Colin-maillard

- Ne triches pas avec ton odorat, Wendy.

La jeune fille aux cheveux bleutés eut un petit rire tandis qu'on lui bandait les yeux. On pouvait penser que Colin-Maillard était un jeu trop gamin pour qu'elle s'y prête du haut de ses dix-sept ans. Mais tout le monde s'était pris au jeu. Même les plus vieux. Même Maître Makarov. Ils couraient tous dans toutes le directions pour éviter que Wendy ne les trouve. Celle-ci essayait de ne pas utiliser son nez de dragon slayer afin de ne pas tricher. Ce qui s'avérait beaucoup plus ardu qu'elle ne l'aurait pensé.

Pensif, Roméo ne participait pas au jeu, préférant les observer s'amuser. Il ne cessait de penser à la dernière mission qu'il avait faite en compagnie de la jolie jeune fille. Ils l'avaient réussie avec brio comme à leur habitude. Et sans casse, pas comme Natsu. Roméo se pencha sur les papillons qu'il ressentait dans le ventre lorsqu'elle lui souriait ou lorsqu'il croisait ses beaux yeux marrons. Quand ce n'était pas les papillons dans le ventre, c'était le rouge qui colorait ses joues.

Il avait eu le malheur de lui dévoiler ses sentiments lors de la dernière mission. Le malheur parce qu'elle l'avait gentiment repoussé pour une raison qu'il ne pouvait s'empêcher de trouver idiote.

Je devrais avoir six ans de plus que toi !

Il s'était demandé si elle s'était moquée de lui, mais son regard était resté sérieux pendant qu'elle lui parlait. Et lui, ne comprenait pas pourquoi elle se cachait derrière cette excuse pitoyable.

Je suis trop vieille pour toi !

Ca changeait quoi ? Dans les faits, elle avait même un an de moins que lui. Les sept ans qu'elle avait passés dans Fairy Sphere ne l'avaient pas vieillie, alors ça ne changeait rien.

Trouves-toi quelqu'un de ton âge !

Mais si il ne voulait pas ? Si lui, c'était elle et uniquement elle qu'il souhaitait avoir à ses côtés ? Ne comprenait-elle pas que c'était elle qu'il voulait ? Que c'était elle que son cœur désignait ?

Je ne veux pas que notre amitié change !

Ca aussi, c'était pitoyable comme excuse. Ca ne changerait rien. Ils continueraient de rire et de s'amuser entre eux. C'est juste qu'il y aurait l'amour en plus.

Je ne veux pas te faire de mal, mais je ne peux pas être avec toi !

Elle avait beau ne pas vouloir, ces mots lui avaient fait du mal. Parce qu'il lui ouvrait son cœur et elle en plus de le piétiner, lui offrait des raisons qui n'avaient pas lieu d'être.

J'espères qu'on pourra rester amis malgré tout !

Bien sûr qu'ils le resteraient. Il ne supporterait pas d'être loin d'elle. Wendy était devenue le centre de son monde. Sans elle ce ne serait plu pareil. Que ferait-il sans ses maladresses ? Sans son doux sourire ? Et son rire cristallin ?

Je suis vraiment désolée, Roméo !

Ses excuses ne changeraient rien. Elle l'avait rejeté et il n'en comprenait toujours pas les raisons.

- N'abandonnes pas, Roméo.

Le jeune homme se tourna vers Charuru. Celle-ci, une tasse de thé à la main, fixait son amie s'amuser avec un sourire.

- Wendy n'assumes pas ce qu'elle ressent pour toi. Elle a peur de s'engager et c'est pour ça qu'elle te repousse.

- Pourquoi tu me le dis ? S'étonna-t-il.

- Parce que ce qu'elle fait est stupide. Elle se refuse à accepter le bonheur qui lui tend les bras. Cependant, je te préviens, tu n'as pas intérêt à lui faire de mal.

Roméo eut un faible sourire, se rappelant que malgré ce que Wendy avait dit, depuis qu'il s'était déclaré, elle l'évitait. Mais si Charuru lui disait de foncer, il le ferait.

Wendy, il faut que je te parles.

Elle ne distinguait pas l'odeur de Roméo et elle en était soulagée malgré elle. Elle avait peur de lui refaire face après ce qu'elle lui avait dit. Après ses excuses pitoyables. Elle s'était cachée derrière ces ridicules excuses parce qu'elle avait trop peur. Elle avait peur que leur amitié ne change trop. Peur de le perdre en tant qu'ami.

Tu sais, ça fait un moment que j'ai envie de te le dire.

Bien sûr, avant même qu'il ne les prononce, elle savait les mots qu'il allait lui dire. Son cœur s'était emballé. Parce qu'elle voulait les entendre, ces mots. Mais elle l'avait quand même repoussé. Alors qu 'elle attendait depuis quelques mois qu'il lui dise ces mots tant attendus.

Je crois…Je crois que je t'aime.

Ses joues rouges et son air timide l'avaient touchée. Il attendait sa réponse et elle en avait déduit qu'il n'avait pas remarqué ses bafouillements en sa présence. Il faut dire qu'elle était tout le temps maladroite, alors il aurait été dur de le deviner.

Si tu as besoin de temps pour réfléchir, je comprendrais, tu sais.

Elle n'avait pas réfléchi. Comme l'idiote qu'elle était, elle lui avait tout de suite répondu non. Alors que son cœur lui disait le contraire, elle avait écouté sa raison et refusé de goûter au bonheur. Charuru l'avait longuement sermonnée. Après tout, Wendy ne faisait que faire souffrir Roméo pour rien. En général, Wendy écoutait son amie. Mais là, elle avait posé la patte sur un sujet sensible. Elle avait donc préféré fuir, refusant de reconnaître que Charuru avait raison. Refusant de reconnaître qu'elle se faisait du mal pour rien. Refusant de reconnaître qu'elle était amoureuse de Roméo.

Tu te voiles la face, Wendy.

Charuru n'avait pas tord sur ce point là. L'exceed avait rarement tord, surtout en ce qui concernait Wendy.

Roméo est comme Happy. Tu auras beau le repousser, il reviendra à chaque fois à la charge.

Happy n'avait jamais abandonné. Et maintenant, Charuru et lui étaient ensembles. Egoïstement, Wendy espérait que Roméo n'abandonne pas. Elle était persuadée que si il insistait, rien qu'un peu, les barrières qu'elle avait érigées entre eux voleraient en éclats.

Elle repéra l'odeur de Roméo et marcha malgré elle dans sa direction, les bras tendus pour l'attraper. Elle ne pouvait l'éviter indéfiniment de toute manière. Il allait bien falloir qu'elle soit à nouveau face à lui, un jour.

- Je te tiens ! Cria-t-elle, le sourire s'entendant dans sa voix.

Elle allait retirer le bandeau lui couvrant les yeux, lorsque des lèvres douces se posèrent sur les siennes en un baiser chaste. Immobile, elle ne bougea pas. Aussi rapidement que Roméo avait posé ses lèvres sur les siennes, il les retira. Lorsqu'elle retira le bandeau, elle le vit courir loin d'elle.

- Si tu veux mon avis, tu ferais mieux de le rattraper.

Elle se tourna vers Gajeel, encore hébétée de ce bisou échangé et les joues rouges.

Natsu posa la main sur son épaule.

- Il t'attendra pas indéfiniment. Un jour, il en aura assez de te courir après. Et tu t'en mordras les doigts.

Depuis quand ces deux là s'y connaissaient autant en sentiments ? Depuis qu'ils étaient eux-mêmes casés. Depuis que leur relation les avait fait mûrir. Wendy fixa ses deux « grands-frères » et décida de suivre leur conseil.

- Il a pas intérêt à lui faire de mal. Roméo ou pas, s'il la fait pleurer, je lui casse la figure. Dit Gajeel, le regard noir.

- T'en fais pas pour ça. Je l'ai déjà averti. Répondit Natsu, avec un grand sourire.

Les deux dragons slayers regardèrent Wendy s'éloigner en courant.

- Il était temps qu'il la fasse réagir. Faut qu'elle ouvre les yeux et qu'elle arrête d'avoir peur.

- Roméo est celui qu'il lui faut.

Si elle n'avait pas eu un bon odorat, jamais elle n'aurait retrouvé le garçon. Tout en courant, Wendy faisait le point. Ce qu'elle avait ressenti lorsqu'il l'avait embrassée était indescriptible. Charuru avait raison. Elle ne faisait que se voiler la face. Il était temps qu'elle grandisse et accepte ses sentiments. Il était temps qu'elle soit face à lui et qu'elle accepte qu'il soit amoureux d'elle.

Elle avait été stupide de croire que leur amitié changerait. Depuis qu'ils faisaient des missions ensembles, il y avait toujours eu ce petit plus entre eux. C'était ce qui rendait leur équipe si unique. Leur complicité et l'harmonie qu'ils partageaient.

Avec Roméo, elle n'avait pas besoin de parler durant des heures. Le silence ne les dérangeait pas et il leur suffisait d'un regard pour comprendre les pensées de l'autre. Il n'y avait qu'avec Roméo qu'elle partageait de si gros fous rires. Il n'y avait qu'avec lui qu'elle se sentait elle-même.

Wendy espéra qu'il ne serait pas trop tard quand elle le retrouverait. Elle espéra qu'il veuille encore d'elle. Parce que cette fois-ci, elle était déterminée. Elle ne le laisserait pas partir loin d'elle. Elle ne supporterait pas qu'ils soient à nouveau si distants l'un de l'autre. Jamais plus elle ne s'éloignerait de lui comme elle l'avait fait ces derniers temps. C'était insupportable.

Tu es celui qu'il faut à Wendy.

Roméo avait été très flatté par les mots de Natsu. Il savait à quel point Wendy comptait pour Gajeel et lui. Etant tous les trois des dragons slayers et ayant tous les trois perdus leurs dragons respectifs, ils se considéraient comme une famille.

Tu es prévenu, tu lui fais le moindre mal, je t'explose !

C'était du Natsu tout craché. De toute façon, Roméo ne lui ferait pas le moindre mal. Il en serait incapable et il le savait très bien. Et il tenait à la vie. Parce que Natsu et Gajeel en colère, il ne souhaitait jamais les avoir en face de lui.

Maintenant, tu fonces. Elle finira bien par craquer.

Ca, il n'en était pas sûr. Elle n'avait même pas bougé lorsqu'il l'avait embrassée. Elle était restée de marbre, comme une statue. Roméo soupira et entoura ses genoux de ses bras. Il n'abandonnerait pas. Parce que ce qu'il ressentait pour Wendy était quelque chose d'unique et qu'il était hors de question qu'il fasse une croix dessus. Il ne renoncerait pas à elle, même si il devait l'aimer de loin , il le ferait. Même si il devait patienter durant des années, il le ferait.

Wendy s'arrêta, les mains sur les genoux. Elle l'avait enfin retrouvé. Il était assis dans le jardin de la guilde et elle ne put s'empêcher de le détailler. Roméo était beau. Et elle n'avait été qu'une idiote de le repousser comme elle l'avait fait.

Le jeune homme se leva soudain, les poings serrés, fixant la ville de Magnolia. Prenant son courage à deux mains, elle avança jusqu'à lui le plus silencieusement possible.

Arrivée à son niveau, elle se hissa sur la pointe des pieds et cacha les yeux du jeune homme avec ses mains. Celui-ci eut un hoquet de surprise, mais ne bougea pas. Il savait déjà que c'était elle. Parce que ça ne pouvait être qu'elle, évidemment.

- Si tu es venue pour avoir une explication…

- Non. Je suis venue pour ça.

Elle se planta face à lui et posa à son tour ses lèvre sur les siennes. Roméo l'enlaça et ils partagèrent leur premier « vrai » baiser. Lorsqu'ils se séparèrent, Roméo la fixa d'un regard hébété.

- Si tu pouvais m'expliquer…

Wendy se tordit les mains avec gêne, mais garda son regard dans le sien.

- Gajeel et Natsu m'ont aidée à me rendre compte…Que…Que c'était stupide de te repousser.

Le regard noir de Roméo ne quittait pas les yeux chocolats qu'il aimait tant. Wendy prit une grande inspiration.

- Je m'étais voilée la face. Je me trouvais des excuses stupides parce que j'avais peur que notre relation change. Mais c'était totalement idiot. A quoi ça sert de te faire souffrir ? De nous faire souffrir tous les deux ? Parce que…J'espérais tant que tu me dises que tu m'aimes…Parce que…Je t'aime aussi.

Roméo lui ébouriffa les cheveux d'un geste plein de tendresse.

- Tu es un sacré numéro, Wendy Marvel. Promets-moi de ne plus rester loin de moi comme tu l'as fait. C'était insupportable, tu sais.

Elle eut un petit rire, tout en se nichant plus confortablement entre ses bras.

- Je te le promets. C'était insupportable pour moi aussi. Maintenant…Je vais devoir te présenter dans les règles à mes frères.

- C'est obligatoire de me présenter à Gajeel? Soupira-t-il.

Avec un petit rire, Wendy saisit sa main et ils partirent rejoindre les autres qui les attendaient avec impatience.