo. Je vais faire quelques courses cet après-midi.
- C'est pour ça que j'ai pris des bento. Il n'y a qu'à les faire réchauffer.
- Ah c'est donc ça que tu avais dans ton sac ? Excellente initiative ! se réjouit Seiichi. Je te laisse faire, je vais ranger mes affaires.
- Comment va ta mère ? demanda Sanada tout en s'occupant des plats.
- Elle tient le coup. Mais c'est très dur. J'irai la voir plus souvent, répondit Yukimura de la chambre.

Le bip du micro-onde retentit et Sanada déposa les assiettes sur la table basse. Ils s'assirent face à face et commencèrent à manger. En silence.

- Et toi ? Ça va aller ?
- Il faudra bien. Je n'ai pas le choix. Et mon père était quelqu'un qui n'aurait pas voulu qu'on se lamente de l'avoir perdu. Il nous aurait mis quelques coups de pieds aux fesses en nous criant d'avancer. De ne pas nous apitoyer. Je regrette que ma dernière visite soit si lointaine, mais c'est ainsi. Alors j'avance. Et puis tu es là. Tu m'as manqué.

Les baguettes de Sanada s'arrêtèrent à mi-chemin entre son bol de riz et sa bouche. Il leva les yeux pour croiser un regard doux teinté de tristesse. Puis il acheva son geste.

- Tu m'as manqué aussi, s'entendit-il répondre. Je t'invite au restaurant ce soir, se hâta-t-il d'ajouter pour cacher le trouble qu'il ressentait.
- Si tu veux. Tu me laisses choisir ?
- D'accord.
- Je vais appeler ma mère et ensuite on va sur le court ?
- Je n'ai pas pris mon sac.
- Je te prêterai une de mes raquettes. S'il te plait, dis oui. J'ai besoin de me défouler.
- Très bien, souffla Sanada.

Il était incapable de refuser quoi que ce soit à son ami lorsqu'il faisait cette moue de chiot perdu. Pendant que Yukimura téléphonait, il débarrassa la table et jeta les emballages de leur repas.

Sur le court, Genichirou comprit rapidement ce que Seiichi avait voulu dire par : "J'ai besoin de me défouler." Il était déchainé. Sanada avait toutes les peines du monde à être à la hauteur, mais il arriva un moment où son endurance lui fit défaut et il dut abandonner. Il tenait à peine sur ses jambes et n'arrivait plus à lever sa raquette.

- Je suis désolé, fit Yukimura en se laissant tomber sur le banc à ses côtés.
- Ne le sois pas. Je ne sais pas où tu puises ton énergie mais il est clair que je dois m'entrainer davantage pour ne pas te décevoir, ni te frustrer.
- Idiot ! rit franchement Seiichi en s'allongeant sur le banc, la tête sur la cuisse de son ami dont le trouble fut brutal. Jamais tu ne me décevras. Tu ne fais pas partie de ces gens qui déçoivent même lorsqu'ils échouent.
- On devrait rentrer pour se préparer, non ?
- Mmh… Tu me rejoins chez moi ? Le resto n'est pas loin.
- Très bien.


A dix-neuf heures trente, Sanada sonna chez son ami. Celui-ci le fit entrer, le temps qu'il finisse de se préparer. Yukimura le détailla du coin de l'œil. Genichirou avait mis un costume trois pièces de couleur chocolat. Le tissu satiné brillait légèrement comme la chemise en soie champagne qu'il portait. Sa mise se terminait par une cravate de la même couleur que le costume. Lui avait opté pour un ensemble à veste droite d'un blanc éclatant avec une chemise lavande foncée. Et sans cravate pour faire plus décontracté. Il termina par un nuage d'eau de toilette et les deux hommes sortirent de l'appartement.

Il faisait doux et il n'y avait pas de vent. C'était agréable de marcher dans les rues et ils apprécièrent leur promenade. Arrivé devant le restaurant, Sanada ouvrit des yeux ronds. Gastronomie française.

- Je te rappelle que je travaille à temps partiel et que je suis loin d'être millionnaire, fit Sanada au risque de paraitre pingre.
- Rassure-toi. Les tarifs sont très raisonnables et la cuisine est un régale. Tu crois vraiment que je t'aurais emmené dans un endroit hors de prix ?

Genichirou tiqua à la réplique. Bien sûr qu'il aurait dû savoir. Yukimura n'était pas fou et loin d'être un profiteur. Il regretta aussitôt sa remarque. Il avait senti dans la voix de Seiichi qu'il l'avait blessé. Il fallait qu'il se fasse pardonner.

- Je suis désolé, je sais bien que tu n'aurais pas fait ça. Excuse-moi.
- Ça va, y a pas mort d'homme, sourit Yukimura. Allez, entrons.

S'ils avaient pensé, lorsqu'ils s'étaient revus, que le monde était bien petit, ils allaient le trouver encore plus minuscule. Tout au fond de la salle et isolée par un paravent en moucharabieh(3), ils virent deux hommes échanger un baiser, qu'ils devaient croire discret, par-dessus leur table. Lorsqu'ils s'éloignèrent, Sanada et Yukimura eurent un sursaut de surprise. Niou et Marui. Deux anciens joueurs de double de Rikkaidai.

- Ils sont finalement ensemble, murmura Seiichi. Tu as l'air choqué, Gen.
- De quoi ?
- Qu'ils soient deux hommes.
- Ça ? Non, non. Je suis surpris de les retrouver ici. Et très heureux. Je ne m'y attendais pas du tout. On va les voir ?
- Pas tout de suite, si tu veux bien, répondit Yukimura en prenant le coude de son ami pour le pousser vers la table que leur indiqua le serveur.
- Pourquoi ne veux-tu pas les voir ? s'étonna Sanada en s'asseyant alors que le serveur posait leurs apéritifs sur la table
- Ce n'est pas que je ne veux pas les voir, c'est juste que je veux te garder pour moi tout seul encore un peu.

Sanada faillit s'étouffer avec la gorgée de sa boisson. Il toussa un peu et leva les yeux vers son compagnon. Il croisa un regard brillant d'amusement, de toute évidence ravi de son petit effet. Genichirou était persuadé, jusqu'à présent, qu'il interprétait mal l'attitude de Seiichi à son égard. Mais là, il commençait à réviser son opinion. Et puis d'abord pourquoi Yukimura agirait-il ainsi, hein ? A quoi jouait-il ? En attendant, Sanada était troublé et avait encore du mal à comprendre ce qui lui arrivait. Et contre toute attente, c'était une situation qui ne lui déplaisait pas. Peut-être était-il temps de regarder les choses en face. La joie provoquée par leurs retrouvailles quelques semaines plus tôt, était devenue le besoin d'une présence, d'une voix, d'un regard. Bien sûr, Sanada avait compris ce que cela signifiait. Enfin, d'après ses critères. Cette solitude supportée pendant des années s'était ransformée en une dépendance qui lui rappelait leurs années de collège où ils étaient toujours ensemble à entretenir et assouvir leur passion commune. Pourtant, même s'il avait parfaitement conscience qu'ils n'étaient plus des adolescents, même s'il ne pouvait s'empêcher de faire le rapprochement, il refusait encore de nommer ce qui le troublait. C'était agréable, ça le mettait mal à l'aise, il aimait ça mais il ne voulait pas se laisser décontenancer. Il voulait garder le contrôle de sa vie. Mais l'avait-il encore ? Lui, l'homme qui gardait toujours son sang-froid, qui parvenait à un niveau de concentration extrême, qui ne doutait pas de ses capacités, était dérouté par la confusion qui régnait dans son esprit.

Mais il savait être honnête avec lui-même. Ce qui l'amena à se poser les bonnes questions pour y répondre franchement. C'était ça aussi sa force. Savoir analyser les choses avec calme et objectivité. Et c'est ce qu'il fit tout en profitant de ce formidable moment en tête à tête avec Yukimura. Oui, ils avaient le temps de retrouver Niou et Marui. Et puis, ils n'allaient pas les déranger dans ce qui était de toute évidence, un diner en amoureux.

Le repas fut un délice et un moment privilégié. Yukimura se montra d'une compagnie charmante et Sanada se laissa charmer. Il en était conscient et il renonça à se défendre, à analyser, à vouloir contrôler, à résister. Il se laissa porter par l'ambiance et ce qu'il ressentait. Et qu'il commençait à accepter. Alors qu'ils terminaient leurs desserts, Bunta et Masaharu se levèrent pour partir.

- Alors ? On ne salue plus son Capitaine ? claqua la voix de Sanada ou perçait l'amusement.

Les deux hommes se figèrent et dévisagèrent leurs anciens coéquipiers complètement sous le choc de la surprise. Des éclats de rire fusèrent et après de joyeuses accolades, ils s'assirent tous les quatre à la même table. Ils discutèrent longtemps. Si longtemps que le patron du restaurant dut leur demander aimablement de bien vouloir s'en aller. Ils étaient les derniers clients et le brave homme avait très envie de rentrer chez lui après une rude journée. Ils s'excusèrent de n'avoir pas vu le temps passer et laissèrent un généreux pourboire. Ils décidèrent de se rendre dans un bar pour prolonger un peu leur soirée. Ils prirent place sur une large banquette autour d'une table. Autour d'eux, il y avait des hommes et des femmes mais leurs attitudes ne laissaient aucun doute quant à leurs préférences. Sanada s'en fit la remarqua mais ça ne le dérangeait pas plus que ça. La musique était assez forte et sur la piste, il y avait quelques danseurs. Ils commandèrent leurs verres, discutant à bâtons rompus. Niou travaillait dans une société d'informatique où il créait des bannières publicitaires. Quant à Marui…

- J'ai poursuivi dans le sport, dit-il entre deux gorgées de son Téquila Sunrise.
- Et tu fais quoi ? lui demanda Yukimura.
- Tu ne m'en voudras pas si je te le dis, sourit malicieusement l'ancien joueur de double.
- Pourquoi t'en voudrait-on ? insista Sanada.
- Je suis professeur de sport dans un collège. Et j'entraine les membres du club de tennis.
- C'est très bien ! s'exclama Seiichi. Les jeunes ne peuvent avoir de meilleur entraineur.
- Et il s'agit de quel collège ? s'enquit encore l'ex Vice-Capitaine de Rikkaidai.
- Promettez-moi d'abord de ne pas m'égorger ! s'esclaffa Marui.
- On promet ! On promet ! Alors ?
- Seigaku.

Il y eu un silence. Yukimura et Sanada ouvrirent des yeux ronds comme des soucoupes. Ils s'entreregardèrent pour être bien certains qu'ils avaient entendu la même chose.

- Tu entraines Seigaku ? Ceux qui nous ont battus ?
- L'ancien entraineur, Madame Ryuzaki est partie pour des raisons de santé. J'avais déjà été nommé au collège et le directeur m'a tout naturellement demandé de reprendre en main le club. Je pense que c'est elle qui le lui a suggéré. Elle vient de temps à autres nous voir et elle me donne de très bons conseils.
- Es-tu vraiment capable d'entrainer ces jeunes à fond sachant qu'ils pourraient encore battre Rikkaidai ? demanda Yukimura encore sous le coup de la surprise.
- Rikkaidai restera indétrônable dans mon cœur, déclara Marui, mais maintenant je fais partie de l'effectif de Seigaku. Et je dois tout faire pour qu'ils soient les meilleurs. Ce ne serait pas honnête de ma part.
- Pourquoi n'as-tu pas demandé à être à Rikkaidai ? s'enquit Sanada à son tour.
- La place était déjà prise par Yagyuu. C'est le Gentleman qui les entraine. Et puis Seigaku n'est pas loin du bureau de Masaharu et de chez nous. C'est très pratique.
- De chez vous ? releva Genichirou, pas très sûr de comprendre.
- Bunta et moi vivons ensemble… depuis trois ans.
- Il était temps, lâcha Yukimura en souriant derrière son verre.
- Pourquoi tu dis ça ? fit Marui en fronçant les sourcils.
- Déjà au collège vous vous tourniez autour, expliqua l'ancien Capitaine. Et ça date de quand vous deux ?
- Du lycée, ça va faire… presque huit ans, répondit Masaharu après une seconde de réflexion.
- Marui, viens danser ! s'écria soudainement Yukimura légèrement grisé par l'alcool.

Ils laissèrent Sanada et Niou et rejoignirent la piste de danse. Ils les observèrent se déhancher aux rythmes des basses qu'ils sentaient vibrer dans leurs poitrines. Genichirou était fasciné par les mouvements de Seiichi. Il avait une façon très sensuelle de bouger et Sanada sentit quelque chose remuer au fond de lui. Quelque chose de primitif.

- Et vous deux ? cria Masaharu pour couvrir la musique.
- Quoi nous deux ?
- Quand allez-vous vous décider à vivre ensemble ?
- Vivre ensemble ? s'étonna Sanada. Mais on n'est pas ensemble !
- Alors dépêche-toi de l'attraper parce qu'il n'attend que ça.
- Mais de quoi tu parles ?
- A voir comment vous vous regardez, j'ai cru que vous étiez déjà en couple. Vous en avez toutes les attitudes.
- Tu dis n'importe quoi. Nous travaillons ensemble et nous sommes amis. C'est tout.
- Et combien de temps cette situation va-t-elle te convenir ? Tu le bouffes des yeux ! Et lui aussi. Et ça ne date pas d'hier. Déjà au collège vous aviez une complicité qui faisait jaser. Nombreux étaient ceux qui étaient persuadés que vous sortiez ensemble. Arrête de te voiler la face.
- Je n'ai pas le droit… dit Sanada un ton plus bas. J'ai trop de respect pour lui.
- Bien sûr que si ! Je te l'ai dit, il n'attend que ça. Yukimura est quelqu'un de fascinant. Il charme et séduit sans le vouloir. Mais quand il le veut, rien ni personne ne peut lui résister. Laisse-le t'approcher, ouvre ton cœur et sois honnête avec ce que tu éprouves. Si tu ne le fais pas, tu pourrais bien passer à côté du bonheur.
- Depuis quand es-tu si psychologue ?
- J'ai un redoutable sens de l'observation, tu te rappelles ? répliqua Masaharu en souriant en coin. Je trouvais toujours les défauts et points faibles de mes adversaires. J'ai juste étendu cette capacité aux gens qui m'entourent. Et quand ce sont des personnes que j'apprécie particulièrement, je suis encore plus efficace.

Le retour de leurs amis ne permit pas à Sanada de répondre et il ne résista pas quand Yukimura le tira par la main pour l'emmener sur la piste. La musique était plus calme, plus tendre. Marui et Niou s'enlacèrent non loin d'eux et se mirent à danser. Seiichi passa ses bras autour du cou de son ami sans lui laisser d'autre alternative que de serrer sa taille. Mais pas trop.

- Tu es gêné ? murmura la voix rauque à son oreille.
- Un peu… c'est la première fois…
- Que tu danses avec un homme ?
- Oui…
- Ce n'est pas très différent d'avec une femme, fit Yukimura en resserrant son étreinte.

Il se laissa envouter par le parfum que dégageait la peau de son ami. C'était un mélange d'eau de toilette et de sueur. Une odeur virile, bien plus troublante que ce qu'il avait pu ressentir jusqu'à présent à son contact. Inconsciemment, ses doigts jouèrent avec les mèches brunes sur la nuque et il posa son front dans le cou chaud.

Sanada ne savait pas quoi faire. Dire qu'il appréciait cette situation était un euphémisme. Il aurait aimé que le temps s'arrête et rester ainsi pour l'éternité. Mais il n'arrivait toujours pas à passer outre sa timidité. Il croisa le regard de Masaharu qui lui fit comprendre par le geste de raffermir son étreinte autour de la taille de Yukimura. Il s'exécuta et remonta sa main dans le dos de son ami. Il ne vit pas le sourire qui fendit le visage enfoui contre son épaule mais il entendit clairement le soupir de bien-être.

- Gen…
- Mmh…
- On est bien là, non ?
- Oui… on est bien…

Yukimura était heureux. Il avait maintenant la certitude que Sanada ne le repousserait pas quoi qu'il fasse. Mais il ne voulait pas le brusquer. Il voulait l'apprivoiser. Il comprenait son hésitation, sa gêne. Il avait été séduit par Genichirou presqu'immédiatement. Il s'était toujours senti attiré par ce garçon si sérieux qui accomplissait tout à fond. Et lorsqu'il se trompait ou qu'il échouait, il en tirait les leçons pour ne pas commettre à nouveau les mêmes erreurs. Il admirait sa persévérance, la discipline dont il faisait preuve grâce à la pratique d'arts martiaux. Et ce profond sentiment d'amitié qu'il éprouvait c'était peu à peu transformé en un sentiment plus fort, plus violent qu'il ne comprit pas au début. Ce n'est qu'au départ de Sanada qu'il avait réalisé qu'il était fou amoureux et alors il connut la douleur et la tristesse de l'absence de la personne qu'on aime. Même s'il eut quelques aventures, aucune de ses rencontres ne parvint à gagner son cœur. Il s'était fermé comme une huitre. Mais maintenant qu'il l'avait retrouvé par le plus grand des hasards, il était déterminé à le garder. Coûte que coûte. Sanada était l'homme de sa vie. Il l'avait toujours été.

Il se laissa enivrer par la danse et la chaleur qui se dégageait du corps contre le sien. Il ressentait un trouble langoureux et ô combien délectable. Il avait une conscience aigue des mains qui, timidement, parcouraient son dos avec une lenteur respectueuse. Il glissa une des siennes sur le torse, à l'endroit du cœur qu'il sentit battre très fort. Il crevait d'envie de l'embrasser mais, le lieu n'était pas approprié. Il voulait mieux que ça pour eux deux.

La musique accéléra le rythme et les couples sur la piste se séparèrent. Les quatre hommes regagnèrent leur table. Yukimura s'assit aux côtés de Sanada et laissa sa main trainer sur sa cuisse. Il étouffa un bâillement qui fit rire les autres. Il était temps de rentrer. Ils convinrent d'un rendez-vous le lendemain sur le court Haruno. Comment deux anciens joueurs de double allaient-ils s'en sortir face à deux anciens joueurs de simple ?


Sanada et Yukimura ne firent pas le poids face à Marui et Niou. Masaharu détecta immédiatement les défauts de leur jeu et Bunta se servit à outrance de ses deux techniques fétiches : la corde raide et la cloche. Mais sur la fin du match, Sanada parvint à neutraliser la cloche à plusieurs reprises. Il fut temps de se séparer mais ils prirent rendez-vous pour le samedi suivant pour Hanami.(4)

Les quatre jeunes gens se retrouvèrent au parc de Shinjuku. Ils avaient amené de quoi boire et manger toute la journée. Peu désireux d'être le point de mire, ils cherchèrent un endroit un peu à l'écart pour que Niou et Marui ne passent pas leur journée à éviter tout contact entre eux. L'homosexualité était peut-être de mieux en mieux acceptée mais elle ne s'étalait pas encore au grand jour. Ils déplièrent une large couverture sur laquelle ils s'assirent à l'ombre d'un immense cerisier blanc de fleurs. Il y avait plusieurs haies taillées plutôt hautes qui les cachaient du chemin de promenade non loin. L'endroit était parfait. Ils commencèrent par boire des jus de fruits. Il était encore tôt pour le saké. Ils discutaient de tout et de rien, profitant de la chaleur du soleil de printemps et du parfum sucré des fleurs de cerisiers qui embaumait l'air. L'heure était à la détente et ça leur faisait un bien fou. Bien sur, ils évoquèrent leurs souvenirs de collégiens, lorsqu'ils étaient considérés comme les meilleurs joueurs. Ils se rappelèrent aussi cette finale régionale perdue contre Seigaku, le jour même de l'opération de Yukimura.

- Nous avons gagné les deux doubles de justesse, résuma Niou, mais les trois simples ont été un enfer pour nos joueurs.
- Nous les avons sous-estimés, rectifia Yukimura. Nous n'avons pas pensé un seul instant qu'ils avaient autant progressé.
- Nous avons été orgueilleux et aveuglés par nos deux précédents titres de champions, déclara Sanada. C'est une leçon que nous ne devons jamais oublier.
- L'Empereur aurait-il encore dans la bouche le goût amer de sa défaite ? ironisa Masaharu s'attirant un regard noir de l'ex Vice-Capitaine.
- Très certainement, mais…
- Mais tu n'aurais jamais pu gagner ce match, intervint Seiichi. J'ai vu la vidéo.
- Qu'est-ce qui te rend si affirmatif ? demanda Genichirou, surpris qu'il aborde le sujet, chose dont ils avaient évité de parler jusqu'à présent.
- Echizen joue contre un ancien professionnel depuis qu'il a pu tenir une raquette, expliqua Seiichi, son père, Nanjiro. Crois-tu vraiment que jouer contre toi a pu l'effrayer ne serait-ce qu'un instant ?
- Tezuka l'a battu, se défendit Sanada.
- Parce que c'était un match symbolique. Il n'y avait aucun titre à la clé. Contre toi, Echizen s'est battu pour Seigaku. Contre son capitaine, il a joué pour relever un défi qui n'engageait à rien, argumenta Yukimura. Et il a gagné le second match contre son Capitaine.
- Mmh… tu n'as pas tort, intervint Marui, mais je persiste à penser que ce gosse avait le feu sacré ce jour là. Personne n'aurait pu le battre.
- Toujours est-il qu'il fait une belle carrière professionnelle, poursuivit Masaharu. Il a remporté le Grand Chelem ces deux dernières années. Il est allé plus loin que son père. Il est numéro un mondial.(5)
- Il ne tardera plus à prendre sa retraite, prophétisa Sanada, c'est presque un vieux à son âge et derrière les jeunes loups aux dents longues le poussent doucement vers les vestiaires.
- C'est le lot de tous les pros, renchérit Yukimura. Regardez les basketteurs de la NBA ou les footballeurs européens ! A trente ans, ils sont finis. Ou pas loin. Agassi a fini par raccrocher à trente-cinq ans et les dernières années n'ont pas été remarquables.
- Ça reste un joueur exceptionnel, affirma Marui. Il a un palmarès hors du commun.
- Nous sommes tous d'accord là-dessus, fit Masaharu en s'allongeant sur la nappe. Mais les sportifs de haut niveau se retirent très tôt. La relève les pousse dehors.
- Tezuka et Atobe s'en sortent plutôt bien, mais ils vont sur la fin de leur carrière eux aussi, reprit Sanada.
- Tous ceux que nous connaissions ont plutôt pas mal réussi dans ce qu'ils ont entrepris, conclut Niou en ajoutant qu'il était l'heure de manger et d'ouvrir les bouteilles de saké.

Ils déjeunèrent de bon appétit, burent peut-être un peu trop, rirent beaucoup. Lors d'un moment plus clame, Marui s'était allongé, la tête sur la cuisse de Niou qui caressait machinalement les cheveux bordeaux alors que Yukimura était affalé sur le ventre en travers des jambes de Sanada. Et ça ne semblait pas les gêner le moins du monde. Mais toutes les bonnes choses ont une fin et il fallut songer à rentrer. Aller jusqu'à la station de métro se révéla être un vrai défi. Ils avaient du mal à marcher droit et ils titubèrent quelques fois en éclatant de rire. Ils se séparèrent sur le quai. Sanada prit la décision de raccompagner Yukimura chez lui pour être certain qu'il ne tombe pas bêtement au risque de se blesser.

- Assieds-toi ! Tu veux un verre ?
- Non, merci, j'ai assez bu comme ça.
- C'que tu peux être sérieux…, plaisanta Seiichi d'une voix un peu ivre en se servant un petit verre de saké qu'il avala cul-sec. J'vais prendre une douche…
- Sois prudent.
- Qu'est-ce tu veux qui m'arrive ?
- Fais attention de ne pas tomber.
- Tu m'relèver'as, sourit-il ravi de voir le trouble se peindre sur le visage de son ami. J'y vais, reprit-il en s'éloignant vers la salle de bains. Si t'entends un boum, c'est que je suis tombé.
- Idiot… murmura Genichirou.

Il n'avait pas bu beaucoup mais suffisamment pour se sentir vaseux. Il ferma les yeux renversa la tête en arrière. Il se sentit gagné par la somnolence et dut se faire violence pour ne pas s'endormir. Il aurait bien aimé rentrer chez lui mais l'état d'ébriété de Yukimura l'inquiétait un peu. Il partirait quand il serait sûr que celui-ci ne risquerait plus de faire une bêtise.

Finalement Seiichi passa l'épreuve de la douche sans souci. Il en sortit vêtu d'un yukata noir, les cheveux encore humides. Il faisait le tour de la petite table basse quand son orteil heurta douloureusement le pied du meuble. Il perdit l'équilibre, cria et Sanada le vit basculer au ralenti. Il eut le réflexe de se lever pour l'attraper afin de lui éviter une mauvaise chute mais entrainé par son poids, ils tombèrent tous les deux sur le canapé qui amortit le choc. Heureusement. Passé le moment de surprise, Genichirou se souleva. Sous lui Yukimura avait les yeux fermés.

- Seiichi ? Ça va ?
- Mmh… Mon orteil me fait très mal, murmura-t-il en grimaçant.
- Pousse ta jambe que je puisse me lever.
- Quoi… On n'est pas bien comme ça ? fit-il, taquin.
- Tu ne sais plus ce que tu dis… Je dois t'écraser et tu as mal au pied.
- Rabat-joie coincé, marmonna Yukimura en bougeant sa jambe.
- Quoi ?
- Rien, rien... Désolé, tu ne t'es pas fait mal ?
- Non, le rassura Sanada en se redressant.

Il resta un instant figé. Affalé sur le canapé, le yukata débraillé, Yukimura était la tentation incarnée. Il donnait une image d'un érotisme sulfureux et Genichirou fut à deux doigts de céder à la chose primitive qu'il sentit remuer furieusement dans son ventre.

- Je vais rentrer maintenant que tu sembles dégrisé, fit-il pour se donner une contenance.
- D'accord, souffla Seiichi, qui ne cacha pas sa déception. On se voit demain ?
- Bien sûr.


Arrivé chez lui, Sanada prit une douche bien chaude et enfila un confortable yukata. Il fit un peu de rangement et déplia son canapé. Il s'allongea et prit la télécommande de la télévision. Il passait d'une chaine à l'autre sans s'arrêter sur aucune. Son esprit était plein de Yukimura. Tout le long du chemin, il n'avait eu que cette image devant les yeux. Il n'arrivait pas à se l'ôter de la tête. Mais en avait-il seulement l'envie ? Non. Pas du tout. Il aimait penser à lui, même si son absence à cet instant ne faisait que décupler son désir de le voir. Il le voulait près de lui, sentir encore ses bras autour de son cou, son odeur, entendre sa voix, se noyer dans ses yeux. Les paupières closes, il repensait à cette danse. Et à cette chute sur le canapé. Il avait l'impression de sentir encore la chaleur de son corps contre le sien, une chaleur féroce et envahissante comme le feu du "Fu Rin Ka Zan" qui le dévorait lentement. Il ne retint pas ses mains qui se mirent à parcourir son corps comme si elles ne lui obéissaient plus. Comme si elles étaient dotées d'une volonté propre, elles semblaient vouloir lui faire comprendre quelque chose. Elles désiraient offrir leurs caresses à une peau qui était en manque de contacts charnels depuis bien trop longtemps. Mais ce n'était pas le corps de Yukimura, c'était le sien. La pensée qu'il ne devrait pas se laisser aller ainsi lui traversa rapidement l'esprit. Puis s'en fut très loin, alors qu'un premier soupir de plaisir franchissait ses lèvres. Sanada perdait pied. A nouveau, la chose primitive remua dans son ventre. Ce n'était pas la première fois qu'il ressentait du désir, mais à l'égard d'un homme, oui. Jamais il n'avait atteint une telle intensité. Yukimura le mettait au supplice. Il le jetait hors de lui-même. Le comble pour quelqu'un si maître de lui. Le plaisir qu'il se donna fut brutal et le laissa sans force.

Le lendemain, les deux hommes se retrouvèrent sur le court de tennis. Yukimura observa son ami et lui trouva quelque chose de changé. Mais il ne savait pas quoi. Sanada ne cachait plus ce qu'il éprouvait, ce qu'il désirait. Pour la première fois de manière consciente et volontaire il regarda Seiichi. Il nota la démarche élégante accentuée par le port d'un survêtement d'un blanc immaculé. Décidément, cette couleur lui allait à merveille. Ils se saluèrent, posèrent leurs sacs à côté du banc et se déshabillèrent. Yukimura remarqua le petit sourire qui ne quittait pas les lèvres de son ami. Mais que lui arrivait-il ? Ils commencèrent par s'échauffer en faisant une dizaine de tour de terrain puis frappèrent quelques balles contre le mur. Enfin, ils débutèrent leur match. Ils n'avaient pas beaucoup parlé. Sanada avait demandé des nouvelles de sa mère, s'il avait bien dormi, s'il avait passé une bonne journée ce à quoi Seiichi répondit oui avec enthousiasme et qu'il fallait recommencer sans forcément attendre une occasion spéciale. Un pique-nique sous les cerisiers, ça peut se faire n'importe quand.

Yukimura remarqua immédiatement le changement dans le jeu de son adversaire. Il semblait plus calme. Plus tacticien fut le mot le plus adapté qui lui vint à l'esprit. Et rapidement, il fut en difficulté. Il perdit les deux premiers jeux.

- Tu es en forme, dis-moi.
- On peut dire ça, rétorqua Sanada en assenant son swing qui était presque redevenu invisible.

Encore un peu d'entrainement et il aurait retrouvé le niveau qu'il avait au collège. Imperceptiblement, il se mit à utiliser le Fu Rin Ka Zan. Pas avec autant d'efficacité qu'à l'époque, mais ça lui permettait de résister à Yukimura qui haussa le niveau de son jeu à son tour. Ils terminèrent à genoux sur un score de quarante à quarante-deux au tie-break en faveur de Yukimura. Il avait remporté le match d'un cheveu.

- Il nous reste une semaine avant la Golden Week, commença Yukimura, tu es toujours d'accord pour venir avec moi chez ma grand-mère ?
- Bien sûr. Elle habite près de la mer c'est ça ? On pourra pécher.
- Quoi ? éclata de rire Seiichi. Tu aimes la pèche ?
- C'est reposant
- C'est ennuyeux.
- On verra sur place.
- N'y pense même pas ! Et puis n'oublie pas que nous ne restons qu'une journée.
- Mmh… c'est vrai.
- Bon, il va falloir rentrer, soupira Yukimura.
- J'ai pas envie… rétorqua Sanada sur le même ton.
- Moi non plus, mais demain on travaille. Je dois vérifier les plans que tu as établis.
- Alors allons-y.

Ils marchèrent jusqu'à la station de métro où ils se séparèrent. Ils se retrouvèrent chacun sur un quai et se regardèrent par-dessus les rails. Parfois un passager entrait dans leur champ de vision et ils se décalaient pour continuer à s'observer. La rame de Sanada arriva la première. Il monta et se plaça contre la vitre pour voir son ami. Le métro démarra et ils ne se quittèrent pas des yeux jusqu'à la dernière seconde.


Le lendemain, Yukimura passa en revue les plans de transports que Sanada avait faits en son absence. Il n'en trouva qu'un seul qu'il put améliorer. Le reste de la semaine fila à une vitesse folle. En rentrant chez lui le soir, après leur entrainement, Sanada ne pensait qu'à une chose : vivement le lendemain. Il aurait voulu que le temps passe plus vite.

De son côté Yukimura ressentait exactement la même chose. Il sentait bien que Genichirou était plus ouvert. Il était beaucoup plus souriant et faisait même de l'humour. Seiichi se sentait heureux. Si parfois les larmes lui venaient aux yeux quand il pensait à son père, aussitôt il sentait une main chaude serrer son épaule. Sanada ne le regardait pas forcément mais ce simple geste lui redonnait du courage. De toute évidence, il se passait quelque chose entre eux et Seiichi en était bien conscient. Il avait envie que ça évolue, que ça s'affirme et en même temps, il aimait ce jeu du chat et de la souris. Mais qu'arrivera-t-il quand le jeu s'arrêtera ? Le paradis ou l'enfer ?

A suivre…


(1) La Tokyo Skytree est une tour de radiodiffusion dans le quartier Sumida-ku à Tokyo. Mesurant 634 mètres, elle est depuis son inauguration la deuxième plus haute structure du monde derrière le gratte-ciel Burj Khalifa. Google pour les photos. ^^

(2) Golden Week :

- 29 avril - Shōwa no Hi (Jour de naissance de l'Empereur Shōwa)
- 3 mai - Kenpō Kinen Bi (Jour de Commémoration de la Constitution)
- 4 mai - Midori no Hi (Jour de la Nature)
- 5 mai - Kodomo no Hi (Jour des enfants)

La majorité des Japonais prennent des vacances pendant cette période. Les écoles et les universités sont fermées et les entreprises fonctionnent avec un effectif minimal ou ferment également pour l'occasion car la plupart des employés s'en vont pour une partie ou même la totalité de la semaine. Tous les lieux touristiques du Japon, notamment les plus populaires, sont pris d'assaut par des foules de visiteurs et les prix des services touristiques flambent. Source Wikipédia

(3) Moucharabieh : c'est un dispositif de ventilation naturelle forcée fréquemment utilisé dans l'architecture traditionnelle des pays arabes.
La réduction de la surface produite par le maillage du moucharabieh accélère le passage du vent. Celui-ci est mis en contact avec des surfaces humides, bassins ou plats remplis d'eau qui diffusent leur fraîcheur à l'intérieur de la maison.
Souvent présent dans les palais à côté des portes dérobées menant dans des antichambres. Issu de l'architecture islamique, il sert essentiellement à dérober les femmes aux regards. Constitué généralement de petits éléments en bois tourné assemblés selon un plan géométrique, souvent complexe, le moucharabieh forme un grillage serré dont sont garnis les fenêtres, loggias et balcons, appelés alors ainsi par synecdoque. Cette technique elle-même, qui est également utilisée pour la fabrication de meubles, est également appelée ainsi. Google pour les photos. ^^

(4) Le hanami (, hanamilittéralement, « regarder les fleurs »), ou o-hanami avec préfixe honorifique, est la coutume traditionnelle japonaise d'apprécier la beauté des fleurs, principalement les fleurs de cerisier (sakura). À partir de fin mars ou début avril, les sakura entrent en pleine floraison partout dans le Japon. De nos jours, le hanami se résume souvent à profiter de cette saison pour pique-niquer, discuter, chanter sous les cerisiers en fleurs. Cette coutume est au printemps ce que momijigari, l'observation de kōyō (le changement de couleur des feuilles), est à l'automne. Source Wikipédia.

(5) Je vous rappelle que j'ai dit dans le disclaimer que pour moi Prince of Tennis se déroule dans une réalité parallèle très semblable à la nôtre.