Traum
L'éveil (partie une)
Une semaine plus tôt
Une vague de panique avait secoué Capitale : les Orphans étaient de retour. Ces monstres, ces abominations, ces démons… Un mal que l'humanité croyait avoir endigué au cours de nombreux combats et aux prix de grands sacrifices, seize années plus tôt.
Telle une épidémie, la rumeur d'une prochaine attaque probable se propagea dans tout le palais impérial pour parcourir ensuite les rues de la grande ville. Les passants se retrouvaient, l'air horrifié pour certains tandis que d'autres, plus jeune et inconscients, tenaient des propos macabres avec un air excité.
Dans les tavernes, les amis se réunissaient, échangeant racontars et m'a-t-on dit. Autour d'une bonne assiette de soupe chaude par ce mois hivernal, l'ambiance déliait les langues les plus difficiles.
A l'auberge du Baum (le « e » s'était effacé depuis longtemps mais tout le monde trouvait que cela sonnait bien mieux comme ça), le personnel de service était en effusion. La salle était bondée.
La porte de l'auberge s'ouvrit brièvement et se referma presque aussitôt. Cela avait néanmoins permit à une brise glaciale de pénétrer dans les murs de l'auberge, et Mai, une jeune serveuse, frissonna en fixant le nouveau client. La nouvelle cliente, corrigea automatiquement Mai en avisant une silhouette fine qui s'avança d'une démarche souple vers la dernière table de libre. La jeune femme allait retourner à sa commande lorsqu'elle aperçut l'animal poilu qui accompagnait nonchalamment la nouvelle arrivante. S'approchant d'elle, Mai désigna l'imposante bête du doigt.
«Excusez-moi, les chiens ne sont pas admis à l'intérieur de l'auberge. »
Un regard émeraude se planta dans les yeux améthystes de la serveuse. L'inconnue enleva une épaisseur de cape, dévoilant un visage fin et de longs cheveux charbons, attachés en une longue tresses qui reposait tranquillement sur son épaule gauche. D'un air maussade, la brune lui renvoya une œillade ennuyé.
« Ça tombe bien, c'est un loup »
Mai fronça les sourcils et mit un poing sur sa hanche, agacée.
« _S'il vous plaît, insista-t-elle, nous n'acceptons pas les animaux dans notre établissement.
_Hum »
L'inconnue ne rajouta rien de plus à sa tirade et retira un immense fourreau de son dos dont le manche d'un sabre dépassait, pour le poser délicatement contre la table. Mai allait renchérir, lorsque les voix d'un groupe de clients s'élevèrent derrière elle, voulant passer une commande. Partagée entre deux envies celle de faire déguerpir le duo hétéroclite devant elle et celle de remplir sa part de travail pour pouvoir toucher son salaire, Mai hésita un instant. Puis soupira.
« T'en fais pas, fit alors la femme au loup d'une voix bourrue en désignant son compagnon canin, Duran sera discret. Il fait trop froid pour que je l'abandonne dehors. »
Acquiesçant avec néanmoins une certaine méfiance, Mai prit la commande de sa cliente avant de filer. Certaines personnes, qui avaient remarqué le loup, déposèrent sur la jeune étrangère des regards intrigués et surpris.
Quelques minutes plus tard, Mai revint avec sa commande, qu'elle déposa sur la table. Curieuse de nature, elle ne put s'empêcher d'entamer la conversation.
« Vous n'êtes pas d'ici, n'est-ce pas ? »
La brune, qui allait commencer son ragoût, suspendit son geste pour lui lancer un regard que Mai interpréta comme un « Ouais, et alors ? ». Puis elle entama son assiette.
« Vous n'avez pas un accent commun » rajouta Mai, en tirant une de ses courtes mèches de cheveux roux. Elle avisa ensuite un peu mieux la jeune femme. A vrai dire, très peu de chose en elle serait qualifiable de « commun ». Entre le loup qui sommeillait sous la table, son sabre au fourreau éclatant et ses épais habits et son sac de voyage, Mai se demanda quelle genre de vie pouvait menait une telle personne.
« _D'où venez-vous ?
_Du nord » grogna la jeune femme d'un ton fade en avalant une nouvelle bouchée.
La rouquine haussa les sourcils devant cette réponse assez vague. Mais avant qu'elle ne puisse ouvrir une nouvelle fois la bouche, la brune la devança.
« _Dis, je peux louer une chambre ici ? Pour quelques jours.
_Oui, pas de problème. A quel nom ?
_Natsuki Kuga. »
Déposant finalement son assiette désormais vide devant elle, la brune redressa la tête pour dévisager un court instant son interlocutrice.
« Et je paie le double. Pour que Duran dorme au chaud. OK ? »
Vraiment peu commune , pensa Mai.
Natsuki se laissa tomber dans son lit en lâchant un gémissement d'extase. Depuis combien de temps n'avait-elle pas dormi emmitouflée dans des couvertures, sur un matelas moelleux et en sécurité dans une chambre bien chaude ? Encore toute habillée, la jeune femme lâcha une ribambelle de soupirs en frottant sa joue contre l'oreiller en plume, sous le regard inspecteur de Duran.
« Me regarde pas comme ça ! grommela Natsuki en tournant le dos au loup, à chaque fois tu m'utilises comme oreiller, tu peux pas comprendre que je sois en manque de confort… »
L'animal pencha la tête sur le côté, agitant ses oreilles avec amusement. Puis, il leva subitement le chef et fixa ses prunelles sur la porte de la chambre… qui s'ouvrit une poignée de seconde plus tard. Un jeune garçon d'environ quinze ans apparut, tenant contre lui une grande bassine d'eau fumante. Natsuki se redressa sur son lit pour observer le nouveau arrivant qui la saluait avec un premier sourire.
« Bonjour ! Je viens vous apporter votre eau chaude et quelques serviettes »
La jeune femme fit une moue en hochant la tête tandis que le garçon déposait son fardeau sur le sol. Il se releva et avisa le loup qui le contemplait tranquillement.
« _Woa, lâcha-t-il en esquissant un nouveau sourire, il est à vous ?
_Hum… Duran n'appartient à personne…
_Oh je vois ! C'est votre ami »
Natsuki se frotta l'arrière de la tête. Plutôt qu'un ami, elle considérait le loup comme étant de sa famille. Après tout, elle se rappelait l'avoir toujours eu à ses côtés.
Le garçon considéra un petit instant l'animal, l'air ravi. Natsuki ne put s'empêcher de remarquer son teint pâle.
« _Mai m'avait prévenu qu'il était impressionnant, lâcha-t-il soudainement.
_Mai ?
_Oui, ma sœur. Celle qui vous a servi tout à l'heure.
_Ah. Oui, je vois. »
En effet, il y avait une ressemblance avec la pipelette d'en bas.
« Je vous laisse vous laver. N'hésitez pas à m'appeler si vous avez besoin de quoique ce soit. Vous n'aurez qu'à demander un certain Takumi. »
Le garçon sourit une dernière fois et leva une main fine en guise de salut. Et il quitta la pièce, laissant une part de sa bonne humeur derrière lui. Natsuki haussa les épaules et plongea son regard vers le grand cuvier en bois qui faisait office de baignoire. Puis vers la bassine d'eau. Un bain. Un bain chaud. Depuis combien de temps s'était-elle contentée du courant froid d'une rivière pour se nettoyer ? Et encore, avec l'arrivée de cet hiver si brusque, elle n'avait pas vraiment eu l'occasion de faire trempette.
« Pas très hygiénique tout ça… »
Ce fut donc avec un sourire que Natsuki laissa tomber ses frusques en remplissant le cuvier. Et, avec un air ravi, elle glissa dans l'eau. Duran alla trouver le petit tapis sur lequel il s'étendit, préférant nettement faire la sieste que de se faire éclabousser.
Le soleil était couché depuis une heure déjà. L'obscurité avait jeté une vague de froid polaire sur Capitale. Natsuki sorti du Baum. Elle remarqua les rues désertes en avançant d'un bon pas vers le palais impérial, où elle devait se rendre. Une brise lui enleva tout vestige de la douceur tiède de l'auberge, et la jeune femme remonta un pan de vêtement qui protégeait son cou, pour mettre au chaud son nez. Comme à son habitude Duran parti en éclaireur. Le voyant fureter à chaque coin, sûrement à la recherche d'un éventuel rat à croquer, Natsuki se détendit malgré la température. Elle qui n'aimait pas la foule, la grande ville lui offrait un moment de quiétude qu'elle appréciait à sa juste valeur. Les yeux mis-clos, elle murmura aux oreilles de Zéphyr un vieil air de chanson dont les paroles faisaient défaut à sa mémoire. Un chant qui faisait monter en elle un grand sentiment de nostalgie.
« Que ce qui fasse sonner les clairons
Soit l'arrivée d'un nouveau printemps »
Tiens, finalement, elle se souvenait de quelques vers. Elle soupira. Avec ce temps, ce n'était guère étonnant qu'elle songe à la saison nouvelle. Il ne neigeait même plus. L'air lui-même semblait être pris dans la glace. Un frisson parcouru Natsuki, qui se rendit compte que son corps était engourdi.
Levant la tête, elle vit que le palais était tout proche et que Duran avait réussi à attraper quelques chose à son goût. Il l'attendait à l'entrée en mâchonnant avec entrain.
« 'spèce de goinfre » marmonna Natsuki en passant devant lui.
Le loup se contenta de trotter dans ses pas. La jeune femme ne se lassait jamais de son intelligence. Duran semblait savoir qu'il ne pouvait pas gambader allègrement dans l'enceinte d'un château. Avec un sourire tranquille, elle déposa une main gantée sur son pelage dru.
Lorsque les deux compères s'avancèrent au centre de la cour, ils furent accostés par deux gardes. Natsuki déclina son identité, disant qu'on l'attendait au palais, pendant que les soldats détaillaient le loup avec des yeux ronds. Puis leurs yeux se posèrent sur le grand sabre qui dépassaient du dos de l'étrangère. Un silence s'installa lorsque Natsuki eut finit de parler. Alors qu'elle se demandait si le froid n'avait pas bouché leurs oreilles et ankylosé leurs cerveaux, un premier soldat lui répondit avec raideur :
« Je vais vous conduire au colonel Suzushiro »
La salle des officiers, même déserte, était imposante. C'est ce que Natsuki ressentit lorsqu'elle y pénétra. De la grandeur. Du luxe. De la fierté.
Les personnes qui habitaient le palais de Capitale, la cité-cœur de l'Empire ne souffrait ni de la faim, ni du froid actuel.
Ni de l'ignorance, se dit-elle en jetant un œil aux ouvrages reliés qui étaient sagement alignés sur une étagère. Sûrement des livres traitant sur la stratégie et autre ressource militaire que pourrait posséder une telle salle. Elle n'avait croisé que très peu de monde pendant que le soldat la conduisait jusqu'ici. Quelques domestiques, tout au plus (qui avaient réagi comme les gens réagissent en voyant un gros loup gris dans le couloir tapissé d'un palais impérial). Natsuki se mit à l'aise enlevant cape, manteau et sabre puis en choisissant un siège parmi les nombreux entourant la grande table elliptique. Elle s'avachit dedans en grognant quelque chose au loup, ignorant protocole, coutume, règles de bienséance et aussi le soldat qui patientait à l'entrée.
Une poignée de minutes s'écoula donc pendant laquelle la jeune femme grattait Duran entre les oreilles. Puis une voix forte l'interpella.
« Natsuki Kuga, je présume »
Elle se retourna pour voir une grande blonde, droite, la posture droite et les bras croisés, qui la détaillait des yeux d'un air assuré. Natsuki pouvait presque voir l'aura de confiance en soi que dégageait l'inconnue. Elle hocha mollement du chef pour faire comprendre que la blonde présumait bien.
Cette dernière s'avança dans la pièce, suivi d'un homme du même âge que Natsuki et d'une deuxième femme de taille menue et âgée d'une dizaine d'année de plus, qui abordait une crinière de cheveux roux flamboyants.
La blonde s'avança dans la pièce et la brune se leva, plus par réflexe que pour autre chose, se voyant ensuite obligée de serrer la main que l'autre lui tendait.
« Je suis le colonel Haruka Suzushiro, se présenta-t-elle, J'espère ne pas vous avoir fait attendre trop longtemps. »
Natsuki haussa les épaules. Ce fut à ce moment-là que le trio devant elle remarqua son compagnon canin. Les yeux acajous du colonel s'agrandirent et ses sourcils se froncèrent.
«_ Ce poux vous accompagne, Kuga ?
_ Quoi ? lâcha abruptement Natsuki, n'étant pas sûre de ce qu'elle avait entendu.
_Hum, ce que le colonel Suzushiro voulait dire, intervint la rousse avec un sourire railleur, c'est qu'il est rare de voir loup ici. Un loup, n'est-ce pas Haruka ? » continua-t-elle en saupoudrant la militaire d'un regard malicieux.
Haruka Suzushiro grommela un vague « c'est ce que j'ai dit » guère crédible et l'autre sourit de plus belle, avant de reporter son attention sur la brune.
« Je suis l'intendante Midori Sugiura, enchantée. Et le petit jeunot derrière, c'est Tate Yuuichi qui seconde le colonel. »
Natsuki échangea un hochement de tête avec celui qui se nommait Tate et croisa les bras. Elle ne put s'empêcher de remarquer que la fameuse intendante semblait l'observer attentivement. Mal à l'aise, elle préféra s'adresser au colonel.
« _Mes sources m'ont avertie que l'Empire aurait besoin de mes services, fit-elle de sa voix grave.
_Oui, répondit la grande blonde, beaucoup de gens et de rumeurs parlent de certains de vos exploits concernant la chasse à l'Orphan.
_Hum, pour tout dire, rajouta Midori Sugiura, tu es une vraie légende, Natsuki. Il paraîtrait que tu peux en tuer un d'un seul coup de sabre »
Ceci dit, elle pencha légèrement la tête avec un petit sourire plutôt mystérieux puis avisa d'un œil minutieux l'arme de Natsuki, qui reposait à quelque pas près de Duran.
« _Très beau sabre, d'ailleurs…
_Vous me proposez donc un contrat, coupa la chasseuse qui était encore plus mal à l'aise depuis que l'intendante l'avait traitée de légende.
_En effet, reprit Suzushiro, nous voudrions que vous nous accompagnez lors d'une mission confiée par Sa Majesté, la princesse Kazahana Mashiro. Vous ferez office d'escorte en quelque sorte, pour plus de sécurité.
_Mmh, grogna-t-elle, un voyage long et périlleux je suppose.
_Une quête de paix et de justice, nuança la troisième.
_Voyez-vous ça…
_Quoiqu'il en soit, s'imposa Suzushiro en haussant la voix, il nous faut votre réponse assez rapidement.
_Inutile de tergiverser, je vous accompagne. »
Les deux femmes se turent un instant, troublées. Finalement, le colonel se racla la gorge.
« _Pouvons-nous vraiment compter sur vous ?
_Savez-vous ce qui se passe lorsque l'on tue un Orphan ? » demanda subitement Natsuki.
Il eut un second petit silence. Puis Midori répondit :
« _Et bien, son corps disparaît et ne laisse qu'une petite pierre…
_En effet » maugréa Natsuki en détachant la bourse qui pendait à sa ceinture pour la présenter à ces interlocutrices.
A l'intérieur, reposaient tranquillement une myriade de cristaux aux doux reflets améthystes. Des pierres d'Orphan. Tandis que le visage de Suzushiro reprenait l'expression qui était apparue en voyant Duran, les yeux de Midori brillèrent. Tate Yuuichi qui n'avait, jusque là, pas ouvert la bouche, lâcha un long sifflement pour ensuite déposer un regard respectueux sur la jeune femme.
Avec une imperceptible moue amusée, Natsuki replia le cuir de la bourse avec un lacet avant de la remettre à sa place initiale.
« _J'ose espérer que vous êtes désormais convaincus…
_ Hm… soit. Bienvenue dans l'armée de l'Empire, Kuga. Yuuichi vous exposera les détails de mission… et de rétribution bien entendu. Nous nous reverrons dans trois jours. »
Natsuki hocha la tête en attrapant ses affaires. L'entretient était désormais achevé. Suivant le subordonné du colonel, elle se contenta d'un petit signe de main en guise de salut, sortant de la pièce avec Duran sur ses talons.
Lorsque les pas dans le couloir se furent éloignés, Haruka Suzushiro se tourna vers le visage songeur de l'intendante.
« _Qu'en pensez-vous, Sugiura ?
_Et bien, je n'ai presque aucun doute là-dessus. Elle est bel et bien une Héritière.
_Ne la trouvez-vous pas un peu… déstabilisante ?
_Haruka, je pense que vivre en solitaire peut donner à une personne un certain mode de vie, fit-elle en ricanant.
_Hm… je suppose, oui.
_En tous cas, je pense que la présence de Natsuki sera déterminante à la réussite de notre mission.
_Et puis, se rendre au temple de Fuuka sera sûrement important pour elle, c'est là-bas qu'est sa place en tant qu'Héritière après tout. »
Soupirant, la femme rousse laissa son regard vagabonder sur les tapisseries.
« _Fuuka, hein ? Haa, tout cela ne me rajeunit pas, Haruka. Enfin… »
Et elle bailla disgracieusement, lâchant un vague « salut » en se dirigeant vers la sortie de la salle, pour laisser un colonel plongé dans ses pensées.
A suivre
Hey !
Tout d'abord, je remercie les commentateurs du prélude =) ohio92, c, DameAjisai (des compliments et encouragements qui me touchent ^^ vu que c'est ma première fic sur Mai Hime)
Vu que j'suis carrément nouvelle sur le site, je sais pas trop s'il faut envoyer des réponses aux commentaires par PM ou autre... Alors je vous remercie ici.
J'ai eu un peu honte de n'avoir posté que quelques misérables lignes de prélude sans vraiment de chapitre avec (shame on me), mais ce que vous venez de lire m'a donné du fil à retordre, de la patience et beaucoup d'autres ingrédients (rares) pour être pondu... De quoi râler (j'aime bien râler) pendant pas mal de temps et à se creuser les méninges au lieu de roupiller... bref !
Un chapitre où il se passe pas grand chose (miséricorde), mais bon, faut bien planter le décor et les persos avec hein ! l'action viendra les enfants ;)
Je vous dis à bientôt pour un prochain chap' qui risque d'être plus... impétueux que celui-ci (huhu).
Ne pas hésiter à me lapider si vous voyez quoique ce soit qui pourrait être lapidatable...
Bye !
E9
