Disclaimer : L'univers et les personnages d'Harry Potter appartiennent à J.K. Rowling. Je ne suis qu'un bourreau parmi tant d'autres qui se plaît à tordre l'espace et le temps de ce monde et à dévier les protagonistes de leur droit chemin… Paix à leur vertu.
Rating : M
Couple : Harry/Draco
Avertissement : Slash / Yaoï / Scène adulte explicite
Périodicité : Toutes les semaines, 6 ou 7 chapitres prévus
La première fois que tu m'imposas ton toucher ce fut violent et dégradant. Immédiatement j'ai été répugné par ton contact. Recroquevillé au fond de ma plaque, le nez en sang et l'orgueil en miettes je t'ai maudit. Il n'y avait rien de doux et de délicat chez toi malgré ton physique délié.
Ce n'était qu'un mensonge, tout ton être n'était qu'un leurre. Tu étais mon leurre, beau, raffiné, élégant, indéniablement attirant et pourtant… Si méprisable, si hautain, si froid et inaccessible. Jamais je n'aurais cru t'atteindre un jour.
Si seulement il n'y avait pas eu cette nuit.
Plus tard cette même année, j'ai appris à mes dépens que la glace pouvait brûler aussi vivement qu'un grand bûcher. Aujourd'hui encore, c'est avec une vive émotion que je me rappelle la première fois où j'ai posé la main sur toi. De cette tactile expérience, j'ai compris que ton contact avait le pouvoir de m'émouvoir et de réveiller en moi une soif jusqu'alors inconnue. Pourtant cette fois-là ne fit pas exception. Aucune fougue n'émanait de toi, aucun frisson aussi infime soit-il, pas même du dégoût. Rien. Rien qu'une froide indifférence. Comme toujours tu étais incontestablement maître de toi et impassible.
Tu gisais là immobile dans ce petit lit de l'infirmerie. Ton torse nu était enveloppé dans divers bandages pour soigner les blessures que je t'avais affligées à mon corps défendant. Personne n'a jamais su que j'étais venu à ta rencontre sous le couvert de ma cape d'invisibilité, et certainement pas toi qui dormais si profondément que je t'ai cru mort un instant. Te voir ainsi, vulnérable et sans défense avec l'air endormi d'un adolescent tout juste sorti de l'enfance, homme aux traits doux et insouciants, j'ai pris peur.
Comprends-moi, pardonne-moi...
Tu étais figé dans cette posture de dormeur, le teint pâle et le souffle imperceptible et ma culpabilité elle était vorace, tangible. Je devais m'assurer que tu respirais encore, que ton cœur battait toujours. Alors fébrilement, j'ai posé ma main dans ton cou à la recherche d'un pouls. Mon Dieu ! Le contact avec ta peau tiédie de sommeil et soyeuse m'a surpris. Je ne sais pas vraiment à quoi je m'attendais. Un bloc de glace peut-être ? Accompagné de la dureté du marbre dans lequel tu sembles fait ?
Tout à ma découverte et à mon soulagement de sentir cette chaleur bienheureuse sous mes doigts, je n'ai pas pris garde au danger. Jusqu'à ce que la pâle pureté de ta joue soit souillée par le hâle de la mienne. La paume de ma main reposait sur ton grain de peau lisse et velouté pendant que mon pouce muni de sa propre volonté caressait tes lèvres doucement, sensuellement.
C'était beaucoup trop et pas assez en même temps. J'ai eu besoin de plus et cette lente palpitation aux bouts de mes doigts ne me suffisait plus, il me fallait ton souffle et d'instinct mon corps à suivi. Comme un papillon tentant d'apprivoiser la flamme d'une bougie, mes lèvres se sont posées sur les tiennes, craintives, hypnotiques. La légère brise de ta respiration sur ma bouche, puis le contact de tes lèvres délicates m'ont embrasé.
Mon corps m'avait trahi de la pire manière qu'il soit. De prédateur, je me suis fait proie.
Juste un effleurement. Juste un toucher éphémère. Il n'en fallait pas plus, le sort m'avait touché.
Sort contre les ennemis.
A ton tour tu m'avais atteint, désarmé. Mon sang n'a fait qu'un tour et s'est épanché abondamment dans les plaies dont j'avais scrupuleusement ignoré l'existence jusque-là. Mon coeur s'est crispé violemment, s'évertuant à alimenter cette partie de mon corps qui me fait rougir.
Dans l'intimité de l'obscurité, j'ai assimilé que pendant des années je t'ai résisté. Toi qui méprises tout ce qui m'est cher, toi qui dégrades tout ce que tu touches. D'un seul baiser volé tu m'avais fait ployer.
Dans cette sombre quiétude, je me suis accordé un dernier geste, une dernière pensée, un dernier toucher. Mes doigts se sont glissés dans tes cheveux pour gommer la trace que la nuit y avait déposée.
Effleurer, effacer.
Caresser, oublier.
Recoiffer, ignorer.
Mon désespoir était tactile et mon envie de toi était tangible.
Encore une fois j'ai pris peur. Cette peur je l'ai laissé m'enrober, me cajoler et s'insinuer dans tous les pores de ma peau avant de lui céder. En deux tours de baguette, je me suis retrouvé à dévaler les couloirs sombres de Poudlard dans une course effrénée pour t'échapper.
On m'a formé à combattre un grand mage noir, on m'a appris à faire face à l'adversité, à endurer la douleur, le mépris et le chagrin de perdre un proche. Moi le héros, le survivant, l'Élu et j'en passe - tous ces titres que j'exècre mais dont j'accepte chaque jour le poids et le fardeau nécessaire à la survie du monde qui m'a accueilli - j'avais peur. Peur de toi. Cette idée te fait jubiler hein ?
Le corps a sa propre mémoire. On a beau vouloir oublier de toutes ses forces, certaines gestes restent gravées à jamais. Tout comme la marque sur mon front, symbole de l'amour ostentatoire et protecteur que porte une mère pour son enfant, toi aussi tu étais là, invisible, invincible. Juste une caresse dans le creux de ma main, juste une brûlure sur le bout de mes lèvres. Amour avide, amour perfide.
Dans le creux de ma main tu avais été tout et son contraire, la froideur distante et inaccessible incarnée dans une enveloppe douce, vulnérable et parfaite. Tu m'as troublé, échaudé et éprouvé plus que de raison. Jamais, jamais on ne m'a appris à faire face à ça…
Cette nuit-là, quand je me suis enfin enveloppé dans mes draps, leur toucher si réconfortant d'habitude m'a paru bien terne. Les respirations endormies de mes camarades de chambres avaient perdu leurs pouvoirs apaisants. Le sommeil me fuyait et cette litanie me harcelait.
Efface, oublie, ignore. Juste continue, avance sans te retourner. Surtout ne plus te toucher, toi mon bel endormi.
Effacer, oublier, ignorer.
Continuer.
Lutter.
A suivre ...
