Bonjour à tous,

Voici le second chapitre, un peu en retard, désolé.

J'en profite pour répondre à Brownie et à sa review, en le remerciant chaleureusement.

En ce qui concerne l'identité du meurtrier, elle ne sera dévoilée qu'à la fin. Contrairement à un roman policier ou on peut bousiller le suspense en lisant la fin, ici elle n'est pas encore publiée. Il faudra faire ses hypothèses. Comptez bien sûr sur du suspense et des nombreuses théories, c'est un peu le principe du genre.
Pour la mort de Keine, à suivre ! Chaque chapitre apportera des réponses et des questions. Au lecteur de se faire sa propre idée.

Bonne lecture à tous !

Disclaimer : Touhou Project appartient à ZUN.


Chapitre 2 : Alone in the dark

Thème conseillé : Touhou 11 Subterranean Animism : The bridge people no longer cross ( http: /www. youtube. com/ watch?v= s1BMuY26KO4 )

Reimu Hakurei avait eu une mauvaise nuit.

En fait, elle avait même eu une très mauvais nuit.

A chaque fois qu'il y a un enterrement et qu'elle doit déclamer des litanies de prières et de longs rituels religieux, un banquet d'honneur est dressé pour les invités.

Que tout le monde se réunisse pour parler du défunt, en bien comme en mal, n'était pas le vrai problème.

L'ennui, c'était que la saké servi était plutôt fort et qu'on s'enivrait vite. Résultat, Suika Ibuki, la petite oni affectueuse qui squattait le sanctuaire Hakurei, était complètement bourrée. Comme d'habitude, la miko devait rester à l'écart de la petite blonde aux cornes ornées de rubans, qui cherchait à enserrer la prêtresse brune dans ses bras, afin de lui démontrer son affectivité.

Reimu cherchait à rester loin de ce démon aux muscles si puissants, qu'elle en était obligé de retenir sa robe avec une ceinture d'acier trempé, facilement tordue en cas de besoin. L'oni était perpétuellement enchaînée à trois lourds objets qui lui servaient à canaliser son pouvoir, ce qui n'entamait en rien sa vitalité. Au vu de la puissance contenue dans les muscles de Suika, la miko ne tenait pas à ce que ce soit ses os qui soient réduits en poudre, ce qui expliquait qu'elle restait assez éloigné de l'ivrogne.

Le résultat était que Reimu avait fini par quitter la cérémonie en courant, poursuivie par l'oni qui était complètement éméchée. La prêtresse avait réussi à fatiguer Suika pour aller se coucher tranquillement, mais faire de l'activité physique avec plusieurs grammes d'alcool dans le sang n'était pas la chose la plus intelligente à faire et sa migraine lui avait vrillé la tête durant toute la nuit.

Inutile de préciser que ce matin, même le délicat et charmant gazouillis des oiseaux lui faisait souffrir le martyre. Un bourdonnement continu dans son crâne lui donnait envie de se rendormir, mais elle se força à se lever.

Reimu savait que si elle n'était pas levé à midi, la porte s'ouvrirait en grand et que le soleil l'aveuglerait. En plus, la voix suraiguë de Suika finirait par amplifier sa douleur, comme si un gong sonnait devant ses tympans.

La prêtresse mit plus de temps que d'habitude à se préparer, mais elle finit tant bien que mal par vaincre sa gueule de bois.

Maintenant que ses facultés étaient à peu près revenues à la normale, ses dons de perception étaient un peu plus utiles. Pour Reimu, il n'y avait rien d'inhabituel à signaler. Pour le moment, elle captait la présence de l'oni blonde dans une pièce proche, toujours assoupie et à cuver l'alcool qu'elle avait englouti par litres, pendant la cérémonie de la veille.

Un frisson gagna Reimu, lorsqu'une pointe de ressentiment devint perceptible dans l'atmosphère. Une infime variation d'énergie était perceptible dans l'air et indiquait qu'une personne à l'âme chargée et au karma sombre, était située à proximité. Quelqu'un approchait du temple par le nord, dépassant lentement le vieil hokora dédié aux divinités folkloriques, avant de se diriger vers l'allée centrale, bordée de lampes et de cerisiers dont les fleurs roses répandaient leur parfum.

Reimu se mit légèrement sur ses gardes, se méfiant instinctivement de la personne qui approchait. L'inconnu était sur son porche et la miko saisit instinctivement une de ses cartes, lorsqu'un timide toussotement provint de l'extérieur de la salle.

- Je peux entrer ? demanda l'inconnu à la voix rêche et fatiguée.

La miko se détendit légèrement et sortit, faisant coulisser le panneau en papier de riz et découvrit qui était venu lui rendre visite. Mokou se tenait calmement dans l'encadrement de la porte, les épaules basses et visiblement abattue. Ses yeux étaient rouges d'avoir tant pleuré et son visage fatigué n'était pas des plus heureux.

Reimu fit entrer l'immortelle aux cheveux mal coiffés, dont les nœuds étaient à moitié dénoués, détaillant d'un œil expert les réactions du phénix.

L'immortelle n'avait pas l'air en forme, comme si elle n'avait pas dormi. En plus, son âme semblait s'être légèrement assombrie, un signe évident que ses émotions les plus sombres commençaient à prendre le dessus.

Rien d'extraordinaire, songea Reimu en se souvenant de l'enterrement de la veille, ça arrive à chaque être humain endeuillé. Keine, la seule amie de Mokou venait de mourir et l'immortelle avait beaucoup de raisons d'être ébranlée à ce point. C'était son univers qui s'écroulait d'un coup et ce genre d'expériences avait tendance à changer les gens. Restait à savoir ce que ferait la femme aux cheveux dont la lueur d'acier semblait s'être ternie.

Les deux femmes s'étaient assises autour d'une tasse de thé chaud, évitant de croiser leurs regards. Reimu était calme, son regard analyseur étant fixé sur l'autre qui arborait une posture soumise, tête basse, le regard rivé vers la tasse fumante entre ses mains.

Mokou avala d'une traite le liquide brulant, sentant la chaleur de l'infusion se glisser en elle, sans parvenir à dégeler son cœur.

- Reimu, chuchota l'immortelle d'une voix faible, j'aimerais te parler de …

L'immortelle étouffa un sanglot, ne parvenant pas à prononcer le nom de son amie sans se remettre à pleurer. Son estomac se soulevait et elle avait l'impression que la boule formée dans sa gorge commençait à la priver d'air.

Elle mit quelques minutes à se calmer, alors que la prêtresse au kimono rouge, restait à l'écouter. Les réactions du corps de Mokou et ses silences en disaient beaucoup plus long que tous ses mots.

- Elle est morte, sanglota t-elle légèrement. Keine a été assassinée, dit le phénix en grinçant des dents. J'ai vu la marque sur sa nuque, ajouta t-elle en plantant son regard effroyablement brûlant de chagrin dans les yeux noisette de la miko. Je ne sais pas encore « Qui ? » alors je te le demande. Je te supplies à genoux, reprit-elle. Retrouves l'assassin.

Mokou s'était incliné respectueusement, restant à terre le temps que la miko ne prenne une décision.

Reimu soupira. Dès le matin, elle allait devoir mener une enquête qui s'annonçait complexe, lui promettant un long moment de pénibilité.

- Je suis déjà au courant, tempéra Reimu. N'oublies pas que c'est moi qui ai procédé à la préparation du corps. Je mènerai mon enquête et je mettrai tout en œuvre pour trouver l'assassin.

- Fais vite, dit Mokou en serrant les poings, car si je retrouve ce meurtrier, je m'en occuperais moi-même.

Alors que l'immortelle se relevait, la prêtresse se redressa pour la retenir, l'agrippant par le bras en serrant d'une façon dure et tout à fait inhabituelle.

- Ce n'est pas à toi de t'en charger, contesta Reimu avec autorité. Tu n'as pas à faire justice toi-même. Tu n'en as ni le droit, ni ma permission.

- Keine est morte, coupa Mokou. Je veux retrouver l'enflure qui lui a fait ça ! Si tu ne le fais pas, je m'en chargerais. Si tu ne le retrouves pas, je le ferais. Alors, il me suppliera pour que je l'achève !

- Restes à l'écart de ça, tempéra Reimu. Ne m'obliges pas à prendre des mesures contre toi, alors tiens-toi tranquille. C'est à moi de régler ça, ajouta t-elle. Quelqu'un a violé l'une de nos règles les plus sacrées ! Quelqu'un à recouru au meurtre pour résoudre un problème, au lieu de régler son différent au danmaku. C'est une faute que je ne peux pas tolérer ! Ce crime sera sévèrement puni, je te le jure ! gronda Reimu, courroucée que quelqu'un ait eu l'audace de se croire au dessus des lois fondamentales de Gensokyo.

Mokou fut surprise, même si elle ne le montrait pas vraiment. Elle n'avait jamais vu Reimu aussi en colère. Elle comprenait, c'était inacceptable de renier la règle principale, que le clan Hakurei avait fait respecter pendant des centaines de générations.

- Mokou, interpella la prêtresse, dès que j'aurais trouvé le coupable, je t'en informerais immédiatement. Mais pour le moment, restes calme. Ne va pas faire quelque chose sur un coup de tête, surtout si c'est pour le regretter plus tard.

L'immortelle la salua brièvement, en un geste très raide, avant de s'éloigner en bouillonnant intérieurement.

Elle regagna la forêt de bambous, marchant lentement, tête basse et mains dans les poches, tandis que mille pensées agitaient son esprit rageur.

Après avoir passé son temps à gronder, se retenant de détruire tout sur son passage, y compris les yôkai qui la suivaient de loin et appâtés par tous ces sentiments négatifs, elle retourna s'abriter derrière les murs de sa froide demeure, se jetant sur son lit pour y pleurer.

L'absence de Keine lui faisait tellement mal, comme une atroce sensation de vide dans la poitrine. Elle avait si mal, qu'elle était prête à tout faire pour pouvoir évacuer cette souffrance.

A cause de l'élixir d'Hourai, elle ne pouvait plus mourir.

Elle ne pouvait plus que souffrir.

Alors, elle était prête à tout pour que ça s'arrête.

Lentement, Mokou releva les manches de sa chemise délavée et sortit son poignard. Approchant la lame de son poignet, elle laissa le métal froid effleurer sa peau. Lorsqu'elle appuya légèrement, la douleur transmise par ses nerfs lui fit dégager son bras par réflexe, laissant le poignard entailler sa chair. Un filet carmin suinta de la blessure, tandis qu'un picotement dans les nerfs de Mokou atteignit son cœur, faisant légèrement diminuer la sensation d'étau qui l'envahissait.

Ca faisait moins mal.

Curieuse, l'immortelle aux cheveux d'argent réessaya, faisant une autre coupe sur son bras gauche, plus profonde, cette fois-ci. La sensation d'apaisement revint, alors que Mokou fixait avec fascination son sang qui coulait sur sa peau, formant de petites gouttes qui tombaient au sol en émettant cette odeur cuivrée si caractéristique.

Lentement, le phénix solitaire continua son morbide plaisir, traçant de nouvelles stries le long de ses bras, laissant son corps se focaliser sur la douleur physique pour chasser l'autre souffrance, plus pernicieuse et insidieuse, qui l'avait gagnée depuis quelques jours.

Après plus d'une heure, Mokou se laissa tomber sur son matelas, respirant difficilement tandis que son visage ruisselait de sueur. Pourtant, malgré son état de fatigue, elle souriait.

Alors que la souffrance refluait et s'éloignait, elle étendit ses bras mutilés et ruisselants de sang, qui avaient à peine commencé à cicatriser.

Tout ce qu'elle voulait, c'était venger Keine, faire payer le meurtrier. Après, elle n'en savait rien. Elle n'aurait plus rien et tout ce que son être vide et sans cœur espérerait, ce sera la possibilité de mourir.

Avisant le poignard à la lame souillée, elle fixa avec fascination son reflet qui se dessinait sur le métal, strié de gouttes cramoisies.

Mokou plaça l'arme au dessus de son cœur, sans afficher la moindre once de doute. Fermement, elle obéit à sa voix intérieure, ce murmure glacé de haine qui murmurait ses désirs les plus destructeurs. L'immortelle planta le couteau dans sa poitrine plate, poussant un râle de douleur, avant de se sentir plus apaisée que jamais elle ne l'avait été.

Tout est paisible, lorsqu'on se noie dans les ténèbres.