Hello!

Désolée, j'ai pas eu le temps de répondre à toutes les reviews, je sais, c'est maaaal. Mais pour me faire pardonner je vous donne le plus loooong chapitre jamais écrit.

Ah, y a deux choses que je n'ai pas précisé la dernière fois. D'abord, Tonks ne sait pas que Remus est un loup-garou, c'est quelque chose que j'expliquerai plus tard dans l'histoire. Je ne suis pas sûre qu'elle sache au début du tome 5 et si elle sait dans le livre eh bien, elle l'a oublié dans cette histoire. ^^ La deuxième chose, je ne l'ai pas précisé mais j'ai pensé entre temps que ça pouvait déranger certaines personnes et qu'il valait mieux prévenir que guérir. Dans cette fic, il sera fait mention d'alcool et de cigarettes.

Enjoy & Review


Bottom line is, even if you see 'em coming, you're not ready for the big moments. No one asks for their life to change, not really. But it does. So what are we, helpless? Puppets? No. The big moments are gonna come. You can't help that. It's what you do afterwards that counts. That's when you find out who you are.

Joss Whedon – Buffy the vampire slayer

En bref, même si on les voit arriver, on n'est jamais prêt pour les grands moments. Personne ne veut que sa vie change, pas vraiment. Mais ça arrive. Alors que sommes-nous, impuissants ? Des marionnettes ? Non. Les grands moments arrivent. On ne peut rien y faire. C'est ce qu'on fait ensuite qui compte. C'est là qu'on découvre qui on est vraiment.

Joss Whedon – Buffy the vampire slayer.

Chapitre 2 : Afterwards

Le silence était insupportable.

C'était toujours la première pensée qu'avait Sirius le matin.

« Remus, je vais préparer le petit-déjeuner ! » cria-t-il, vers les étages, sans obtenir la moindre réponse. Sans que le moindre bruit ne vienne faire écho à sa proposition. Souvent, il avait l'impression qu'il aurait pu hurler de toutes ses forces sans parvenir à briser la bulle ouatée dans laquelle il était enfermé.

« Ce n'est pas comme si je servais à autre chose de toute manière. » marmonna-t-il, entre ses dents.

La colère, compagne familière, menaça de l'emporter et il eut l'envie soudaine de détruire quelque chose. Détruire cette maison maudite brique par brique.

Il avança dans les couloirs, dans les escaliers, le menton haut et la posture fière. Il refusait de courber la tête devant les regards accusateurs des elfes empaillés qui ornaient les murs. Il refusait de baisser les yeux sous les murmures qui semblaient le poursuivre où qu'il s'aventure.

Les chuchotements étaient incessants mais il semblait être le seul à les entendre. Il ignorait s'ils provenaient de sa mémoire ou des murs mêmes de la maison qui devait s'horrifier du retour de ce fils honni.

Il refusait aussi de se poser la question.

Il les emmerdait tous. Les Black, les MacMillan, les Crabbe, les Malfoy, les Rosier et tous ceux qui figuraient sur ce maudit arbre généalogique. Il les emmerdait tous parce qu'il valait un million de fois mieux qu'eux réunis. Il avait survécu. Il avait traversé l'enfer, avait affronté tous les coups du destin... Il avait survécu.

Pour revenir se terrer dans la maison familiale, semblait se moquer la bâtisse. Comme un lâche.

Serrant les dents pour lutter contre le sentiment de claustrophobie habituel, il dévala rapidement l'escalier, tentant d'insuffler un peu d'enthousiasme à ses gestes. Il n'y parvint pas.

Alors qu'il descendait les dernières marches, ses yeux tombèrent sur la porte d'entrée.

La tentation était presque trop forte. Il jeta un coup d'œil derrière son épaule mais Remus était toujours dans sa chambre, à être ennuyeusement adulte et rabat-joie.

Lentement, silencieusement, il avança vers la porte.

Il ne fallait pas croire qu'il n'avait pas compris le manège de Dumbledore. Proposer à Remus de venir s'installer au Square Grimmaurd n'était pas innocent. Mais son ami avait le droit de sortir dans la journée, lui. Il avait des missions, lui. Et quand Lunard n'était pas là, Molly passait ou Tonks ou Fol'Œil ou quelqu'un d'autre. Jamais un moment de répit dans un endroit où la solitude l'étouffait.

Tout ça pour s'assurer que Sirius ne ferait pas de bêtises et resterait sagement à la place qu'on lui avait désignée. Pour qu'il obéisse aux ordres. Comme un bon chien.

Même Snape en faisait plus que lui pour l'Ordre, ces temps-ci. Et il ne manquait pas de le lui faire remarquer à la moindre occasion.

Sans même le réaliser, la main de Sirius s'était posée sur la poignée ronde. L'étain se logea dans sa main avec perfection.

Pourquoi ne comprenaient-ils pas qu'il devenait fou à pourrir dans ce trou ? C'était pire qu'Azkaban. Pas besoin de Détraqueurs quand des fantômes, du malheur et du regret l'attendaient à chaque pas qu'il faisait.

La poignée tourna.

Le vent froid de l'automne s'engouffra dans le hall d'entrée, plaquant ses cheveux longs sur son visage. Molly avait insisté pour les couper la semaine dernière, la fois où Remus s'était absenté et où elle était venu le baby-sitter sous couvert d'apporter des provisions. Il avait refusé qu'elle coupe plus haut que l'épaule, ils étaient propres, à présent, et plus le nid emmêlés qu'il avait traîné à sa sortie d'Azkaban. Personne ne lui accorderait la moindre attention.

Il ouvrit brusquement la porte, se repaissant du paysage sans beauté de la petite place face à la maison. Le vent l'invitait à le rejoindre et Sirius sut qu'il était perdu. Il allait répondre à l'appel du monde extérieur comme un assoiffé se serait jeté sur un verre d'eau.

Il ferma les yeux. Une seconde. Le temps de savourer l'enivrante sensation de la liberté.

Il n'y avait rien de plus grisant, rien de plus précieux... Il aurait préféré continuer à errer de village en village sous sa forme de chien, à se nourrir irrégulièrement de déchets, plutôt que de rester ici.

Il ne pouvait pas veiller plus efficacement sur Harry du Square Grimmaurd que de n'importe où ailleurs, c'était un privilège qu'on lui avait retiré. Il devait croire que son filleul était en sécurité à Poudlard et faire avec.

« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda Remus dans son dos, plus proche qu'il ne l'aurait pensé.

Sirius aurait aimé pouvoir lui répondre la vérité. Qu'il l'attendait. Qu'il avait espéré que son ami arriverait à temps pour empêcher sa fuite.

« Le journal. » répondit-il pourtant, platement.

Tout en nouant sa cravate, le lycanthrope le dévisagea avec inquiétude. Mais pas de surprise, nota-t-il. Plus de surprise.

« Tu sais bien que la maison est sous Fidelitas, Sirius. » remarqua Remus, avec une nonchalance qui sonnait faux.

Pour ne pas le brusquer. On ne brusquait pas un homme dont le psyché menaçait de s'effriter à tout moment.

« C'est vrai. » accorda-t-il, d'un ton moqueur, en désignant sa tête défaillante, en guise d'excuse.

Les deux hommes s'affrontèrent du regard quelques secondes, sans hostilité mais sans complicité non plus. Sans l'affection d'avant.

Ils le croyaient tous fou et Sirius ne prenait plus la peine de démentir. Il n'était pas fou. Pas totalement du moins. Il jouait volontiers l'aliéné qu'ils s'attendaient à voir, il trouvait distrayant de bousculer leurs convenances ridicules, de leur faire payer par ses crises de fureur l'isolement qu'ils lui imposaient. Et ils le croyaient. Tous. Ils lui passaient la plupart de ses propos, de ses actes...

Excepté Remus.

Remus n'était pas dupe.

« Tu sais que tu ne peux pas sortir, Sirius. » le sermonna son ami. « Tu sais que c'est dangereux. »

Il le regarda fermer la porte. A peine le temps de ciller et le bout de ciel gris, que tant de personnes prendraient pour acquis ce jour là, disparut. Avalé par la noirceur qui suintait de chaque plinthe de cette baraque.

« Dangereux pour moi ou pour l'Ordre ? » provoqua Sirius, cédant à ce besoin d'action qui enflait dans sa poitrine.

Ils avaient déjà eu cette discussion cent fois et Remus était visiblement las de subir sa frustration.

« Pas ce matin, Patmol. » soupira l'homme. Il se détourna mais pas avant que Sirius ait surpris ses traits crispés. Les lendemains de pleine lune étaient toujours difficiles. Ça au moins, ça n'avait pas changé.

Un instant, il fut tenté de s'enfermer dans sa mauvaise humeur, comme il le faisait souvent, et de poursuivre l'échange, sans égard pour l'état de l'autre Maraudeur. Après tout, la nuit précédente l'avait déçu. Il s'était réjoui, bien qu'il s'en soit senti un peu coupable, de l'approche de la pleine lune. La première depuis son évasion qu'il pourrait passer avec Remus. Il avait imaginé que tout serait comme au bon vieux temps. Un peu d'action en somme.

A sa décharge, le loup-garou avait bien essayé de le mettre en garde et avait sous-entendu, plus d'une fois, qu'il aurait préféré rester seul. Sirius avait feint de ne pas comprendre, n'étant pas prêt à renoncer à la seule distraction qui se présentait à lui depuis deux mois.

Le loup de trente-six ans n'avait rien à voir avec le loup de quinze. Finies les échappées sauvages, finies les aventures, finis les jeux amicaux... La lycanthropie pour Remus Lupin se résumait désormais à subir une transformation horriblement douloureuse et à se recroqueviller dans un coin sous sa forme de loup en attendant que le soleil se lève. Courtoisie de la potion tue-loup de Snape.

Patmol, en bon compatriote à quatre pattes, avait bien tenté de dérider Remus en l'incitant à s'amuser avec lui. Après tout, qu'ils ne puissent pas sortir ne signifiait pas qu'ils ne pouvaient pas utiliser la maison comme terrain de jeux... Mais le loup était resté amorphe, roulé en boule et l'ennui n'avait pas tardé à devenir tel que Sirius avait regagné sa chambre.

C'était l'âme en berne, qu'il s'était finalement endormi, songeant avec regret à l'époque où Lunard, Cornedrue, Queudver et Patmol faisaient la loi.

Il aurait pu continuer à s'en prendre à l'homme qui se dirigerait vers la cuisine d'une démarche raide. Il aurait pu. Mais il n'avait jamais su tenir rancune à Remus, jamais.

Le groupe des Maraudeurs avait toujours répondu à un équilibre subtil. Ils étaient tous les meilleurs amis du monde, bien sûr, mais parce qu'ils se complétaient les uns les autres. Sirius et James étaient immédiatement devenus amis, au premier regard. Il existait des âmes sœurs en amitié comme en amour, et James avait été son pendant sur de nombreux plans. Mais c'était Remus qu'il avait pris sous son aile quand James, lui, avait eu tendance à guider Peter. Et ça fonctionnait très bien ainsi... Ils étaient tous proches mais Sirius l'était davantage de Remus et James tandis que James l'était plus de Peter et lui.

C'était sans doute la raison pour laquelle James avait fini par croire que Lunard pouvait les trahir.

C'était ce qui rendait plus immonde encore la trahison de Peter.

« Quiconque nous entendrait croirait à un vieux couple, mon cher. » lança-t-il, en pénétrant dans la cuisine à la suite de Remus.

Le loup-garou se dirigea vers les placards mais Sirius lui désigna une chaise d'un geste.

« Si nous étions un couple, j'aurais demandé le divorce depuis belle lurette. » plaisanta Remus, en se laissant tomber sur le siège avec un soulagement visible.

Tout en extirpant les toasts de la niche, Sirius leva les yeux au ciel.

« Lunard, mon vieil ami, je suis blessé. » déclara-t-il.

Il déposa les toasts, le beurre et la confiture sur la table, avant de se tourner pour remplir la bouilloire et la mettre sur le feu. Il ne maîtrisait pas très bien les sorts de la vie domestique que Molly affectionnait tant et préférait faire les choses par lui-même. Ça avait le double avantage de prévenir une inondation et de lui donner quelque chose à faire. Sans compter que confier une telle tâche à Kreattur aurait demandé plus d'efforts que cela en valait la peine.

Ils prirent leur petit-déjeuner dans un silence qui aurait pu être confortable à une autre époque. Désormais, comme toujours, le silence entre eux était teinté d'une subtile rancœur dont l'un et l'autre se sentaient coupables.

Remus en voulait à Sirius de l'avoir soupçonné tant d'années auparavant, et Sirius en voulait à Remus de l'avoir cru coupable de la mort de James et Lily.

Mais aucun des deux ne se serait aventuré à ouvrir la boite de Pandore qu'était leur passé. Il était plus facile de prétendre que leur amitié n'avait pas souffert de ces quatorze ans de séparation.

Ce qui résultait, très souvent, en un silence légèrement pesant qui venait s'ajouter à celui, déjà hostile, de la maison.

Sirius ne pouvait s'empêcher de se demander si sa vie cesserait un jour d'être aussi merdique. Il aurait aimé pouvoir partir loin, faire ces voyages qu'il s'était promis de faire dans sa jeunesse... Voir des pays étrangers, vivre à la façon Moldue pendant quelques temps... Peut-être pourrait-il emmener Harry...

Il était en train d'observer d'un œil morne les feuilles de thé qui restaient accumulées dans le fond de sa tasse, en se demandant si elles prenaient véritablement la forme d'un Sinistros ou si c'était son imagination qui s'emballait, quand la cheminée s'activa dans le salon.

Sirius et Remus échangèrent un regard au bruit de quelqu'un débarquant dans le QG, et saisirent chacun leur baguette. Ils n'attendaient personne.

Le bruit de faïence brisée suivi d'un juron proprement grossier dissipa la tension soudaine.

« Tonks. » lâchèrent-ils en même temps, dans un sourire amusé.

Sa cousine ne tarda pas à apparaître sur le seuil de la pièce, en se frottant les yeux.

« Désolée pour le vase. » offrit-elle d'un ton fatigué, avant de s'écrouler sur une chaise et de se servir une tasse de thé sous les yeux incrédules de Sirius et Remus. « Tu n'aurais pas quelque chose pour le corser un peu ? »

« Molly a emporté l'alcool, il paraît que c'est mauvais pour moi. » ironisa-t-il distraitement. « Nuit difficile ? »

Elle était couverte de poussière et, à voir son air hébété, n'avait pas dormi.

« Tu vas bien, Nymphadora ? » s'enquit Remus, avec sa douceur coutumière.

Pourquoi persistait-il à l'appeler de la sorte alors que ça la mettait dans une rage folle, Sirius l'ignorait, mais il se prépara à l'explosion qui ne manquerait pas de survenir. Elle ne tiqua même pas.

« Oh, oui, ça va... » répondit machinalement la jeune femme, avant de regarder autour d'elle. Elle se figea en ne découvrant personne d'autre qu'eux deux. « Je suis la première ? »

« La première ? » répéta Sirius, sans comprendre. Aucune réunion n'était prévue à sa connaissance. Mais il était vrai aussi qu'il n'était jamais au courant de rien.

« Il s'est passé quelque chose ? » s'inquiéta immédiatement Remus.

Les yeux écarquillés de Tonks étaient rivés sur l'Animagus et Sirius commença à regretter de ne pas s'être rasé ce matin là.

« Je... Je suis désolée. » balbutia-t-elle. « Je pensais que quelqu'un vous avait prévenus... Je devrais peut-être attendre que... »

« Crache le morceau, Tonks. » coupa Sirius, plus qu'agacé d'être le dernier au courant. Pourquoi prévenir le loup-garou et le repris de justice, hein, Dumbledore ? Quelle nouvelle catastrophe allait-on leur annoncer ce matin ?

Le regard de l'Auror dévia vers Remus et se fit presque suppliant.

Mais Remus n'avait jamais véritablement su décoder les signes du sexe opposé. Parce que, s'il l'avait su, il aurait peut-être compris que Tonks ne rougissait pas en sa présence, uniquement parce qu'il faisait chaud. Cependant, il n'était pas question ici de ces petites incompréhensions qui l'amusaient beaucoup. Le sujet était nettement plus sérieux.

« Tonks ! » aboya-t-il, avec agacement.

La jeune femme cessa d'attendre un secours qui ne viendrait pas pour lui faire face. Elle prit une profonde inspiration qui laissa présager à Sirius qu'il n'allait pas aimer ce qui allait suivre, et arbora une expression sérieuse qui ne lui allait pas mais qu'il devinait 'professionnelle'.

« Il y a eu un problème à Poudlard, cette nuit. » expliqua-t-elle finalement. « Il y a... »

« Des Mangemorts ? » coupa Remus, sans doute alarmé, comme lui, à la pensée d'Harry.

« Non, pas de Mangemorts. » s'empressa-t-elle de les rassurer. Mais la grimace qui déforma brièvement ses traits et le blond terne de sa chevelure signifiaient que ça aurait peut-être mieux valu.

« Alors quoi ? » s'énerva Sirius, inquiet pour son filleul. Il était toujours au cœur des problèmes. Oh, on ne pouvait pas dire qu'il les cherchait, ce n'était pas ça... Mais il était toujours au cœur des problèmes. « Pourquoi aurait-il eu besoin d'une Auror ? »

« Et pourquoi ne nous a-t-on pas prévenu plus tôt ? » s'agaça Remus.

Sauf qu'apparemment se voir criblée de questions sans possibilité de répondre déplaisait souverainement à Tonks.

« Vous voulez que je vous explique, oui ou non ? » explosa-t-elle, ses cheveux virant brutalement au rouge.

Amusé malgré lui par le caractère fougueux de sa cousine, Sirius leva les deux mains.

« Inutile de monter sur tes grands chevaux. » marmonna-t-il.

Elle le foudroya du regard et aurait sans aucun doute répliqué, si Remus n'avait pas posé la main sur son bras pour l'apaiser.

« On t'écoute, Nympha... » Le loup-garou s'interrompit lorsque son irritation changea de cible. « Tonks. »

« Bien. » trancha-t-elle. « Comme je disais, il y a un problème à Poudlard. »

Elle leur servit une histoire abracadabrante de tempête magique dont Sirius ne comprit pas la moitié. Il y avait eu un mort qui n'était ni Harry, ni un de ses amis, mais qui restait néanmoins tragique. Il y avait eu de nombreux blessés dont certains avaient été évacués vers Sainte Mangouste.

« Et Harry ? » pressa Sirius, parce qu'elle prenait grand soin d'éviter le sujet qui le préoccupait.

Elle glissa un nouveau coup d'œil nerveux vers Remus qui sembla choisir ce moment pour comprendre qu'elle tentait de lui faire passer un message. Dommage pour Tonks, il n'était pas question de flirt cette fois.

« Tonks, si tu ne me dis pas sur le champ où est Harry... » menaça l'Animagus, sans terminer sa phrase.

« Je ne sais pas ce qui est arrivé à Harry, Sirius. » cingla l'Auror, avec agacement. « C'était la folie, là-bas. »

« Tu mens. » accusa-t-il, en frappant des poings sur la table.

L'irritation se disputait à la compassion sur le visage de la jeune femme, mais elle cachait quelque chose. Il savait qu'elle cachait quelque chose.

« Calme-toi. » ordonna Remus, avec une autorité qu'il ne possédait pas quatorze ans en arrière.

Sirius se tourna vers lui, sans en croire ses oreilles, atterré que le nouveau Remus, tout adulte et mature qu'il soit, puisse se désintéresser aussi rapidement du fils de leur meilleur ami. Ils auraient dû bondir dès que Tonks avait mentionné Poudlard ! Il aurait dû pouvoir gagner le château comme la moitié des parents d'élèves était sans nul doute en train de le faire ! Dumbledore pouvait le recevoir dans son bureau, personne ne le verrait...

Pourquoi conspiraient-ils tous pour l'empêcher de voir son filleul ? Pourquoi ne comprenaient-ils pas que Sirius pouvait être utile ? Quel que soit le problème à Poudlard, il pouvait faire quelque chose. Il pouvait se battre, il pouvait protéger le fils de son meilleur ami...

« On parle de James ! » cria-t-il avec une fureur qui n'était pas entièrement dirigée contre Remus. Le sentiment d'impuissance était un vrai crève-cœur.

« Non. » corrigea calmement Remus. « On parle d'Harry, et agresser Tonks alors qu'elle est visiblement épuisée ne sert à rien. Pourquoi ne vas-tu pas nourrir Buck en attendant qu'on ait des nouvelles ? »

Sirius se leva brusquement, envoyant voler au sol la chaise sur laquelle il avait été assis.

« Tu n'es pas mon putain de père, Remus ! » hurla-t-il, assez fort pour que le portrait de sa mère se mette à s'égosiller dans le couloir. « Arrête d'agir comme tel ! »

Apparemment, il avait atteint la limite de la patience de Remus pour la matinée, parce que le loup-garou se leva lui-aussi, bien que plus calmement et planta son regard dans le sien.

« Je n'agis pas comme ton père, Sirius. J'agis comme un adulte. » déclara froidement son ami. « Il faut bien que l'un de nous le fasse. »

Dompté par la présence du loup qui donnait encore un éclat sauvage aux pupilles de Lunard, Sirius sortit en trombe de la cuisine, non sans avoir renversé tout ce qu'il y avait sur la table d'un revers de bras rageur.

A quel moment exactement, Remus était-il devenu le dominant de leur 'meute' ?

« Et ne pense pas même pas à faire quelque chose de stupide comme aller à Poudlard ! » lança Remus, dans son dos.

Tout en montant les marches quatre à quatre, il poussa un hurlement de rage qui fut avalé par le silence étouffant de la maison.

Rien ne lui répondit excepté les monologues triomphants du portrait de sa mère.

Il n'alla pas plus loin que le premier étage, il n'arrivait plus à respirer. Vaincu, il se laissa tomber sur une marche, posa son front sur ses genoux et jeta ses bras autour de sa tête, dans l'espoir de faire taire ce silence atroce.

Mais c'était pire. Parce qu'il ne restait plus que le pressentiment oppressant qu'Harry avait besoin de lui. Et comme d'habitude, il le laissait tomber. Il n'était pas à la hauteur.

Merlin, James devait se retourner dans sa tombe...

°°O°°O°°O°°O°°O°°O°°O°°

« Bien évidemment, tous les Professeurs se tiennent à votre disposition dans ces moments difficiles. » conclut Minerva McGonagall, en embrassant la salle commune des lions du regard.

Son cœur se serra à la vue de tous ses élèves serrés les uns contre les autres, en petits groupes ou en plus larges. Ils étaient tous assis à divers endroits de la pièce, par terre ou sur les fauteuils et sofas... Certains pleuraient, d'autres reniflaient... La plupart tentaient de digérer ce qu'elle venait de leur annoncer.

Elle comprenait qu'ils aient des difficultés à accepter ce qu'elle leur avait appris, elle avait du mal elle-même. La nuit avait été aussi interminable qu'éprouvante. Entre les blessés graves qu'il avait fallu transporter à Sainte Mangouste, les élèves moins grièvement touchés mais dont il fallait prévenir les parents et Dolores Ombrage qui était un calvaire à elle seule... Sans compter le Ministère dont elle sentait presque l'haleine sur sa nuque. Fudge en profiterait sans aucun doute pour s'en prendre à Albus...

Mais pour l'instant, ce n'était pas le plus important, se reprit-elle, en affrontant sans ciller les regards perdus qui se tournaient vers elle.

L'école resterait ouverte, avec l'aide d'experts, les dégâts seraient réparés en une semaine tout au plus. L'école restait ouverte et son premier devoir allait à ses élèves.

Des élèves à qui elle venait d'annoncer la mort d'un de leur camarade de sixième année, ainsi que la disparition de dix-neuf de leurs condisciples et de deux professeurs.

A vrai dire, elle comprenait tellement bien leur confusion que si elle l'avait pu, elle se serait volontiers assise pour laisser couler les larmes qui avaient menacé de l'étranger plusieurs fois au cours des dernières heures. Seulement, elle n'en avait pas le temps. Pomona, elle-même, n'en avait pas le temps.

Elles avaient des élèves dont il fallait s'occuper.

« Je... Je ne comprends pas. Où est Geoffrey ? »

La question, posée d'une voix tremblante, venait d'une troisième année recroquevillée contre l'un des fauteuils où s'étaient entassés trois autres lionnes.

Minerva ferma brièvement les yeux, puis prit une inspiration qui, elle aussi, tremblait. Elle tirait peu de réconfort à l'idée que Pomona était en train de vivre la même chose dans sa salle commune. Il ne lui tardait pas de quitter cette pièce. Quand elle en aurait fini ici, elle devrait recommencer avec les Serpentards. Puis avec les Serdaigles.

Ensuite, il y aurait tout le reste. Les conséquences pour l'Ordre, lui avait glissé Albus, en lui communiquant l'heure approximative de la réunion. Comme si seul son Ordre maudit avait de l'importance...

Elle était injuste, elle le savait. Elle se mettait en colère pour tromper sa tristesse et Albus était un exutoire à son chagrin. Il la connaissait assez pour ne pas lui en tenir rigueur.

Elle le connaissait assez pour percevoir sa propre douleur derrière son air autoritaire. Lui non plus n'avait pas pris de repos depuis la veille... Lui non plus n'avait pas eu le temps de penser aux morts ou aux disparus.

Il le cachait mieux mais était tout aussi bouleversé qu'elle.

Comment ne pas l'être quand leurs élèves et leurs amis étaient en danger ?

« Mr Hooper... » reprit-t-elle, uniquement pour s'interrompre. Quel bien cela ferait-il de rester formel ? Six de ses lions étaient perdus dans la nature. Six. « Geoffrey, comme l'ensemble de la chorale et le Professeur Flitwick ont été pris au cœur de la tempête... »

°°O°°O°°O°°O°°O°°O°°O°°

La porte de la salle commune s'ouvrit et les rares conversations murmurées se turent instantanément. Debout, près de la grande cheminée qui occupait un pan de la pièce, Draco avait une vue implacable sur l'entrée. A l'expression de surprise que prit, l'espace d'une seconde, le visage de McGonagall, il sut que les choses s'étaient passées différemment avec les autres Maisons.

Son regard gris acier se promena sur l'endroit qu'ils avaient refusé de quitter, en dépit de l'offre du Directeur. Les meubles brisés avaient été poussés dans le fond, certains sofas et fauteuils avaient été réparés à la va-vite et répartis équitablement entres les différentes années. La vitre qui donnait sur le lac, ébréchée par la tempête, avait été renforcée par leur préfet en chef. Ils n'avaient rien pu faire pour les trous dans les murs et n'avaient même pas tenté de décrocher les lourdes tentures vertes qui les isolaient des murs de pierres froides. La température était basse mais le feu dans la cheminée, la seule chose qui ait résisté ici bas, y remédiait progressivement.

Ses yeux se posèrent sur les autres serpents. Il y avait énormément d'absents, la majorité était à l'infirmerie, le reste à Sainte Mangouste. Ceux qui étaient présents étaient tous en uniforme, soigneusement coiffés et gardaient le menton haut. La plupart des filles étaient assises, le dos raide comme la justice, la posture fière, les mains sagement posées sur leurs genoux. Les garçons étaient debout, se tenaient droit et arboraient un air grave de circonstance.

Leur attitude contrastait terriblement avec l'état de la salle commune, mais donnait quelque chose de majestueux à la scène. Draco se surprit à penser que c'était cela qui différenciait l'aristocratie du reste des hommes. Même dans un monde en ruines, un Sang-Pur demeurait fier. On pouvait leur ôter beaucoup de choses, mais jamais, en aucun cas, ne pouvait-on leur arracher leur dignité. Ils la défendraient de toutes leurs griffes.

Et ceux qui n'avaient pas été élevés dans ces principes apprenaient vite, songea-t-il en observant deux des rares Né-Moldus dont on n'aurait jamais deviné la naissance en les voyant. Ils apprenaient vite ou bien ils croupissaient avec le reste de la plèbe.

Peut-être pataugeaient-ils tous dans la même boue, mais les Serpentards le feraient la tête haute.

« Professeur McGonagall. » lâcha finalement la préfète de sixième année. Une trace, à peine discernable, de mépris dans la voix.

Pas pour ce qu'elle était – en dépit de son rôle en tant que Directrice des Gryffondors, elle était relativement appréciée de ses élèves – mais parce que des mèches éparses s'échappaient de son chignon et que sa tenue était loin d'être irréprochable.

La sorcière sembla revenir de son moment de surprise et se lança dans un discours sans queue ni tête, à propos d'une tempête magique qui emporterait celles et ceux qui se trouvaient en son épicentre, ou dans le cas de Flitwick et de la chorale, dans celui de sa réplique. D'après elle, l'épicentre avait été la classe de Potions, la réplique avait touché la chorale. Deux serpents de deuxième année s'étaient inscrits à l'activité extrascolaire que proposait le Professeur de Sortilèges. Sans parler de leur Directeur de Maison qui s'était retrouvé pris au cœur de la tempête avec Potter.

Un silence de plomb suivit sa déclaration.

Pendant plusieurs minutes, elle resta debout, cible de tous leurs regards, probablement consciente d'être en territoire ennemi mais soucieuse d'offrir un maigre réconfort à ceux qui pourraient en avoir besoin.

Draco aurait pu jurer que le temps avait suspendu son vol.

Personne n'esquissait le moindre mouvement, à peine cillaient-ils. Il n'y eut ni larmes, ni questions, ni cris d'horreur. Tout ça viendrait quand elle serait partie. Les choses auraient été différentes si Snape s'était tenu à sa place. En l'occurrence, elle n'était pas l'une des leurs et la consigne était qu'il fallait faire front devant les autres Maisons.

Seulement le silence ne fonctionnait pas pour lui. Il avait d'autres préoccupations que d'obéir aux règles.

« Qu'est-ce que cela signifie concrètement ? » lança-t-il.

Les têtes se tournèrent vers lui, certains réprobatrices, d'autres soulagées qu'il ait posé la question.

« Pour nous. » précisa-t-il, avant que le Professeur ne se lance dans une explication plus détaillée. Il avait parfaitement compris la situation, elle se résumait en une phrase : Snape ne reviendrait pas.

« Eh bien... » hésita McGonagall, sans apparemment s'offusquer du manque de réactions qu'elle avait suscité. « Pour le moment je superviserai tout ce qui est relatif aux Serpentards et aux Serdaigles. Un remplaçant provisoire sera nommé d'ici à la reprise des cours. Bien évidemment, si le Professeur Snape devait réapparaître... »

« N'avez-vous pas dit que c'était hautement improbable ? » coupa sèchement Pansy.

Draco supposa qu'il était responsable. C'était lui qui avait ouvert la bouche, lui qui avait brisé le silence.

Ça ne l'empêcha pas de rester là où il était, immobile, tandis que les autres serpents se jetaient sur McGonagall comme une meute de chiens racés, exigeant de savoir pourquoi l'école n'avait pas anticipé une telle catastrophe.

°°O°°O°°O°°O°°O°°O°°O°°

Remus pressentit le hurlement qui ne se fit pas attendre et, les yeux clos, lâcha un profond soupir. Las de ces disputes incessantes qui rythmaient leurs journées, il ramassa la chaise que son ami avait fait tomber, grimaçant à la douleur vive qui jaillissait dans chacun de ses muscles.

Un lendemain de pleine lune, le moindre mouvement était une agonie et, pourtant, il était là. Debout lorsqu'il aurait été plus facile de rester couché. Il se forçait à fonctionner comme un être humain normal. Pourquoi Sirius ne pouvait-il pas faire de même ? Était-ce trop lui demander que de faire un effort ?

Il fit disparaître les bouts faïence brisés d'un coup de baguette et se laissa à nouveau tomber sur sa chaise, le souffle court. Il n'avait pas lieu de se plaindre, cependant, depuis que Severus lui préparait sa potion, il pouvait garder contact avec son humanité au lieu de se fondre totalement dans l'animal. Il savait que le Professeur tentait de modifier la décoction pour qu'elle influe aussi sur la douleur des transformations mais, jusque là, sans succès. Oh, ce n'était pas par amitié pour lui... C'était le Maître des Potions qui parlait quand il était question de la potion tue-loup.

« Tu as vraiment une sale tête, Remus. » déclara Tonks, sans s'embarrasser de prendre de gants. « Qu'est-ce que vous avez fabriqué, hier, qui interdisait ma présence ? »

Remus fit distraitement tourner sa baguette entre ses doigts, sans oser lever les yeux vers la jeune femme. Elle avait croisé les bras sur la table et posé la tête dessus, comme pour faire une courte sieste. Mais il savait que son visage était tourné vers lui et que son regard était tout sauf endormi.

Il devrait sans doute la mettre au courant.

C'était un peu ridicule de garder le secret quand tant de gens connaissaient son petit problème mensuel. Une de ces réflexions que Severus affectionnait ou une gaffe de l'un des jumeaux et elle l'apprendrait de façon peu délicate. S'il le lui avouait face à face...

Elle partirait en claquant la porte et en hurlant à l'abomination.

Elle n'était pas comme ça...

Beaucoup de gens n'étaient pas comme ça mais ça ne les empêchait pas de prendre peur, de prétendre que rien ne changerait et de changer de trottoir s'ils s'avisaient de le croiser dans la rue.

« Oh, saleté de bonne femme. » grommela la jeune Auror quand les hurlements du portrait emplirent le silence pesant que Remus ne se décidait pas à briser. Elle agita sa baguette et la porte de la cuisine se referma, assourdissant les cris de la mère de Sirius. « Alors ? »

« Alors... » répéta-t-il avec hésitation. « Alors... »

Ce n'était quand même pas si compliqué de dire la vérité... Les Weasley l'avaient accepté, Alastor l'avait accepté... Il n'était pas certain que Kingsley soit au courant, mais un simple coup d'œil dans le dossier que le Ministère tenait sur lui et il saurait à quoi s'en tenir. C'était vraiment idiot, la plupart des membres de l'Ordre s'en moquait.

Pourquoi ne pouvait-il pas simplement lui faire part de la chose directement ?

Parce qu'elle lui plaisait.

Il rejeta cette idée avec toute la conviction qu'il put rassembler. C'était ridicule. Un fantasme né des taquineries incessantes de Sirius, qui s'imaginait des choses à cause de quelques malheureux regards en coin. Des âneries. Elle était séduisante et il n'était qu'un homme – la plupart du temps, du moins – il était normal qu'il soit physiquement attiré par elle. Ni plus, ni moins. Et si on prenait son âge en compte, même cela était stupide. Des idioties.

« Oh. » lâcha brusquement la jeune femme, en se redressant pour le fixer avec des yeux ronds.

Était-ce du dépit qu'il lisait dans son regard ? Certain qu'elle avait finalement compris, elle était Auror après tout, Remus se prépara à confirmer avec humiliation que oui, il était un monstre.

« Toi et Sirius... » commença-t-elle, avec prudence. « Toi et Sirius, vous... »

Il fronça les sourcils, comprenant qu'il ne serait pas question de lycanthropie à la fin de sa phrase.

« On ? » l'encouragea-t-il, curieux de savoir où elle voulait en venir.

Elle avait l'air d'avoir avalé quelque chose de très acide.

« Vous êtes... » hésita-t-elle. « Vous vivez ensemble ? »

« J'habite ici la plupart du temps. » confirma-t-il, en la dévisageant. « Mais tu le sais, non ? »

Il était plus ou moins clair au sein de l'Ordre que son rôle principal était de s'assurer de la coopération de Sirius. Cela impliquait également de servir de coordinateur, recevoir les rapports des uns et des autres, puis les transmettre à Albus qui lui confiait les ordres de missions, et relier les informations.

Il était, certes, plus libre de ses allées et venues que Sirius, travaillait parfois directement pour l'Ordre, mais pas beaucoup plus.

« Bien sûr. » décréta Tonks, en balayant sa question d'un geste vif. Cependant, elle n'en avait pas fini avec lui, elle planta son regard dans le sien et se pencha légèrement vers lui. « Mais tu vis avec lui ? »

Il lui fallut plusieurs secondes pour saisir le sous-entendu.

« Quoi ? Non ! » s'exclama-t-il.

Donnaient-ils réellement cette impression là ? Severus ne cessait de rabâcher qu'ils avaient l'air d'un vieux couple, toujours à se chamailler pour un oui pour un non. Mais c'était Severus Snape...

« Parce que ça ne me gêne pas, tu sais. » continua-t-elle. « J'ai beaucoup d'amis qui... »

« Je ne suis pas gay, Nymphadora. » coupa-t-il un peu trop sèchement.

Il n'avait rien contre l'homosexualité mais que la jeune femme ait pu le penser de lui le troublait. Ce qui le dérangeait davantage encore, c'est qu'il aurait aimé paraître viril et séduisant à ses yeux. Tout ce que sa silhouette squelettique et son aspect maladif n'étaient pas.

Agacé de la direction que prenaient une nouvelle fois ses pensées, il baissa les yeux et manqua l'expression joyeuse qui allégea les traits tirés de l'Auror.

« Parfait ! » décréta-t-elle. « Une femme et des enfants cachés dans un placard ? »

Perturbé par le sourire enjôleur sur ses lèvres, Remus secoua la tête, oubliant momentanément la raideur dans sa nuque.

« Encore mieux. » renchérit-elle. « Comme ça, tu peux m'inviter à dîner. »

Il la dévisagea, perdu.

Elle dut sentir sa confusion parce que son expression se fit plus assurée, ses yeux pétillaient, d'amusement ou d'autre chose, et Remus avait la sensation très nette d'avoir perdu le contrôle de la situation.

« Ne t'inquiète pas, je ne suis pas difficile. » plaisanta-t-elle. « J'accepte les repas faits maison. Tu n'auras qu'à enfermer Sirius dans sa chambre... Ou alors on pourrait... »

« Tonks. » coupa-t-il.

Le nom sonna de façon glaciale dans sa bouche et la jeune femme cessa de parler. Elle cessa également de sourire.

Il s'efforça de ne pas remarquer le pincement de son cœur.

« Tu crois vraiment que c'est de bon ton ? » demanda-t-il.

Il s'entendait, et avait l'impression de faire la leçon à une enfant. Il s'entendait et une part de lui-même aurait voulu se frapper sur la tête jusqu'à ce qu'il se taise. La part qui répondait inconsciemment à ses sourires, à ses regards et plus rarement à ses plaisanteries. La part de lui qui ne s'était jamais résolue à ce qu'il avait pourtant accepté depuis longtemps. En termes de loup : il était solitaire. Son futur ne comporterait ni amour, ni famille. Il n'avait pas les moyens d'en entretenir une, et quant à l'amour, il y avait renoncé très tôt, sachant qu'il serait toujours un danger pour une quelconque compagne.

« Je ne me vexerais pas, parce que tu as vraiment mauvaise mine. » lâcha-t-elle, un peu froidement, au bout d'une interminable minute de silence.

Ça ne l'empêcha pas de se lever pour aller remettre de l'eau à chauffer. Il s'efforça de fixer ses mains et de ne pas la suivre du regard, ce qui semblait être devenu un réflexe quand ils étaient dans la même pièce. Il inspecta ses mains couvertes, ça et là, de fines cicatrices, presque indiscernables à l'œil non averti, songeant à toutes les autres marques qui zébraient son corps, souvenirs d'autant de transformations.

Il aurait aimé que ces preuves tangibles suffisent à cette part de lui qui refusait d'abdiquer. Il était dangereux, pour les autres et pour lui-même. Sans compter qu'elle plaisantait sans doute. Qui s'intéresserait à un vieux bonhomme sans le sou comme lui ?

Mais ses yeux étaient traîtres et la voix de sa conscience facilement étouffée.

Elle lui tournait le dos et ne lui prêtait aucune attention. A qui faisait-il du tort en observant sa silhouette élancée ou la courbe de sa nuque ? A qui sinon à lui-même ?

Il ne put s'empêcher de remarquer que, comme son cousin, elle faisait les choses manuellement plutôt que de s'en remettre à un sort. A l'inverse de Sirius, cependant, elle mettait autant d'eau à côté que dans la théière.

Son regard s'attarda sur ses mains, si différentes de celles qu'il détaillait quelques secondes auparavant. Fines mais paradoxalement fortes, les ongles courts, quelques minces cicatrices... Les mains d'une Auror.

Elle se retourna à ce moment là et surprit son attention soutenue.

Gêné, Remus baissa à nouveau la tête et accepta silencieusement la tasse de thé qu'elle déposa devant lui.

« Il y a quelque chose que je n'ai pas voulu dire devant Sirius. » déclara-t-elle et il sut, au ton de sa voix, que le temps des plaisanteries et confidences était passé. « Je n'ai strictement rien compris à ce que racontaient McGonagall et Dumbledore, et c'est Kingsley qui m'a dit de venir directement ici, mais la dernière fois que j'ai entendu parler de lui, Harry était sur la liste des disparus. »

Le loup-garou ferma brièvement les yeux, acceptant avec difficulté ce nouveau coup dur.

« Ça ne veut peut-être rien dire, Remus. » hésita Tonks. « Ils parlaient d'épicentres et de réplique... »

Un goût de cendres envahit sa bouche.

« Où ont-ils dit qu'Harry était ? » demanda-t-il.

Lire, il n'avait eu que ça à faire pendant longtemps étant donné ses emplois plus qu'irréguliers. Lorsqu'on était au chômage et que l'on n'avait pas une mornille pour manger, se perdre dans une encyclopédie ou un livre à la bibliothèque du coin était un réconfort, un trompe-la-faim.

« Dans l'épicentre, je crois. Je n'ai vraiment rien compris. » s'excusa-t-elle.

Son cœur battait si vite que Remus eut peur qu'il n'éclate.

« Tu as bien fait de ne rien dire à Sirius. » offrit-il, s'interdisant de songer au fils de James tant qu'il n'en saurait pas plus.

Dumbledore ne tarderait pas à arriver et Dumbledore apaiserait ses inquiétudes. Il ne savait pas exactement ce que Sirius connaissait aux tempêtes magiques, mais il était parfaitement conscient, en revanche, qu'il ne tenterait pas le sort. Dumbledore pourrait probablement calmer Sirius si besoin était. Harry allait très certainement bien, ce n'était peut-être qu'une erreur. Juste une erreur.

Une main s'empara gentiment de la sienne et il rouvrit les yeux, qu'il ne s'était pas aperçu d'avoir à nouveau fermés.

« C'est si mauvais que ça ? »

La question de la jeune femme resta sans réponse, il se contenta de serrer légèrement les doigts qui entouraient les siens.

°°O°°O°°O°°O°°O°°O°°O°°

« Disparu ? » répéta Hermione, les sourcils froncés. « Comment ça disparu ? On ne disparaît pas comme ça, enfin ! »

Elle cessa de tresser machinalement ses cheveux sales et emmêlés et leva brusquement les yeux vers Mrs Weasley, en réalisant la façon dont elle venait de lui parler.

« Je suis... » voulut-elle s'excuser mais la sorcière l'interrompit d'un geste las.

« Je ne sais pas, ma chérie. » répondit la femme, en observant tour à tour les enfants qui s'étaient rassemblés autour du lit de George.

L'infirmerie était pleine à craquer, l'air vibrait du bruit des conversations et Hermione en avait plus qu'assez de l'odeur de désinfectant. Ils n'étaient pas dans un hôpital moldu, alors pourquoi est-ce que cela sentait le désinfectant ? Pourquoi pas les potions ou les plantes ?

« Hermione a raison, maman. » renchérit Ron. « Il est bien quelque part... Peut-être qu'il est blessé, peut-être... »

George échangea un regard avec Ginny qui avait grimpé sur le lit. Elle avait un bras en écharpe et plusieurs coupures au front que personne n'avait eu le temps de soigner.

Ce fut elle qui souffla la solution à Hermione.

« La carte. » murmura la rouquine et la préfète fit un signe de la tête pour signifier qu'elle avait compris.

Dès que Mrs Weasley aurait le dos tourné, Ron et elle quitteraient l'infirmerie, iraient récupérer la carte des Maraudeurs et se mettraient à la recherche d'Harry.

« Arthur... » soupira la sorcière, les yeux pleins de larmes.

Mr Weasley qui, jusque là, s'était tenu silencieusement près de sa femme avec un air préoccupé, sembla reprendre contact avec la réalité. Hermione ne l'avait jamais vu aussi soucieux et échangea un regard inquiet avec son meilleur ami, remerciant le ciel qu'il soit avec elle.

Quand ils avaient relevé leurs noms, à l'aube, Ron avait feint des difficultés à respirer après avoir inhalé tant de poussière, uniquement pour être autorisé à demeurer avec elle, son frère et sa sœur. George leur avait dit que Fred avait dû rester dans la salle commune. Ils n'admettaient que les blessés à l'infirmerie et l'affluence était telle que, d'eux tous, seul George, qui s'était cassé la jambe et attendait que la fracture se ressoude, avait eu droit à un vrai lit. Un Médicomage avait examiné Hermione à la bibliothèque et décrété qu'il fallait la surveiller pour un possible traumatisme crânien. Elle avait eu beau jurer qu'elle ne s'était pas cogné la tête, rien à faire.

« Harry, les Professeurs Snape et Flitwick, ainsi que plusieurs autres élèves ont eu la malchance de se trouver au cœur de la tempête magique. » expliqua Mr Weasley, répétant pratiquement mot pour mot ce que venait de leur dire sa femme.

« Mais Harry était dans les cachots ! » protesta Ron. « Flitwick entraîne toujours la chorale au premier étage ! »

Hermione serra la main que Ginny venait de glisser dans la sienne. La rumeur voulait que les cachots soient l'endroit le plus touché de l'école.

« S'il vous plaît, Mr Weasley... » intervint-t-elle. « Je n'ai jamais rien lu sur des tempêtes magiques... Comment... Comment se fait-il que Poudlard n'en ait pas été protégé ? »

Le père de ses amis se massa le front avant de pousser un soupir.

« Je ne suis pas le mieux placé pour vous parler de ça... » déclara-t-il. « Je n'ai même pas eu l'occasion de parler à Dumbledore... Mais le Professeur McGonagall est catégorique, ils... ils ne sont plus dans le château. Les tempêtes... Les tempêtes sont des portails... Quiconque s'y retrouve pris... Ils ont disparu. Harry a disparu. »

Frustrée, Hermione manqua perdre patience. Pourquoi évitaient-ils de répondre directement à sa question ? Harry avait disparu, soit. Mais où était-il ?

Elle n'eut pas l'occasion de s'énerver et d'exiger de plus amples explications.

George fit la remarque qu'ils avaient tous à l'esprit.

« Tu dis 'disparu' comme tu dirais 'mort'. » accusa le septième année. « Tu dis ça comme s'il n'allait jamais revenir. »

La ongles de Ginny s'enfonçaient dans sa chair mais elle ne trouva pas le courage de s'en plaindre. Pas quand Mr et Mrs Weasley échangeaient un regard chargé de douleur.

« Non... » souffla Hermione, alors que l'expression stoïque de la sorcière se craquelait.

« Personne ne l'a jamais fait. » avoua finalement Mr Weasley, la voix rauque.

Ginny éclata en sanglots et accepta l'étreinte de sa mère. Ron poussa un juron et donna un coup de pied dans la table de chevet, avant de s'éloigner. George jeta un bras sur son visage, pour dissimuler ses larmes. Mr Weasley partit retrouver le cinquième année.

Et Hermione resta là où elle était, plus seule qu'elle ne l'avait jamais été.

Les cris de Ron, qui avaient cédé à la colère, faisaient parfaitement écho à la voix qui hurlait à l'intérieur de son crâne.

Ce n'était pas possible.

C'était une erreur.

Harry n'était ni disparu, ni mort. Il était dans les cachots, en train de se disputer avec Snape.

C'était une erreur.

Ce n'était pas possible.

°°O°°O°°O°°O°°O°°O°°O°°

Remus serra sa main mais ne lui offrit pas de réponse vocale et l'inquiétude acheva de nouer le ventre de Tonks. Elle avait vu les dégâts la nuit dernière. Ceux matériels étaient peu importants, mais les autres... Les élèves en larmes, couverts de poussière et de sang, fatigués et soucieux pour un ami... Beaucoup d'entre eux avaient fait fi des consignes pour aider les Aurors et les Médicomages à s'occuper de leurs condisciples.

Elle supposait que c'était un joli miracle qu'il n'y ait eu qu'un seul décès, aussi horrible que cela sonne. C'était elle qui avait prévenu son ancienne Directrice de Maison. Elle, qui avait affronté le chagrin sobre de Chourave...

La porte de la cuisine s'ouvrit alors que Remus et elle continuaient de se dévisager avec une intensité qu'elle s'expliquait à peine. Leurs mains se séparèrent comme s'ils avaient été deux adolescents pris en faute.

« Charlie ! » s'exclama-t-elle, avec soulagement.

Elle se leva et accepta l'étreinte de son ami...

… pour le repousser quand ses mains descendirent un peu trop bas.

« Maman a dit que tu devais avoir besoin d'affection. » se justifia-t-il innocemment.

Elle asséna un petit coup de poing, pas si gentil que ça, dans son épaule mais se prit à sourire. Ses sentiments amoureux pour Charlie s'étaient depuis longtemps transformés en une amitié aussi indéfectible que réciproque, scellée par le vol d'un Choixpeau, tant d'années auparavant...

« Salut, Anthony. » offrit-elle plus sobrement au jeune homme qui se tenait derrière le roux.

Brun, les yeux sombres, Anthony allait sur ses trente ans et leur venait tout droit de Roumanie. Comme Charlie, il s'occupait de dragons. Ils travaillaient ensemble depuis que le fils des Weasley était parti à l'étranger. C'était lui qui l'avait fait entrer au sein de l'Ordre.

« Tonks. » répondit-il, avec un sourire un peu forcé.

Il sembla se détendre lorsque Charlie s'écarta finalement pour se servir, sans cérémonie, une tasse de thé. Anthony s'installa à côté de Remus, le saluant avec une politesse quelque peu gênée. D'eux tous, c'était lui qui connaissait le moins de monde. Il n'avait assisté qu'à trois réunions.

Remus, de son côté, observait Charlie avec un air indéchiffrable.

« Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu rentrais ? » demanda-t-elle, plus par besoin de rompre le silence pesant qui s'était installé que par réelle curiosité.

Charlie haussa les épaules.

« On est arrivé au Terrier, hier matin. » répondit-il, en prenant une gorgée de thé. « On est officiellement employés à Gringotts pour le moment. Je vais signer mon contrat, cet après-midi. »

Tonks n'insista pas parce qu'elle savait que quitter la Roumanie, aussi temporairement soit-il, était un choix qui coûtait à son ami. Mais ils devaient tous faire des sacrifices...

« Tu retournes t'installer au Terrier ? » s'enquit Remus.

Charlie secoua la tête, riant à moitié.

« Oh non... » réfuta-t-il. « J'adore ma famille et maman en a fait une jaunisse, mais après avoir vécu seul tant de temps, je refuse de retourner vivre là-bas. On a trouvé un appartement sur le chemin de Traverse qui conviendra très bien. Grand, spacieux, assez de place pour nous deux et il y a même une chambre en plus qui servira à ma très chère nymphe quand elle sera trop soûle pour transplanner. »

Tonks leva les yeux au ciel, remarquant à peine que Remus semblait gêné.

« Rappelle-moi qui de nous deux ne tient pas l'alcool ? » répliqua-t-elle. « Et ne m'appelle pas comme ça. »

C'était encore pire que Nymphadora. Merlin, ce qu'elle pouvait détester ce prénom.

« La collocation est une chose extrêmement dangereuse. » remarqua ironiquement Sirius, en venant s'installer à côté de Tonks. « Elle peut transformer les meilleurs amis du monde en ennemis acharnés. Tu ne penses pas, Remus ? »

L'arrivée d'Arthur et Molly évita bien heureusement à Remus d'avoir à répondre.

« Comment vont les autres ? » demanda Charlie, une fois les salutations d'usage échangées.

Tonks nota que le couple n'était pas aussi enjoué que d'habitude. Elle écouta le compte-rendu mécanique de Molly sur l'état physique de chacun de ses enfants et d'Hermione, remarquant avec un mauvais pressentiment grandissant qu'elle n'avait pas mentionné Harry.

Elle ne fut pas la seule que l'oubli frappa.

« Et Harry ? » lança Sirius, avant qu'elle-même ait pu le faire.

Arthur et Molly échangèrent un coup d'œil incertain mais ce fut Remus qui, une fois de plus, brisa le silence.

« Attendons Albus pour discuter de ça. » trancha-t-il.

« De quoi tu parles ? » s'énerva Sirius. « Je ne vais pas attendre des heures avant de savoir... »

« Sirius. » exigea Remus, dans un murmure suppliant qui eut probablement plus d'effet que n'importe quel ton autoritaire.

Molly reprit la parole, avec un naturel forcé, pour expliquer à Charlie qu'elle avait revu quelques jours plus tôt une fille avec laquelle il était allé à l'école et lui souligner peu subtilement qu'elle était célibataire.

La tension se dissipa quelque peu, au fur et à mesure que la cuisine se remplissait. Plutôt que participer aux conversations, Molly préparait boissons et nourriture et Tonks brûlait de lui demander ce qui n'allait pas, sans oser le faire. Elle se contentait donc de suivre la discussion assez inintéressante de Bill et Fleur, tout en se sentant de trop.

Elle finit par aller rejoindre Remus qui se tenait dans un coin de la cuisine et observait les autres en silence.

Elle ne comprenait pas cet homme. Elle avait vu la façon dont il la regardait quand il pensait qu'elle ne lui prêtait pas attention, elle savait interpréter son langage corporel quand elle était à proximité... Il avait envie d'elle.

Et pourtant, elle avait beau flirter, lui offrir plus ou moins subtilement des occasions de se lancer, ou même être carrément franche, il ne faisait rien. Il lui donnait l'impression de ne même pas saisir des signes qui étaient pourtant loin d'être discrets. Elle aurait parié que pas une personne dans cette cuisine ne doutait de ses intentions envers lui.

Pas une, excepté lui.

Nymphadora Tonks n'avait pas l'habitude qu'on lui dise non.

« J'ai compris... » plaisanta-t-elle. « Tu préfères les rousses. »

Il cessa de regarder Molly pour la dévisager, grimaçant en apercevant l'orange vif qu'avaient pris ses cheveux.

« Ouais, je sais... » soupira-t-elle. « Pas ma couleur. »

Elle secoua la tête, souhaitant que ses mèches retrouvent un rose soutenu.

« Kingsley n'est pas là. » remarqua-t-il simplement, sans commenter ses tentatives.

« Il ne vient pas. » lui apprit-elle. « Après cette nuit, il a une tonne de paperasse à remplir. Je le mettrais au courant plus tard. »

Il accepta l'information d'un hochement raide de la tête et recommença à étudier silencieusement chacun des membres de l'Ordre. Tonks devinait ce qui le perturbait, elle avait la même impression. De Fol'Oeil à Bill, tous murmuraient sous cape dès qu'ils étaient certains que Sirius ne pourrait pas entendre, ce qui énervait l'Animagus davantage de minute en minute.

Elle fut soulagée d'entendre la cheminée s'activer finalement et de voir arriver Dumbledore quelques secondes plus tard, suivi par une McGonagall aux traits tirés.

« Nous sommes tous là, je crois ? » répondit le Directeur à toutes les exclamations et questions qui fusèrent vers lui. Tous saisirent l'allusion et prirent place autour de la grande table, tous sauf Sirius qui resta debout et dévisagea Dumbledore avec hostilité.

« Où est Harry ? » demanda-t-il de but en blanc.

Tonks prit place entre Remus et Charlie et attendit que l'orage éclate.

« Asseyez-vous, Sirius. » exigea le vieux sorcier. « Je vais vous l'expliquer. »

« Je ne veux pas m'asseoir, je veux savoir ce qui est arrivé à mon filleul. » rétorqua l'Animagus.

La jeune femme sentit Remus s'agiter faiblement à sa droite, mais il ne fit aucun commentaire. En réalité, ceux qui ne retenaient pas leur souffle, faisaient semblant de s'intéresser à leur tasse de thé, leur baguette ou leurs mains.

« Oh, cela suffit, Mr Black. » cingla McGonagall, du ton qu'elle utilisait avec les élèves les plus retors. « Au moins quatre d'entre nous ont eu une nuit plus que difficile et je ne suis pas d'humeur à supporter une de vos crises de nerfs. »

L'attention se déplaça vers la sous-directrice qui ne cessa pas pour autant de fusiller Sirius du regard, le défiant de lui désobéir.

Sans doute se rappelait-il des nombreuses retenues qu'elle lui avait données parce qu'il prit place à table sans un autre mot.

« Bien. » reprit Dumbledore. Tonks remarqua qu'il avait l'air plus vieux que la veille au soir et ne put s'empêcher d'éprouver un élan de compassion pour lui. Son rôle n'était pas le plus facile. « Je suis certain que vous avez tous eu vent de la tempête qui a frappé Poudlard hier soir. »

Personne ne pipa, signe que le bouche à oreille fonctionnait toujours aussi bien.

« Comme vous le savez très certainement, les tempêtes magiques, surtout de l'envergure de celle qui nous a touchés, font souvent de nombreuses victimes. » continua calmement le Directeur. « Ce sont des portails spatio-temporels ou dimensionnels. A ma connaissance, une seule personne en est revenue, par un coup du sort impossible à prévoir. »

« Les élèves se demandent pourquoi Poudlard n'était pas protégé. » intervint sèchement McGonagall. « Et à vrai dire, c'est une question que je me pose aussi. »

« J'ai entendu tout un tas de rumeurs en venant ici. » déclara Mondingus, en mâchonnant sa pipe. Elle n'était pas allumée, Molly l'aurait écharpé. « Paraît que c'est Vous-savez-qui qu'a fait le coup. »

L'annonce jeta un froid.

Tonks, comme les autres, se tourna vers Dumbledore.

« Il est évident que Voldemort va vouloir s'en attribuer le mérite. Ce sera pour lui un excellent argument contre ceux qui refuseraient de le suivre. » répondit le vieux sorcier. « Cependant, je ne pense pas qu'il soit responsable de ce qui s'est produit. Comme je l'ai expliqué à Cornelius, ce matin, il est impossible de se protéger de ces tempêtes et l'histoire de Poudlard en est émaillée. Bien que cela fasse quelques siècles qu'une ne s'était produit. »

« Des nouvelles de Flitwick ou Snape ? » s'enquit Fol'Oeil.

Dumbledore secoua tristement la tête. « Aucune. »

« Donc ils sont bel et bien perdus. » trancha l'ancien Auror. « Ça va poser un problème, Albus. »

« Je crains que cela en pose plus d'un, Alastor. » soupira Dumbledore, en prenant finalement un siège.

« Dix-neuf de mes élèves sont perdus dans Merlin sait quelle réalité alternée ou dimension démoniaque et cela vous pose simplement un problème ? » s'indigna McGonagall.

Tonks sortit discrètement sa baguette en apercevant les étincelles rouges qui s'échappaient de celle de la sous-directrice. Ils étaient tous à bout de nerf et la réputation du tempérament emporté de la lionne n'était plus à faire.

« Du calme, Minerva. » réclama gentiment Dumbledore. « Je suis certain qu'Alastor ne voulait pas... »

« Servillus a disparu ? » demanda Sirius.

Remus poussa un soupir discret, elle-même prit une gorgée de son thé, ennuyée. A voir l'expression de Sirius, on aurait pu penser que l'on venait de lui offrir le plus merveilleux des cadeaux de Noël.

« Il me semblait vous avoir demandé de cesser d'utiliser ce surnom ridicule. » le fustigea McGonagall.

« Pensez-vous que les Professeurs Flitwick et Snape soient au même endroit ou dans deux différents ? » demandant timidement Fleur, visiblement mal à l'aise à la place qu'elle s'était choisie.

Tonks la comprenait, elle n'aurait pas non plus aimé se trouver entre Sirius et McGonagall à cet instant.

« Il est peu probable qu'ils soient ensembles. » répondit Dumbledore, ignorant les regards noirs que sa sous-directrice dirigeait vers leur hôte. « Ce qui est malheureux pour Filius. »

« Pas pour Snape ? » s'enquit Sirius, d'un ton ironique. « Ce n'est pas moi qui vais vous contredire. »

Dumbledore posa la main sur le bras de McGonagall avant qu'elle ait pu dire quoi que ce soit. Tonks donna un léger coup de coude à Remus, espérant qu'il comprendrait ce message là et s'occuperait de faire taire son cousin avant qu'il ne se fasse étrangler.

« A vrai dire, je suis plus inquiet pour Filius que pour Severus. » avoua le Directeur. « Pour la bonne raison que Filius a dix-huit élèves sous sa responsabilité, dont seulement deux sont en quatrième année. Les autres sont en majorité des première ou deuxième année. »

« Ne peut-on rien tenter pour les ramener ? »

C'était la première fois qu'Arthur prenait la parole.

La jeune femme jeta un coup d'œil à Molly, inquiète de la voir aussi inactive. D'ordinaire, elle était attentive et participait activement aux réunions... Cependant, il était vrai que l'inquiétude qu'elle devait éprouver pour Harry était différente de la sienne... La sorcière considérait le Survivant comme son fils, alors que Tonks n'avait fait sa connaissance que quelques semaines auparavant.

« Il n'y a rien à faire de notre côté. » déclara Dumbledore, déclenchant une vague de murmures. « J'ai peur que ce ne soit à eux de trouver le chemin du retour. »

« Fait chier. » marmonna Charlie, Tonks tourna la tête vers lui alors qu'il se levait et faisait le tour de la table pour prendre sa mère dans ses bras. Bill et Arthur tentaient déjà de la consoler. Molly jurait qu'elle allait très bien, que ce n'était qu'une poussière dans l'œil et que ça allait passer, mais ni Tonks, ni les autres n'étaient dupes.

Pourtant, ce fut uniquement en voyant McGonagall passer une main sur son visage las qu'elle réalisa pleinement ce que ça signifiait.

Harry et les autres ne reviendraient pas. La chorale... Le Professeur Flitwick qui avait toujours été si prompt à l'encourager, à lui donner des conseils... Et Snape qui, à sa façon, avait tout fait pour l'aider à atteindre son but...

« Un des Weasley a disparu ? » chuchota Sirius, à l'attention de Fleur.

La Française croisa le regard de Tonks et la Métamorphomage secoua imperceptiblement la tête. Pas encore. Elle n'était pas prête à gérer ce drame là, pour le moment.

« Il a déjà compris, il refuse juste de l'admettre. » lui glissa Remus.

Cependant, il ne fit rien, lui non plus, pour expliquer la situation à son meilleur ami.

« Bien entendu, tout ceci est tragique. » lança Fol'Oeil, du ton sec et abrupt qu'il employait toujours. « Mais ça n'empêche que tout cela va avoir des répercutions sérieuses sur l'Ordre. Vous pourrez pleurer plus tard, il y a plus urgent. »

Les regards noirs et les murmures indignés se multiplièrent. Tonks fut la seule à ne pas rabrouer le sorcier pour son manque de délicatesse. Elle savait comment Maugrey fonctionnait. Ce n'était pas un manque de compassion de sa part mais le besoin d'agir tant qu'il le pouvait plutôt que d'essuyer les conséquences plus tard.

Aussi peu aimable qu'elle ait été, sa petite intervention eut l'effet voulu et tous regagnèrent leurs places.

« Ne venons-nous pas de perdre notre espion ? » demanda Anthony, sans plus d'émotion que cela. Tonks tenta de ne pas s'en irriter, après tout, il ne connaissait pas la moitié des gens dont il était question.

« La perte de Severus va effectivement nous priver d'une certaine avance sur Voldemort. » acquiesça Dumbledore, mais il n'était pas dur de deviner que ce n'était pas la seule raison pour laquelle il avait l'air affligé de ce qui était arrivé à Snape.

Tonks avait été suffisamment de fois dans la même pièce qu'eux deux pour constater une affection certaine entre les deux hommes. La même sorte d'attachement qu'elle éprouvait pour ce vieux fou de Fol'Oeil.

« Pas bien grave, il ne servait qu'à ça. » confia Sirius à Fleur, d'un ton joyeux.

McGonagall agrippa sa baguette avec plus de force que nécessaire mais prétendit ne pas avoir entendu. La Métamorphomage aurait souhaité que son cousin cesse ses plaisanteries idiotes avant que la sous-directrice ne commette un meurtre...

« Des espions, ça se trouve ou ça s'achète. » décréta Maugrey d'une voix forte. « Ce n'est pas le Mangemort qui me préoccupe, mais... »

Il fut interrompu par un bruit sourd.

La Directrice des Gryffondors venait d'abattre le poing sur la table.

« Je ne tolérerai pas que l'on manque de respect à mes collègues, une fois de plus. » prévint-elle. « Encore moins à mes amis, est-ce clair ? »

« Drôle d'amis que vous avez, Minerva. » répliqua Fol'Oeil, s'attirant le murmure approbateur de Sirius. Le profond silence que gardaient résolument les autres en disait long sur ce qu'ils en pensaient.

Soudain agacée que Dumbledore soit trop pris par ses pensées pour intervenir, Tonks se sentit l'âme d'un défenseur des causes perdues.

« C'est drôle. » lâcha-t-elle, sur le ton de la plaisanterie. « Tout le monde me faisait la même remarque à propos de toi. »

Il y eut quelques rires polis qui sonnèrent faux.

« Ne me provoquez pas sur ce point, Alastor. » riposta McGonagall, après avoir adressé un discret hochement de tête à Tonks. « Severus a fait une erreur. Il l'a payée. »

« En échappant à Azkaban pour avoir prétendument espionné ? » se moqua Maugrey. « J'y croirai lorsqu'on me donnera une bonne raison à ce revirement subit. »

« Il risque tous les jours sa vie pour notre cause. » s'énerva la sorcière. « Que vous faut-il de plus ? »

« Ça c'est ce qu'il dit. » grommela Sirius.

« La loyauté de Severus n'est pas soumise à caution. » déclara finalement Dumbledore, d'un ton froid qui ne lui était pas familier et qui provoqua chez Tonks, un malaise inexplicable. Vu la façon dont les autres s'agitèrent brusquement sur leur chaise, à se toucher nerveusement les cheveux ou à vérifier l'heure, elle ne fut pas la seule.

« Severus Snape a payé pour ses fautes un prix dont peu d'hommes se serait relevé. » continua-t-il. « Il a ma confiance absolue. Si ma parole ne vous suffit pas, vous trouverez la porte sans mal. »

Le regard bleu clair, dénué de tout amusement, se posa d'abord sur Maugrey puis sur Sirius. Ce n'était probablement que du bluff, conclut Tonks, mais c'était du bluff efficace.

Le silence était tel qu'ils pouvaient parfaitement entendre les coups de sabots mécontents de l'hippogriffe quatre étages au dessus.

« Comme je le disais, la disparition de Snape... » reprit finalement Fol'Oeil, après s'être raclé la gorge. « … n'est pas aussi catastrophique que celle de Potter. Surtout si Voldemort revendique la... »

Tonks n'eut même pas le temps de frissonner à l'emploi du nom tabou, Sirius s'était brusquement redressé.

« Qu'est-ce qu'Harry a à voir là dedans ? » demanda-t-il, une angoisse déformant ses traits.

Personne ne se décidait à répondre.

« Harry était en retenue avec Severus. » déclara posément Dumbledore, comme s'il espérait que son calme déteigne sur l'Animagus.

La jeune femme aurait pu le prévenir que ce n'était pas près d'arriver.

« Quoi ? » s'exclama Sirius. « Non. C'est impossible... »

Remus se pencha pour poser la main sur le bras de son ami mais l'ancien détenu se dégagea, sans même sembler s'en rendre compte.

« La salle de classe était en ruines. » expliqua McGonagall, presque à mi-voix. « J'ai moi-même dégagé immédiatement les gravas... Je craignais que... » Elle s'interrompit une seconde puis se racla la gorge. « Mais il n'y avait personne. Je suppose que c'est aussi bien. Une partie du plafond s'est effondré, ils n'auraient pas survécu. »

« Aussi bien ? » répéta Sirius, avec un ébahissement teinté d'incrédulité. « Harry est perdu Merlin sait où avec Snape et c'est aussi bien ? »

Molly s'excusa faiblement et quitta la pièce. Arthur fit mine de se lever mais McGonagall lui fit signe de rester où il était et emboîta le pas à la matriarche du clan Weasley. Tonks aurait aimé pouvoir dire ou faire quelque chose pour réconforter les deux sorcières mais elle ignorait déjà quoi dire à Sirius...

« Harry est en sécurité avec Severus. » offrit Dumbledore, avec une telle confiance, une telle certitude, que la jeune femme se prit à le croire.

« On ne peut pas nier qu'il y a une hostilité réelle entre Harry et Severus, Albus. » intervint Remus. « Severus ne porte pas Harry dans son cœur, ce n'est pas un secret. »

Dumbledore eut l'air attristé mais il ne démentit pas cette affirmation et Tonks en conclut que les adolescents n'avaient pas exagéré lorsqu'il avait été question de Snape.

« S'il est matériellement possible pour lui de ramener Harry, il le fera. » botta-t-il en touche.

« Tout ça est vraiment tragique. » répéta Fol'Oeil, lassé par ce sentimentalisme. « Mais je maintiens qu'il y a des problèmes bien plus urgents. Potter était un symbole... »

« Ça t'ennuie de ne pas parler de mon filleul au passé comme s'il était mort ? » s'énerva Sirius. « Il n'est pas mort. »

Maugrey leva les yeux au ciel, et son œil magique roula plusieurs fois de suite dans son orbite. Tonks fut parmi ceux à grimacer. Elle ne s'y habituerait jamais.

« C'est tout comme. » répliqua l'ancien Auror. « Vous voulez prétendre que Snape va se découvrir des tripes, très bien pour vous. Vous voulez croire que lui, Flitwick et les gosses vont revenir, à votre guise. Mais la vérité, la voilà, ils sont probablement déjà morts à l'heure qu'il est et si vous cessiez de vous lamenter cinq minutes, vous réaliseriez qu'il faut nous organiser avant que Voldemort ne le fasse. »

Tonks fut soulagée que McGonagall et Molly aient quitté la pièce avant ce petit discours.

« Alastor... » soupira Dumbledore, les yeux rivés sur Sirius. Sa baguette était posée sur la table, sans que personne ne sache comment elle était arrivée là, prête à être brandie au moindre problème.

Cependant, Sirius n'avait apparemment pas l'intention de déclencher une bagarre ou une dispute. Il détourna la tête comme si Maugrey l'avait frappé, prit appui sur la table pour se lever et sortit à son tour de la cuisine.

« Il y a des façons de dire les choses, Fol'Oeil. » reprocha Remus, dans un grondement colérique qui ressemblait plus au grognement d'un animal qu'à aucun bruit humain. Tonks sentit un frisson parcourir sa colonne.

« On est en guerre, Lupin. » répliqua sèchement le vieil Auror, tandis que l'homme se levait. « Les pertes sont inévitables. On savait tous à quoi on s'est engagé. »

Remus s'immobilisa à mi-chemin entre la table et la porte. Il se tourna à peine vers Maugrey mais Tonks n'avait pas besoin de croiser son regard pour sentir la fureur sauvage qui émanait de lui. Elle était inscrite dans sa posture, dans la façon dont chacun de ses muscles était tendu, prêt au combat.

C'était plutôt étrange parce que d'ordinaire, il était un homme paisible...

« Harry n'a jamais eu le choix. » riposta-t-il. « Il a quinze ans, toute sa vie devant lui, et je ne pense pas que ce soit une extravagance d'espérer qu'il soit toujours en vie. Du moins, pour quelqu'un qui a un cœur. »

« Il n'y a pas de place pour les chiffes-molles dans une armée. » lâcha Fol'Oeil.

Elle ne sut pas ce qui claqua le plus fort. Le mot, craché avec rancœur, ou la porte.

« Fol'Oeil n'a pas vraiment tort. » intervint Anthony, et décidément, il ne parlait jamais au bon moment. « Potter est un symbole... Beaucoup croient au retour de Vous-savez-qui uniquement à cause de lui... Maintenant qu'il a disparu... »

« Je t'adore, mais tu agis vraiment comme un con parfois. » lança brutalement Tonks, en plantant son regard dans celui de Maugrey.

D'agacement, elle tapait sa baguette contre le bord de la table. Charlie, que cette manie avait toujours irrité, l'arrêta en attrapant son poignet. Elle se dégagea avec énervement.

« Mêle-toi de tes affaires, gamine. » cingla son mentor.

Décidant que cette réunion n'allait nulle part, et que Dumbledore, pour une raison ou pour une autre, ne semblait pas anxieux d'y mettre de l'ordre, elle se leva et fusilla des yeux l'ancien Auror. Pour l'effet plus dramatique, ses cheveux virèrent au rouge cramoisi puis au noir de jet.

« C'est ma famille. Ce sont mes affaires. » jeta-t-elle froidement. « Et je ne suis plus une gamine. »

Maugrey ne bougea pas d'un iota mais Tonks vit l'expression peinée passer brièvement sur son visage. Il l'avait appelée gamine depuis le tout premier jour et elle n'avait jamais trouvé à y redire avant aujourd'hui.

Ignorant la pointe de remord dans sa poitrine, elle quitta la cuisine et se lança à la recherche de ses amis.

Elle finit par les trouver dans la chambre qu'occupait Buck, non sans avoir accéléré l'allure en passant devant le petit salon où Molly et McGonagall s'étaient réfugiées. Le bruit de sanglots l'avait découragée.

« Sirius, je t'en prie... » soupira Remus, au moment où Tonks pénétrait dans la pièce. « Viens ici, on peut en parler... »

Elle comprit immédiatement le problème. Buck était nerveux, il s'agitait et observait les nouveaux venus avec méfiance. Sirius de son côté, ne semblait rien remarquer, il était recroquevillé sur lui-même, entre le mur et l'animal, et caressait distraitement les plumes de l'hippogriffe.

C'était une situation qui pouvait se révéler potentiellement dangereuse.

« Va le chercher, s'il te plaît. » lui demanda Remus.

« Je n'ai pas très envie de me faire attaquer, merci. » répliqua-t-elle, un peu plus sèchement qu'elle ne l'aurait fait d'ordinaire. La nuit blanche et les nombreuses disputes influaient méchamment sur son humeur.

« Il ne t'attaquera pas. » jura l'homme, en se passant une main sur le visage. « C'est à cause de moi. Il sent le... Il ne fera rien. Ramène juste Sirius. »

Elle était trop fatiguée pour demander ce que sentait ou pas l'hippogriffe. Elle se contenta d'attendre que Remus ait reculé jusqu'au seuil et d'avancer vers l'animal, désormais plus calme. Elle n'eut aucune difficulté à approcher suffisamment pour traîner Sirius hors de la pièce.

Remus passa le bras autour de Sirius et le soutint jusqu'à sa chambre sans même lui offrir un mot de remerciement. Elle passa l'éponge parce qu'il avait l'air véritablement inquiet pour son ami.

Sirius n'ouvrit la bouche que lorsque Remus l'eut lâché sur son lit.

« Qu'es-ce que ça donne si j'ajoute des poils de loup, de la bave de chien, une queue de rat et le sabot d'un cerf ? » demanda-t-il.

L'homme s'accroupit et planta son regard dans celui de l'Animagus.

« Des problèmes. » répondit Remus.

Tonks ne comprenait rien, mais, soudain, ils riaient tous les deux, si fort qu'elle eut presque peur qu'ils soient devenus fous.

Ils rirent jusqu'à ce que de grosses larmes ne roulent sur leurs joues.

Elle recula dans l'embrasure de la porte avec l'impression coupable d'espionner quelque chose qui ne la concernait pas.

« C'est toi et moi, Remus, maintenant... » remarqua calmement Sirius. « Plus de James, plus de Peter... »

« Plus de Lily. » ajouta tristement Remus.

« Plus de Lily. » répéta l'Animagus. « C'est toi et moi. »

Tonks serra les dents pour s'empêcher de mettre son grain de sel dans la conversation. Elle aurait aimé affirmer à son cousin qu'il n'avait pas que Remus. Il l'avait elle. Il avait Andromeda, bien qu'elle ne soit qu'un membre secondaire de l'Ordre et pas vraiment au courant de l'implication de Sirius. Il avait une famille. Ils étaient liés par le sang des Black.

Tous les héritages n'étaient pas bons à prendre, mais ce n'était pas une raison pour tous les rejeter.

« On doit faire quelque chose. » décréta Sirius.

« On ne peut rien faire. » contra doucement Remus. « Juste faire confiance à Severus, et prier pour qu'il ne reporte pas nos erreur sur Harry. »

« Je n'ai pas confiance en lui. » déclara sèchement son cousin et Tonks leva les yeux au ciel. Quelle surprise...

Un silence confortable s'installa entre eux et elle envisagea de s'éclipser, retourner chez elle, prendre une longue douche et s'écrouler sur son propre lit pour quelques heures... Avant que Kingsley ne débarque et n'exige un compte-rendu qu'elle ne serait pas en mesure de fournir.

« Tu dis toujours ça en parlant de Snape... » reprit Sirius avec hésitation. « Nos erreurs... Ce n'étaient que des plaisanteries... »

« Des plaisanteries qui n'étaient drôles que pour James et toi. » répliqua Remus. « Severus n'a jamais ri quand tu le jetais dans le lac ou quand tu volais ses livres. Je ne veux même pas parler des BUSEs. »

« Tu riais autant que nous. » accusa Sirius. « Si tu avais tant tenu que ça à Snape, il fallait dire quelque chose. C'est facile de dire que James et moi étions les seuls responsables. C'est facile, Remus. »

Tonks fronça les sourcils, certaine que si Snape apprenait par le truchement de l'inadvertance qu'elle était courant de ces petits détails, elle passerait un très mauvais quart d'heure. Puis elle se souvint que Snape ne reviendrait probablement jamais et elle se sentit découragée.

« Je ne dis pas que je ne suis pas responsable. » démentit lentement Remus. « Mais j'essaye de réparer mes erreurs. On n'est plus à Poudlard, c'est stupide de continuer à se disputer maintenant. »

« Tu as vu comment il me parle ? » répliqua Sirius.

« Et comment voudrais-tu qu'il te traite ? » demanda son ami, en perdant patience. « James et toi, vous vous acharniez sur lui... Est-ce qu'il y a un seul jour où aucun de nous ne l'a insulté ? On l'a humilié de toutes les façons possibles. Parfois je me dis que... »

Il y eut un silence et Tonks risqua à un coup d'œil à l'intérieur.

Remus s'était assis par terre et regardait dans le vague.

« Que ? » pressa Sirius, mais l'homme haussa simplement les épaules.

« Qu'on est peut-être pas étrangers à ce qu'il a fait de sa vie. » répondit-il.

Elle aurait pensé que Sirius aurait protesté mais, visiblement, c'était un sujet auquel il avait déjà réfléchi.

« On n'est pas responsables des conneries de Servillus. » trancha-t-il. «Oeil pour œil, dent pour dent. Tu sais très bien que c'était un jeu, Remus. S'il avait été incapable de se défendre, on ne s'en serait jamais pris à lui... Il était, et il est toujours d'ailleurs, un abruti aux cheveux gras trop porté sur la magie noire pour son propre bien, mais il n'a jamais, jamais été sans défense. »

« Ça, c'est ce qu'on pensait à l'époque. » répondit Remus. « Mais Lily a fait une réflexion une fois... Enfin, j'espère qu'il ne lui viendra pas l'idée de jouer aux mêmes jeux avec Harry. »

« S'il n'est pas mort. » lâcha Sirius.

L'angoisse faisait trembler sa voix.

« Il n'est pas mort. Il ne peut pas être mort. » affirma Remus. « James serait déjà revenu nous botter les fesses. »

Un sourire sans joie étira les lèvres de son cousin.

« Personnellement, j'ai plus peur de Lily. » remarqua-t-il. « Cette femme a toujours été cinglée... »

Un bâillement menaça de lui décrocher la mâchoire et elle se résolut à cesser d'espionner les deux amis, pour retrouver son lit.

Preuve qu'il y avait toujours une maigre lueur dans la tempête, elle ne trébucha pas une fois sur la route qui la séparait de la cheminée.