Yo! Voici donc le deuxième chapitre réécrit de cette fiction!

Bonne lecture!


Le garçon du parc

Dehors, il faisait nuit et Sasuke n'avait pas pris le temps de fermer les rideaux bleu foncé. A vrai dire, l'idée ne lui avait même pas effleuré l'esprit, trop absorbé qu'il était par l'écran de son ordinateur. La lumière crue se reflétait sur son visage pâle, lui donnant un air malade et déformant ses traits de manière grotesque. Il n'avait pas non plus pris la peine d'allumer la lumière. Sasuke avait croisé ses mains sous son menton et observait l'écran, ses yeux naviguant de gauche à droite. Il avait le front plissé, les sourcils froncés et une moue sceptique sur les lèvres. Brusquement irrité, il sélectionna les quelques lignes qu'il avait écrites et les effaça. Ce n'était pas bon passable tout au plus.

Il se recula dans le dossier de sa chaise, retira ses lunettes et les lança sur le bureau avant de se pincer l'arête du nez, exaspéré par sa production.

Demain, il était sensé voir son éditrice et lui rendre les vingt premières pages de son manuscrit. Mais quel manuscrit ? Il n'avait encore rien écrit. Enfin si, il avait écrit beaucoup de choses ces dernières semaines mais qu'il avait aussitôt effacées. Soit son écriture était d'une assommante platitude et il se refusait à proposer des textes creux soit ses écrits étaient trop intimes pour être lus par qui que ce soit. Il ne voyait pas l'intérêt d'écrire pour ne rien dire mais il était incapable d'écrire ce qu'il avait à dire. Problème donc.

Il savait qu'il s'obstinait parce que son style plaisait à la majorité et que ces écrits lui permettaient de ne pas travailler à temps complet pour son père. Ce dernier, trop fier, de prétendre avoir un fils écrivain, un artiste, lui laissait un peu de champ libre pour écrire. Sasuke, un artiste ? L'idée lui fit esquisser un rictus. Non, définitivement non. Sasuke imaginait les artistes comme des êtres débordant d'idées aussi folles que géniales, excentriques, avec des rythmes de vie impossible. Lui, il aimait sa routine et devait se creuser l'esprit pour trouver des idées sur quoi écrire.

L'écriture l'avait ainsi rendu un peu plus libre et avait policé les relations qu'il entretenait avec son père, même si celles-ci restaient tendues.

Lui, il se trouvait plutôt lamentable de rédiger des tissus d'âneries pour lesquelles les gens le félicitaient chaleureusement. Il détestait quand les gens disaient qu'ils se reconnaissaient dans ses textes. ça ne pouvait qu'être faux il avait tout inventé, lui-même ne s'identifiait pas à ses écrits. Cette manière d'écrire, c'était aussi ce qui le sauvait. Parce qu'une fois qu'il avait choisi quel mensonge raconter, il était, par exemple, capable d'écrire vingt pages en une nuit. Il s'étira, fit craquer sa colonne vertébrale et se mit au travail.

Sur le coup des trois heures du matin, il mit le point final à son travail. Nul. Il soupira. Enfin, ça conviendrait sans doute à son éditrice. Il éteignit son ordinateur et resta quelques instants dans le noir. Inconsciemment, ses doigts effleurèrent le tiroir de droite celui où il gardait les choses qu'il avait écrites et qui voulaient dire quelque chose. Il hésita. Est-ce qu'un jour il aurait le courage de les publier ? Il repensa au dernier texte qu'il avait écrit. Une description, une longue description d'un garçon qu'il avait vu dans le parc, quelques jours auparavant. Il faisait très froid ce jour-là et il avait été étonné de voir deux lycéens se balader et s'asseoir de l'autre côté de la fontaine où il était assis. Un garçon et une fille blonds tous les deux. Sasuke s'était vaguement demandé s'ils étaient frère et sœur mais quand la fille avait rapproché le garçon pour que ce dernier vienne se placer entre ses genoux, il avait plutôt opté pour la solution « couple ». Il avait fait semblant de ne pas les voir jusqu'à ce que le garçon crie. Il avait levé la tête par réflexe et avait croisé deux yeux bleus. Il ne savait pas pourquoi il s'était autant attardé sur la description de ce garçon, il l'avait fait simplement.

Non, il n'était pas près de publier ces pages.


Quand son réveille sonna, Sasuke était déjà réveillé. Il attendait la sonnerie pour pouvoir se lever pour faire semblant. C'était une habitude qu'il avait depuis petit déjà. A l'époque, quand ses parents avaient réalisé qu'il dormait peu et se réveillait tôt, ils l'avaient sermonné sur l'importance du sommeil. Alors, pour éviter que ça ne recommence, il ne se levait plus, il attendait patiemment ce qui était stupide maintenait qu'il vivait seul. Les habitudes ont parfois la vie dure.

Il n'aimait pas dormir. Être allongé, sans rien faire, en attendant de tomber dans une sorte d'inconscience ne lui plaisait pas. Les rêves agités qui venaient le visiter souvent le révulsaient encore davantage. Il se sentait toujours vaseux le matin, des lambeaux d'angoisse encore collés à la peau.

Il se leva et se prépara rapidement. Il eut une moue vaguement dépitée en constatant la présence de grands cernes qui mangeaient le haut de ses joues. Son éditrice ne manquerait pas de le remarquer. Il s'habilla sobrement, une chemise blanche et un pantalon noir simple, mais griffés.

Il arriva au café où il avait rendez-vous un quart d'heure en avance. Il en profita pour sortir son calpin et observer les gens qui l'entouraient. Pour la plupart, il s'agissait de personnes âgées qui lisaient le journal ou parlaient du dernier tiercé. Mais en face de lui, une femme attira son attention. Elle était jeune et un bébé gigottait dans ses bras. Elle lui gazouillait des paroles inaudibles et bien qu'elle soit approximativement habillée d'un training et d'un sweat trop grand, elle était belle. Par contre, le bébé faisait du bruit. Les enfants, encore un autre concept pour Sasuke. Avant qu'il ne puisse pousser sa réflexion plus loin, une femme entra dans le café et Sasuke reconnut le bruit de ses escarpins. Habillée d'un jeans et d'une veste de costume cintrée vert menthe, elle lui décocha un sourire ravageur et vint s'asseoir en face de lui.

-Sasuke, le salua-t-elle.

-Sakura.

-Comment ça va ? Un peu fatigué ? Bon, c'est quoi ton excuse cette fois ?

-Aucune, tiens, lâcha-t-il en glissant une fourre dans sa direction.

Elle haussa les sourcils, sceptique.

-Tu as vraiment écrit les vingt premières pages ?

-Oui, il faudra sûrement les retoucher, je les ai écrites rapidement.

-Ne t'inquiète pas, je suis là pour ça. C'est parfait, moi qui pensais que j'allais devoir te supplier pour obtenir ce premier jet, je suis plutôt soulagée.

-Cool, répondit sobrement Sasuke.

-Tu as le temps pour un café ? Demanda-t-elle.

-Un rapide alors, acquiesça-t-il.

La plupart des personnes qui avaient eu l'occasion de fréquenter Sasuke le pensait asocial, si pas carrément misanthrope. Ce n'était pas à strictement parler vrai. Simplement, Sasuke appréciait extrêmement peu de gens et ne se donnait pas la peine de faire semblant. Dans les faits, il supportait environ trois personnes : Sakura, son frère et Neji Hyuuga.

Sakura était franche et directe. Elle était intelligente et sensible ce qui lui permettait de travailler efficacement avec le brun tout en comprenant bien son humeur souvent taciturne.

-Alors quoi de neuf dans la vie, lui demanda Sasuke.

-La routine, métro, boulot, dodo, répondit simplement Sakura.

-Et ta dernière conquête ? Demanda Sasuke avec un sourire.

-Ah, rappelle-moi de ne plus jamais boire avec toi, après je te raconte des choses que je ne devrais vraiment pas.

-ça veut dire que c'est compliqué ? Insista Sasuke.

-Hmmm, en partie. Le dernier rendez-vous qu'on a eu était vraiment sympa. Mais je sais pas, il a l'air de vouloir se poser assez rapidement et…Sakura laissa sa phrase en suspend et ses yeux se perdirent dans le vague.

-Ouais, je vois ce que tu veux dire.

Elle acquiesça simplement alors que le serveur leur amenait leur commande.

-Et toi ? Ton père ?

-Toujours pareil.

-Je trouve qu'on est des personnes très intéressantes et très bavardes, gloussa Sakura.

Sasuke rit doucement et le sourire de Sakura s'accentua. Sasuke qui riait, c'était rare. Rare et beau.


En début d'après-midi, après avoir pris son courage à deux mains, Sasuke franchit les grandes portes vitrées des bureaux Sharigan & co. Le hall du bâtiment était impersonnel Sasuke avait été à suffisamment de meeting dans sa vie pour savoir que la plupart des bâtiments qui abritaient des bureaux de multinationales conséquentes arboraient la même décoration. Être simple, aller à l'essentiel.

Une des trois secrétaires présentent à l'accueil l'interpella alors qu'il se dirigeait vers les ascenseurs.

-Monsieur Uchiha, Monsieur Uchiha a fait demander à ce qu'on vous prévienne qu'il voulait vous voir le plus rapidement possible, l'informa-t-elle.

Sasuke acquiesça et murmura un vague « merci ». Quand son père demandait à le voir, c'était rarement bon signe. Sasuke se souvenait de seulement deux cas de figure où son père l'avait fait mander pour le féliciter. La première fois, Sasuke venait de publier son premier livre et les critiques ne faisaient que l'encenser. Son père lui avait sobrement dit bravo et avait bien insisté sur le fait que si Sasuke voulait continuer à jouir d'une certaine liberté, il devait continuer comme ça. La seconde fois, c'était lorsqu'à l'issue d'une réunion, Sasuke avait convaincu des clients d'une certaine importance d'investir dans leur entreprise, alors qu'Itachi avait échoué. Son père avait bien insisté sur le fait qu'Itachi avait échoué.

Il se força à prendre deux inspirations contrôlées avant de toquer à la porte et d'entrer sans attendre de réponse. S'imposer, la clé était de s'imposer.

Son père haussa les sourcils mais ne fit aucune remarque sur l'impertinence du comportement de Sasuke et l'invita à s'asseoir devant lui d'un signe de la main.

-Sasuke, dis-moi, tu comptais bien venir à la conférence sur l'économie de marché donnée par Hiashi Hyuuga la semaine prochaine ?

A vrai dire, pas spécialement. Mais Sasuke supputait qu'à partir de maintenant, il n'avait plus vraiment le choix.

-Si c'est nécessaire.

-ça l'est. J'aimerais qu'Itachi et toi soyez présents. Des enjeux capitaux pour l'entreprise seront débattus et, en tant que relève, vous devez vous en informer. Donc oui, tu seras présent.

-Je prends bonne note, acquiesça Sasuke.

Il avait appris depuis longtemps à ne pas résister. De toute manière, il irait. S'il ne le faisait pas, son père possédait beaucoup trop de moyens de pression pour lui rendre la vie impossible. Se laisser faire, serrer les dents et attendre que ça passe c'était toujours plus facile. Pourtant, quelque chose dérangeait Sasuke. Connaissant son père, la raison semblait un peu trop légère. Il garda ses doutes pour lui s'il y avait autre chose, il le saurait bien assez tôt.

-Autre chose. J'aimerais que tu supervises les prochains entretiens d'embauche pour les techniciens de surface. La dernière fois, ce sont vraiment des bras cassés qui ont été embauchés, assure-toi que ça ne se reproduise pas.

Sasuke fronça les sourcils. Son père aimait décidément trop son pouvoir. Demander à Sasuke de se charger d'une tâche qui ne le concernait pas du tout et qui était bien en-deçà de ses compétences permettait à son père de montrer son pouvoir et de l'asseoir.

-Quand ?

-Dans trois jours.

-C'est…

-Oui, normalement tu ne travailles pas ce jour-là, mais je sais que tu feras une exception. Merci, tu peux y aller Sasuke.

-Bonne journée, le salua sobrement Sasuke en se hissant lourdement hors de son fauteuil. Il le faisait exprès il savait très bien que son père ne supportait pas les gens pataud et un peu lent. Son père ne fit aucun commentaire et le regarda sortir de la pièce.


J'espère que ça vous a plus, que vous avez été inspiré, transporté, emballé par ce deuxième chapitre! ;)

A bientôt