Bonsoir, voilà donc le deuxième chapitre, deuxième OS qui ne suit pas directement le premier.

Le titre vient de la chanson que j'écoutais quand j'ai commencé à écrire ce chapitre, Aaron - Beautiful scar.

Merci à ceux qui donnent leur avis, ceux qui suivent, ceux qui lisent ... On ne s'en lasse pas.


Beautiful scar.


Je regarde le district 12, vu du haut, je vois la mairie, la veine, je descends, me fixe sur le centre-ville. Une maison explose, envoyant des éclats de verre, de roches, une fumée noire et opaque s'élève, se répand, la maison vacille, et s'effondre, entrainant toutes les autres, comme une file de dominos poussée par une bille. De la poussière de charbon recouvre le district tout entier, il n'y a plus rien debout, des corps sans vie, des membres arrachés, la maison du maire, et au milieu des décombres, Cato. Le canon tonne.

Je suis dans la forêt de mes premiers jeux, des geais moqueurs sifflent quatre notes en continue, se répondant les uns aux autres. Finnick est devant moi, je le suis. Silence. Il se retourne, un épieu traverse les airs et s'enfonce dans son dos, transperce son corps, se fige dans son abdomen. Son corps se cambre, ses muscles se tendent, il me fixe, penche la tête sur le côté, me sourit légèrement, du sang s'écoule de ses lèvres. Il tombe sur les genoux, puis face contre terre. Le canon tonne.

Il fait nuit, la lune se reflète par instant sur la corne d'abondance, entre deux passages nuageux. L'air est glacé. Un homme se tient devant moi, en équilibre sur la corne. Il s'agrippe à mon bras, je le repousse. Son corps chute au ralentit, les bras en croix. Au sol, les mutations grognent, hurlent, griffent, tandis que le corps de Cinna s'écrase à terre. Ses yeux ne se détachent pas des miens, les os craquent, la chaire se déchire, l'air est irrespirable, son corps, en lambeaux. Le canon tonne.

Je suis en haut d'un arbre, à califourchon sur une branche. En bas, un corps allongé. Je lâche le nid de guêpes tueuses, et juste avant qu'il ne termine sa chute, ma sœur se lève, regarde dans ma direction, je lis mon nom sur ses lèvres, le nid s'écrase à ses pieds, l'essaim s'échappe, englouti son corps. Prim disparait au milieu des bourdonnements. Le canon tonne.

Il neige, je fais face au palais du Capitol, un choc me projette en arrière, tout s'embrase autour de moi. Au milieu des flammes, Glimmer hurle. Le canon tonne.

Snow me fait face. Dans mes mains, mon arc, et cette seule flèche. Dans l'air, son parfum vicié. Son rire résonne à mes oreilles. J'encoche la flèche, lève mon arc, mes muscles se tendent, je décoche, la flèche part. C'est le corps de Madge qui tombe par-dessus le balcon, et se brise en contrebas, ma flèche en plein cœur. Le canon tonne.

Je me réveille en sursaut, mes oreilles grésillent, assourdies par les explosions, les hurlements, et mes propres cris. Je ne m'en rends compte que lorsque ma voix s'éreinte. Je ne sais plus où je suis, ayant parcouru trop de distance en une seule nuit. Je ne me souviens pas m'être débattue, et pourtant, je suis totalement emmêlée dans les draps, mes ongles ont laissés des traces sanguinolentes dans les paumes de mes mains. Je ne sais plus quoi faire, plus où me réfugier, je suis trop effrayée par ma propre personne. Plus par réflexe que consciemment, je me précipite dans mon placard et me roule en boule au fond de celui-ci, la tête entre mes genoux.

Je ne sais pas combien de temps s'écoule, pendant que je me balance doucement d'avant en arrière, tentant de me bercer moi-même. Des larmes roulent sur mes joues et s'écrasent sur mes cuisses. Mes ongles s'enfoncent dans mes mollets, mais je ne sens pas la douleur, simplement la pression. J'entends ma porte d'entrée s'ouvrir à la volée, et je reconnais le pas désormais bancale de Peeta se ruer dans l'escalier. Je crois qu'il me cherche, plusieurs portent claquent contre les murs. Je l'entends m'appeler d'un ton qui doit se vouloir rassurant, mais bourré d'urgence.

Lorsqu'il me trouve, emmitouflée dans mon coin, je ne sais pas pourquoi, mais je crois que je suis soulagée. Je relève la tête vers lui, renifle, j'ai envie de lui tendre mes bras, mais je n'ose pas. Il s'agenouille pour être à ma hauteur, décolle une mèche de cheveux de mon front et la repousse plus loin. J'ai la sensation que ses doigts glissent sur ma peau, sans doute à cause des larmes. Je sanglote bruyamment, n'arrivant pas à caler ma respiration. Peeta me regarde mais semble hésiter sur la conduite à tenir. Plusieurs fois, il approche sa main de ma joue, puis l'enlève avant d'avoir osé sécher mes larmes. Je crois que je le dégoute. Je déglutis difficilement, cache mon visage dans mes mains. Je voudrais lui dire de partir, qu'il n'a pas à s'infliger ça, mais sa présence me rassure d'une manière égoïste.

Il finit par prendre la parole tout doucement, se tenant toujours à quelques centimètres de moi, mais sans jamais me frôler.

« - Si les images brillaient étrangement, ou semblaient scintiller, alors tu sais que ce n'était pas réel. »

Pourtant, tout était mat. Je sais que j'ai déjà vu tout ce dont j'ai rêvé, tout c'était emmêlé, mais les fonds étaient véridiques. J'ai tué tous ces gens. Suis-je sensée lui raconter ce que j'ai vu ? Il a déjà une piètre image de moi, alors si par miracle certains détails lui échappent encore, je ne veux pas être celle qui lui rappellerait les horreurs qui lui manquent. Même si paraitre plus monstrueuse que je ne le suis déjà à ses yeux doit relever de l'impossible.

Il ne me pose pas de question, il doit savoir que ça ne servirait à rien. A la place, il me raconte ses propres cauchemars, pour que l'on fasse le point ensemble sur ce qui s'est réellement déjà produit, et ce qui n'est que pure fiction. Faire le point sur ses cauchemars m'aide à faire le point sur les miens. Lorsqu'il me demande si, réel ou pas réel, j'ai tenté de le noyer, je revois Finnick aller le chercher sur sa plate forme. L'image de sa tête séparée de son corps me vient ensuite. ce n'est pas moi qui ai tué Finnick. Pas directement. C'est une maigre consolation, m'a ça aide tout de même.

Au bout d'un moment, et au prix d'un énorme effort, je réussi à articuler,

« - Merci d'être là. »

Je l'ai à peine chuchoté, mais Peeta doit l'avoir entendu, parce qu'il se recule pour mieux me voir, un air ahuri sur le visage.

« - Pourquoi est-ce que tu dis ça ? C'est complètement absurde, pour quelle raison ne serais-je pas venu, alors que je t'ai tout à fait entendu. Tes hurlements déchiraient la nuit. Pourquoi est-ce que j'aurais fait semblant de l'ignorer ? »

« - Je ne sais pas. Pourquoi est-ce que tu ne l'aurais pas fait ? »

Mes mots semblent l'avoir particulièrement blessé. Il fronce les sourcils, son ton devient agressif, comme pour me faire comprendre qu'il n'y a pas raison de débattre.

« - Parce que je n'aime pas t'entendre crier. Tu semblais être désespérée, avoir besoin d'aide … »

« - Excuse-moi de t'avoir dérangé pendant ton sommeil. Je ne voulais pas te réveiller ! » Je ne le laisse pas terminer sa phrase. Mon ton est acerbe, ma langue claque. Je n'ai pas besoin de son aide, pas besoin de sa pitié.

« - Tu ne comprends rien ! Je ne peux pas dormir, pas parce que tu fais trop de bruit et que ça me dérange, mais parce que sans que je sache pourquoi, ça me fend le cœur, je sens que d'une façon ou d'une autre, je pourrais peut être te protéger, et qu'il faut que j'essaye, que je dois le faire, c'est viscéral. Tu crois que ça me fait marrer d'avoir des réactions que je ne comprends même pas, des réactions que je n'explique pas ? Je n'ai pas eu le temps de réfléchir, mon instinct m'a porté ici, comme un réflexe, comme si c'était quelque chose que j'avais toujours fait. »

Il est passablement énervé désormais. L'incompréhension le met hors de lui. Une part de lui sait qu'en effet, c'est ce qu'on s'est promis, de se protéger l'un l'autre, mais le Peeta torturé ne doit pas comprendre pourquoi il a ça au fond de lui-même. Et je ne peux pas l'en blâmer. Je pourrais lui dire que pendant de longues nuits, en effet, on s'est soutenu mutuellement, mais cela ne ferait que soulever d'autres questions, et je ne me sens pas d'y répondre pour l'instant, alors je me tais, et j'accepte sa présence. Lui ne s'arrête pas pour autant. Il semble qu'il se retient depuis des mois. Les mots coulent à flots.

« - J'ai l'impression d'avoir vécu trois vies avant celle ci. Il y a des odeurs que je connais par cœur, des mots qui ne sont pas les miens, des sensations qui me brûlent les doigts. Lorsque je suis près de toi, tout me corps me picote. Une part de moi me dit de m'enfuir, ou de t'attaquer, de rester sur la défensive, l'autre voudrait se rapprocher, te toucher. Et je ne sais plus laquelle écouter. Ma tête est en totale contradiction avec mon corps. Mais tout, toujours, se rapporte à toi. Le bon comme le mauvais, tout tourne autours de toi. Même les gens me poussent vers toi. Et toi, tu ne fais rien, tu n'expliques rien. »

Il soupire, mais ne semble pas réellement attendre de réponse. Il semble résigné. Alors d'une certaine façon, mon silence doit le détendre, car je le sens se relâcher. Je comprends tout ce qu'il m'énonce, même si je ne sais pas quoi faire de ces nouvelles informations. Je crois juste qu'il ne me fais plus peur.

Après un instant, il reprend plus doucement, chuchotant presque. Je ne sais pas s'il se parle à lui même, ou s'il veut que je l'écoute.

« - Il paraît qu'il n'y a que toi qui pourra répondre à toutes les questions que je me pose. Si seulement j'arrivais à les formuler, à savoir par où commencer. Certaines nuit, je rêve que tu me tortures, que tu prends plaisir à me faire souffrir. Tu te joues de moi pendant des heures et des heures pour que la chute soit plus brutale encore. Tu m'attires vers toi, et tu m'abandonnes ensuite dans des pièges tous plus horribles et plus douloureux que les précé tues ma famille, tortures les gens que j'aime, sous mes yeux. Et je ne peux jamais rien faire, simplement regarder. Mais à chaque fois, tu m'abandonnes, à un moment ou à un autre. Et tu ne m'achèves jamais, comme si me voir souffrir était le plus important. »

Il regarde droit devant lui, ne cherchant absolument pas mon regard baissé. Lorsqu'il énumère ses souvenirs, je crois voir passer des fantômes entre nous, comme des images de ses cauchemars que j'aurais vécues moi aussi.

« - D'autres nuits, je rêve que tu n'es plus là, que tu disparais. Je rêve que d'autres te torturent sous mes yeux, que des mutations génétiques te dévorent le visage. Je t'entends hurler, pleurer, m'appeler à l'aide. Encore une fois, je ne peux jamais rien faire. Je peux simplement regarder, et attendre que ça se termine. Et ces cauchemars là sont aussi douloureux, voir même encore plus. Je me réveille en me débattant, hurlant, pleurant, je crois que je te cherche, et je ne sais pas pourquoi. Pourquoi il n'y a toujours que toi, partout ? La nuit surtout. Le docteur Aurelius dit que c'est parce qu'une partie de moi éprouve de très fort sentiments pour toi, mais pourquoi ? Pourquoi est ce que je devrais ressentir tout ça ? Qu'est ce que tu as fait pour le mériter ? Tu n'es pas amicale, pas sympathique non plus, tu ne souries jamais. Delly dit que tu es courageuse, mais ce n'est vraiment pas l'impression que tu donnes, cachée dans tes placards. »

Soupire.

« - Et tu n'es même pas si jolie. »

Je reçois les critiques de plein fouet, certaines m'arrachent le cœur, d'autres finissent de m'achever. Je devrais me défendre, lui répondre que je ne lui ai jamais demandé de penser à moi, qu'il n'a qu'à s'en aller, mais je sais que s'il le faisait, une partie de moi serait encore plus dévastée que je ne le suis déjà. Là, tout de suite, je préfère l'entendre déblatérer des horreurs à mon propos, plutôt qu'il me laisse seule de nouveau. Je laisse les larmes couler sans le vouloir, et sans savoir si c'est encore l'effet du cauchemar, ou si elles sont dues aux paroles de Peeta. Après quelques minutes sans bouger, j'en viens à penser que malgré tout ce qu'il vient de me dire, il est venu. Et il est encore là. On ne s'est peut être pas tant éloignés l'un de l'autre que ça. Alors je soupire, passe une main sur mon visage pour retirer une larme qui me chatouille en coulant, et je tourne doucement la tête vers lui, pour l'observer.

Il est assis par terre, la tête dans les mains, il regarde de l'autre côté. Il a l'air épuisé. Régulièrement, il pousse de longs soupires. Il semble perdu, très loin dans ses pensées. Je n'arrive pas à me décider, est ce que je voudrais les entendre, ou non. Il m'en a peut être livré assez pour ce soir. Un jour, il faudra que je lui réponde. Et je ferais mieux de m'y préparer des maintenant, parce que je ne pense pas qu'il se contentera des réponses évasives que je me donne à moi même. Je le regarde encore. Il est pâle, ses lèvres sont pincées, ses sourcils froncés. Il se débat avec une question importante. Soupire. Lui, moi, ou peut être les deux.

Finalement, il s'installe un peu plus confortablement, le dos appuyé contre le mur. Il étend ses jambes et relâche sa tête vers l'arrière. Il laisse tomber ses bras de chaque coté de son corps. Je lui tends une partie de la couette que j'ai emmenée avec moi. Il me regarde, lève un sourcil interrogateur, puis, voyant que c'est un geste sans réelle signification, juste de la gentillesse, accepte de s'en recouvrir. Il est obligé de se rapprocher de moi, pour que nos deux corps puissent être recouverts. Petit à petit, sa respiration se fait plus tranquille. Lentement et avec précautions, je pose ma tête contre la sienne, craignant un peu sa réaction. Il tressaille, puis se laisse faire, et vient même coller son épaule à la mienne pour plus de stabilité. C'est le plus proche contact que nous ayons eu depuis qu'il est rentré. C'est agréable par sa simplicité. Je me concentre sur ses expirations et me cale dessus pour trouver un rythme plus serein.

Soupire.

Je ne sais pas lequel de nous deux s'endort en premier.