Fandom : Iron Man, Avengers et Captain America.
Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas, ils sont la propriété de Marvel.
Pairing : Aucun.
Rating : K+ pour la référence à l'assassinat des parents de Tony, aux pratiques de l'HYDRA et à la maladie d'Alzheimer.
Genre : Angst/Friendship.
Note : Je vous avais promis la suite avec un POV de Tony, le voici. Cette partie est un peu plus courte que la précédente et se situe juste après la mort d'Howard, puis après on a un grand bond jusqu'à la naissance des Avengers. Je me base principalement sur les Captain America et Avengers, puis j'ai lu quelques infos sur le net. Par contre, je pense qu'il y a quelques incohérences avec le canon des films, n'hésitez pas à m'en parler si vous voyez quelque chose de vraiment gênant. J'ai voulu jouer un peu sur la relation entre Tony et Steve ( ça m'a tellement plu d'écrire sur eux que j'envisage de retenter l'expérience ) et j'ai essayé de construire quelque chose entre Peggy et Tony. Il y a un léger bashing de l'agent Thompson. J'espère que ce Two-Shot vous aura plu, bonne lecture !
Tony Stark : la Rédemption
Cela aurait pu être une journée terriblement triste comme on en voyait tant à cette période de l'année. Cela aurait pu être une de ses journées pluvieuses qui rendaient toujours tout plus dramatique, mais le soleil brillait si fort cet après-midi là que Tony s'était décidé à sortir ses verres teintés. C'était peut-être aussi un peu pour cacher les larmes qui menaçaient de couler aux coins de ses yeux. Tony n'avait pas envie qu'on les voit faire briller ses prunelles. S'il était parvenu à vaincre les trémolos dans sa voix, ce n'était pas pour faire les gros titres des journaux avec ses pleurs.
Il aurait voulu organiser l'enterrement de ses parents dans la plus grande discrétion – du moins, dans toute la dimension possible vu la notoriété de sa famille. Malgré toute la bonne volonté qu'il y avait mis, il n'avait pu cacher la date et le lieu de l'enterrement. Il se rassurait en se disant que la réception qu'il prévoyait d'organiser et le nombre d'invités qui y étaient conviés – journalistes et paparazzis en tout genre compris – en éloignerait quelques-uns. Il n'avait pas envie de voir débarquer au milieu de la famille et des quelques amis des Stark ceux qui ne s'étaient intéressés à eux que pour leur fortune et les ragots par lesquels ils s'étaient faits connaître. Pire encore, il n'avait pas envie qu'un scandale vienne ébranler ce jour de deuil – il avait déjà dû éloigner l'une des dernières conquêtes de son père qui l'avait menacé de tout révéler de son histoire avec le milliardaire s'il n'accédait pas à sa requête. Prévoyant, il avait fait préféré faire boucler le secteur par une importante sécurité qui empêcherait les intrus d'entrer dans le cimetière et il espérait simplement que ça suffise.
Tony se tenait à la gauche de Jarvis, qui fixait les deux tombes d'un air hagard, pas encore remis de la nouvelle – l'homme avait consacré sa vie au service de son père. À côté de lui, Rhodey serrait son épaule en signe de soutien. Ses grands-parents – les parents de sa mère – demeuraient immobiles, quelques mètres derrière lui. Il pouvait aussi entendre ses oncles et tantes murmurer.
Toute sa famille n'avait même pas tenu à faire le déplacement. Howard Stark avait beau être une des plus grandes fortunes des Etats-Unis, sa belle-famille ne l'avait jamais particulièrement porté dans son cœur, ce que Tony pouvait comprendre – il n'était pas dupe, son père était un peu trop connu pour ses aventures. En revanche, il s'était senti bouillir, prêt à exploser, quand il avait entendu les remarques faites à propos de sa mère – et Jarvis et Rhodey avaient dû lui intimer de se calmer.
Les dernières paroles du prêtre furent prononcées. Jarvis lut un article de journal en guise de dernier au revoir à Howard - Tony l'avait aidé à le choisir, sachant que le défunt aurait aimé les moqueries et le sarcasme qui ressortaient des mots du journaliste. On lut un poème pour Maria et Tony jeta la première pelle de terre sur les cercueils de ses parents. Edwin, Rhodey et l'une des sœurs de Maria suivirent. Un couple d'amis de sa mère s'approcha, avant de laisser la place à un vieil agent du SHIELD à la retraite. En dernier, juste avant que les croque-morts ne viennent enterrer les corps des Stark, une femme, proche de l'âge d'Howard, s'avança. Elle portait un chapeau, un voile noir couvrant son visage et un ensemble tailleur bleu marine. Elle jeta une rose sur la tombe de Tony, une photo également, et Tony put lire sur ses lèvres peintes en rouge quelques mots d'adieu.
Les membres de la famille de Maria la jaugèrent d'un œil accusateur – il ne fut pas bien difficile à Tony d'imaginer ce qui se disait, cette femme était sans aucun doute possible l'une des amantes d'Howard. Il n'en était rien. Edwin l'approcha le premier et ils s'enlacèrent pudiquement, échangeant quelques paroles.
« Margaret Carter, murmura Rhodey à son oreille. Ce n'était ni une question, ni une information, rien qu'une simple constatation. »
Tony connaissait l'Agent Carter pour l'avoir rencontrée à diverses réceptions auxquelles on l'avait invitée. Il l'avait également croisée au sein du SHIELD où elle avait occupé un des postes les plus importants – avant de prendre sa retraite quelques années auparavant. Elle avait été l'une des plus proches amies de son père – et à vrai dire, s'il mettait de côté Jarvis, Tony ne lui comptait que cette amitié. Peggy Carter et Howard Stark avaient opéré ensemble durant la seconde guerre mondiale, lors de laquelle ils avaient permis la mise en place du projet Rebirth, projet si cher à son père, celui qui avait donné naissance à Captain America – la plus belle création d'Howard Stark, la seule chose dont il eût réellement été fier durant toute sa vie. Ils avaient ensuite fondé le SHIELD. Howard fournissait les armes et Peggy les utilisaient. Tony avait entendu cette histoire un millier de fois et celle de Captain America, bien plus encore – le héros qui avait sauvé les Etats-Unis, celui qui s'était sacrifié pour protéger le monde entier, Captain America, le héros en qui son père aurait voulu le transformer.
Ces histoires avaient fini par le gonfler. Tony n'avait pourtant rien contre Margaret Carter, qu'il admirait pour tout ce qu'elle avait accompli.
Tony et Rhodey attendirent que Jarvis ne les rejoigne avant de quitter les lieux. Il crut voir apercevoir Peggy Carter lui lancer un regard, mais il s'éloignait déjà et la sécurité l'encercla bientôt pour le protéger de la foule.
Le brouhaha assourdissant des journalistes et le flash des appareils photos étaient de retour.
Tony n'avait pas attendu longtemps avant d'organiser une fête en l'honneur de ses parents. Il était désormais à la tête d'un vrai empire – plus jeune fortune du pays et ça faisait les gros titres de tous les journaux du pays ! – et devait s'en montrer à la hauteur. Il ne parvenait déjà plus à compter le nombre de verres qui avaient été levés au nom de son père, les éloges et les remerciements qui pleuvaient à presque le noyer, les regrets qui se passaient d'un groupe à l'autre, les yeux qui larmoyaient à la seule pensée du génie disparu trop tôt qu'était Howard Stark.
Pendant ce temps, il faisait le show. D'un investisseur à l'autre, il vantait les mérites de son regretté père et mettait déjà sur le tapis de futures affaires. Jarvis connaissait tous les invités, Tony, lui, avait passé ces derniers jours à apprendre les noms du carnet d'adresses de son père et leur relation avec les Stark Industries. Ce carnet d'adresses serait désormais le sien et s'il souhaitait faire perdurer ce que son père avait passé toute sa vie à construire, il devrait s'y faire.
Jarvis s'approcha de lui alors qu'il discutait avec un type bedonnant qui avait pris la couleur rouge du liquide qu'il sirotait. À son bras se pendait celle qui était sans doute son épouse – le diamant qu'elle portait à son annulaire était plus éloquent – et qui haussait les yeux au ciel à chaque remarque. Depuis un quart d'heure Tony n'avait de cesse d'entendre à quel point Howard était un homme merveilleux – héros de guerre, qui avait tant fait pour son pays, qui avait contribué à l'amélioration des services secrets et qui aidait tellement au développement des sciences et de la recherche et « savez-vous que j'ai aidé à faire innocenter votre père ? » et « mon équipe et moi, lorsque je n'étais encore qu'un agent du SRR, avions réussi à le disculper de toutes les preuves établies contre lui ».
Le sénateur Thompson se tut au moment où le majordome vint se joindre à eux. Tony, soulagé de pouvoir enfin échapper à l'homme antipathique et monstrueusement ennuyeux qui lui faisait face, se tourna immédiatement vers Jarvis.
« Peggy Carter est ici, monsieur. Elle a exprimé l'envie de s'entretenir avec vous.
- Installez-la dans le bureau de mon père, je l'y rejoins immédiatement. »
Jarvis acquiesça et le quitta. Tony fit signe à un serveur de lui apporter deux coupes de champagne et sourit à ses interlocuteurs :
« Je vous prie de m'excuser, Margaret Carter m'attend dans mon bureau. Bien entendu, je lui présenterai vos salutations, monsieur le sénateur. Elle faisait partie de votre équipe à l'époque où vous avez innocenté mon père si je ne m'abuse. »
Sur ces mots, il prit la direction du grand escalier du manoir pour monter à l'étage supérieur. Il frappa à la porte pour avertir la vieille amie de son père de son arrivée.
Elle se trouvait assise à l'un des fauteuils de la pièce. Entre ses doigts, elle triturait une photographie. Lorsque Tony entra, refermant la porte derrière lui, elle leva les yeux dans sa direction, lui sourit chaleureusement et prit le verre qu'on lui tendait.
« Merci, Anthony.
- Le sénateur Thompson vous salue, annonça-t-il, narquois. Il m'a appris à quel point son intervention avait été décisive lorsqu'il a fallu innocenter mon père après la seconde guerre mondiale. Je n'avais encore jamais entendu cette version de l'histoire.
- Ah ... le sénateur Thompson, se remémora-t-elle avec une pointe de moquerie dans la voix, que n'aurions nous pas fait, ton père et moi, s'il n'avait pas été là ? Un trésor national, assurément, ricana-t-elle en trempant ses lèvres dans le champagne. »
Tony vida sa coupe et alla se servir dans la réserve personnelle de son père où se mélangeaient les bouteilles de martini, gin, rhum, brandy et whisky.
« Je n'étais pas sûr que vous viendriez, avoua-t-il en se tournant vers son interlocutrice. Je suis étonné de vous voir seule, d'ailleurs. Vous auriez pu venir accompagnée de votre époux.
- Il n'apprécie pas ce genre de réception. Moi non plus, à vrai dire.
- Mais vous êtes ici, fit constater Tony avec un sourire amusé alors qu'il alla s'asseoir derrière le bureau de son père.
- Je n'ai pas eu la chance de te parler hier et je ne pense pas que cela aurait été très approprié.
- Si vous êtes venue pour vous assurer que j'allais bien, ne vous en faites pas, tout va pour le mieux, assura Tony en affichant un sourire serein.
- Je voulais seulement te voir. Cela faisait longtemps que je ne t'avais pas vu. Presque dix ans.
- Mon père dans sa grande bonté a jugé préférable de m'envoyer en pension à l'autre bout de l'Etat. Garder le contact avec les amis n'est pas si simple qu'il n'y paraît lorsque l'on est enfermé vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant cinq jours dans un internat.
- Il n'a pas fait le meilleur des pères, commenta Peggy Carter. Il le savait.
- N'essayez pas de lui trouver des excuses. Il est mort. Ça ne sert plus à rien de lui en vouloir. »
Tony s'empressa alors de servir un gin à son invitée. En s'approchant d'elle, il jeta un coup d'œil au cliché qu'elle tenait toujours entre ses mains. Son père et Peggy Carter se trouvaient entourés de soldats. Il reconnut les membres des Howling Commandos – il avait pu faire la connaissance de certains d'entre eux – et plus haut et large que les autres, se tenait, fier et souriant, ledit Captain America, l'homme dont on l'avait tant bassiné avec les histoires quand il était gamin.
« Je ne lui ai jamais cherché d'excuses, finit par répliquer Peggy Carter, sa voix tranchant le silence. Il n'en avait pas. Mais tu dois savoir qu'il t'aimait, Anthony. Tu en doutes, j'en suis certaine car tu lui ressembles beaucoup, mais il t'aimait. »
Tony lui tourna le dos à nouveau et fit mine d'aller se resservir, mais c'était plus pour éviter le lourd regard que portait Peggy Carter sur lui qui le forcerait à baisser les yeux et se dévoiler.
Coulson n'avait pas arrêté d'en parler durant tout le trajet – tout le long du trajet, non stop. Tony lui avait bien demandé de la fermer, mais ça n'avait fait qu'aggraver la situation. C'était un nouveau recommencement, un déjà-vu insupportable qui revenait sans cesse le harceler.
On avait finalement retrouvé le corps de Captain America, quelques mois plus tôt, sous les glaces du pôle Arctique, on l'avait ensuite décongelé et ô miracle de la science, on l'avait réveillé, plus fringuant que jamais. Ça avait fait les gros titres sur tous les journaux, dans tous les médias. On voyait la tête de l'icône Steve Rogers un peu partout. Quand, à la télévision, Tony était tombé nez à nez avec l'image du Captain America, fraîchement – c'était le cas de le dire – sorti de son glaçon, en train d'errer dans les rues de Manhattan, il s'était dit que c'était peut-être mieux pour tout le monde que son père soit décédé vingt ans plus tôt. Ça l'aurait sans doute tué de revoir son vieil ami crapahuter dans les rues, soixante-dix ans après son accident sans avoir pris une seule ride. Tony connaissait suffisamment son père pour savoir que la disparition de Captain America avait toujours été l'un de ses plus profonds regrets.
Fury avait fait savoir à Coulson que Captain America serait au rendez-vous et l'agent, en grand fan, n'avait pas arrêté de casser les oreilles de Tony avec de vieilles histoires – comme si Tony n'en avait pas entendu assez dans sa jeunesse, il fallait qu'on vienne lui bourrer de nouveau le moue avec le fabuleux soldat qui avait sauvé les Etats-Unis. Il avait été jusqu'à prier pour que l'avion s'écrase et qu'il ne pose jamais les yeux sur ledit capitaine.
Dans la tour, il avait vu défilé tout un tas d'énergumènes – l'alien, en particulier, et d'ailleurs c'était quoi ce guignole sorti tout droit d'un mauvais péplum ? Mais c'était le capitaine qui avait attiré son attention. Il se tenait debout, très droit, les cheveux parfaitement coiffés et son costume nickel chrome - sans rien pour dépasser. En apparence, il était tout ce que l'on pouvait espérer d'un bon soldat – un super-soldat même.
Quand Tony traversa la pièce, il ne daigna même pas lui jeter un regard, ni lui adresser la parole. Il en connaissait assez sur le type pour savoir que la collaboration n'allait pas être simple – il en avait fait les frais quelques jours plus tôt quand celui-ci était vainement intervenu entre l'alien et lui. Ils n'avaient pas les mêmes valeurs, ni les mêmes principes et, malheureusement, ils étaient tous les deux aussi têtus l'un que l'autre. Et puis ...
C'était le Captain America, la grande fierté de son père, un capitaine de pacotille, une mascotte d'un autre temps. Avant même que Tony ne l'ait vu, il avait su que ce serait celui que son père aurait voulu qu'il devienne contre celui qu'il était devenu. Mais Tony n'était pas vraiment un héros, encore moins un super-soldat, rien qu'un cerveau dans une boîte de conserve.
Ce fut Steve qui lui adressa la parole en premier :
« Je me souviens de votre père, lui dit-il. »
Et Tony en aurait mis sa main à couper que le capitaine détaillait son visage à la recherche de son père derrière ses traits. Steve espérait-il que Tony et Howard ne soient qu'une seule et même personne ? Tony savait tenir de son père, question physique, mais il n'était pas pareils. Ils ne l'avaient jamais été.
« Nous avions une amie en commun, poursuivit Steve. Mais ... j'ai eu du mal à l'apprécier.
- Lui vous aimez beaucoup en tout cas. Il m'a tellement parlé de vous que je connais sans doute par cœur les détails de votre vie qu'il avait pu collecter. Il vous a cherché après votre plongée dans la glace. »
Le capitaine resta de marbre face à cette révélation. Howard Stark était un véritable expert en ce qui concernait Captain America, mais Steve, lui, l'avait-il seulement côtoyé plus de deux ou trois fois ?
Jarvis l'avait averti de l'arrivée de Steve – mais était-ce seulement nécessaire, le pot d'échappement de sa vieille moto faisait tellement de boucan qu'il aurait pu réveiller le plus gros dormeur des alentours. Tony l'avait immédiatement fait entrer. Il n'aurait pas été jusqu'à dire qu'il était impatient de le voir, mais plus vite il l'aurait accueilli, plus vite il pourrait se détendre.
Tony se sentait un peu confus face aux émotions qui se bousculaient en lui. New-York l'avait mis à rude épreuve – il avait enfin découvert le sens du mot héros dont on l'avait si souvent affublé sans qu'il ne s'en trouve digne. Il avait dû apprendre à travailler en équipe – avec Rhodey, ça n'avait jamais été pareil – et par la suite, il avait dû faire face à ses démons. Ça n'avait pas été simple, mais il se disait que c'était pour le mieux et que c'était peut-être une page de sa vie qu'il tournait.
De leur côté, les autres membres des Avengers étaient retournés à leurs petites affaires. Steve, lui, s'était aussi occupé des fantômes de son passé et quelques jours à peine après la tombée du SHIELD, Tony l'avait contacté pour lui proposer de l'héberger – à sa grande surprise, il n'avait fait face à aucun refus. Il s'en était trouvé soulagé.
Il ne savait pas exactement ce qui l'avait poussé à le faire – quand il repensait à quel point il avait été réticent de ne devoir que s'associer avec Steve, quelques mois plus tôt, il était indéniable qu'il avait fait du chemin depuis. C'était peut-être dû aux encouragements de Pepper qui l'avait poussé à contacter Steve – après qu'il lui en ait bassiné les oreilles pendant une journée entière, changeant d'avis toutes les deux minutes – ou au fait qu'il trouvait carrément stupide de laisser la plupart des quartiers des Avengers vides – et puis ça tombait à pic, avec la nouvelle bande de tarés qui traînait dans les parages, HYDRA, selon Nick Fury, Steve se trouverait bien plus en sécurité à la tour que n'importe où ailleurs.
Il s'était dit, aussi, que c'était peut-être tout simplement parce qu'il avait fini par apprécier – non, il n'irait pas jusqu'à dire qu'il l'admirait, il ne le dirait pas – le capitaine bien plus que ce qu'il n'aurait pu imaginer. Steve ne ressemblait pas vraiment à l'image qu'il s'en était faite - pour sûr, Steve avait des principes, mais il était bien plus un utopiste qu'un soldat et les muscles, le costume et tout l'attirail, n'étaient qu'un prétexte pour servir la liberté.
Il avait alors compris pourquoi son père avait pu se prendre d'affection pour Steve Rogers, le gamin maladif de Brooklyn, et quand Pepper l'avait surpris dans les vieux dossiers de son père sur le projet Rebirth et Captain America, il s'était senti comme un gamin qu'on aurait choppé en train de piquer des gâteaux à la boutique du coin de la rue.
Quand les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, Tony se tenait déjà devant, ses mains moites serrées l'une contre l'autre, mais lorsqu'il aperçut l'expression légèrement concernée de Steve, il revêtit son plus beau sourire et alla enlaça son ami – oui, c'était le bon mot.
« Suis-moi, je vais te faire visiter ta nouvelle demeure. »
Et Steve lui emboîta le pas sans hésiter.
Tony fut remarquablement surpris par la capacité d'adaptation du soldat. Pour quelqu'un qui avait fait un bond dans le temps, sans pouvoir être le témoin des rapides évolutions scientifiques qui avaient rythmé le siècle précédent, Steve s'en sortait relativement bien – plus que bien même, si on le comparait aux nombreuses personnes de sa tranche d'âge qui se pouvaient rapidement se trouver dépassées. Il comprenait très vite et lorsqu'il ne savait pas, il venait le voir pour lui demander des explications qu'il assimilait sans trop de problème. Ça avait quelque chose de fascinant.
Steve semblait tout aussi bien s'accorder avec son nouvel environnement. Tony aurait même été jusqu'à dire que le capitaine aimait vivre à la tour. Certes, ça ne faisait que quelques semaines, mais Steve n'avait pas encore exprimé le besoin de déménager – Tony s'était donc dit que c'était plutôt bon signe – et puis il revenait s'y installer à chaque fois qu'il rentrait d'une nouvelle mission concernant l'HYDRA.
Quand Steve ne sortait pas pour s'exercer, il passait son temps libre à feuilleter des dossiers – papier et informatiques et, le plus souvent, Sam Wilson – un type plutôt sympathique – venait lui prêter main forte.
Tony, lui aussi, s'était prêté au jeu. Les archives de l'HYDRA n'étaient pas vraiment du genre amusantes. Après avoir entendu Sam et Steve en parler et avoir parcouru quelques documents, il s'était rendu compte que ces gars là étaient tout sauf des rigolos. Puis il avait fini par tomber sur le dossier concernant son père et il s'était senti faire un bond de vingt ans dans le passé. Tout avait été programmé – la surveillance d'Howard Stark qui se faisait de plus en plus méfiant et qui commençait à poser problème au sein du SHIELD et l'accident, l'accident avait été programmé – et c'était le Winter Soldier, autrefois connu sous le nom de James Buchanan Barnes, celui que Steve cherchait désespérément à retrouver, qui s'était sali les mains. C'était une vraie claque qu'il s'était pris dans la figure – et il ne pensait pas pouvoir être encore touché par la mort de ses parents.
Steve l'avait regardé – il l'avait sans doute vu devenir blanc, se déconfire sur son fauteuil – et était venu lire par-dessus son épaule. Il avait simplement posé une main réconfortante sur son bras.
« Mon père avait compris, avait murmuré Tony. Si j'avais ... si j'avais seulement mis le nez dans ses recherches plus souvent, je l'aurais pu le savoir, j'aurais dû le savoir ...
- Ne te blâme pas, Tony. Tu n'y es pour rien, lui avait répondu Steve. »
Le ton de sa voix avait été si sincère que Tony n'avait pu que le croire.
Après cela, il s'était replongé dans de vieux dossiers. Il avait retrouvé tous les vieux papiers que son père avait rédigé sur le SHIELD et ses soupçons sur l'HYDRA - et il s'était emparé de ceux qui concernaient le projet Rebirth.
Il avait hésité, les documents sous le bras, puis il avait pris son courage à deux mains et les avaient présenté à Steve.
Tony détailla du regard le soldat qui lisait les notes d'Howard Stark, ses yeux parcourant rapidement le papier.
« J'ai peut-être quelque chose qui pourrait t'intéresser, avoua Tony. »
Steve l'interrogea du coin de l'œil sans vraiment relever la tête de la lecture dans laquelle il s'était plongé.
« Le projet Rebirth et à peu près tout ce que mon père a pu récupérer sur le sujet, je me suis dit que tu aurais eu envie d'y jeter un coup d'œil. »
Ils le parcoururent ensemble le week-end, des bières à la main et Tony se dit, quand il éclata de rire à l'une des histoires que venait de lui raconter Steve sur sa jeunesse, que jamais, au grand jamais, il n'avait songé qu'un jour il puisse se lier d'amitié avec celui qu'il avait envié – et détesté – quand il était gamin.
Tony conduisait sur le trajet qui les mèneraient – Steve et lui – à l'hôpital. Il n'était même pas certain que Steve ait un permis de conduire en règle – l'avait-il seulement passé ? Steve savait conduire une moto, c'était certain, tout le monde connaissait sa passion pour les motos et Tony n'avait pas hésité à lui en faire cadeau d'une, mais la voiture, c'était tout autre chose.
Captain Stars and Stripes n'avait pas dit un mot depuis qu'il avait embarqué. Il lui avait dit avoir déjà revu Peggy Carter, il lui avait confié être allé la voir plusieurs fois, aussi souvent que possible, mais il ne semblait vraiment pas dans son assiette – avec ses recherches pour retrouver son meilleur ami revenu d'entre les morts pour lui botter les fesses qui ne menaient à rien, il avait de quoi n'être pas du tout dans son assiette. Tony se disait tout de même que c'était peut-être du fait de sa présence qui ne mettrait pas Steve tout à fait à l'aise – même si c'était lui qui avait insisté pour qu'il l'accompagne.
De son côté, Tony n'avait pas revu Peggy depuis une bonne dizaine d'années – à la mort de Jarvis. Elle avait encore toute sa tête à cette époque et elle n'avait pas hésité, malgré ses quatre-vingt ans passés, à lui remonter les bretelles pour ce qu'il faisait. Mais Tony n'était ni Howard, ni Steve et il se fichait pas mal de ce qu'elle pouvait penser. Plus tard il s'était dit qu'elle avait eu raison – mais il avait préféré ne pas lui en parler.
Il n'était pas certain qu'elle le reconnaisse. Il ne savait pas à quel point la maladie l'avait atteinte et il s'était même demandé si elle n'allait pas le confondre avec son père - elle lui avait toujours dit que son père et lui se ressemblaient beaucoup trop pour s'entendre. Mais cette visite n'était pas de l'initiative de Tony : il ne serait là que pour épauler Steve.
Lorsqu'ils arrivèrent, Steve resta muet. Tony envoya bouler les quelques photographes qui s'étaient arrêtés devant l'hôpital et suivit son ami dans le hall. À l'accueil on leur indiqua la chambre de l'ancien Agent Carter où ils se rendirent, toujours en silence.
Captain America fut le premier à entrer dans la petite chambre où était installée Peggy Carter. Il frappa à la porte et attendit qu'on l'autorise à entrer. Tony, lui, n'osa bouger. Du couloir, il vit le sourire de Steve lentement se dessiner sur ses lèvres. Dans les yeux de l'ancien agent, une lueur se mit à briller. Les deux vieux amis serrèrent les doigts l'un de l'autre.
Le rire de Steve parvint à Tony à l'entrée de la pièce – Peggy ne l'avait toujours pas vu et c'était pour le mieux. Malheureusement, Captain je-me-mêle-de-ce-qui-ne-me-regarde-pas l'interpella :
« Je ne suis pas venu seul, Peggy. Tony, Tony Stark est là. Tu te souviens de lui ? »
Steve lança un regard suppliant à Tony qui entra finalement dans la chambre où les rideaux de la fenêtre n'étaient même pas tirés. Quelques rayons s'étaient infiltrés pour réchauffer les mains des deux soldats.
Tony devina tout de suite la confusion sur le visage de Peggy. La bouche entrouverte et les lèvres tremblantes, elle le dévisagea comme s'il eût été un revenant. Ce qu'avait craint Tony allait sans doute arriver : la mémoire de l'Agent Carter lui faisait tant défaut qu'elle serait obligée d'associer le visage de Tony à celui d'un homme dont elle se rappelait presque tous les traits, points et détails.
Steve lui jeta un regard désolé, car lui aussi avait compris.
« Howard, murmura Peggy, peu sûre d'elle. Howard, est-ce bien toi ? Je te croyais mort. Maria et toi, je vous croyais morts. »
La voix chevrotante, elle tendit sa main vers Tony. Steve le regarda longuement, secouant négativement la tête, un air profondément triste marquant chacun de ses traits. Il était inutile qu'il le lui dise pour que Tony saisisse que Steve ne voulait pas le forcer à faire ça. Tony n'était pas obligé de jouer la comédie - et puis ce n'était pas bien, ce n'était pas bien de faire ça à Peggy Carter.
Steve lui avait appris que Peggy ne parvenait plus à former de nouveau souvenirs, qu'elle oubliait rapidement tout ce qu'elle venait de faire. Mais il avait ajouté que sa mémoire commençait à embrouiller son passé. Elle se rappelait clairement de la seconde guerre mondiale, du SSR et du SHIELD, de Steve, des Howling Commandos, d'Howard et de Jarvis, elle se souvenait de son mariage et de ses enfants, mais les détails lui échappaient. Il lui arrivait de confondre ses deux filles, d'oublier ses petits-enfants, de ne plus savoir qui était Nick Fury et de ne pas se rappeler que Steve était de retour.
Après les nombreuses incitations de Bruce, Tony avait fini par parler à Steve de son père, par presque se confier – ça faisait apparemment partie d'une sorte de thérapie, c'était le mot employé par Bruce et à vrai dire, ça lui avait fait du bien. Il s'était senti comme libéré et totalement honnête avec Steve. Au fil de leurs conversations, il avait fini par lui dire qu'il la connaissait, qu'il l'avait rencontrée durant son enfance, Howard et Peggy étant restés de proches amis. C'était peut-être ce qui avait fait que Steve lui demande de l'accompagner - peut-être que ça le rassurait aussi.
Peggy répéta une dernière fois le nom de son père avant que Tony ne se décide à prendre la main ridée du célèbre Agent Carter et de la serrer dans la sienne. Elle se redressa dans son lit d'hôpital pour le prendre dans ses bras.
« Je vous croyais morts tous les deux, mais tu as réussi Howard, tu l'as ramené. Tu as ramené Steve. »
Tony n'avait pas envie de contredire Peggy. Elle ne se souviendrait sans doute pas de l'avoir vu. Il était inutile de solliciter inutilement sa mémoire. Parfois, il est préférable de mentir et peut-être que Steve, malgré son honnêteté, s'accorderait avec lui cette fois-ci, en voyant le sourire comblé sur les lèvres de Peggy – his best girl.
