Chapitre 1 : Un premier septembre
Voilà maintenant plus d'une demi-heure que Severus Rogue s'était installé dans un des compartiments du wagon de queue du Poudlard Express. A son entrée en gare, seuls quelques élèves et leurs parents attendaient.
La plupart d'entre eux n'arrivaient que quelques minutes avant le départ. Une tradition, semblait-il. Chaque année, il y avait toujours au moins un élève pour manquer le train, devant alors regagner l'école par ses propres moyens.
Le Poudlard Express n'attendait personne et n'était jamais en retard. Une fierté pour Wilson Watt, le conducteur. Depuis qu'il occupait cette fonction, ce n'était arrivé qu'une seule fois ; une terrible tempête de neige en janvier 1954 avait rendue la voie impraticable et les employés du département des transports magiques chargés de la déblayer avaient mis douze minutes pour accomplir leur tâche au lieu des neuf prévues, si bien que le Poudlard Express quittât la gare avec trois minutes de retard sur l'horaire. Wilson en faisait encore des cauchemars.
Debout dans le couloir, Severus pouvait voir le mur de briques qui marquait l'accès à la voie 9¾. Des dizaines de sorciers commençaient à en jaillir les uns après les autres.
Le mieux était de se jeter contre la paroi et une fois la traversée effectuée, de s'écarter rapidement du passage. Mais malgré ces précautions les collisions n'étaient pas rares. D'ailleurs Severus vit ce crétin de Jo Mastock se faire emboutir l'arrière train par le Serdaigle qui le suivait. Chaque année c'était la même chose, ce n'était plus aussi drôle.
Bientôt, le quai fut noir de monde. Presque tous les élèves de Poudlard étaient là et presque tous étaient accompagnés d'au moins un de leur parents ; quand ce n'était pas la famille toute entière qui venait faire honneur au petit dernier qui entamait sa première année dans la prestigieuse école de magie.
Les plus âgés abandonnaient bien vite leurs parents, claquant un baiser embarrassé sur la joue d'une mère insistante pour aller rejoindre rapidement des amis qu'ils n'avaient pas vus depuis plusieurs semaines. Une fois les groupes reconstitués, ils grimpaient dans un wagon pour s'installer dans un des confortables compartiments.
Le train n'allait plus tarder à partir maintenant et pourtant, certains s'éternisaient encore sur le quai.
D'ailleurs un garçon à l'air maladif du nom de Remus lupin et un des ses amis, Peter Petigrew, un adolescent replet, patientaient près de leurs malles. Peter jetait un coup d'œil inquiet toutes les 30 secondes à l'horloge de la gare. Il restait moins de dix minutes avant le départ. Remus, lui, était plus calme.
Ils attendaient deux de leurs amis qui manquaient encore à l'appel. Enfin ils arrivèrent en courrant, poussant devant eux les chariots qui portaient leurs bagages. Après s'être salués par de chaleureuses accolades, ils entamèrent une conversation animée. C'étaient tous des garçons de Gryffondor. Severus ne les aimait pas. Plus particulièrement ceux qui venaient d'arriver : James Potter, poursuiveur de l'équipe de quidditch de Gryffondor et Sirius Black, le grand brun avec un visage à faire fondre toute les filles. Cette raison seule aurait suffit à lui attirer le mépris de Severus, lui qui était loin d'emporter autant de suffrages.
Et puis il la vit, belle comme la lune, ondulant, consciente de son pouvoir d'attraction. Elle se dirigeait vers la porte du wagon ou il se trouvait. Il avait pensé à elle tout l'été. En passant devant les quatre Gryffondors qui avaient cessé leur conversation en la voyant approcher elle jeta un regard pétillant à Sirius, le plus beau des quatre qui lui répondit par un sourire du coin des lèvres. Encore cet imbécile. Décidément il les lui fallait toutes, pensa Severus amer.
Alors qu'elle remontait le couloir pour regagner le compartiment où elle était attendue, Severus savait qu'elle passerait devant lui.
Il se redressa, s'appuya à la vitre du train pour se donner un air décontracté, souhaitant secrètement qu'elle daigne lui adresser, à défaut d'un sourire au moins un regard.
Mais elle n'en fit rien. Cette indifférence le touchait au plus profond de son cœur. A quoi s'attendait-il ? Que la plus jolie fille de tout Poudlard le trouve beau ? Que subitement, l'espace d'un été il soit devenu une sorte d'Apollon ?
Des volutes de vapeur commencèrent à s'échapper des essieux du Poudlard Express : la lourde machinerie était en train de se mettre en marche. Wilson Watt actionna le sifflet de la locomotive, avertissant ainsi les retardataires du départ plus qu'imminent. Ceux qui se trouvaient encore sur le quai se dépêchèrent de monter, vérifiant à peine qu'ils n'oubliaient rien derrière eux.
Les Gryffondors qu'il avait observés grimpèrent rapidement dans le wagon où Severus s'était installé. Il décida de s'éclipser discrètement dans son compartiment car il ne souhaitait pas croiser leur chemin. Ils auraient tout le loisir de s'insulter et de se faire des coups tordus tout au long de l'année. Pour le moment, il avait envie de faire un voyage agréable.
Il abaissa les rideaux devant les vitres donnant sur le couloir afin de se rendre invisible, s'installa près de la fenêtre et se plongea dans la lecture du livre qui ne le quittait jamais.
La porte du compartiment s'ouvrit. C'était Remus Lupin. L'été n'avait pas suffit à effacer de son visage les traits de fatigue qui semblaient ne jamais le quitter. Leurs regards se croisèrent.
« Il est vide essayons plus loin » dit-il à ses camarade en refermant la porte.
Cette attitude étrange de la part de Remus le surprit un peu, mais en y réfléchissant bien, des quatre c'était le plus pacifique.
Sa tranquillité fut de courte durée. Le train venait à peine de démarrer quand la porte s'ouvrit à nouveau. Ses compagnons de chambre de Serpentard, Gary Keats, Hector Falvey et Charles Hatchway entrèrent essoufflés et visiblement énervés. Ils avaient apparemment couru pour ne pas rater le train.
« Rogue quelle bonne surprise ! » lança Keats, en se jetant sur la banquette. Laissant le soin à Hatchway de hisser ses bagages sur la galerie.
« Je peux compter sur toi cette année n'est-ce pas ? » lui demanda-t-il avec un clin d'œil entendu.
Severus acquiesça d'un signe de tête puis se replongea dans sa lecture jusqu'à, l'espérait-il, leur arrivée à Pré-au-lard.
Le voyage se déroula tranquillement. Ses compagnons de voyages l'ignoraient complètement, ce qui en réalité l'arrangeait. Sa nature solitaire ne l'avait pas quitté à Poudlard et en dépit des espérances de sa mère, il ne s'était fait que peu d'amis.
Bien sur il était apprécié pour son travail et son sérieux, mais il n'était pas ce que l'on pouvait appeler un garçon populaire. Peut-être était-ce une des raisons pour laquelle il n'appréciait pas James Potter et toute sa clique. Il avait l'impression que ces quatre là, en plus d'être appréciés par beaucoup, étaient prêt à tout les uns pour les autres.
Falvey, Keats et Hatchway semblaient passer un agréable voyage prolongeant ainsi les vacances jusqu'au dernier instant. Ils chahutaient, plaisantaient et se racontaient en détail les deux mois qui venaient de s'écouler. Ils firent plusieurs parties de « Mage Noir », un jeu de cartes très populaire qui consistait à éviter d'avoir dans son pli la carte du « Mage noir ». Le perdant recevait un gage choisi par les autres joueurs.
Charles Hatchway n'était pas très fort à ce jeu et il avait perdu toute les parties. Il dû, entre autre, faire une déclaration d'amour à Laurie Alan, élève de Serdaigle qui occupait, avec d'autres filles, le compartiment voisin. Avait-elle pris la chose au sérieux ? Il fallait espérer pour ce pauvre Charles que non. Laurie, qui était une brillante élève, n'en était pas pour autant un prix de beauté. Ce qui pour Charles était rédhibitoire : il passait pour être un collectionneur de jolies filles et cela risquait de ternir sa réputation.
Si les moyens de passer le temps pendant le voyage étaient à peu près les mêmes dans tous les compartiment du train, la conversation dans celui de Severus prit soudainement un tournant singulier. Ses compagnons de route ne faisaient toujours pas cas de sa présence et commencèrent à commenter les événements dramatiques qui avaient entaché l'été.
Falvey avait lancé le sujet et finissait de dérouler à ses camarades le film des évènements.
« Les moldus ont cru voir le diable en personne. Ils ont même fait venir un de leurs prêtres pour exorciser les lieux. Comme si un peu d'eau bénite était capable de faire fuir le 'Lord'… »
Cette pensée lui arracha un sourire, ce qui pour lui était un exploit. Il passait pour un individu cynique et dépourvu d'émotion. En plus du mépris pour les moldus, on pouvait deviner dans sa voix une certaine admiration pour celui qui se faisait appeler Lord Voldemort et qui terrorisait sorciers et moldus depuis quelques années.
Ces derniers temps, son action s'était intensifiée et on racontait qu'il recrutait des adeptes dans le monde entier : les Mangemorts.
« Oui mais il a également décimé une famille de sorciers qui vivait isolée dans le nord du pays » ajouta Charles Hatchway qui avait l'air moins enthousiaste que son ami à l'évocation des exploits de cet individu.
« Sûrement des sympathisants de moldus. J'ai lu quelque part que le père travaillait même dans une entreprise moldue comme comptable » répliqua Falvey.
« Il faut dire que ses théories ne sont pas sans fondement » ajouta Keats. « Il prône la suprématie des sorciers sur les moldus. C'est logique. Pourquoi nous cachons nous d'eux, nous qui sommes plus puissants ? C'est pas normal ! On dirait qu'ils nous font peur. Si on voulait on pourrait dominer le monde. Et ben non, on vit caché et eux ils ont tous les droits, même celui d'envoyer leurs enfants qui ont des « dons » en sorcellerie dans nos écoles. Ça serait bien si les choses pouvaient changer ! »
Severus avait interrompu sa lecture, écoutant attentivement les propos de ses camarades. Ce n'était pas la première fois qu'il entendait des élèves de Poudlard parler avec complaisance de Lord Voldemort. Les élèves de Serpentard étaient les plus sensibles à ses thèses car ils étaient pour la plupart issus de familles dites de 'sang-pur' et son discours sur la nécessité de purifier la race faisait vibrer la corde sensible de certains d'entre eux. C'était du moins le cas pour Keats et Falvey.
« En parlant du loup… » lança Hector Falvey en faisant un mouvement du menton en direction du couloir.
Lily Evans passait dans le couloir, arborant fièrement l'insigne de préfet sur sa robe. Elle avançait d'une démarche chaloupée qui n'était pas du au seul roulis du train.
« Fermes la bouche crétin ! Tu baves » lança Falvey en assénant un violent coup de coude dans les côtes de Hatchway.
« Ils ont osé nommer cette 'Sang-de-bourbe' d'Evans préfet et chez nous c'est ce parvenu d'Albert Brown qui a été choisi. Cette écoles court à sa perte» commenta Falvey.
« C'est normal, Brown fait partie du Slug Club» rétorqua Hatchway résigné.
« C'est toi qui aurait du être nommé préfet à la place de Brown. » dit Falvey en s'adressant à Keats.
« Et toi qu'est-ce que tu en penses ?» demanda soudainement ce dernier à Severus, comme s'il venait de se rendre compte de sa présence.
« Tu aurais fait un bien meilleur préfet, mais ton oncle n'est pas le neveu du Ministre de la magie » répondit-il pensant que c'était ce que Gary voulait entendre.
« C'est ça que j'aime chez toi Severus, tu ne dit pas grand chose mais tu n'ouvres jamais la bouche pour dire des conneries »
Après cette conversation, Severus n'arrivait pas plus à se concentrer sur sa lecture.
Il reporta son attention sur le paysage. La nuit commençait à tomber. La campagne s'habillait des couleurs de l'automne mais Severus ne le voyait pas. Il fixait son reflet que lui renvoyait la fenêtre.
Il pensait à un autre 1er septembre quatre ans plus tôt. Il avait onze ans et il entrait en première année à Poudlard.
Sa mère ne l'avait pas accompagné à la gare comme le faisaient les autres parents. Une méchante grippe l'avait clouée au lit. Elle lui avait fait les dernières recommandations d'usage, lui rappelant comment accéder au quai 9 ¾. Les adieux s'étaient déroulés sur le pas de la maison alors que Madame Alcott, une voisine qui se rendait à Londres ce jour-là, attendait Severus pour l'escorter jusqu'à la gare de King Cross.
Au terme d'un voyage commencé aux aurores, il n'était pas encore 9 heures lorsqu'il arriva à destination.
Il y avait une grande affluence à la gare ce jour-là. Les moldus couraient dans tous les sens, se rendant à peine compte qu'un enfant de onze ans essayait d'éviter la bousculade.
Chez les moldus aussi c'était la rentrée et beaucoup de parents accompagnaient leur progéniture se rendant à l'autre bout du pays pour y être pensionnaire comme lui. Une fille de son âge se tenait avec son père et sa mère sur le quai qui séparait les voies 9 et 10, exactement à l'endroit où se trouvait le passage. Sa mère lui avait dit de ne pas faire attention aux moldus, ils ne s'apercevraient même pas de la manœuvre. Mais le doute l'avait assailli, augmenté par la présence de tout ce monde autour de lui.
Et si ce n'était pas la bonne barrière ? S'il s'écrasait contre le mur ? Il pris une profonde inspiration puis s'élança les yeux fermés. Quand il les rouvrit, il se trouvait devant une immense locomotive rouge, de celles que l'on ne voyait plus que dans les musées.
Il resta à la contempler sans bouger pendant de longues secondes. Il ne put éviter le chariot qui le heurta violement, le faisant tomber à terre.
« Ho ! Je suis désolée » dit une petite voix derrière lui.
Quand il leva les yeux pour voir le responsable, il reconnu immédiatement la fille qu'il avait vue de l'autre côté moins de deux minutes auparavant.
« Je pensais que tu t'étais éloigné » précisa-t-elle en lui tendant la main pour l'aider à se relever.
Severus ne la saisit pas tout de suite. C'était bien la première fois que quelqu'un lui proposait son aide.
Il resta assis sur le sol à la regarder. Avec son jean et son pull moldus, ses cheveux auburns retenus en queue de cheval, elle avait tout d'un garçon manqué. Mais ce qui était le plus marquant chez elle, c'était ses yeux. Ils étaient pétillants et on pouvait y deviner une certaine effronterie dissimulée derrière une extrême gentillesse. Ils étaient d'un vert brillant. On aurait dit deux émeraudes illuminant son visage parsemé de tâches de rousseur.
Enfin il attrapa cette main secourable et rendit un timide sourire à la petite sorcière. Il l'aida ensuite à remettre ses bagages sur son chariot car il s'était renversé en le heurtant.
« Je m'appelle Lily Evans » l'informa-t-elle en hissant son énorme malle sur le chariot avec l'aide de Severus.
« Moi c'est Severus Rogue » répondit-il essayant de ne pas montrer qu'il trouvait la malle extrêmement lourde.
« On devrait peut-être s'éloigner avant que quelqu'un d'autre ne sorte du mur… » suggéra Lily.
« Ah oui ! T'attends tes parents… »
Severus se souvenait des deux adultes qui étaient avec elle.
« Non je leur ai dit au revoir de l'autre côté, ils ont eu peur de passer. On sait jamais, peut-être que ça marche que pour les sorciers ! » dit-elle en riant.
« Tes parents sont des moldus ? » demanda Severus étonné.
« Oui, si ça veut dire qu'ils ne sont pas sorciers. Et toi ?» demanda-t-elle à son tour.
« Je suis le descendant d'une illustre famille de sorciers » répondit-il à la fois fier de ses origines et secrètement honteux de ce demi mensonge.
« Waouh ! C'est super ! Tu vas pouvoir m'apprendre plein de choses avant d'arriver à l'école ! » dit-elle, heureuse d'avoir réussit à mettre la main sur quelqu'un d'aussi instruit sur ce nouveau monde dont elle avait appris l'existence seulement quelques semaines auparavant.
« Pourquoi pas ! »
Seulement cinq minutes parmi les sorciers et déjà il avait lié connaissance. Jamais les choses n'avaient été aussi simples lorsqu'il était à Cheetham.
Ils décidèrent de s'installer immédiatement dans le train, pensant à juste titre que ce serait plus difficile quand tout le monde serait arrivé.
Le voyage se passait à merveille, beaucoup mieux que celui effectué quelques heures plus tôt en compagnie de Mme Alcott. Elle avait passé le voyage à dormir, ignorante ou ne s'inquiétant pas du niveau sonore de ses ronflements.
Lily raconta à Severus comment elle avait découvert, à sa grande surprise et à celle de toute sa famille, qu'elle était une sorcière.
Elle avait trouvé dans la boîte aux lettres un courrier de Poudlard qui lui était directement adressée. Habituellement elle recevait assez peu de courrier et quand cela arrivait c'était des cartes d'anniversaire ou des lettres de son correspondant au Costa Rica.
Cela l'avait beaucoup intrigué. Après l'avoir ouverte elle avait cru, ainsi que ses parents, à une plaisanterie. Une école pour jeunes sorciers… Quelle idée ! Ils s'étaient donc tous tournés vers Pétunia, l'aînée, qui n'arrêtait pas de taquiner Lily à propos des événements étranges qui avaient émaillé la vie de sa cadette au cours de ces dernières années.
Pétunia nia vivement être l'instigatrice de cette farce. Elle insista néanmoins sur le fait qu'elle aurait aimé en avoir eu l'idée.
Si ce n'était pas Pétunia, alors qui pouvait être l'auteur de cette plaisanterie ? Personne en dehors d'eux ne connaissait les étranges capacités de Lily. Ils n'avaient pas honte d'elle, au contraire. Ces phénomènes leur avaient rendu bien des services et leur avaient également causé quelques problèmes. Non, ce qui les inquiétait c'est que leur secret ne soit découvert. Ils ne supporteraient pas que leur petite Lily leur soit enlevée pour être étudiée dans un laboratoire comme un animal ; les journaux populaires étaient plein d'histoires sur ces enfants télépathes, médiums ou télékinésistes utilisés par la police ou l'armée.
Qui pouvait être au courant et leur envoyer cette lettre qui ressemblait maintenant à une menace?
Le lendemain, tout le monde essayait d'oublier les événements de la veille quand atterrit sur la table du petit-déjeuner une petite chouette brune. Il était rare de voir une chouette en plein cœur de Londres et encore plus au milieu de sa cuisine.
Pétunia détacha l'enveloppe cachetée de cire qui était attachée à l'une de ses pattes. C'était une lettre identique à celle reçue la veille. A l'intérieur, comme dans la précédente, un certain professeur MacGonagall y annonçait l'admission de leur fille à Poudlard, école pour jeunes sorciers. Il y avait également une liste de fournitures scolaires et de livres aux noms étranges. Mais dans celle-ci, contrairement à l'autre une enveloppe bleue, plus petite, avait été glissée.
Lorsqu'ils l'ouvrirent, une voix distinguée de femme et légèrement tintée d'un accent écossais en sortit.
« Chers M. et Mme Evans,
Je vous prie d'excuser mon erreur car j'ai oublié de tenir compte du fait que le monde des sorciers vous était inconnu.
Les usages auraient voulu que je me rende personnellement chez vous pour vous informer de la nouvelle. Mais hélas, mon emploi du temps ne me l'a pas permis.
Je suis le professeur MacGonagall, directrice adjointe de Poudlard. Votre fille Lily est, comme vous l'avez sûrement déjà compris, une sorcière… »
Cette voix expliquait où se rendre pour acheter les fournitures, comment changer de l'argent moldu en argent sorcier et comment trouver le Poudlard Express.
Et là, toute la famille comprit qu'il ne s'agissait pas d'une plaisanterie et qu'il existait bel et bien, vivant cachés parmi eux, des sorciers et des sorcières.
Lily faisait partie de ce monde. Curieusement, cette nouvelle qui aurait fait peur à beaucoup de parents, réjouissait M. et Mme Evans. En apprenant qu'il existait un monde de sorciers et des écoles faites tout spécialement pour eux, ils étaient rassurés quant à l'avenir de leur fille. Car même s'ils trouvaient les pouvoirs magiques de Lily amusants et pratiques, ils se demandaient souvent à quoi cela pourrait lui servir dans l'avenir. Mais maintenant, plein de perspectives s'offraient à elle. Lily n'était pas anormale, elle était juste différente, exceptionnellement différente.
Severus quant à lui était resté discret sur sa vie. Il ne tenait pas étaler ses malheurs. Moins de monde saurait qu'un de ses parents n'était pas sorcier, mieux se serait. Il resta donc évasif sur sa vie et quand il parlait de lui c'était toujours de sa mère et de sa haute ascendance sorcière, les Prince.
Quand l'heure du repas arriva, il se rendit compte qu'il n'avait rien prévu. Il était parti si rapidement afin d'éviter son père, qu'il n'avait pas pensé à se préparer un sandwich. Lily partagea donc son déjeuner avec lui. Sa mère était ce genre de femme qui pensait que loin d'elle, son enfant allait mourir de faim. Elle lui avait donc préparé un en-cas qui aurait suffi à nourrir un troll à jeun depuis trois jours.
Ils déjeunèrent ensemble, savourant chaque miette des sandwichs au rosbif et de la succulente tarte aux pommes de Madame Evans.
Severus était heureux de faire ce voyage en compagnie de Lily. Chacun y trouvait son compte. Lui, pour la première fois de sa vie, discutait, plaisantait avec une enfant de son âge sans avoir peur que quelque chose ne vienne trahir ses origines et Lily trouvait en lui l'interlocuteur idéal pour répondre aux nombreuses questions qui lui remplissaient la tête et auxquelles elle n'avait pas de réponse.
Ils discutèrent de leurs emplettes sur le chemin de traverse et de comment ils avaient trouvé leur baguette magique chez Ollivander. C'était la seule folie que sa mère avait autorisée. On ne plaisante pas avec les baguettes magiques. Après plusieurs essais infructueux son bonheur se matérialisa sous la forme d'une baguette de 37 cm en bois d'ébène, plutôt rigide, avec un poil de sphinx.
Un préfet passa alors dans tous les compartiments pour informer les élèves que leur voyage touchait à sa fin et qu'ils devaient enfiler leur robe. Ils passèrent donc leur nouvelle tenue. Celle de Lily était de très bonne facture, ses parents n'ayant pas hésité à se fournir chez la meilleure couturière du chemin de traverse. Madame Guipure n'avait pas son pareil pour couper des robes au plus juste dans les étoffes les plus nobles. Severus enfila la sienne, une robe achetée chez « Magicaprixdoux », une échoppe proposant des articles que l'on aurait qualifiés chez les moldus de « prêt-à-porter ». La bourse attribuée par Poudlard ne lui permettait pas de prétendre à mieux. Sa mère avait opté pour deux robes munies d'un sortilège d'ajustement. La vendeuse lui avait assuré qu'elles s'adapteraient à la croissance de Severus au cours de ses 7 années à Poudlard. Etrangement elles n'étaient garanties que deux ans.
Ils étaient très élégants ainsi vêtus, arborant sur la poitrine l'insigne de Poudlard.
Lily avait d'ailleurs remarqué le blaireau qui figurait sur la robe du préfet qui les avait informés de leur arrivée imminente.
« C'est le symbole de sa maison. » lui précisa Severus. « c'est un préfet de Poufsouffle, son emblème est le blaireau. »
« Sa maison ?» son air perplexe ne laissait aucun doute sur son ignorance totale des coutumes de Poudlard.
« Il y a quatre maisons. » commença-t-il à lui expliquer. « Serpentard, Serdaigle, Poufsouffle et Gryffondor. »
Cela ne semblait pas plus parlant pour Lily qui continuait de l'écouter attentivement.
« Chaque élève de première année est placé dans une de ces maisons à son arrivée. C'est le Choixpeau magique qui désigne la maison dans laquelle chacun de nous passera les 7 prochaines années de sa vie. »
« Mais comment fait-il pour choisir ? » demanda-t-elle intriguée.
« Il le sait, c'est tout. Il connaît la nature profonde de chacun et l'envoie toujours dans la maison qui lui conviendra le mieux. »
« Mais si on veut absolument être dans une maison ? »
« Le Choixpeau sait mieux que toi. C'est comme ça… »
« Moi j'aimerais être à Serpentard. » reprit-il. « Ma mère et toute ma famille étaient dans cette maison… »
« Dans ce cas moi aussi je veux être à Serpentard ! »
Le regard fuyant de Severus ne lui échappa pas.
« Tu me crois trop mauvaise sorcière pour être admise ! » reprit-elle vivement.
« Ce n'est pas ça… » essaya de lui expliquer Severus.
Elle l'interrompit et continua sa diatribe, relevant fièrement le menton, ses yeux brillants lançaient des éclairs passionnés.
« A cinq ans, j'ai fait pousser tout un parterre de fleurs ! Ma mère a gagné le concours du plus beau massif de tulipes cette année-là… et les suivantes aussi ! » tint-elle à préciser.
« C'est plus compliqué que le simple niveau de tes dons en magie...» essaya-t-il encore de lui faire comprendre.
« Serpentard est une maison très sélective. Il n'y a pratiquement que des sorciers de 'sang-pur'… »
Devant le regard d'incompréhension de Lily il décida de lui apporter plus de précisions.
« Les 'sang-purs' sont les sorciers qui ne comptent que des sorciers dans leur famille. » Puis pour donner le parfait contre-exemple : « Toi tu as des parents moldus donc tu n'es pas une sang-pur. »
Devant l'air abattu de Lily, il se sentait complètement démuni et essaya de la consoler.
« Mais il y a d'autres maisons et le Choixpeau va forcement trouver celle qui te convient…»
Lily restait silencieuse, réalisant que le monde des sorciers n'était pas si différent de celui des moldus. Les préjugés y avaient également leur place.
« En tout cas, si je ne vais pas à Serpentard, je ne verrai aucun inconvénient à aller à Serdaigle. »
Il le pensait vraiment, car si c'était un exploit pour un enfant de moldus d'entrer à Serpentard, la probabilité que lui y parvienne était à peine supérieure.
« Et les deux autres ? » l'interrogea Lily.
Il essaya d'éluder la question.
« Si tu es aussi bonne sorcière que tu le prétends, tu iras à Serdaigle. Toutes les grosses têtes y sont admises. »
Il espérait que cela suffirait à endiguer le flot de questions qui jaillissait de la bouche de la jeune sorcière.
« Oui mais les deux autres ? » insista-t-elle.
Vaincu, il lui expliqua que Poufsouffle n'avait pas l'habitude d'accueillir les élèves les plus doués et que la réputation de Gryffondor de courage n'était qu'une vaste fumisterie.
« Pourquoi ? »
Décidément, cette fille n'avait que des questions à la bouche…
« La qualité des Gryffondor est soi-disant le courage, mais c'est surtout une bande d'empêcheurs de tourner en rond, tout le monde le sait ! »
« Mais sont-ils de bons sorciers ? »
Encore une question…
« Il y en a de très bons : Dumbledore, le directeur de Poudlard est un Gryffondor et on dit que c'est le plus grand sorcier du monde… » Il n'avait mis aucun enthousiasme dans cette affirmation.
« Alors pourquoi dis-tu que c'est une bande d'empêcheurs de tourner en rond ? »
Pour couper court au bavardage de la jeune fille, il lui avoua la véritable raison de son aversion pour la maison Gryffondor.
« Depuis toujours, Gryffondor et Serpentard sont des maisons rivales. Elles ne s'aiment pas et leurs membres ne se fréquentent pas. »
« Mais pourquoi ? » Lily ne comprenait pas ce comportement. « Il s'est passé quelque chose de grave ? »
« Les Gryffondor sont persuadés d'être les meilleurs. Tout ça parce que soit disant, les plus courageux sont envoyés chez eux et que Serpentard est un repaire de mage noirs… »
En entendant 'mage noir' Lily eut un mouvement de recul qui ne passa pas inaperçu.
« Il ne faut pas croire tout ce que l'on dit. De grands sorciers sont sortis de Serpentard. Il y a même eu plusieurs ministres de la magie qui sont passés par cette maison. »
Lily sembla tout à coup mesurer la portée de ses explications et après quelques secondes elle demanda simplement :
« Alors, si le Choixpeau m'envoie à Gryffondor et toi à Serpentard, nous ne pourrons pas être amis ? »
Encore une question, mais celle-ci n'attendait aucune réponse : le regard baissé de Severus était suffisamment éloquent. Ses cheveux trop longs formaient un rideau dissimulant son visage.
Ils restèrent silencieux jusqu'à l'arrivée du Poudlard Express à Pré-au-Lard.
A leur arrivée, le garde chasse de l'école, Hagrid, une sorte de géant hirsute à l'accent à peine compréhensible, conduisit tous les élèves de première année auprès de la directrice adjointe, le professeur Mac Gonagall.
La cérémonie du Choixpeau commença alors. Tous les élèves de première année se succédèrent sur le tabouret, coiffés de l'étrange objet. On pouvait voir la peur chez certains, d'autres semblaient indifférents, et quelques-uns faisaient montre d'une déconcertante décontraction.
Se fut au tour de Sirius Black de se soumettre au verdict du vénérable Choixpeau Magic. Il se dirigeât vers l'estrade, traînait les pieds comme pour retarder ce moment fatidique. Il fut envoyé à Gryffondor.
Alors que les autres élèves avaient été accueillis à la table de leur maison par des applaudissements nourris, l'affectation de Sirius ne déclencha pas immédiatement cette démonstration de joie. On entendit d'abord un énorme cri d'étonnement venant de la table de Serpentard suivi immédiatement par une triomphale acclamation des Gryffondors.
Le plus heureux semblait être Sirius lui-même. Alors qu'il ne semblait pas enthousiaste à l'idée de coiffer le chapeau, son visage s'illumina à l'annonce de sa maison et il partit en courant s'installer à la table de ses nouveaux camarades, oubliant même de retirer le couvre-chef magique que le professeur Mcgonagall saisit au vol lorsqu'il passa devant elle.
Les élèves se succédèrent les uns après les autres, tous heureux de la maison où on les avait envoyés.
Vint le tour de Lily. Severus sentit son cœur battre plus vite et plus fort. Il avait l'impression que son voisin pouvait l'entendre. Il fit une prière silencieuse répétant inlassablement « Serdaigle, Serdaigle, Serdaigle… »
Mais le Choixpeau annonça Gryffondor. Lily semblait satisfaite de ce choix, mais son bonheur était moins visible que celui de ses camarades.
S'il allait à Serpentard, leur toute jeune amitié n'y survivrait pas. Même si cela n'avait tenu qu'à lui, aurait-il pu renoncer à la maison de ses ancêtres ? La réponse était non.
Un garçon du nom de Rex Rogers fut envoyé à Poufsouffle et le professeur McGonagal appela
« Severus Rogue ! »
Il se dirigea lentement mais avec assurance vers l'estrade sur laquelle on avait posé le tabouret. Il s'y installa, puis la directrice adjointe lui posa le Choixpeau sur la tête. Après une attente qui lui sembla interminable celui-ci finit par annoncer un tonitruant « Serpentard !»
Il mit un moment à réaliser ce qu'il lui arrivait. Malgré tous ses espoirs, il n'avait pas réellement cru à ses chances et enfin il était admis. Cela tenait presque du miracle.
Il se dirigea vers la table de sa maison. Il dut pour cela passer devant celle de Gryffondor. Il croisa le regard de Lily. Ses yeux verts lui lançaient un adieu silencieux dans lequel persistait l'espoir d'une réconciliation. Mais comme elle l'apprendrait sûrement à Gryffondor, toute forme d'amitié était impossible entre eux.
Il s'installa à l'une des places laissées libres pour accueillir les nouveaux arrivants. A sa droite était assis un garçon de 7ème année, si on se fiait à l'insigne de préfet-en-chef brodé sur sa robe. Il toisa Severus un long moment de son regard d'acier.
« Tu t'appelles bien Rogue, c'est ça ? » lui demanda le garçon.
« Oui c'est ça. » répondit-il.
« Ta mère ne serait pas Eileen Prince ? » continua de l'interroger le préfet.
Severus hocha la tête en baissant les yeux, fixant ainsi le plateau de la grande table.
« Il sait qui est mon père... » pensa Severus.
« Je suis Lucius Malefoy. » continua l'autre garçon.
Il ne se présentait pas, il énonçait juste une évidence. Personne ne pouvait ignorer un tel nom. Sa mère lui avait parlé de cette puissante famille qui cachait plus de secrets que de Gallions dans ses coffres-forts. Tout le monde savait que les Malefoy étaient richissimes.
Lucius se pencha vers Severus et lui murmura à l'oreille :
« Je sais que ton père est un moldu, mais je ne dirai rien aux autres, et toi aussi tu te tairas. » sa voix était douce mais menaçante. « Si on apprend que quelqu'un comme toi est à Serpentard, c'en est fini de notre réputation, alors ne va surtout pas te vanter devant les autres… »
Ainsi, voilà à quoi ressemblait la légendaire solidarité des Serpentards ? Lui qui pensait s'y faire des amis, venait d'être accueilli des plus froidement par l'un des Serpentards les plus influents de Poudlard.
Avant d'arriver, il avait passé son temps à dissimuler ses dons aux voisins, aux autres enfants et même à son père. Maintenant il devrait dissimuler ses origines moldues au risque d'être considéré comme un lépreux parmi les siens.
Le sort semblait s'acharner sur lui. Avait-il eu raison de souhaiter si ardemment être à Serpentard ?
Il lança un nouveau regard vers la table des Gryffondor. Lily lui tournait le dos et elle discutait avec avec un garçon aux cheveux châtains et à l'air fatigué. Il sentit alors un grand vide en lui. Il n'avait passé avec elle que quelques heures mais c'était peut-être les heures les plus heureuses de toute sa vie. Déjà elle l'avait oublié, elle se faisait de nouveaux amis. Bientôt ils seraient aussi indifférents l'un à l'autre que n'importe quels autres élèves de Gryffondor et Serpentard.
Il en éprouva une immense tristesse.
« Rogue ! Rogue ! »
La voix de Hatchway venait de le ramener à la réalité.
« On arrive, dépêche-toi de t'habiller » lui conseilla Charles avant de récupérer ses bagages.
Une cinquième année à Poudlard commençait…
