Encore un rendez-vous qui s'était déroulé dans la perfection. Roy les enchainait, décidément ! Sur le chemin du retour, l'homme ne cessait de se remémorer les meilleurs instants de la soirée qui venait de passer avec la délicieuse demoiselle dont il avait fait la connaissance la veille au bar de son ami Jean. Une rencontre hasardeuse ? Pas du tout.
-« Alors ? Comment c'était ? » demanda une voix alors qu'il venait de passer le seuil de sa maison.
-« Toujours pareil. Excellent ! Tu fais vraiment du bon boulot quand tu veux, Edward. »
Le dénommé Edward, adossé au mur, ricana.
-« C'est mon boulot que d'assouvir vos désir. Après tout je suis votre ange gardien. »
Roy acquiesça et s'approcha du jeune homme, d'une quinzaine d'années tout au plus, et passa sa main dans ses longs cheveux blonds attachés en tresse avant de lui ébouriffé le haut du crane ce qui déplu au jeune homme. Il avait encore du mal à le croire après six mois de cohabitation mais c'était vrai : Edward était un ange et plus précisément son ange gardien. Le brun lui avait « donné naissance » après avoir fait un vœu devant une rose. Sous cet air innocemment humain, le garçon cachait deux immenses ailes blanches qu'il pouvait faire apparaitre s'il le souhaitait mais Roy lui avait interdit de les montrer sauf en cas de grosse nécessité. Ainsi, le blond réalisait tous les souhaits de son « maître » et pour ça il était très doué mais dès qu'il s'agissait de faire quelque chose de lui-même, c'était une vraie catastrophe. Il ne comptait même plus les fois où sa maison avait failli partir en fumée.
-« Si tu pouvais être aussi doué pour faire la cuisine que pour réaliser mes souhaits se serait encore mieux ! » se moqua-t-il.
-« Ben demandez-le-moi au lieu de vous plaindre. Si vous le souhaitez, je peux le faire ! »
-« Non c'est bon. Ne t'inquiète pas il y a plus urgent. »
En réalité, il prenait un malin plaisir que de former son ange gardien à savoir utiliser ses deux mains autre que pour faire des sortes de tours de magie. Derrière son air de gamin obéissant, Edward était arrogant et n'était pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Il ne ratait pas une occasion de frapper le brun qui se vengeait en le rabaissant tel un incapable pas fichu de faire la cuisine ou de faire le ménage sans rien casser ce qui semblait irriter le jeune homme.
Le blond finit pas bouger et pénétra dans le salon, fixant la grande baie vitrée qu'un rayon de lune traversait. Roy le suivit en baillant.
-« Demain, fais en sorte que je puisse proposer un rendez-vous à ma collègue. Tu sais celle que je t'ai demandée l'autre jour ? La jeune blonde qui s'occupe des cours de guitare. »
-« Vous comptez encore rentrer tard ? » soupira Edward en regardant la pendule qui indiquait trois heures du matin passées.
-« Je ne t'oblige pas à m'attendre pour te coucher tu sais et puis cette fois je comptais l'inviter à prendre un verre chez moi. Tu resteras dans ta chambre d'accord ? »
-« Ouais, ouais. Ce sera fait. »
Le jeune homme joignit alors ses deux mains comme pour une prière puis les détacha presque aussitôt puis il se dirigea vers l'escalier et rejoignît sa chambre avant de refermer la porte bruyamment ce qui étonna le brun. Est-ce qu'il était fâché ? Le violoniste haussa les épaules, la fatigue commençait à lui prendre et il ne tarda pas à aller retrouver son lit.
La porte qui se ferme, signe que Roy venait de partir en direction du conservatoire. Le bruit de la porte qui se ferme, réveil personnel du jeune Edward à 7h30. Comme tous les matins, il allait encore attendre dix minutes avant d'avoir le courage de mettre un pied hors de son lit. Mais qui ne connait pas cette torture que de se lever le matin ? Les dis minutes passèrent puis vingt… Puis trente… Pour au final se réveiller à midi moins le quart. Il s'était couché tard. Beaucoup trop tard. Le blond prit alors son courage à deux mains et se leva, la faim l'aidant à surmonter cette épreuve. Il quitta sa chambre tel un zombi et descendit les marches pour atteindre le salon. Là, comme chaque matin, sur la dernière marche, il s'arrêta et observa soigneusement la pièce. Cette grande pièce. La plus grande pièce de cette grande maison…vide. Il était seul. Comme chaque matin, chaque jours jusqu'à ce que Roy rentre. Mais il se l'avoua : depuis qu'il était venu en ce monde, il vivait pratiquement seul sauf les jours où son maître ne travaillait pas. Le temps qu'il passait avec lui était rare tout comme les occupations collectives. Mais il se consolait en se disant qu'il le rendait heureux en exhaussant ces vœux. Il vivait pour ça, pour faire en sorte qu'un jour, le vœu qu'il avait fait devant cette rose ce soir-là, devienne réalité. Ce souhait n'était pas si facile que ça, il fallait du temps pour l'ange mais il savait qu'il réussirait un jour et que ce fameux jour il… disparaitrait ? C'était son destin, il ne vivait que pour Roy. Il n'avait pas à s'en plaindre. Vivre était le plus beau cadeau qu'il avait pu avoir.
Son but de la journée : trouver une occupation. Après avoir fini de manger, Edward sortit dans l'immense jardin fleurit dont il prenait désormais soin à la place du violoniste. Il s'y trouvait bien, dans ce monde enchanté, haut en couleur et loin de cette maison monotone. Il y était né dans ce jardin, peut être était-ce ça qui les rendait si proche. Fleurs, fruits, légumes… Il pouvait y trouver de tout ! Se régaler en mangeant les fraises, faire des couronnes de fleurs dont il ne savait que faire. C'est alors qu'une envie d'utiliser ce jardin pour faire plaisir au brun lui vînt à l'esprit. Le surplus de fruits et légumes pouvait très bien lui servir pour cuisiner des plats pas trop compliqués que l'homme lui avait appris. Heureux de s'être trouvé une nouvelle occupation, le blond se précipita dans la cuisine et ne tarda pas à trouver une recette de biscuits fruités. Ni une ni deux, il recueillit des fraises, des framboises, des oranges et toutes sortes d'agrumes et de baies et se lança dans sa nouvelle expérience prenant bien soin de ne pas mettre le feu une nouvelle fois. Ce fut dur. Très dur. Il passa son après-midi à tenter maintes et maintes fois la recette, enchainant échecs sur échecs pour au final réussir à faire une petite dizaine de biscuits certains plus cuits que d'autres mais il en fut fière. Dix-neuf heures sonnèrent. Roy n'allait pas tarder à rentrer et il ne serait pas seul. Edward attarda un petit plat en porcelaine et y déposa délicatement les biscuits. Retournant dans le salon, il plaça le plat au centre de la table espérant que Roy y goûterait vu l'odeur alléchante qui s'y dégageait.
Le bruit de la clé dans la porte le fit se précipité dans les escaliers mais le blond se refusait d'aller dans sa chambre tant qu'il n'avait pas vu ce que Roy pensait de ses biscuits. Il resta donc caché. La voix du brun parvînt à ses oreilles suivit d'une autre plus féminine.
-« Je t'en pris, fait comme chez toi. »
-« C'est gentil, merci. »
Une jeune femme, blonde, quitta alors le couloir pour entrer dans le salon et fut émerveillée au premier abord.
-« Wow ! Tu as vraiment une grande maison, Roy ! »
-« N'est-ce pas ? » rigola le propriétaire.
-« Et tu vis tout seul ici ? »
-« Non. » ne put s'empêcher de répondre mentalement Edward dont une grimace de mécontentement était dessinait sur son visage.
-« Oui. Je sais ce que tu penses. C'est un peu grand pour une personne seule mais j'y suis habitué. »
-« Tu as beaucoup de courage. » sourit la blonde.
Roy l'invita alors à s'assoir et tous deux restèrent surpris en voyant le plat joliment préparé par Edward et dont l'odeur s'échappait encore. Le jeune garçon se mit alors aux aguets attendant patiemment que Roy y goûte.
-« Je peux ? interrogea la jeune femme sans pour autant attendre la réponse et en savourant le biscuit. Oh ! De la prune ! C'est succulent, dis moi ! C'est toi qui les as faits ? »
Le garçon sentit une pointe de colère monter en lui. Ce n'était pas pour cette femme qu'il les avait faits. Cependant, en voyant le brun hésiter à répondre, il eu soudain peur de sa réponse.
-« Et bien… C'est une vieille recette de grand-mère que j'ai voulu tester. Si ça te plaît, prends-en ! Après tout je pourrais en refaire. »
-« Je suis une vilaine gourmande. Je ne sais pas si je peux mais ces biscuits me tentent tellement ! C'est très gentil ! » plaisanta la blonde en se resservant de bon cœur.
Roy savait jouer de ses charmes et comme tout homme qui se respecte, s'il voulait conquérir le mensonge pouvait aussi lui être utile. Ainsi, il attrapa deux verres et sortit une bouteille d'alcool qu'il déposa sur la table et servit sa collègue qui était aux anges. C'est en prenant place qu'il les vit : ces deux yeux dorés qui les fixaient tous les deux. Ces deux yeux dorés qui se trouvaient face à lui et que lui seul pouvait voir. Encore heureux ! Déjà que ce regard l'effrayait, il n'osait même pas imaginer si sa collègue les remarquait. La question était maintenant de savoir ce que fichait Edward caché dans les escaliers. A moins que c'était de savoir pourquoi il avait un tel regard. En y réfléchissant bien, Roy avait peut être la réponse mais quand il posa son attention sur le plat celui-ci était vide. Il releva la tête en direction du jeune homme mais celui-ci avait disparu. Soudain, une porte de l'étage -et Roy savait laquelle- se ferma très bruyamment ne manquant pas de faire sursauter la blonde.
-« Qu'est-ce que c'était ? »
-« Un courant d'air surement. J'ai dut oublier de refermer une fenêtre. »
Encore un mensonge mais il valait mieux car il savait très bien que son ange gardien était désormais énervé mais il ne se doutait pas à quel point. Non, il ne se doutait pas à quel point Edward était énervé. Celui-ci s'était enfermé dans sa chambre et s'était jeté sur son lit. Dieu sait qu'il avait envie de massacrer cette fille. De massacrer Roy. Jamais il ne s'était mis autant en colère. Pourquoi Roy avait-il menti comme ça ? Pourquoi avait-il proposé à cette garce de tous les manger ? N'aurait-il pas pu en prendre juste un ? Il le savait que le blond les avait faits pour lui. Il ne pouvait que s'en doutait ! Se fichait-il royalement de lui ? N'était-il donc bon qu'à réaliser ses vœux ? Roy n'en avait-il donc rien à faire de lui ? Apparemment, la réponse était oui et cette réponse était vraiment douloureuse. Il ne savait pas vraiment pourquoi ni comment mais le blond avait mal. Depuis quelque temps déjà, il avait mal. Le brun ne prêtait pas attention à sa personne mais à son don. Monsieur était plus occupé à courir derrière les demoiselles et à passer ses soirées avec elles. Edward tenta de se calmer et de prendre une nouvelle fois sur lui.
-« Je vis pour rendre heureux…pas pour l'être… »
Lorsqu'il se réveilla, son réveilla indiquait minuit moins cinq. Il s'était endormi ? Le garçon soupira. Il n'aimait pas se réveiller en pleine nuit. Mais la faim triomphait une fois de plus. Sortant de son lit, il s'apprêtait à quittait sa chambre quand des gémissements aigues se firent entendre provenant de la pièce d'à coté autrement dit…la chambre de Roy. Le blond ne tarda pas à conclure qu'il était en pleins ébats amoureux avec sa jeune collègue. La troisième fois en une semaine… La énième fois depuis des mois. Il aimait coucher avec toutes les jeunes femmes qu'il rencontrait et pourquoi ?
-« Je veux toutes les tester pour savoir qui sera la bonne, une fois pour toute… » se murmura Edward.
C'était la raison que lui avait donné son maître… Ce n'était surement pas la vraie. Du moins il s'y était refusé d'y croire avec le temps. Les premières fois ce n'était rien pour lui. Il apprenait la manière de vivre des humains mais le temps avait fait que maintenant ça lui était devenu insupportable. Ces cris, il ne les supportait plus comme il ne pouvait plus supporter de voir des femmes entrer et sortir comme bon leur semble de cette maison et rendre heureux le brun. Il détestait ça et cette fois il était hors de question qu'il les supporte une nuit de plus. Il se précipita hors de sa chambre et se dirigea vers la cuisine pour y prendre de quoi se rassasier mais la maison était tellement vide et tellement silencieuse que les gémissements lui paraissaient sortir de tous les murs et résonnaient dans chacune des pièces. Ils avaient l'air de bien s'amuser là-haut tandis que le jeune homme avait l'impression que son cœur allait s'arrêter. A cause de quoi ? De la colère ? Il n'en savait décidément rien mais il avait mal si bien que la folie prit le dessus. Ah ! Il lui était interdit de se faire remarquer lorsque Monsieur était en compagnie ? Il devait agir comme s'il n'existait pas ? C'en était désormais assez ! Il était tant pour lui de s'amuser un peu… Il se pressa de remonter dans sa chambre tout en faisant le plus de bruit possible et refermant bruyamment la porte ce qui fit revenir l'instant de quelques secondes un silence total dans la demeure. La voix féminine résonna exprimant la panique tandis que la voix de Roy essayait de la rassurer une fois de plus. Mais Edward n'en avait pas encore fini. Il allait faire passer l'envie à cette garce de fréquenter son maître. Il se mit alors à tambouriner contre le mur qui séparé les deux chambres, accentuant la frayeur de la blonde et obligeant l'homme à se lever. En entendant les pas du brun sur le sol, le garçon ressentit une certaine satisfaction pour avoir mis fin à leur petite nuit agitée. Mais son air satisfait s'effaça au moment ou la porte de sa chambre s'ouvrit laissant apparaitre le brun torse-nu.
-« Je peux savoir ce que tu fais ? » s'exclama-t-il refermant la porte et essayant de se faire le moins entendre possible par sa collègue.
-« …Je veux dormir … »
Roy l'attrapa par le col et prit un air menaçant.
-« Non mais ça va pas ! Qu'est-ce qui était convenu ? Tu ne dois pas faire de bruit et te faire remarquer quand je suis avec des gens ! Compris, sale mioche ? »
-« Je… Je suis pas un mioche, connard ! Et j'existe si je veux ! »
-« Quoi ? »
Le poing gauche du blond fut son unique réponse. Surpris, il le lâcha et celui-ci en profita pour se précipité hors de la chambre pas vers les escaliers mais plutôt en direction de la pièce d'à coté.
-« Edward ! Reviens là ! »
Trop tard. Le jeune homme entra en trombe, plus poussé par la folie et la colère que par la raison, et manqua de faire faire une crise cardiaque à la femme qui poussa un cri de surprise et en se couvrant du drap en voyant le gamin.
-« Qui est-ce ? » s'écria-t-elle en voyant Roy revenir et saisir Edward afin de le faire sortir de la chambre.
-« Je ne sais pas ! » mentit le brun une nouvelle fois.
Le blond qui se débattait tant bien que mal eu soudain un regard malicieux et un sourire narquois qui ne passèrent pas inaperçus aux yeux de l'homme torse-nu qui cru alors voir plus un démon qu'un ange mais les deux disparurent aussitôt pour laisser place à un air innocent dont Edward avait le secret.
-« Je suis Edward ! Dis papa… Pourquoi y a encore une dame dans ton lit ? Pourquoi tous les jours y a des dames qui viennent dormir dans ton lit ? Maman elle le s… ? »
La main puissante du brun vînt se plaquer contre la bouche du jeune homme l'empêchant de dire une parole de plus. Mais peut importe. Le visage horrifié de la blonde suffisait à comprendre qu'il avait réussi son coup. Celle-ci se leva et se s'habilla en quelques secondes sans pour autant faire attention à la présence des deux personnes.
-« Attends ! Ce n'est pas ce que tu crois ! Il dit n'importe quoi ! » s'expliqua Roy qui retenait bien fermement le blond qui ne se débattait plus, trop heureux d'avoir réussi.
Cependant les explications restèrent vaines. La gifle arriva enfin et la jeune femme se rua vers la sortie de la grande maison sans dire un mot de plus. Ce n'est qu'une fois que le claquement de la porte eut retentit que le brun récupéra son esprit et que sa colère s'orienta vers son ange gardien.
-« Annule immédiatement ce qui vient de se passer. Je sais pas comment mais annule tout de suite ! »
-« Et si j'ai pas envie ? »
-« Depuis quand je te demande ton avis ? Obéis ! T'es là pour réaliser mon souhait non ? Je peux savoir ce qui t'as pris ? Tu as intérêt à avoir une bonne explication ! »
-« Alors c'est ça ? Je ne suis bon qu'à ça pour vous ? Je suis un esclave qui doit obéir et dont la personne n'intéresse quiconque… Juste mon don… »
Roy resta stupéfait de la réponse tandis que le blond se recula, blessé au plus profond de lui. La douleur le reprenait de plus belle.
-« Les biscuits… Je les avais faits pour vous ! Pas pour elle ! »
-« … Je m'en doute. »
-« Elles passent toutes avant ! Vous n'en avez rien à faire de moi. Je suis inexistant à partir du moment où je ne réalise pas vos souhaits. J'ai essayé d'apprendre à vivre comme vous. Je ne comprends pas ! Moi, quand vous avez fait le vœu de ne plus être seul ce soir dans la vie ce soir là je pensais que ma personne vous suffirait mais non…en réalité vous êtes toujours avec des femmes… »
L'homme ne savait vraiment plus quoi répondre et son cerveau saturé, en quelques sorte, cherchant encore une excuse valable ou un mensonge mais le flot de larmes auquel il dut faire face à ce moment-là l'en dissuada. Les grands yeux dorés qui l'observaient étaient désormais rougis et humide et les perles luisantes qui glissaient le long de joues du garçon lui fendirent le cœur provoquant un certain malaise.
-« Ed, je … »
-« Ça fait mal d'être ignoré ! Ça fait mal d'être seul ! A cause de vous j'ai mal ! Vous êtes vraiment un salaud fini ! Je vous déteste ! Enfoiré ! »
Sans réfléchir, Edward se précipita vers la fenêtre et l'ouvrit en grand.
-« Edw… Arrête qu'est-ce que tu fais ? »
-« Fout-moi la paix, connard ! »
Roy n'eut pas le temps de l'en empêcher. Déployant ses ailes, le blond se dépêcha de sauter de la fenêtre pour prendre son envol et disparaitre dans les ténèbres de la nuit.
