Moi, mon frangin, sa femme et nos potes
Chapitre 2 : Mon frangin est un mec bizarre…
Gojô ouvrit difficilement les yeux.
Il vit, en vision « fish-eye » le visage d'Hakkai légèrement inquiet.
Il eut un sourire faible. « Ah, Hakkai. J'ai fait un drôle de rêve. J'ouvrais la porte à une fille qui me ressemblait comme deux gouttes d'eaux et elle m'annonçait qu'elle était ma sœur ! Tu te rends compte le flippe ? Ha ha ha… »
Mais au moment même il où il finissait sa phrase, il vit en arrière plan un visage qui lui était familier sans qu'il l'ai jamais vu.
Ou plutôt si. Qu'il venait de voir sur le pas de sa porte.
Tout un chacun s'est retrouvé devant un miroir un jour.
Tout un chacun connaît l'effet de se voir soi-même.
Mais personne ne connaît l'effet de se voir en version « sexe opposé du sien »
Assez marrant comme truc.
On se voit soi, oui.
Mais avec des cils plus long peut-être. Un visage plus fin. Des cheveux plus longs ? Pas de beaucoup alors. Bien évidemment, un corps plus élancé, plus de poitrine, des jambes plus minces, etc, etc…
Mais pas de fines cicatrices barrant la joue gauche, et cette même couleur prenante, flamboyante. Ce rouge.
Rouge sang.
Et les yeux assortis, évidemment.
Il y avait même les deux antennes fièrement dressées sur le dessus du crâne.
Hakkai versa du thé dans la première tasse, puis dans la deuxième, puis finalement dans la troisième.
Il s'assit.
Bu un peu de son thé.
Reposa sa tasse dans un « toc » sonore.
Silence.
La fille fixait Gojô et Gojô fixait la fille.
Elle souriait.
Il faisait la moue.
Finalement, Hakkai brisa la glace en demanda : « On pourrait peut-être commencer par te demander ton nom ? »
La fille tourna ses yeux écarlates vers le brun et avec un sourire : « Sha Janis. »
Gojô mâchonna le bout de sa cigarette.
Un autre silence.
Il avisa le long étui semblant refermer une guitare, posé dans le coin de la pièce, puis reporta de nouveau son regard vers la dénommée Janis.
« D'accords. Explique-moi tout. D'où tu viens, comment t'as fait pour me retrouver, et surtout, comment ça se fasse que j'ai une sœur sans jamais l'avoir su ? »
Janis croisa les jambes, rejeta ses bras derrière le dossier de sa chaise.
Elle a les mêmes attitudes que Gojô. Pensa Hakkai avec un sourire.
« Ok, je m'y colle. » Avant de commencer son récit, elle sortit une cigarette, aussi écarlate que ses cheveux et la porta à ses lèvres.
Une fois l'arme de destruction massive de poumons (dixit Hakkai) allumée, Janis sourit et débuta son récit.
Les enfants tabous, en plus d'être stériles, ont une autre particularité, même si elle reste assez rare.
Lors de la fécondation d'un ovule dans une relation entre humains, vous n'êtes pas sans savoir que pour obtenir de réels jumeaux, il faut que l'œuf se sépare en deux, contrairement aux faux jumeaux, qui naissent en même temps mais qui viennent de deux spermatozoïdes différents.
Bien évidemment, les vrais jumeaux seront non seulement identiques, mais également du même sexe.
Mais tout enfants tabous étant scientifiquement de vrais jumeaux, seront automatiquement du sexe opposé, et auront exactement le même physique en tout points.
Encore une hérésie, contrant les principes de la nature.
Janis et Gojô faisaient partis de ces rares exceptions.
Lorsque les deux enfants furent nés, leur mère humaine emmena loin sa fille. Elle savait que sa rivale, la femme légitime de son amant, le père des deux bébés, seraient sans pitié avec les deux tabous et préféra sauver sa fille.
Égoïste, immonde, répugnant ?
Peut-être.
Quoiqu'il en soit, elle s'installa dans une autre région du Togenkyo, protégeant sa fille par dessus tout.
Dans le village où elles s'installèrent, les gens les traitaient…Hypocritement.
Ils ne les battaient pas, ne les traitaient pas d'hérésie ni de monstres. Ils étaient toujours gentils.
Gentils…De façon intéressée…
Ils leur demandaient toute une gamme de service, des courses jusqu'à la prostitution.
Janis a grandi entre le ravage commis par l'alcool et le désespoir sur de sa mère et les regards lourds de sens sur son corps, supportant le tout avec sourire.
Ce fut l'année de ses dix-huit ans que sa vie bascula complètement.
Sa mère fut tuée, refusant de se donner à un homme.
L'adolescente avait trouvé son cadavre à dix lieu du village, dans la forêt, deux jours après sa mort.
Depuis, son esprit s'était endurci, sans jamais cesser de sourire.
Elle avait vécu avec une amie de sa mère, une vraie, qu'il les avaient toujours soutenues.
Mais ce fut trois ans plus tard que sa vie bascula de nouveau…Mais de façon plutôt bénéfique.
C'était en fouillant dans les anciennes affaires de sa mère qu'elle avait trouvé une correspondance épistolaire entre sa mère et…Son père.
Elle n'en avait que très peu entendu sur lui.
C'est dans une de ces lettres qu'elle avait vu le nom de Gojô.
Gojô.
Il n'était pas explicitement dit qui il était mais…
« Qui est Gojô ?
-Hein ? Janis, où as-tu appris ce nom ?
-Cela ne te regarde pas, qui est Gojô ? »
Elle avait renversé les meubles, avait hurlé, fracassé les fenêtres, saisi par le col sa tutrice avant que celle-ci ne lui avoue la vérité.
« C'est ton frère ! »
Janis avait lentement glissé le long du mur.
« Mon frère… »
Le lendemain, elle demandait à sa tutrice où habitait sa mère avant.
Le surlendemain, elle partait avec son argent et une carte en poche, sa guitare sur le dos (Elle apprenait la musique depuis l'âge de 6 ans) en direction de son frère.
Arrivée à son but, Janis fut obligée de se renseigner.
« Excusez-moi, la famille Sha, s'il vous plait ? »
On l'avait bizarrement regardé, puis on avait fixé des cheveux et ses yeux carmin.
On lui avait finalement indiqué une maison un peu en dehors de la ville.
Elle s'y était rendue.
Il n'y avait personne.
Juste des traces de sang séché sur le sol.
Des meubles renversés.
Une odeur de mort.
Janis se demandait ce qui avait pu arrivé dans cette maison.
Qu'était devenu son père ?
Personne ne savait.
Sa femme ?
…Elle était morte.
Comment ?
…Il vaudrait mieux qu'elle ne se mêle pas de ces histoires sordides.
…Et l'enfant ?
Lequel ?
Comment ça lequel ? Il y en avait plusieurs ?
…Oui. Le plus grand avait disparu également, le cadet était parti vers le sud.
Où ?
Personne ne savait.
Ça faisait combien de temps ?
…Ça faisait bien quatorze ans maintenant…
D'accords.
Janis avait déduit que son frère, Gojô devait être le plus jeune.
Vers le Sud ?
Elle partit donc vers le Sud.
Tout au long du chemin, elle se renseigna.
Peu de gens l'avait vu.
Jusqu'à…
« Oui, je me souviens de lui…Il te ressemblait énormément, comme tu le dis…Il a passé plus de deux semaines dans mon auberge. Il payait en faisant la vaisselle. C'était un bon garçon. Mais les gens…Ne l'appréciait pas beaucoup. Tu dois te douter pourquoi.
-Oui.
-Maintenant, ce genre de racisme se perd, quasiment plus personne ne connaît le sens de ce rouge…Mais à l'époque…Quoi qu'il en soit, il est partit.
-Vous savez où ?
-Je crois qu'il m'a dit qu'il partait pour la ville voisine. Là-bas, les gens étaient un tout petit peu plus tolérant…
-Merci. »
Arrivée à la dudite ville, Janis s'était demandée si c'était bien ce qu'elle faisait.
Peut-être qu'il n'aimerait pas la connaître.
Peut-être avait-il déjà trop souffert d'être lui.
Inutile d'en rajouter une couche.
Mais…Ce fut résignée qu'elle entra dans une taverne pour demander si on connaissait Gojô. Ce jour-là, par mesure de précaution, elle avait enfoncé un bonnet sur ces cheveux et mit des lunettes noires.
« Excusez-moi, vous connaissez un certain Sha Gojô ? »
À peine ces mots furent prononcés que plusieurs filles se regroupèrent autour d'elle en s'écriant : « Ouiiii ! Gojô venait jouer ici presque tous les soirs ! »
Diantre. C'est un tombeur, à en juger la tronche de ces oies.
« Venait ?
-Oui…Il y a deux ans, il a ramassé un blessé et depuis, il vit avec lui…Pfff, c'est pas drôle, on le voit presque plus… »
Mon frangin est homo ?
« Ils habitent où, vous le savez ? »
Face à la porte, elle avait retiré son bonnet et ses lunettes, avait frappé à la porte.
Il avait ouvert.
Il n'avait pas vraiment fait attention à son visage, apparemment, il s'était plutôt concentré sur sa poitrine.
C'est peut-être quand même un hétéro. Ou un bi ?
« Tu aimes les surprises ?
-Je déteste les surprises.
-Ok. Salut frangin ! »
Il s'était évanoui sur le pas de la porte.
Pauvre petite nature.
Un autre homme était apparu, alarmé par le son de la chute. Il s'était figé en voyant sa visiteuse. Elle sourit.
En tout cas, s'il Gojô est homo, il a bien fait son choix !
« Salut. Je suis la sœur de Gojô »
Gojô écrasa le reste de sa cigarette dans le cendrier posé en face de lui.
Il fourragea dans sa tignasse, repoussée depuis longtemps, soupira, rejeta la tête en arrière.
Janis le regardait par-dessus ses bras croisés.
Hakkai se leva subitement.
« Où vas-tu, Hakkai ?
-Je vais faire les courses. Je crois que vous avez besoin d'être seuls un petit moment.
-Merci. » Répondit la tabou tandis que son frère se redressait, éffaré.
La porte se referma avec douceur.
Les deux métis se regardèrent dans les yeux.
« Ma frangine, huh ? »
À suivre…
C'était looooooooong /S'écroule sur sa table/
