Voilà le premier chapitre ! C'est une réécriture personnelle de Rouge Rubis de Kerstin Gier, ne vous étonnez donc pas que les dialogues soient les mêmes, j'ai essayé de coller au maximum au texte d'origine. Je ne prétends pas que le point de vue de Gideon soit celui imaginé par l'auteur. C'est seulement ce que je l'imaginais dire ou penser lors de ma lecture de Rouge Rubis.

Après ces quelques précisions, je vous souhaite une bonne lecture.

Chapitre 1

Je réapparus dans la salle du chronographe, fier de moi. J'avais réussi à récupérer le sang des jumeaux De Villers, les Cornalines, en moins d'une heure. Cela avait été relativement simple d'ailleurs. J'étais arrivé au moment de leur retour de leurs propres sauts dans le temps. Après leur avoir expliqué la situation, ils n'avaient posé aucune objection au fait de me donner un peu de leur sang pour compléter le Cercle. A ce rythme, j'aurai complété avant la fin de l'année et pourrais récupérer une vie normale. Enfin, aussi normale qu'un étudiant de 19 ans qui voyage dans le temps pouvait l'espérer.

Je remontai les marches quatre à quatre, pressé d'annoncer la nouvelle à oncle Falk, et aussi curieux de voir si Charlotte avait enfin effectué son premier saut. Elle en ressentait les symptômes depuis la veille. Nous avions été entrainés ensemble pour la mission depuis notre plus jeune âge. Je n'avais pas spécialement besoin d'elle pour la remplir, mais nous irions sans doute plus vite à deux. Et nous ne pouvions collecter son sang dans le chronographe qu'après son saut d'initiation.

Je tournai dans un énième escalier, lorsqu'une masse sombre apparut devant moi.

- Hop là !

- Mr George ! m'exclamai-je alors que j'avais failli le percuter.

Il était en compagnie d'une jeune fille que je n'avais encore jamais vu à Temple. Elle me fixait d'un air hébété. Je l'examinais rapidement de la tête aux pieds. Elle portait un uniforme d'écolière. Le même que celui de Charlotte, sauf que Charlotte n'avait pas l'air aussi ridicule avec. Et il ne me semblait pas que la tâche sous la cravate ne soit une nouvelle mode à Saint Lennox. Je doutais que ce soit une amie de Charlotte venue s'inquiéter de son état. La loge était des plus secrètes. Ce n'était sûrement pas non plus un membre de la famille de Mr George pour les mêmes raisons. Et c'était encore moins une novice. Les Veilleurs étaient exclusivement des hommes.

Je jetai un regard interrogateur à Mr George attendant qu'il nous présente.

- Gideon, je te présente Gwendolyn Shepherd, déclara Mr George avec un petit soupir. Gwendolyn, voici Gideon de Villiers.

- Salut, dis-je poliment.

- Salut, me répondit-elle d'une voix enrouée.

Etait-elle malade ? Le rouge sur ses joues semblait aller dans le même sens en tout cas. Ce n'était pas le moment pour qu'elle me refile ses microbes. Je n'avais pas le temps de tomber malade.

- Je pense que vous allez avoir l'occasion de faire plus ample connaissance, tous les deux, annonça Mr George avec un rire nerveux. Il est possible que Gwendolyn soit notre nouvelle Charlotte.

- Pardon ? ne puis-je m'empêcher de lâcher.

Notre nouvelle Charlotte ? Qu'est-ce que c'était encore que cette histoire. Charlotte était la dernière voyageuse. Il n'y en avait plus après elle. Elle devait élapser dans les heures qui venaient si ce n'était pas déjà fait. Comment cette fille pouvait être une nouvelle Charlotte ? Un frisson me traversa soudain. J'avais un très mauvais pressentiment.

J'observais à nouveau le visage de celle que je pressentais être une nouvelle épine dans nos plans. Vu le regard vide qu'elle me lançait, elle allait sans doute se révéler n'être qu'un boulet aux pieds des Veilleurs. Enfin, il valait mieux un boulet qu'un espion.

- Une histoire très compliquée, dit Mr George, je l'avais presque oublié. Le mieux serait de te rendre dans la salle du Dragon, ton oncle t'expliquera tout.

J'acquiesçais, de plus en plus mal à l'aise. Je n'aimais pas les histoires compliquées. Pas quand tout se déroulait si bien. Il fallait aussi que je parle à Charlotte. Elle devait être dans tous ces états et ça n'allait pas s'arranger si cette… c'était quoi son nom déjà ? Wendy ? venait nous envahir. Ce serait même encore pire si elle s'avérait être celle que je redoutais, celle que mon cerveau refusait qu'elle soit.

- Je m'apprêtais à y aller, de toute façon. A plus tard, Mr George ! Au revoir, Wendy !

J'accélérai encore à travers les différents couloirs. Pour un étranger ou un novice, le quartier général des Veilleurs était semblable à un labyrinthe. Il n'était que succession de couloirs, d'escaliers et de bureaux. Mais je le parcourais de part en part depuis toujours. Je connaissais chacune des armures qui le gardaient par cœur.

J'arrivai rapidement à la salle du Dragon, où comme je l'espérais, se trouver mon oncle. C'était une salle lambrissait de boiseries sombres. Les plafonds, hauts, étaient du même bois. La pièce était remplie de meubles massifs et sombres. L'atmosphère était lourde mais les immenses fenêtres laissaient passer la lumière du jour. J'aimais beaucoup m'installer près de celles-ci. Elles donnaient sur les jardins et, derrière le mur, on pouvait même observer le soleil scintiller sur la Tamise. Mais ce qui était vraiment magnifique dans cette pièce était la collection de sculptures en bois colorées qu'elle recélait. Notamment celle qui lui donnait son nom : un immense dragon qui semblait planer au-dessus de nous.

- Ah, Gideon, nous t'attendions, m'appela oncle Falk.

Falk De Villiers était le Grand Maître de la loge. C'était un homme grand et massif au charisme indéniable. Le plus impressionnant chez lui était son regard doré qui faisait souvent penser à celui d'un loup prêt à vous dévorer. Il n'était pas réellement mon oncle. Nous descendions tous deux des jumeaux De Villiers que je venais de rencontrer, mais chacun d'un frère différent. Cependant, Falk avait toujours été une figure paternelle pour moi qui n'avais jamais connu mon vrai père. Lorsque ma mère s'était remariée et était partie s'installer en France avec mon frère, il m'avait même recueilli chez lui. Il n'était pas vraiment mon oncle, il était plus que ça.

A ses côtés se trouvait le docteur White, toujours aussi taciturne. Enfin, aujourd'hui il affichait une mine si affligée qu'on eût l'impression qu'il s'était fait arracher des dents. Sur l'un des canapés se trouvait lady Arista, toujours si droite que je me demandai parfois si elle n'avait pas des soucis de colonne vertébrale. A ses côtés était assise Charlotte, la tête basse. Je ne l'avais jamais vue aussi abattue et ma crainte se renforça. La mère de Charlotte faisait les cents pas, passablement énervée. Une autre femme se trouvait aux côtés de mon oncle. Elle avait la même chevelure vive que toutes les Montrose de la salle. Elle avait les mêmes pommettes que lady Arista, j'en conclu donc que ce devait être sa fille, la tante de Charlotte. Elle aussi paraissait énervée, quoi que peut-être plus inquiète qu'en colère si j'en jugeais par les bras qu'elle resserrait autour d'elle.

- Comment s'est déroulée ta mission, interrogea mon oncle.

- Parfaitement, comme d'habitude. Est-ce que quelqu'un pourrait m'expliquer ce qu'il se passe et qui est cette… Wendy ? m'impatientai-je

- Gwendolyn, rectifia la tante de Charlotte.

- Gwendolyn, reprit oncle Falk, prétend avoir déjà effectué trois sauts depuis hier.

- Pardon ? m'écriai-je. Mais comment est-ce possible ?

- Ça ne l'est pas, voila tout, s'écria la mère de Charlotte. Ce n'est qu'une série d'immondes mensonges que ma sœur et sa prématurée sous-développée ont inventés pour voler la vedette à ma Charlotte qui va bientôt faire partie du Cercle. Elles ne supportent pas que l'attention ne leur soit pas exclusivement réservée !

La moitié de l'assemblée leva les yeux au ciel. Je n'avais rencontré Mme Montrose que très rarement mais elle m'avait toujours paru obsessionnelle à la limite de l'hystérie. On en était encore une fois, pas très loin.

- Glenda, un peu de retenue je te prie, ordonna lady Arista avec autorité. Je pense que nous avons déjà abordé ce point. Nous verrons bientôt si Gwendolyn dit la vérité ou non.

- Thomas l'a emmenée dans la salle des archives pour surveiller un éventuel nouveau saut, précisa oncle Falk.

- Mais un nouveau saut incontrôlé pourrait ne s'effectuer que dans plusieurs heures, voir plusieurs jours, intervint la tante de Charlotte.

- Ou même plusieurs années…maugréai-je

- Si elle a véritablement effectué trois sauts depuis hier, je doute que le prochain se fasse attendre, contra le docteur White.

- Si j'ai bien compris, vous dites que Wen…Gwendolyn serait le Rubis ?

- Oui, affirma la tante de Charlotte.

- Mais Charlotte ressent les symptômes depuis plusieurs jours et sa date de naissance correspond aux prévisions de Newton, intervins-je.

La jeune fille releva enfin la tête vers moi. Elle avait les larmes aux yeux mais ils brillaient d'espoir après ma tirade.

- D'après Grâce, Gwendolyn serait née le même jour, m'apprit oncle Falk.

- Et Charlotte pourrait très bien ressentir ce qu'on appelle des « symptômes fantômes ». Elle veut tellement les ressentir qu'ils arrivent, expliqua le docteur White.

- Des symptômes fantômes ? Ma fille n'est pas une mythomane hypocondriaque contrairement à d'autres, cracha la mère de Charlotte

- Tu n'as…

La tante de Charlotte fut interrompue par quelqu'un qui frappa à la porte. Mon oncle invita cette personne à entrer. C'était Mme Jenkins, avec ses énormes lunettes noires, qui passa la tête à travers l'entrebâillement de la porte.

- Mr George m'envoie vous informer que la jeune demoiselle Shepherd a élapsé, annonça-t-elle.