L'univers de Détective Conan ne m'appartient pas, son propriétaire est son créateur, à savoir monsieur Gosho Aoyama.
Mais pourquoi est ce que j'ai l'impression de me répéter là ?

Chapitre 2

Assise devant son ordinateur, dans le laboratoire que le professeur lui avait aménagé dans le sous-sol de sa maison, Haibara contemplait d'un air absent la série de formules qui s'affichait sur son écran. Elle avait beau être installée là depuis bientôt une heure, pas une seule fois ses doigts n'avaient pressés les touches du clavier au dessus duquel ils restaient suspendus. Tous ses efforts pour se plonger à corps perdu dans la conception d'un antidote au poison qu'elle avait elle-même créé, et oublier ainsi le cauchemar qu'elle avait eu, il y a seulement quelques heures, s'étaient avérés vains…

Et elle commençait à se demander pourquoi, ce n'était pas la première fois que son passé revenait la hanter aux cours de ses nuits et elle avait déjà eu à subir des rêves bien plus atroce que celui-ci. La vision de Gin venu la chercher en plein milieu de la rue, alors qu'elle marchait aux côtés des irregulars de Conan, qui l'avait tiré en sueur de son lit la nuit précédant sa dernière rencontre face à face avec lui, et elle espérait bien que ce soit la dernière, était encore présente à sa mémoire…Alors pourquoi ce cauchemar en particulier semblait la marquer particulièrement parmi tout ceux qu'elle avait eu ?

Peut-être parce qu'elle subissait encore, à chaque jour de sa vie, les conséquences de cet entretien auquel Gin l'avait conduit ?

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« Eh bien Gin, je croyais t'avoir déjà dit d'arrêter de fumer ? Et à ce que je vois, tu es loin d'avoir suivi mes conseils. Le jour ou tu agoniseras dans le pavillon des cancéreux d'un hôpital sordide, il ne faudra pas venir te plaindre. »

Avant même de répondre à son collègue, Gin entreprît d'écraser sur le sol la cigarette qui avait achevé de se consumer entre ses lèvres, avant d'en allumer une autre sous le regard navré de celui qui venait de le réprimander.

« Si tu veux avoir un peu de crédibilité, Cognac, commences déjà par arrêter de fumer toi-même. Je me demande comment tu aurais pu être nommé responsable d'un centre de désintoxication si tu n'avais pas fait partie de l'organisation. »

Pour toute réponse le médecin se mit à ricaner avant de s'interrompre, saisi par une quinte de toux. Il n'y avait guère besoin d'être diplômé de médecine pour savoir que celui qui était en train de cracher ses poumons devant ses collègues serait victime de sa propre prédiction bien avant qu'elle ne s'applique à Gin.

« Et je vois que, comme promis, tu m'amènes un patient qui fait honneur à mon humble établissement. Rien de moins que Miyano Shiho en personne, si j'avais su, au moment ou je n'étais qu'un laborantin aux basques de son illustre père, que je finirais par rencontrer sa fille dans ses conditions… »

« Si cela vous est possible, appelez-moi Sherry. Mon propre nom de famille me donne la nausée quand c'est vous qui le prononcez… »murmura sa future patiente d'une voix glaciale.

Le fait que celui aux mains duquel elle allait être remise soit un scientifique, comme elle, au lieu d'un assassin de l'organisation, n'était guère suffisant pour qu'elle puisse éprouver la moindre estime pour lui. Si certains de ses collègues dans les laboratoires du syndicat n'étaient que de pauvres bougres qui, tout comme elle, avaient été forcé de collaborer en raison de menaces exercées sur leurs proches, d'autres, au contraire, parvenaient à la rendre plus honteuse d'être une scientifique que d'être un membre de l'organisation. Et nul besoin d'être clairvoyant pour deviner dans quel catégorie ranger le spécimen auquel elle faisait face.

« Je suis définitivement déçue. Tu me promettais un entretien avec lui et je me retrouve face à un rat de laboratoire sorti des fonds de tiroirs de l'organisation. Décidément Gin, d'une manière ou d'une autre, tu es incapable de tenir tes promesses… »

Gardant le silence, l'assassin se contenta de gratifier sa future proie d'un regard noir.

« Allons, allons, ne soyez pas si agressive. Notre…actionnaire principal se fera une joie de vous rencontrer mais il a bien insisté pour que je vous mette en condition pour cela d'abord. Il vous faudra donc attendre encore un peu. »

Tout en parlant le médecin avait ouvert une boite métallique posée sur la table à laquelle il était assis avant d'en extraire une seringue qu'il entreprît de remplir avec le contenu d'une fiole qu'il avait sorti d'une des poches de sa blouse.

Observant le manège de son collègue d'un air en apparence indifférent, Shiho commença à se poser une multitude de questions sur le contenu de la seringue.

Allait-elle à son tour, juste retour des choses, servir de cobaye à une nouvelle toxine crée par l'organisation ? S'agissait-il d'une substance destinée à faire passer sa mort pour une cause plus naturelle qu'une balle dans la tête, par exemple une crise cardiaque ou une rupture d'anévrisme ? Ou la seringue ne contenait-elle finalement qu'une dose de pentothal de sodium suffisamment forte pour s'assurer qu'elle se montrerait on ne peut plus sincère lors de son entretien avec son employeur mécontent?

Aucune des réponses possibles à sa question n'était faite pour la rassurer…

« Vous avez usé de qualificatifs fort peu charitables pour me décrire, Sherry. Sachez pourtant que j'ai été moi aussi un scientifique de l'organisation et que cette petite toxine que je m'apprête à vous injecter est une de mes inventions. Rassurez-vous, rien de mortel ni de dangereux, il s'agissait à l'origine d'un sérum de vérité expérimental destiné à faire parler les personnes récalcitrantes ou à s'assurer des membres dont la fidélité était sur la sellette. Ce fût considéré au départ comme un échec, je vous le concède. La seule chose occasionnée par ce médicament était une kyrielle d'effets secondaires chez le sujet, une forte addiction et un sevrage excessivement douloureux… »

Tandis que l'ex-scientifique avait commencé à s'approcher de sa collègue, Gin et Vodka, visiblement habitués à la procédure, avaient entrepris de la ceinturer avant de la forcer à tendre son bras droit après avoir relevé préalablement la manche de sa veste.

« Mais en considérant les choses de manière plus large, nous nous sommes aperçus que ce que nous avions d'abord perçus comme un échec était une réussite complète. Les propriété de ce médicament s'avérant plus que suffisantes pour l'usage auquel nous le destinions. Et ce à un point que nous n'avions pas imaginé. Non seulement il peut nous permettre de tester la fidélité de nos membres les plus douteux, mais loin de se borner à nous faire déceler les symptômes d'un mal incurable chez le patient, il peut nous donner une possibilité de le guérir s'il est atteint…Il me semble d'ailleurs que c'était un peu la même chose avec l'objet de vos propres recherches. L'instabilité qui empêchait l'apotoxine de remplir l'objectif que nous nous étions fixés, s'est avérée un atout quand vous avez eue la brillante idée d'en faire un poison, n'est ce pas ? »

Shiho eut beau se débattre de toutes ses forces, elle ne parvint pas à faire ployer l'étreinte dans laquelle ses collègues l'enserraient, et elle fût forcés de regarder d'un air aussi horrifié qu'impuissant le médecin lui injecter le contenu de la seringue dans le bras.

« Gin, aies la gentillesse de transporter ma patiente dans la chambre que nous lui avons réservé. Avec la dose que je viens de lui donner, je ne pense pas que cela puisse te poser le moindre problème. »

L'ex-scientifique s'alluma une énième cigarette en contemplant d'un air indifférent son supérieur hiérarchique et son acolyte emmener la jeune femme de force dans son lieu de résidence temporaire.

Emmener de force était d'ailleurs exagéré, il aurait été plus juste de dire qu'ils la soutenaient pour ne pas qu'elle s'écroule sur le sol tel une marionnette dont on aurait brusquement sectionné les fils. Quelques instants seulement après l'injection du médicament, Shiho, en bonne scientifique, eût tout le loisir d'observer les symptômes qu'il commençait déjà à occasionner chez elle, un état anémique et une altération quasi-immédiate de ses facultés visuelles. Avant même d'avoir été installé dans sa chambre, les murs de l'institut où elle allait être prisonnière s'étaient déjà dissouts dans un brouillard de couleurs vives et de formes aux contours imprécis…

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Haibara se souviendrait probablement toute sa vie de la semaine de cauchemar qu'elle avait passé dans cet enfer, ainsi que de l'entretien qui lui fût accordé en plein milieu de son « traitement » par la personne qui avait eu la bonté de lui offrir… S'ils avaient obtenu un résultat avec cette semaine de torture, ce n'était cependant pas celui qu'ils avaient escompté. Elle se serait probablement contentée d'attendre sagement la mort qui lui avait été promis si cette dernière tentative de l'organisation pour la maintenir sous son emprise n'avait pas réussi à balayer à elle toute seule toutes ses hésitations quant à une quelconque tentative de fuite. Déterminée plus que jamais à fuir le syndicat, elle s'était donnée les moyens de le faire. Ils pensaient que lui inoculer une dépendance à une drogue qu'ils étaient les seuls à produire serait aussi efficace pour obtenir sa collaboration que les menaces qu'ils exerçaient auparavant sur sa sœur ?

Ils avaient fortement sous-estimé les compétences qu'ils lui reconnaissaient dans ce cas…

Il ne lui avait fallu que quelque jours de recherches pour déterminer la composition de la drogue, découvrir par la même occasion que les produits chimiques requis pour sa fabrication, sans être disponible au rayon de la première pharmacie venue, étaient suffisamment courants pour qu'elle se les procure sans éveiller le moindre soupçons et apprendre par cœur la formule de la toxine. Il leur fallût, hélas, moins de temps encore pour découvrir qu'elle s'était déjà ménagée une porte de sortie à la nouvelle prison qu'ils lui avaient réservés.

A partir de là, les dés étaient joués pour elle, enfermée par Gin dans une pièce du laboratoire où elle avait toujours travaillé, elle n'avait dû son salut, paradoxalement, qu'au fait qu'elle s'était enfin décidée à concrétiser ses envies d'en finir par elle-même. Etait-ce vraiment un simple hasard qu'elle retrouve dans la poche de sa blouse cette gélule dont elle avait oublié l'existence, au moment où elle attendait avec angoisse son exécution ?

En bonne scientifique elle aurait volontiers affirmé qu'il ne s'agissait que d'une coïncidence, mais elle ne pouvait s'empêcher malgré tout de se demander s'il n'y avait pas là une forme de justice poétique…

Trahie par sa propre création au moment alors qu'elle venait de trahir le syndicat...Forcée, au lieu de mourir, de subir le même sort que la première victime de son poison…

L'ironie de la situation l'aurait bien fait sourire mais elle n'était guère dans l'état d'esprit adéquat pour ça. Pour le moment elle devait avant tout essayer de profiter de la chance qui lui était donnée de réparer ses fautes et ce n'était pas en restant assise là, à se remémorer le passé, qu'elle y arriverait.

Se levant de son siège, elle entreprit de déballer le contenu des caisses qu'Agasa avait déposé dans le laboratoire pendant qu'elle dormait. Il y avait tant d'expériences dont elle avait dû retarder l'exécution, faute de disposer des produits chimiques nécessaires, autant profiter du fait que le professeur s'était enfin décidé à écouter ses doléances pour rattraper le temps perdu.

Si elle constata avec soulagement que dès le moment où elle avait commencé à faire l'inventaire du stock de composants à sa disposition, le cours de ses pensées avait été détourné de ce passé qu'elle cherchait tant à oublier, le soulagement s'évanouit aussitôt qu'elle constata que certains des produits qu'elle avait réclamés au professeur manquaient à l'appel.

Elle aurait certes pu mener ses recherches sans le moindre problème malgré cet état de fait mais ce n'était malheureusement pas pour la mise au point d'un hypothétique antidote à l'apotoxine qu'elle en avait besoin de toute urgence.

Grimpant quatre à quatre les marches de l'escalier menant du sous-sol au premier étage de la maison, Haibara se précipita dans le vestibule où le vieux scientifique avait fini de rassembler ses bagages. C'est en le voyant faire les derniers préparatifs à son départ que sa protégée se rappela qu'il devait s'absenter pendant au moins une semaine pour assister à un énième congrée des inventeurs, décidément un malheur n'arrivait jamais seul.

« Professeur… »

« Oui, Ai ? J'ai encore oublié mon passeport sur ma table de nuit, c'est ça ? »

C'était la seule raison valable que le vieil inventeur avait pu trouver pour expliquer que sa colocataire, d'ordinaire si taciturne, se soit précipité vers lui avant son départ au point d'en être encore essoufflé.

« Non…Enfin j'espère pour vous que ce n'est pas le cas, une fois de plus…En fait, je venais vous demander... Une partie des composants que je vous avais réclamés pour mes expériences manque, est ce que vous pourriez me dire dans combien de temps ils seront livrés ici ? »

« Ah oui, je me rappelle effectivement que certains des produits que tu me réclamais ne serait plus disponible avant au moins une semaine, je pense donc qu'ils devraient arriver ici en même temps que moi au plus tôt. Est-ce que cela pose problème ? »

Haibara fit de son mieux pour ne pas laisser percevoir à son tuteur à quel point ce qu'il venait de lui dire le plus naturellement du monde l'avait anéantie.

« Non, professeur, rien de grave, cela ralentira un peu mes recherches mais après tout, nous n'en sommes plus à quelques jours près, n'est ce pas? »

« Tu m'en vois ravi, Ai. J'ai eu beau m'adresser à tous les fournisseurs possibles et imaginables, aucun ne pouvait honorer la commande avant mon retour. Quand je voyais l'insistance avec laquelle tu me les réclamais, j'ai cru que cela te poserait problème, mais je suis heureux de voir que ce n'est pas le cas. »

« Non professeur, ça ne posera pas le moindre problème…Par contre si vous ne vous dépêchez pas de partir, vous risquez d'en avoir pour prendre votre avion à l'heure… »

Constatant en jetant un coup d'œil à sa montre qu'Haibara n'avait pas exagéré, le scientifique s'empressa de se précipiter vers sa voiture d'un air paniqué, non sans avoir adressé un sourire où s'exprimait aussi bien la gène que la gratitude à celle qui lui souhaitait bon voyage d'un signe de la main.

L'ex-membre de l'organisation referma la porte de la maison derrière elle comme si cela avait été le couvercle d'une tombe.

Un simple coup d'œil sur la boite de gélule qu'elle gardait au fond de sa poche confirmait ses craintes, elle avait à peine de quoi tenir trois jours et il lui faudrait, dans le meilleur des cas, une semaine pour en fabriquer de nouveau…

Si l'apotoxine lui avait permis, pour le moment, de se mettre hors de portée du syndicat, elle n'avait pas rompu pour autant le dernier lien avec lequel ils avaient essayé de la garder sous leur emprise.

La laisse qu'ils lui avaient fixée autour du cou y était encore attachée, et il ne lui faudrait pas attendre plus de quelques jours pour qu'elle la sente de nouveau se resserrer autour de sa carotide. Et à partir de là, il ne lui resterait plus que deux choix, se précipiter vers la main qui en tenait fermement l'autre extrémité ou mourir lentement d'étouffement au fur et à mesure que l'étreinte qu'elle exerçait sur elle irait en s'accroissant…