Bien une heure avait dû s'écouler lorsque Thomas mit enfin la main sur son ami, affalé derrière une grosse pierre, au fond du campement. Le bol plein lui indiqua qu'il n'avait rien mangé.

-Newt. Tu vas mourir de faim si tu ne manges pas…

-Tu l'as trouvé ? S'inquiéta Minho en rejoignant le brun.

-Oui. Mais il dort ferme. Et il a le ventre vide.

-Newt !

L'asiatique donna un coup à l'épaule du blond qui s'éveilla en sursaut, et ne reconnu pas tout de suite ses camarades, à cause de l'obscurité les ayant avalé depuis le retrait des lampes. Il massa son crâne, pourvu d'une migraine pesante.

-Les mecs, je dormais bien là.

-Et quand il fera jour tu crameras bêtement. T'as rien mangé, t'es sûr que ça va ?

A la simple évocation du repas, Newt senti son estomac se tordre douloureusement, et émettre un gargouillis pas terrible. Les deux autres ayant prévus le coup, avaient mit de côté quatre morceaux de viande qu'ils donnèrent au troisième. Ce problème résolu, ils retournèrent ensemble dans leur coin, trois immenses rochers leur faisant une zone ombragée jusqu'à tard dans la matinée. Frypan dormait déjà.

Au petit matin, dés qu'il fut réveillé, Newt se leva et se rendit d'un pas assuré en direction de la cuisine. Quand il arriva devant les murs de toiles, il tendit l'oreille pour être sûr qu'Aki soit présent. Au froissement d'un tissu il devina que l'autre s'y trouvait. Pour autant, il appela d'un ton sévère. Un second froissement mais cette fois de la toile de l'autre côté le surprit et Newt espérait qu'il ne se soit pas fait la malle. Agacé, il entra brusquement.

-Qui est le connard qui… ! Forcement ! Ca ne pouvait qu'être toi !

Aki se tenait debout à quelques mètres, chemisier ouvert, et refermant la boutonnière de son vêtements différés de la veille. Newt eu l'impression d'avoir interrompu quelque chose… qu'il aurait préféré ignorer.

-T'es v'nus jouer le muet devant moi ?!

Comme il savait bien avoir choqué son cadet de quelques mois, le cuistot se ramena devant lui, tout en se hâtant sur la fermeture de son haut. Remarquant que la distance diminuait entre eux, Newt fit volte face, mais pas assez tôt, son bras fut retenu.

-Lâches moi !

-Ca y'est ! Tu retrouve ta sale langue !

Le tenant fermement, Aki n'avait aucune intention de lui rendre sa liberté, mieux encore, il se bloquait de sorte qu'ils se regardent les yeux dans les yeux. Aucun des deux ne dévia son regard.

-J'ai rien fais ! Lâches moi !

-Tu m'espionnes.

-J'ai appelé pour… !

-En tout cas t'as vus un truc qui fallait pas, le coupa tout de suite son agresseur.

Newt n'eu pas le temps de comprendre, en quelques secondes il se retrouva projeté par terre, sa hanche tapa en première et une douleur traversa sa jambe meurtrie. Il grogna de douleur mais ce n'était pas fini. Ses poignets furent les cibles suivantes, ramenés chacun d'un côté de sa tête, puis un poids s'installa au creux de son bassin. Assit sur sa victime, Aki la regarda d'un air menaçant, une lueur de folie, un peu comme celle des fondus, s'y reflétait. Le souffle de Newt accéléra suite à l'intensité de la situation, se demandant si cette brute tenait à le mettre hors jeu ou bien s'il souhaitait juste s'amuser un peu. Le haut du chemisier ouvert laissa apercevoir une marque rouge vif.

-C'est quoi ton problème ?!

Coinçant les deux poignets adverse avec une main, il libera la seconde uniquement pour pouvoir caresser la joue froide du blondinet s'offrant à lui, après tout, il ne se débattait pas.

-J'crois bien qu'c'est toi.

Ne s'y attendant pas du tout, Newt sursauta lorsqu'Aki posa ses lèvres sur les siennes. Il senti son visage cramoisi, puis sa poitrine explosa, il sentait son cœur battre à toute allure. Les choses empirèrent quand son aîné le força à ouvrir la bouche. Oscillant entre dégout et plaisir, Newt ne savait pas comment interpréter cela, embrasser quelqu'un ne lui étant jamais venu à l'idée, et encore moins que ce soit avec un gars. La sensation que lui procurait cette langue contre la sienne le fit frissonner, et bien qu'il souhaitait rompre le baiser, il ne parvint pas, maintenu par ce mec imprévisible.

Apres un instant bien trop long à son gout, le blondinet fut heureux de pouvoir respirer convenablement, et surtout que le visage du gars qu'il haïssait s'était éloigné un peu.

-T'es aussi rouge qu'une gonzesse. T'es sûr que t'es un mec ?

Si au début il voulait vérifier par humour, il fut surpris de sentir l'érection sous ses doigts. Il resta dubitatif, observant ce corps frissonnant, la poitrine se gonflant à vive allure, les poings serrés, et surtout…

-Putain… C'est qu't'es plutôt mignon.

-D-Dégages… !

-T'es dans cet état alors que je t'ai seulement embrassé. Tu te retiens depuis combien de temps ? Tu… tu saignes du nez…

Aki essuya d'un revers de main le liquide rouge coulant sur la joue gauche de Newt. Ce dernier ne comprenait pas l'excitation si soudaine de son corps, enfin, il connaissait le mécanisme, mais de là à ce que… Il se sentait bouillonner de manière inconsidérable mais la simple idée que ce gars puisse le toucher le répugnait.

-Ne m'touches pas !

-Calme. Je ne vais pas te laisser partir dans cet état. J'ai mes limites.

Alors qu'il tentait de décoincer sa jambe, la douleur l'engourdie soudainement. En effet, préoccupé par les gestes de l'autre, le blocard oublia rapidement le mauvais coup qu'il prit en tombant au sol. Il ne savait plus où donner de la tête. L'horrible sensation d'être asséné de coups, le poids et la chaleur pesante au bas de ventre, le mal de tête qui grandissait ou encore la chaleur que lui procurait à nouveau l'embrassade de son ainé. Ce dernier, quand à lui, pensait simplement s'amuser, sans croire un instant que les choses tourneraient ainsi, sauf que voilà, suite à son comportement impulsif, il se retrouvait à partager de longs échanges avec un blondinet, tout en se retenant de ne pas l'agresser sur place. Il comprenait bien que ses jambes bloquées ne lui laissaient plus que les bras pour espérer se libérer. Cependant, si l'une était retenue, la deuxième main s'agrippait tant bien que mal au chemisier.

Aki releva la tête, marquant une pause, profitant de l'instant pour regarder le visage de Newt. On pouvait croire que le sang séchait été d'origine bagarreuse, suite à un mauvais coup de poing. Les larmes s'y mélangeaient, et ses cheveux emmêlés lui donnaient un côté si sexy. Son regard déviait pour ne pas affronter celui du cuisinier qui le dévorait.

-T'as jamais vécus ce genre de choses… hein ?

-J-Je… Arretes… !

-Ben tu vois, ta place, c'est mon quotidien depuis un moment déjà.

Aki paru si détaché en disant cela que l'autre eu du mal à le croire, et puis vu leurs conditions de vie, ce petit camps, et tout le reste, comment pouvait on quotidiennement faire ce genre de chose? Surtout, parlait-il réellement de « ce » genre là?

-Excuses moi si je t'ai forcé la main, en disant cela il lâcha le poignet rougis qui se dégourdi aussitôt.

-T'es complètement fou! Pire que tous ces fondus! Lui cracha Newt à bout de force et déboussolé.

Ce pauvre tissus lui servant de calçons lui collait à la peau. En effet, si son nez ne saignait plus, une toute autre substance c'était répandue, à un moment, sans qu'il ne s'en rende compte. Il souhaitait ne plus y penser, oublier vite. Très vite.

-Tu as raison, je t'ai même griffé le poignet. Fais gaffe de ne pas t'infecter. S'rait dommage. Un si joli corps.

Il se releva, libérant ainsi son prisonnier qui en profita aussitôt pour faire de même et s'éloigner de deux mètres. Petit problème : S'il sortait avec sa dégaine actuelle, aucune chance pour passer n'inaperçu.

-Attrapes ça !

Aki lui lança un vêtement que Newt eu vite fait de saisir au vol. Il s'agissait d'un sous vêtement presque neuf, un petit peu trop grand, mais faisant l'affaire. Il cria à l'autre de se retourner à fin de pouvoir enfiler le caleçon en toute pudeur, enfin… Il se sentit si sale.

-Tu peux venir quand tu veux, si t'as un problème. En dédommagement.

-Quoi ?! Par ce que tu crois que je vais venir de revoir ?! Vas crever !

A bout de nerfs, Newt clopina jusqu'à la porte et sortit sans demander son reste.

Le reste du groupe furent étonnés de voir Newt débarquer bien après leur levé. Ne l'ayant que vaguement cherché, se doutant bien qu'il ne partirait pas bien loin, personne n'avait vus sa frimousse depuis la veille. Il rassura ses amis en leur racontant une histoire inventée de toutes pièces, mais n'éveillant pas de doutes. Minho lui tapa dans le dos.

-Contentes toi de plus jamais refaire ça ! On reste soudé. Ok ?

-Ouai. Je sais ça. Soudés comme du béton…

-Oulà ! T'as pas la forme toi ! T'es sûr que ta promenade matinale en valait la peine ?

-Assurément pas !

La réponse froide ne coordonnant pas avec son mensonge, le blond rigola pour faire passer le tout. Sauf qu'il ne pouvait décidément pas faire plus douteux…

-Bon. Autrement, le chef nous a demandé dans la tente.

On le nommait Vincent, cet homme bourru, imposant, et maniant les armes pour protéger tout le campement. Originairement établi à Denver, il avait réunit là-bas une majorité de rebelles et, lorsque le WICKED s'approcha de trop près à ses affaires il n'hésita pas à quitter la ville avec les troupes volontaires. Lui d'un côté, une seconde unité à flanc de montagne et la dernière au nord. Les manœuvres restaient simples, entre les entrainements et les entretiens et fabrications d'armes. Il fallait attendre la libération de la première Epreuve avant d'agir. Récupérer les Immun, les informations complémentaires, puis foncer détruire le centre.

En parallèle, Mary tentait de mettre au point un vaccin, peu équipée et aidée, elle ne parvenait pas à trouver quelque chose de concluant, hormis ce procédé permettant d'extraire l'enzyme capable de détruire Braise. Sauf que sa courte durée d'efficacité entrainait une dépendance trop forte…

La tente du chef se trouvait à l'autre bout du camp, si bien que les garçons rencontrèrent le groupe d'Aris, a qui ils dirent bonjour, puis Branda et Jorge. Ce dernier, tout à fait lucide, et médicalement testé, ne présentait aucun risque, bien à l'inverse de la jeune brune ne cessant pas d'être agressive, hautaine et passant pour une folle à certain moment. Elle aussi, eu un test négatif face à la maladie. Alors qu'un homme tentait de lui faire une prise de sang, elle aperçu Thomas de loin. Celui-ci s'arrêta à sa hauteur tandis que les autres ne stoppèrent qu'une dizaine de mètres plus tard, sûrs de ne pas avoir à supporter cette fille bruyante.

-Tout va bien, Brenda ?

Après tout ce qu'ils avaient traversé ensemble sur cette terre brulée Thomas éprouvait de l'affection pour cette fille, malgré son caractère si spécial et peut être même cette folie lui rongeant le cerveau. Mais avec tous ses défauts, sa vie sauve, il lui devait en partie.

-Si on oublie le fait que je sois bloquée dans cette tente, oui. Ha ! Et le litre de sang qu'ils m'ont pompés aussi. Et toi, Thomas ?

Elle se leva et tendit une main pour attraper le bras du jeune homme, sauf qu'un autre la bloqua en tirant le dos de son haut. Agacée, elle pestiféra tant qu'elle pu. Peine perdue. Elle ne devait pas s'approcher des autres.

-Je repasserais te voir, Brenda. Obéis leur, nous sommes tous dans le même camp ici.

Un regard compatissant la fit taire avant qu'elle ne se retourne pour faire face à la seringue. Les garçons se retrouvèrent aussi tôt.

La tente de Vince ne comportait pas grand-chose, une table, deux bancs, des caissettes d'armes. De toute manière, il devait s'encombrer au minimum et être prêt à l'attaque en toute circonstance. Cet endroit correspondait bien au propriétaire. Ce dernier, assit à sa table en compagnie de Mary, accueillit le petit groupe en les invitant à s'assoir en face de lui. Aucun n'hésita, Thomas s'installa d'abord, suivit de Newt à sa gauche, Minho à droite, et Frypan juste après.

-Vous avez eu le temps de récupérer ?

En moins d'une journée il semblait invraisemblable de poser une telle question, surtout après une si longue survie dans un désert, la traversée d'une ville de fondus, et puis tout le reste aussi bien avant cela qu'après. Pour réussir à se reposer ne serait-ce qu'un peu il leur aurait fallut le même attirail qu'au centre du WICKED, des lits avec de bons matelas et coussins. De la nourriture en quantité et de qualité, de l'eau à volonté… Bref, un semblant de vie « normale », avant éruption solaire. Cependant, le meneur répondit par un hochement positif, surement en essayant de se convaincre, lui et les autres.

-Je sais que vous endurez de dures épreuves, et que ce n'est pas encore fini. Seulement, il nous ait arrivé une nouvelle inquiétante du groupe se situant au nord, de l'autre côté du col. Nous avons besoin de toi, Thomas.

Encore pour sa pomme. A croire que Thomas restait le seul être humain capable sur cette Terre. Cela l'agaça, lui et ses camarades, que tous n'en aient que pour lui.

-Qu'est ce que je peux faire de plus ? demanda le concerné.

-Et n'oubliez pas que ce n'est pas juste Thomas, on est tous unis, nous quatre, rappela doucement l'asiatique.

-Oui, nous le savons bien. Vince ne veut pas vous offenser.

-Il en est que ce groupe là est un peu sauvage, et pourtant depuis peu nous apprenons qu'un homme les dirige. Et on confirme son identité à l'instant. Aki.

Les ados se retournèrent à la rencontre de l'endroit que fixait Vince, c'est-à-dire l'entrée de la tente. Dans l'embrasure se tenait le cuisinier, probablement convié à cette réunion, lui aussi.

-Impossible. Ce mec est mort.

-Tu nous diras ça.

Peu convaincus, le blond se déplaça pour se rendre au bout de la table. Son regard croisa celui de Newt qui le dévisageait agressivement. Les autres ne le remarquèrent pas, trop occupés à essayer de deviner le rôle de ce garçon dans l'affaire. Le chef attrapa sa tasse vide restée sur la table et l'attira vers lui.

-Nous ne pouvons pas nous permettre de nous déplacer en groupe vers le nord, la route est trop longue et laborieuse. Les trois quart du raccourcis n'est praticable qu'à pied ou en cyclo. De plus, sur le chemin se trouve un îlot de fondus, qu'Aki connait bien.

-'Sont pas mes potes non plus, lâcha t il, quelque peu agacé d'être au centre de tant de chose.

-La veille de votre arrivée nous avions constitué une équipe prête à partir pour ce campement. On a perdu un homme sur la route. Ils veulent une raison de se déplacer et se battre. Je te propose, Thomas, de te rendre là-bas avec Aki et les meilleurs de nos hommes à fin de les rallier à nous. De plus, il s'y trouve un homme capable de te redonner la mémoire.

-Comment ça « me rendre la mémoire » ?! Je croyais que l'opération restait irréversible ?!

Chacun protesta immédiatement. Minhno refusait de laisser partir Thomas sous pretexte que sa mémoire pouvait revenir, Newt ne comprenait pas pourquoi cette obsédé de cuisinier devait l'y amener, Frypan témoigna à la fois en faveur du blond et de l'asiatique, voulant accompagner, mais sans trop risquer sa vie, et puis l'exercice prévoyait d'être pénible. Quand à Thomas… Il avait de véritable doute face à la révélation du chef.

C'est la femme qui ramena tout le petit monde dans le silence avant d'exposer son point de vue et surtout la nécessité que ce soit le brun qui s'y rende.

-En haut du col, expliqua Vince, la route se fait en vélo. Nous n'en possédons que cinq.

-Parfait ! On est quatre ! L'arrêta de suite Minho.

-Cinq, précisa Aki en lançant un air de défi à l'autre blond. Ce dernier le pris très mal.

- Laissez-moi finir ! Que Minho accompagne, pourquoi pas. Mais je ne vois aucun de vos autres camarades pédaler, vus leur état.

Personne ne pu contredire ces paroles trop justes et blessantes pour les concernés. Newt ne se voyait pas rester sagement au campement en attendant le retour de ses deux amis. Jamais.

-Je f'rais des efforts ! Le blondinet se leva tout en disant cela. Je n'aurais pas de soucis, j'ai couru dans un désert, pourchassé par des fondus ! Ce n'est pas du vélo qui me tuera ! Je peux faire ça !

-Newt, stoppa son voisin, un peu mal à l'aise. Ta blessure reste grave, et l'empirer n'est pas la solution.

S'en suivi un débat féroce, bourré d'argumentaires et de railleries. Chacun voulait avoir sa propre version et bien sûr aucun ne pouvait s'accorder. Ca s'emballa durement et soudainement prit une ampleur ahurissante, si bien qu'Aki se permit de crier un coup pour stopper les individus.

-Je suis convoyeur à la base, je vous le rappelle, déclara t il brutalement, quelque peu énervé. Je transportais des caisses d'armes d'une quarantaine de kilo dans ces montagnes. J'ai encore ma bécane, emmener votre ami sur mon porte bagage ne me posera pas de problème. Mais nous ralentira.

Le silence prit place et chacun évalua la proposition de l'adolescent. La décision fut rapidement prise et seul Frypan resterait au campement, notamment pour assurer le retour des trois autres pour venir chercher leur ami. En apparence ils trouvèrent tous leur convenances, mais Newt ne supportait pas l'idée de devoir partager un vélo avec Aki, et encore moins le fait de servir de bagage, ou plutôt de poids mort. Cependant, aucun autre véhicule ne pouvait passer par ces routes, sauf une moto, mais celle-ci ne pourrait jamais gravir la montagne si raide, tandis qu'un vélo se pousser plus facilement dans une montée.