CHAPITRE 2 : BC's chocolates

« Salut les amis,

J'espère que vous apprécierez mes chocolats… un peu spéciaux ! Au-delà de leur goût exquis, ils vous permettront de vivre une expérience extraordinaire, celle du changement de genre ! J'aimerais tellement vous voir, une fois devenus fille ou garçon ! Bien sûr, les effets sont temporaires mais leur durée varie d'une personne à l'autre, restant imprévisible… J'ai quand même cru remarquer que plus vous êtes proches du genre opposé, plus vous vous transformerez rapidement et plus les effets dureront longtemps ! Par exemple, je pense que la transformation de Sanji, si elle a lieu, durera plus longtemps que celle de Zoro ! Bref, profitez à fond de ce petit plaisir avant que ça ne s'arrête !

Il y a des chocolats pour tout le monde, même si je pense que certains n'oseront pas s'y essayer… Mais si ça peut motiver les plus frileux, sachez que, homme ou femme, au fond vous restez la même personne !

A bientôt ! Sur le travelo wayyyy !

Bon Clay »

D'une voix défaillante, ma Nami-swan venait d'achever la lecture de la lettre de Bon Clay, découverte au fond du panier.

En effet, l'équipage avait cherché quelques explications, s'orientant rapidement sur la piste des chocolats, le temps que je me remette de ma transformation, vous l'aurez compris, en blonde à forte poitrine, où je passai par : le mutisme profond à la découverte des deux… énormes… enfin de ma nouvelle féminité, dirons-nous ; des hurlements stridents lorsque je commençai à saisir ce qu'il m'arrivait ; l'évanouissement à l'idée que cette transformation pouvait être définitive.

À mon réveil - forcé -, la lettre avait été trouvée et Nami-chérie en lut le contenu à tout le monde. Elle contenait beaucoup trop d'informations à traiter ensemble pour savoir si je devais sauter de joie ou hurler à la mort. Déjà, je redeviendrais un homme, bonne chose. Ensuite, tout le monde avait mangé du chocolat, donc tout le monde subirait les mêmes changements que moi… Je pourrais au moins me venger de l'humiliation que le marimo m'avait infligée. En revanche, je ne savais si je survivrais à la transformation de ma Nami-chérie et de Robin-chwan… Dernier élément, la phrase qui me concernait plus particulièrement ne me plaisait pas du tout. La seule conclusion que je pouvais tirer de tout cela était que mon malheur actuel était lié à…

« BOOOON CLAAAAAAAAAAAAAAAAY ! »

J'avais hurlé de rage en même temps que Nami et Usopp. Mais tous ne prenaient pas les événements de la même manière…

« Shishishishi ! C'est l'meilleur ! intervint, sans surprise, Luffy. Alors on va tous se transformer ?

- L'expérience peut être intéressante… acquiesça Chopper. »

Robin-chwan, énigmatique comme toujours, se contenta d'un simple sourire.

« J'vois pas c'que ça va changer, continua le marimo, mais si ça fait chier l'cook, c'est parf…

- Tss, coupai-je, excédé. Tu vas bientôt arrêter de rire à mon avis… Mais, repris-je pour tout le monde, je ne vois pas sur quoi se base ce travelo pour affirmer que ma transformation durera plus longtemps que celle du marimo…

- Il veut dire que t'es une femmelette, Love-Cook.

- Ou toi un vrai rustre, baka ! »

Mais notre dispute s'arrêta-là : Nami s'était elle aussi transformée. Puis ce fût peu à peu au tour des autres, le marimo en dernier, évidemment, suscitant à chaque fois des réactions diverses et variées.

J'avais provoqué la stupeur car personne ne s'attendait à ça mais j'étais devenu une superbe femme : une longue chevelure blonde et soyeuse encadrant un visage aux traits délicats, une poitrine plutôt avantageuse, une taille fine… Bref, assumons, je m'étais changé en un véritable cliché de bombe atomique.

Nami, elle, avait suscité la terreur… Elle avait gardé ses cheveux mi-longs mais sa coupe était devenue beaucoup plus… sauvage. Elle avait perdu toute trace de féminité (ben oui c'est le principe) et son corps entier respirait la férocité et la virilité. Son regard s'était durci… Ah non, c'était le même mais décidément, la colère passait tellement mieux dans un corps de déesse… Et nos mines affolées n'aidèrent évidemment pas à la calmer.

La transformation de Luffy avait détendu l'atmosphère. Il était devenu plutôt pas mal, avis de connaisseur, avec ses cheveux coupés à la garçonne mais son comportement foufou cassait complètement son image et le rendait un peu ridicule. Ses gestes désarticulés pour s'habituer à ce nouveau corps n'aidaient en rien sa crédibilité en tant que représentante de la gente féminine et il ne put s'empêcher de ricaner, entraînant dans ses rires, le reste de l'équipage.

Chopper avait été adopté de suite. Sa version masculine était déjà tellement mignonne mais au féminin, impossible de résister et il fut vite assailli de câlins, ce qui sembla le peiner un peu. Est-ce qu'on l'aimait mieux comme cela ? Est-ce qu'on regretterait son retour à la normale ? A mon avis, il s'inquiétait pour rien mais c'était aussi tous ses petits tracas qui l'avaient toujours rendu aussi adorable.

Face au nouveau (ou plutôt à la nouvelle) Usopp, nous avions été légèrement… embarrassés. Son corps était plutôt bien foutu mais son nez, toujours aussi proéminent, réduisait son charme à néant. Heureusement, ça avait plus l'air de l'amuser qu'autre chose et nous nous joignîmes finalement à ses gloussements.

Je ne pus réprimer un frisson lorsque je me rendis compte que Robin s'était transformée car, à vrai dire, personne ne l'avait vraiment remarqué. Mes yeux exorbités donnèrent un précieux indice aux autres qui se mirent à fixer étrangement l'archéologue. Bien sur, elle avait hérité d'un corps d'homme mais c'était comme si… elle avait toujours été ainsi. Nous y étions déjà habitués et elle aussi ; cette idée avait un je ne sais quoi d'effrayant.

Mais la transformation qui me surprit le plus, fût celle du marimo. Et encore, le terme est bien faible, j'étais littéralement stupéfié. Je ne sais comment les autres réagirent, trop occupé à reprendre mes esprits et à avaler la lourde vérité qu'un seul regard posé sur moi aurait permis de faire éclater au grand jour : moi qui n'avais, jusqu'ici, jamais eu de préférences pour les femmes, blondes, brunes, rousses, je venais de découvrir mon genre, les… « gazones ». Mon cœur avait raté un battement, mon visage avait viré au rouge et mes jambes flageolaient. Zoro était une très belle femme dans le style mutine, insoumise, les cheveux remontés en une longue queue de cheval, le regard dur, profond et envoûtant, les courbes de son corps outrageusement séduisantes, la ligne de son cou, sa clavicule, ses hanches abusivement sensuelle… Oui, Zoro aurait du être une femme et je suis sur, à mon plus grand effarement, que nos rapports n'auraient absolument pas été les mêmes enfin… si une femme comme elle, si sauvage, avait bien voulu de moi.

Je pris sur moi pour me soustraire à cette contemplation. Il fallait que je réalise : cette femme était le marimo. Je devais arrêter de suite mes délires. Elle redeviendrait un homme d'ici peu et tout rentrerait dans l'ordre. En plus, j'étais une femme, moi aussi, à l'heure actuelle, et d'après Bon Clay, sa transformation serait plus courte que la mienne. C'était une bonne chose, il n'y avait aucun risque que je cède à la tentation. Enfin, je l'espérais.

La surprise passée, l'équipage retourna à ses occupations, histoire de mettre à l'essai ces corps tous nouveaux. A vrai dire, le fait de vivre l'expérience tous ensemble dédramatisait sérieusement la situation et m'aidait réellement à aborder sereinement les difficultés qui ne manqueraient pas d'arriver. Au final, il fallait bien admettre que Bon Clay avait raison : nous restions les mêmes, homme ou femme, avec nos façons d'être, de parler, de penser bien particulières.

En fin d'après-midi, je me décidai à apporter des cocktails réconfortants à Nami et Robin dont les corps allongés sur des transats m'excitaient nettement moins. J'avais d'ailleurs longuement réfléchi sur ce point : à qui devais-je apporter des cocktails ? Aux femmes devenus hommes ou aux hommes devenus femmes ou aux deux ou ni aux uns ni aux autres ? J'en étais arrivé à la conclusion que Nami et Robin, malgré tout ce que cela pouvait impliquer, étaient les seules femmes de cet équipage. Je les servis, je l'avoue, avec moins d'entrain que d'habitude et elles s'échangèrent des regards amusés. C'est ce moment que choisit Zoro pour descendre de la vigie, la sueur coulant lentement vers… enfin elle terminait son entrainement quotidien quoi.

« Alors Love-Cook, tu as décidé d'arrêter la comédie devant tes deux princesses ? »

Je restai interdit. Elle s'approcha de moi, d'un pas décidé, visiblement énervée de mon manque de réaction.

« Alors quoi, t'as perdu ta fierté en plus de tes couilles ? »

J'ouvris la bouche pour répliquer mais rien ne sortit. Sentant Zoro prête à continuer, Nami décida exceptionnellement de s'interposer et elle s'adressa d'une voix bien trop grave à la « gazone » :

« Zoro, tu sais bien qu'il ne peut pas s'attaquer à une femme ! Et actuellement, tu y ressembles drôlement non ?

- Il a été foutu de vous ramener des cocktails et il est pas capable de s'rappeler qui j'suis peut-être ?

- Ce n'est sans doute pas aussi simple que ça dans sa tête, tu sais… »

J'assistais à l'échange, passif, incapable de raisonner et l'œil bien trop attiré vers les attributs féminins de Zoro. J'entendis faiblement Nami reprendre, voyant bien que l'irritation de la jeune femme s'intensifiait :

« Tu devrais en profiter, il n'est plus en état de te refuser quoique ce soit ! »

Mais cela ne fit qu'attiser sa colère et elle dégaina brusquement l'un de ses sabres, se jetant sur moi. J'eus le réflexe de parer mais pas la force de contre-attaquer.

« Abruti d'cuistot ! Alors à tes yeux, j'suis d'venu une femelle ? Comme toutes les autres ? Et j'vais me taper tes bouffonneries en plus ? »

Elle continua à m'attaquer, attendant mes ripostes, en vain. Je ne comprenais pas pourquoi mon manque de répondant l'insupportait à ce point. Nami avait raison, elle aurait pu en profiter pour me faire subir toutes les humiliations possibles dont elle se serait vantée une fois redevenue homme…

« Réponds, enfoiré ! Un chocolat de mes deux et c'est fini, tu sais plus qui j'suis ? »

Elle était plus virulente que d'habitude et je lisais dans ses yeux tout le ressentiment qu'elle me portait mais aussi d'autres sentiments que je n'arrivais pas à interpréter. Interdit devant sa frénésie teintée de je ne sais quoi, je négligeai ma défense et emportée par sa hargne, elle m'envoya valdinguer à l'autre bout du Merry. Dans mon envol, je la vis, lasse, retourner vers la vigie et soupirer :

« Salaud… »

On ne la vit plus de la soirée. On ne me vit pas beaucoup plus, enfermé dans ma cuisine, sauf pour l'heure du repas. Alors que je débarrassais et que chacun retournait s'amuser, Robin me rejoignit et entama la discussion, celle que je me refusais d'avoir avec moi-même.

« Merci pour le repas, Sanji, toujours aussi excellent.

- De rien, Robin… chwan… Ce fût un plaisir.

- C'était plutôt amusant de voir Luffy s'empiffrer autant que d'habitude, non ?

- Il ne sait vraiment pas se comporter comme une délicate demoiselle, n'est-ce pas ? Enfin, les autres non plus. Ils ont été… presque effrayants !

- Tu as pensé à remercier Nami d'avoir tenté de te défendre ? »

Elle changeait de conversation bien trop brusquement. Je ne sais pas où elle voulait en venir mais je savais que ça ne me plairait sans doute pas.

« Oh… Non, tu as raison, elle a été gentille sur ce coup-là. Je ne sais pas pourquoi elle a tenu à me défendre aujourd'hui…

- Sais-tu pourquoi Zoro était si énervé ? »

Ignorant ma remarque, elle partait encore sur un autre sujet. Pourtant Robin avait toujours été d'une logique implacable, elle savait très bien ce qu'elle faisait et si elle avait voulu abordé le sujet de Zoro, elle ne se cesserait pas embarrassée de quelques répliques inutiles. Décidément, son raisonnement m'échappait totalement.

« Non, je ne l'avais jamais vue dans cet état, mêmes lors de nos disputes. Elle…

- Il.

- Heu, oui, il ne cherchait plus à me provoquer… davantage à régler ses comptes. D'habitude, ce n'est pas vraiment sincère, c'est simplement une excuse pour nous battre… mais là, j'ai la bizarre impression qu'elle…

- Il, Sanji, il. »

Elle me sourit d'un air plein de sous-entendus et tourna les talons, me laissant moi-même formuler la conclusion de notre court échange. Je saisis une bouteille de rhum dans la réserve d'alcool. Ce n'était pas mon genre mais avec ce que j'avais à digérer, c'était plus que nécessaire. J'avalai une première gorgée et quittai la pièce, allant m'accouder au bastingage du Merry, le regard perdu dans les flots de plus en plus sombres.

Ce que Robin avait voulu vérifier ou me montrer car elle était terriblement sûre d'elle, c'est que j'avais accepté la transformation de tout le monde, sachant pertinemment qui ils étaient au fond - Luffy, en brunette, restait notre capitaine, Nami, en pantalon, restait notre petite furie… -, tout le monde sauf Zoro. Je portais le goulot à mes lèvres. Et ça, elle… il l'avait remarqué et, je ne sais pas pourquoi, ça l'avait rendu furax. Peut-être parce que c'était mon nakama et qu'en réagissant ainsi, je lui avais fait croire qu'il perdait ce rang. J'avalais une gorgée de plus. Etait-ce vraiment cela… et depuis quand me souciais-je de ce qui pouvait lui passer par la tête ? Peut-être depuis que je pensais plus à elle qu'à lui. Le niveau de la bouteille descendait dangereusement. Oui, Robin avait raison. Je n'avais pas accepté, non, je ne pouvais pas accepter que cette superbe femme sur laquelle je fantasmais déjà soit la même personne que Zoro. Cela revenait à accepter que Zoro était mon genre. Je laissai choir la bouteille vide à mes pieds. Pire, cela voulait dire... que j'avais le béguin pour Zoro.


Le dessin animé cité dans le premier chapitre était effectivement Raiponce. Bien joué Iby ! Dans le dialogue original, il ne s'agit cependant pas d'un « piaf » mais d'un cheval.