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CHAPITRE 2/
Kyo prenait l'air sur son balcon en fumant une cigarette. Ces premières vingt-quatre heures passées avec Kaoru avaient été plus faciles que prévu pour une raison toute simple : il avait passé les trois quarts du temps à dormir ! Son état mental lui avait valu de longues nuits d'insomnies alors, dés qu'ils étaient rentrés, il n'avait pas pu aider Kaoru à s'installer car il s'était écroulé sur son lit pour y dormir quinze heures d'affilée. Pendant ce temps, Kaoru avait ramené ses affaires et s'était installé sans problème sur le canapé-lit du salon. A son réveil, Kyo l'avait trouvé en pleine composition. Kaoru était incapable de rester inactif même en congé et Kyo ne connaissait aucun visage plus beau que celui de son leader pendant qu'il se concentrait. Il était resté à l'entrée du salon pour contempler ses traits virils et remplis de passion pour ce qu'il faisait. Plongé dans sa musique, Kaoru n'avait pas remarqué sa présence avant un bon moment. Lorsque ses yeux s'étaient enfin posés sur Kyo, il avait ri :
- Kyo ! Si tu voyais ta tête !
- Ben quoi ?
Kyo avait la mine chiffonnée d'un enfant mal réveillé et les cheveux en pagaille. Kaoru s'était levé et approché de lui pour tenter de discipliner les cheveux de son ami avec ses mains :
- Petit hérisson blond ! Tu as bien dormi au moins ?
- Ouais, répondit Kyo en essayant tant bien que mal de cacher sa gêne.
Kaoru faisait toujours preuve d'une attention et d'une affection sans borne lorsqu'il s'agissait d'aider l'un de ses amis. Tout comme il n'hésitait pas à se mettre en colère quand ça n'allait pas.
Il ferait un père formidable.
Mais ses gestes d'amitié étaient durs à supporter pour Kyo maintenant qu'il avait pris conscience de ses sentiments. Pire encore, il avait l'impression de salir Kaoru.
C'est vrai ça, il câline un monstre…
Après un copieux petit déjeuner préparé par Kaoru, (qui avait tellement gavé Kyo qu'il n'allait sûrement plus avoir faim de la journée !), Kyo s'était isolé dehors pour réfléchir et le laisser composer.
Je ne sais pas si je pourrai supporter sa présence jusqu'au bout sans craquer.
Comme la vie devait être belle quand on avait Kaoru pour amant ! Il était un parfait mélange de tendresse et d'ardeur.
En plus sexuellement, je suis sûr que c'est l'extase avec lui.
Kyo se cogna exprès la tête au mur contre lequel il était adossé. Ce genre de pensées était totalement inutile puisque Kaoru ne voudrait jamais de lui. Son cœur se serra douloureusement. Pour se rassurer, il s'était convaincu qu'il serait capable d'affronter la solitude mais en réalité, elle le terrifiait. Il n'avait jamais connu de grand amour, juste quelques aventures dont il était ressorti encore plus dégoûté de lui-même. Il avait toujours fait raté toutes ses histoires faute d'être capable de croire qu'il pouvait faire le bonheur de quelqu'un. Mais ce qu'il ressentait pour Kaoru était plus fort que tout ce qu'il avait jamais ressenti.
Et tu vas lui faire ce que tu as fait aux autres ? Petit monstre !
« Petit monstre ! »
Il entendait la voix de sa mère, pleine de dégoût. Elle l'avait toujours appelé comme ça. Jamais de mots gentils et jamais d'affection.
« Tu n'aurais jamais dû naître !»
Pas de père pour rattraper le coup et pour cause ! Kyo avait appris la vérité, crachée par sa mère à l'âge de neuf ans. Elle avait été violée et il n'était que le fruit de ce viol. Le fils d'un monstre. Un petit monstre jamais désiré.
Kyo crispa violemment les poings et la cendre de sa cigarette lui tomba sur la main. On n'avait jamais voulu de lui, il était là par accident. En plus, il était laid comme si la nature avait voulu signaler à quelle souillure il devait son existence. Il jeta rageusement sa cigarette par-dessus le balcon et fondit en larmes.
Kaoru commençait à fatiguer et émergea enfin de ses partitions. Maintenant que Kyo était réveillé, il fallait qu'il s'occupe de lui. Où était-il d'ailleurs ? Il ne l'avait pas vu revenir du balcon. Un soupçon horrible surgit dans son esprit : on était au troisième étage…Angoissé, il se précipita dehors et poussa un soupir de soulagement en constatant que Kyo était toujours là mais la vision qu'il offrait était à cœur fendre. Pieds nus, en jean et sweat blanc, il pleurait la tête dans les bras. Kaoru s'agenouilla près de lui et lui caressa les cheveux :
- Kyo parle-moi. Dis-moi ce que tu as.
Kyo secoua la tête. Kaoru se mordilla la lèvre inférieure puis il le prit dans ses bras. Kyo se lova tout de suite contre lui et Kaoru le berça comme un bébé.
- Ca va aller…murmura-t-il.
- Pourquoi je suis né ? sanglota Kyo. Je sers à rien et je suis affreux…
Kaoru soupira. Toujours la même obsession, le même démon.
Sa mère l'a complètement détruit.
Une vague de haine monta en lui à l'encontre de cette femme qui avait fait tant de mal au petit bonhomme qu'il avait dans les bras.
Comment Kyo pouvait-il se trouver laid ? Certes, il l'était avec ses piercings et ses maquillages de carnaval mais une fois débarrassé de tout cela, il avait une frimousse qui avait attendri Kaoru la première fois qu'il l'avait vu. Sans compter que, même s'il était petit, Kyo avait un corps à damner les saints !
Mais à quoi je pense moi ?
Oh après tout…bien sûr que Kyo était mignon ! Il fallait bien que Kaoru le reconnaisse pour pouvoir convaincre Kyo d'arrêter de se voir comme une erreur de la nature.
Il l'étreignit plus fort :
- Tu sais ce que ta mère t'a dit est un mensonge. Elle s'est vengée sur toi du viol qu'elle a subi mais tu n'as rien d'un monstre. Tu n'étais qu'un enfant qui n'avait rien demandé.
- J'suis quand même le fils d'un pourri…
- Ce que ton père a pu être ne te concerne pas ! Tu n'as rien à voir avec lui ! Kyo, nous t'aimons tellement ! Tu es quelqu'un de bien et un artiste formidable, mets-toi ça dans la tête. Tu as ta place dans ce monde et le même droit au respect et à l'amour que n'importe qui d'autre.
Kyo leva vers lui ses yeux chocolat noyés de larmes. Kaoru en essuya une qui menaçait de couler et sourit :
- Et arrête de dire que tu es laid ! Les filles crient autant pour toi que pour Die !
- Elles ne savent pas qui je suis vraiment.
- Non c'est sûr…sinon elles deviendraient réellement folles de toi.
Kyo eut l'air stupéfait puis il reposa la tête sur la poitrine de Kaoru en souriant :
-Je ne sais pas ce que je deviendrais sans vous quatre. Sans toi surtout Kao.
C'est fou ce qu'il ressemble à une peluche notre warumono ! Je vais pas lui dire, j'ai pas envie de me prendre une baffe !
Il caressa le dos de Kyo :
- Est-ce que tu peux me promettre de ne plus chercher à mourir ?
Il crut à une douche froide en voyant que Kyo hésitait et insista avec véhémence :
- Kyo ça nous fait du mal de te voir comme ça ! Oublie tous ceux qui t'ont fait du mal et pense plutôt à ceux qui t'aiment ! Que crois-tu que nous ressentirions si tu mourais ?
Kaoru sentit sa gorge se serrer à cette idée. Il voulut poursuivre mais s'en trouva incapable. Kyo mort…Dir en Grey détruit…le chagrin à vie…le manque…
- Kao ?
Kyo le fixait avec inquiétude. Kaoru sourit de son mieux :
- Bon, tu veux faire quoi aujourd'hui ? Si on sortait ?
Le chanteur eut une moue peu enthousiaste :
- J'suis fatigué.
- Encore ?! Tu as dormi quinze heures, marmotte ! T'as battu ton record !
- Non, mon record c'est vingt heures.
Kyo avait dit ça avec un tel sérieux que Kaoru ne put s'empêcher d'éclater de rire.
- Mais quel paresseux ! Je te rappelle que je ne vous ai donné que trois jours de libres alors ce serait bien d'en profiter pour s'amuser un peu. Ca te dit le parc d'attractions ? On peut appeler les autres pour qu'ils viennent aussi.
Cette fois, la figure de Kyo s'éclaira :
- D'accord ! Mais je veux que tu m'accompagnes dans le Palais de l'Horreur !
Kaoru grimaça : il détestait ce genre d'attraction tout autant que les films d'horreur. Mais si ça pouvait faire plaisir à Kyo…
- Je sens que je vais le regretter mais c'est d'accord.
Deux heures plus tard, les cinq compères déambulaient dans l'odeur de la barbe à Papa et des musiques agaçantes qui provenaient des manèges. Ils s'étaient tous habillés le plus sobrement possible, avec des lunettes de soleil, pour éviter de se faire repérer.
Die était ravi d'être là d'autant plus que Totchi se montrait beaucoup moins distant avec lui. Peut-être était-il en train de décider de sortir avec lui pour de bon ? Die ne rêvait que de ça depuis qu'il était entré dans sa vie et toutes ses conquêtes féminines ou masculines n'avaient pu le lui faire oublier.
De son côté, Kyo profitait des plaisirs dont il avait été privé durant son enfance. Une barbe à Papa dans une main, une pomme au caramel de l'autre, il se régalait sous l'œil taquin de Die :
- Kyo, à ce train-là, tu vas devenir diabétique !
- M'en fous c'est trop bon !
Kaoru glissa à l'oreille du guitariste :
- Et si tu t'occupais de Totchi plutôt que du diabète de Kyo ?
- Je vais le faire mais je ne sais pas par quoi commencer.
- Die, on est dans un parc d'attractions ! Il y a mille et une possibilités de vous rapprocher. Ne restez pas collés à nous !
Die sourit et comprit ce qu'il devait faire. Il prit Totchi par le bras :
- Tu viens avec moi pour essayer les nouvelles montagnes russes ?
T'as pas plus romantique Die ? pensa Kaoru en retenant un sourire.
Mais la proposition semblait tout à fait plaire à Toshiya :
- Celles avec triple looping ?
- Celles avec triple looping !
- Hé ! Je viens aussi ! s'écria Kyo.
Boulet va !
Kaoru passa un bras autour de l'impétueux chanteur :
- Non tu viens avec moi ! Ne voulais-tu pas essayer le Palais de l'Horreur ?
Die remercia Kaoru d'un regard et s'éloigna avec Totchi. Kaoru et Shinya se lancèrent un regard complice tandis que Kyo cherchait à traîner son leader :
- Bon allez on y va !
- Tu viens Shinya ?
- Au Palais de l'Horreur ? Merci bien ! répondit Shinya qui avait encore plus peur de ce genre de choses que Kaoru.
- J'y vais bien moi ! objecta Kaoru. Entre pétochards on se soutiendra !
Shinya n'était pas du tout rassuré mais d'un autre côté, il n'avait pas très envie de rester tout seul :
- Ok je viens.
- Evitez de vous évanouir de peur les filles ! se moqua Kyo. Moi je vous porte pas !
Le Palais de l'Horreur était une attraction plus élaborée que celles de ce genre que l'on trouve habituellement. Interdit aux moins de quatorze ans, aux épileptiques et à toute personne impressionnable, il bénéficiait de quelques innovations technologiques et d'effets spéciaux utilisés dans le cinéma. Pour bien commencer, ils furent immédiatement plongés dans le noir complet et la seule lumière qui vint parfois provenait d'hologrammes terriblement réalistes qui représentaient toutes sortes de visions cauchemardesques. Le parcours était complexe et très étroit. Pas moyen de fuir ou de revenir en arrière. Shinya, un peu claustrophobe et angoissé par l'obscurité, s'accrocha au blouson de Kaoru pour ne pas le perdre. Comme ses yeux ne servaient plus à rien, il préféra les fermer ce qui lui permettait au moins d'éviter les hologrammes.
Les hurlements de frayeur des visiteurs faisaient écho à toutes sortes de rugissements, rires démoniaques, murmures fantomatiques qui s'élevaient dans l'ombre. C'était si bien fait qu'on avait souvent l'impression que la « chose » se situait juste à côté de soi. Shinya fit un bond de terreur en entendant une voix de psychopathe, qui respirait fortement :
- Amène ta tête ici…Je vais te la trancher…Je te promets de faire vite…
Shinya se mit à courir sans pouvoir s'en empêcher mais se cogna tout de suite contre Kaoru :
- Hé Shin-chan ça va ?
Avant que Shinya ait pu se remettre, le sol se mit brusquement à trembler fortement sous ses pieds. Il trébucha et tomba par terre sur ses mains. Il se recroquevilla avec un gémissement : une douleur aigue s'élançait de son poignet gauche.
Oh non pas ça, pas ici…
Autour de lui, ça n'arrêtait pas de secouer dans tous les sens. La peur le prit d'être tombé là où il n'aurait pas dû et il se mit à crier :
- Kyo ! Kao !
- On est là Shin, ne t'inquiète pas ! répondit Kao devant lui.
Kyo ajouta d'un ton qui montrait que, lui, s'amusait comme un petit fou :
- Avancez tout droit, n'ayez pas peur !
Le cœur battant, Shinya avança comme il put, à quatre pattes car il était impossible de se tenir debout avec de telles secousses. Il essayait de ne pas trop s'appuyer sur son poignet pour éviter d'avoir mal. Soudain, sa main se posa sur une chose gluante non identifiée et il s'aperçut que le sol en était jonché.
- Mais qu'est-ce qu'il y a par terre bordel !!
Le fait de jurer prouvait qu'il commençait sérieusement à perdre le contrôle. Ces ténèbres l'oppressaient et sans aucun repère il avait le sentiment d'être là depuis une éternité. Et s'il perdait les autres ? Et s'il ne ressortait jamais ?
Brusquement, un horrible visage phosphorescent de démon surgit de nulle part et se jeta sur lui. Shinya se retrouva plaqué au sol par un poids aussi lourd qu'un corps. Toute rationalité l'abandonna et il poussa un hurlement de terreur. Le poids se retira aussi vite qu'il s'était abattu mais le jeune homme resta couché en chien de fusil, incapable de bouger et se mit à pleurer. Le sol s'agitait toujours comme pris de folie…
- Shin-chan ?
La voix de Kyo, teintée d'inquiétude s'éleva dans le noir. Lui et Kaoru avaient atteint la fin de ce qu'ils avaient identifié comme une sorte de tapis roulant complètement fou. Comme il n'y eut aucune réponse. Kaoru commença à s'inquiéter :
- Kyo, tu ne bouges pas d'ici, je vais le chercher.
Il redescendit sur le tapis à quatre pattes et repartit en sens inverse. Il fut alarmé de buter sur le corps de Shinya par terre.
- Shinya ?! Qu'est-ce que tu as ?
- Kao sors-moi de là…
Kaoru fut stupéfait d'entendre qu'il pleurait. Lui-même commençait à ne plus supporter l'endroit mais Shinya y avait été manifestement encore plus sensible que lui. Il caressa les cheveux de Shinya pour le rassurer :
- Ne t'inquiète pas…rappelle-toi que ce n'est qu'une attraction, il ne peut rien t'arriver.
- J'ai mal au poignet gauche…
- Merde…Bon viens, je vais t'aider, on verra ça dehors.
Il prit Shinya par la taille et le guida cahin-caha jusqu'au bout du tapis.
- Kyo t'es là ?
- Oui, répondit leur ami. Et Shin ?
- Je suis là…
- Aie ! Kyo, tu m'as tapé sur le nez !
- Oups désolé ! Bon suivez-moi, ne me lâchez pas.
Kyo prit Kaoru par la main, Kaoru prit celle de Shinya et ils continuèrent dans l'épouvantable labyrinthe. Kaoru crut que ses cheveux se hérissaient en apercevant, Dieu sait comment, trois hologrammes de Kyo, Shinya et lui pendus à trois gibets.
- Comment font-ils ça ? marmonna-t-il en détournant le regard.
- Aucune idée, répondit Kyo. Maintenant je sais quelle tête j'aurais si je me pends !
Kaoru n'apprécia pas du tout cet humour noir de la part de quelqu'un qui avait des tendances suicidaires :
- Kyo, si j'y voyais quelque chose, je t'en collerais une !
Il sentit la main de Kyo serrer la sienne comme s'il voulait s'excuser.
Shinya ne disait plus un mot et Kaoru finit par arriver au bout de sa patience :
- C'est encore loin cette putain de sortie ?!!
Une voix de psychopathe retentit. La même que celle que Shinya avait entendue avant :
- Vous voulez sortir ?...
- Rhooo putain mais ils sont trop forts ! commenta Kyo avec enthousiasme.
- Ta gueule ! lança Kaoru dont le sang avait fait un tour en entendant cette réplique qui si bien ajustée à ce qu'il venait de dire.
Enfin, un panneau lumineux leur indiqua la sortie avec une porte métallisée. Le bruit de quelqu'un qui courait vers eux retentit derrière accompagné d'un rire absolument infernal. Dans un crescendo de panique, les trois amis se ruèrent comme un seul homme vers la sortie, se précipitèrent dehors et claquèrent la porte derrière eux.
Kyo éclata de rire :
- Wouh ! En ben, que d'émotions !
Kaoru le regarda de travers et passa la main sur son visage :
- Bordel plus jamais ça…- il consulta sa montre et vit avec stupéfaction qu'ils n'étaient restés que dix minutes dans le Palais de l'Horreur.
Le sourire de Kyo s'évanouit quand il vit la tête de Shinya :
- Oh Shin…t'as vraiment pas l'air bien.
En effet, Shinya était très pâle et tremblait des mains. Kaoru lui prit délicatement le poignet pour l'examiner :
- Tu as mal si je te touche ?
- Oui mais pas beaucoup. Je crois qu'il est juste un peu froissé.
D'après la mine qu'affichait Kyo, Kaoru comprit qu'il se sentait coupable :
- Kyo, c'est pas grave…
- J'suis désolé…
Shinya prit le relais :
- Ne t'en fais pas. Tu n'y es pour rien si je suis trouillard !
Kyo sembla un peu rasséréné et dit :
- Bon, venez je vous paye un remontant.
Comme ils le suivaient, Shinya coula un regard inquiet vers Kaoru :
- Eh Kao… ?
- Oui ?
- Ne dis jamais à Die dans quel état j'ai été sinon je vais en entendre parler jusqu'à la fin de mes jours !
- Promis je ne dirai rien, répondit Kaoru en souriant.
Une fois seul avec Totchi, Die ne perdit pas de temps. Il le prit par la main, se fichant totalement des regards antipathiques que lui jetèrent certains passants. Totchi réagit en caressant sa main avec son pouce.
Shinya a raison, pensa-t-il. Je ne dois pas laisser passer le bonheur quand il est si proche…
Ils ne parlèrent pas jusqu'au manège mais ne se lâchèrent pas. Ils s'installèrent dans le dernier wagon là où les sensations sont les meilleures. Totchi jeta un regard à la fois excité et anxieux aux rails qui s'élevaient en boucle dans le ciel. Le manège avait un aspect vieux bois pourri fait pour inspirer encore plus de crainte aux visiteurs.
- Tu as peur ? le taquina Die.
- Pas du tout ! Ca va être mortel !
Ils furent solidement attachés à leurs sièges et le train commença à monter une côte quasi-verticale, prélude à une descente vertigineuse. Toshiya trépignait d'impatience et Die aimait le voir aussi heureux. En souriant, il lui saisit de nouveau la main et fut soulagé que Totchi la lui abandonne sans résistance. Il allait lui dire encore une fois les trois mots qui se pressaient à l'entrée de ses lèvres mais soudain :
- WAHOUUUU !!!
Die n'avait pas réalisé qu'ils étaient parvenus au sommet de la montée et le train plongeait à présent à une allure décoiffante. Die crut que son cœur allait lui remonter dans la tête tellement ça allait vite et se mit à hurler d'enthousiasme. Il se força à garder les yeux ouverts en dépit du vent et observa son voisin. Toshiya riait à gorge déployée, ses cheveux volants tout autour de lui, sa main serrant toujours celle de Die. Ce dernier cria :
- TOTCHI !
- QUOI ?
- JE T'AIME !
Toshiya lui offrit le plus radieux des sourires et approcha son visage du sien :
- Moi aussi…
Il posa ses lèvres sur celle de Die. A ce moment-là, le train enchaîna trois boucles l'une après l'autre mais Die ne ressentit rien par rapport aux sauts périlleux que firent son cœur. Ils étaient encore en train de s'embrasser quand le train s'arrêta. Totchi quitta les lèvres de son amoureux :
- Viens, sortons d'ici.
Ils remirent pieds à terre et s'éloignèrent du quai où se pressaient les candidats suivants aux sensations fortes. Die n'y tint et enlaça étroitement Toshiya :
- Je t'aime tellement…Je veux que nous soyons ensemble pour de vrai.
- Je sais…répondit le bassiste d'une voix douce. Pardon de t'avoir fait attendre. Nous allons former un vrai couple maintenant.
Le sourire que Die lui offrit valait tous les cadeaux du monde. Ils s'embrassèrent à nouveau tendrement, au milieu de la foule, puis ils partirent à la recherche de leurs amis main dans la main.
Shinya, Kaoru et Kyo buvaient des sodas, debouts à l'endroit où ils s'étaient séparés. En voyant revenir le nouveau couple, Kaoru et Shinya affichèrent un air ravi mais Kyo écarquilla les yeux :
- Mais ?! Vous nous aviez caché ça les gars ! Depuis quand vous êtes ensemble ?
- Depuis un quart d'heure, répondit Die dont les yeux pétillaient.
Kyo eut l'air de se poser un tas de questions. Kaoru l'enlaça affectueusement :
- Laisse tomber ! Ils sont enfin ensemble c'est l'essentiel.
