Chapitre 2 – Souvenirs souvenirs

En ce même début d'après-midi, Drago était assis, songeur, dans la salle commune des Serpentard. Il réfléchissait lui aussi à sa relation avec la jeune sorcière. Plus rien ne l'empêchait de l'aimer. Ils étaient désormais dans le même camp, celui des ennemis du Seigneur des Ténèbres. Il la trouvait belle, il la désirait. Ses origines moldues ne le dérangeaient plus. Il rougit de honte à la pensée de ces années passées à l'insulter. Il en voulait à ses parents de lui avoir inculqué tous ces préjugés.

Penser à ses parents le rendait triste. Il savait que ni son père ni sa mère n'hésiterait à le tuer s'il croisait leur chemin. Il avait conscience qu'il devrait être constamment sur ses gardes jusqu'à ce que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom soit vaincu. Est-ce que cela était compatible avec une relation avec Hermione ?

Il ne pouvait s'empêcher de se demander s'il avait fait le bon choix. Malgré son amour pour Hermione et malgré la confiance que lui inspirait Dumbledore, Drago doutait encore. Pendant des années sa vie avait tourné autour de la magie noire. Durant toute son enfance et son adolescence, il avait vu ses parents et leurs amis vénérer le souvenir du Seigneur des Ténèbres, en espérant au fond d'eux qu'il reviendrait un jour. A présent c'était fait, Lord Voldemort était plus puissant que jamais. Drago savait qu'à ses côtés, il aurait pu obtenir tout ce qu'il désirait en cas de réussite. Il aurait pu devenir riche et puissant. Choisir Dumbledore lui paraissait beaucoup plus hasardeux, la victoire de ce camp-là paraissait beaucoup plus improbable. Pourtant il avait fait ce choix-là et il savait qu'il ne pouvait plus revenir en arrière. Le Seigneur des Ténèbres n'accorde jamais son pardon à ceux qui l'ont trahi. Drago éprouvait confusément une pointe de regret, en grande partie parce qu'il avait peur. Il avait peur pour lui, mais aussi pour sa famille. Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom risquait de s'en prendre à eux pour se venger sa trahison.

Et puis il restait une dernière difficulté : Potter et Weasley. Ils s'étaient détestés dès le premier jour. Le fait de se battre dans le même camp n'y changerait rien. Il n'était pas sûr que les deux Gryffondor accepteraient sa relation avec Hermione. Il ne savait pas s'il supporterait leur présence plus de cinq minutes par jour. Pourtant la victoire contre le Seigneur des Ténèbres nécessitait que Potter et lui collaborent. Alors il se sentait prêt à faire des efforts.

Il fut sorti de ses pensées par l'arrivée de trois Serpentard dans la salle commune. Le cœur de Drago se serra à leur vue. Pansy Parkinson minaudait de sa petite voix perçante entre Crabbe et Goyle. Lorsqu'ils l'aperçurent, les deux brutes et la peste s'arrêtèrent. Ils lancèrent des regards malveillants à Drago. Pansy Parkinson parut sur le point de faire une réflexion à son ancienne idole mais elle se tu et ceux qui avaient été les amis de Malefoy continuèrent leur chemin en chuchotant entre eux. Drago éprouva alors du dégoût pour eux. Ces trois-là faisaient moins les malins il y a quelques semaines, quand Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom lui avait confié la mission de tuer Dumbledore. Des amis pareils ne valaient pas la peine que l'on se préoccupe d'eux. Drago avait Hermione et pour le moment cela lui suffisait amplement. Penser à Hermione le réconfortait, lui permettait de chasser brièvement ses doutes. Elle seule pouvait lui donner la force d'assumer son choix.

Drago ressentit le besoin de faire le point, de se remémorer les moments passés avec Hermione au cours de l'année. Après leur baiser dans les toilettes des filles, une relation ambiguë et explosive s'était nouée entre eux.

(Cette scène se déroule juste après le 1er baiser entre Drago et Hermione)

Qu'est-ce qui lui avait pris d'embrasser la Sang-de-Bourbe Granger ? Malefoy ne savait plus très bien où il en était en sortant des toilettes de Mimi Geignarde. Il s'apprêtait à l'étrangler, à montrer à cette prétentieuse de quoi il était capable. Mais au moment où il allait le faire, un désir fulgurant de l'embrasser s'était emparé de lui et il n'avait pas pu résister. Pire encore, cela ne lui avait pas déplu. Une moue de dégoût se dessina sur son visage. C'était sa mission qui le rendait fou. Malefoy n'était pas habitué à avoir peur, à pleurer et à douter. Il fallait qu'il réussisse à tuer Dumbledore au plus vite s'il voulait sauvegarder sa santé mentale.

Pourtant, les jours suivants, à chaque fois qu'il croisait Granger, il ressentait une sensation de chaleur dans son bas ventre. Cela le troublait au plus haut point et il baissait les yeux pour faire taire son désir. La jeune fille évitait également son regard. Même s'il l'insultait encore pour la forme, il la trouvait de moins en moins repoussante.

(Cette scène se déroule en sixième année)

La veille des vacances de Noël, Drago cherchait un lieu tranquille pour réfléchir à la meilleure manière de réussir sa mission. Il entra alors dans une salle de classe vide et s'installa à une table. Il devait bien exister un moyen de réparer cette Armoire à Disparaître. Quelque chose lui avait sûrement échappé. Drago tenta de se représenter mentalement toutes les solutions qu'il avait essayées jusqu'à présent. Mais il fut dérangé dans sa réflexion par le bruit de la porte qui s'ouvrit. Granger entra. D'après son air surpris, elle n'avait pas vu qu'il était là. La sensation de chaleur se réveilla en lui. Mais il était bien déterminé à montrer une fois pour toutes à Miss-je-sais-tout qui était vraiment Drago Malefoy. Il essaya alors d'adopter un ton agressif.

-C'est la deuxième fois en quelques semaines que tu me déranges Granger.

-Mais non, c'est la deuxième fois en quelques semaines que tu te trouves sur mon chemin Malefoy. Je me demande pour lequel de nous deux c'est le plus désagréable.

Le ton sarcastique de la jeune fille déplu fortement à Drago. Il se leva et se rapprocha d'elle.

-Ce n'est pas le simple fait de te croiser qui est désagréable. C'est l'existence même d'une petite Sang-de-Bourbe prétentieuse et mal coiffée telle que toi qui m'est insupportable Granger, cracha Malefoy.

Son ennemie soupira et adopta un ton détaché.

-J'en ai plus qu'assez de me faire insulter par une fouine.

-Tu devrais surveiller ton langage Granger ou il pourrait t'arriver quelque chose, la menaça Drago d'un air sombre.

-Ah oui ? Tu comptes m'attaquer ou m'embrasser aujourd'hui ? répliqua Hermione d'un ton bravache

Cette phrase mit Drago dans tous ses états. Il saisit les poignets de la jeune fille. Il lui en voulait de le provoquer ainsi, sur des sentiments qu'il n'assumait pas et qu'il ne contrôlait pas. Il voulait le lui faire payer. Il avait envie de lui faire peur, de lui faire mal. Il serra les frêles poignets de la jeune fille et regarda son visage. Les traits de la jeune lionne étaient crispés dans une attitude de défi mais il pouvait lire dans ses yeux du désir voilé, réprimé. La sensation de chaleur se répandit alors dans le corps tout entier du jeune homme. Dans un état second, il lâcha les poignets d'Hermione pour attraper son visage. Il l'attira vers lui et l'embrassa. La jeune Gryffondor s'abandonna à son baiser et passa ses mains dans le dos de Drago. Des frissons de plaisir et de désir parcouraient le jeune homme. Leur baiser n'était pas aussi violent que la dernière fois, il était simplement passionné. Malefoy ne pensait plus à rien, il se sentait bien. Ses mains parcouraient les courbes d'Hermione et l'attiraient à chaque seconde un peu plus près de lui. Son corps était à présent étroitement collé au sien. Les mains d'Hermione autour de sa taille, sur son cou et dans son dos le brûlaient. A sentir la jeune fille trembler sous ses baisers et sous ses mains, il savait qu'elle était dans le même état que lui. Il en éprouva une certaine satisfaction.

Puis quelques minutes plus tard, la jeune fille sembla sortir de sa transe. Elle repoussa légèrement Malefoy et s'écarta de lui de quelques mètres. Ses joues étaient cramoisies et elle était essoufflée. Elle bégaya quelques paroles incompréhensibles

-…m'embrasser…ne pas faire ça…bizarre…ennemi…attirance…

Le trouble d'Hermione fit sourire Drago. Le charme n'était pas rompu, le charabia de la jeune fille l'amusait. Sa chevelure plus décoiffée qu'à l'ordinaire et son petit air penaud la rendait encore plus attirante.

-A quoi tu joues avec moi ? le questionna la jeune lionne d'une petite voix

-Il me semble qu'il faut être deux pour s'embrasser…

-C'est toi qui a commencé ! s'exclama Hermione. Tu me provoques, tu me tentes…

-Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça. Crois-moi ça m'étonne autant que toi. Je ne joue pas.

La jeune fille scrutait son visage, comme pour y déceler un signe d'ironie ou de sarcasme qu'elle ne trouva pas.

-Je ne contrôle plus rien Granger, c'est comme si mon corps m'échappait. Personne ne doit savoir ce qui s'est passé.

-Tu crois peut-être que j'ai envie que ça se sache ? s'énerva Hermione.

Le tempérament enflammé de la jeune fille reprenait le dessus. Mais au lieu de l'irriter cela donnait à Drago l'envie de l'embrasser de nouveau. Il décida qu'il était temps d'abréger la conversation.

-Arrangeons-nous pour ne plus nous croiser dans des pièces vides, ça vaut mieux.

-Oui ça vaut mieux.

A contrecoeur, Drago tourna le dos à son amie-ennemie et quitta la pièce.

Mais ils s'étaient retrouvés à plusieurs reprises seuls dans des pièces vides ou dans des couloirs déserts dans les jours suivants. Des coïncidences qui n'en étaient pas vraiment car malgré eux, ils avaient envie de se voir et de renouveler leurs étreintes. Ils allaient chaque fois un peu plus loin, leurs baisers se faisaient plus profonds et leurs caresses plus poussées. Ils se disputaient aussi, sans grande conviction. Mais la réconciliation entre Ron et Hermione changea la donne.

(Cette scène se déroule toujours en sixième année, quelques jours après l'empoisonnement de Ron dans le bureau de Slughorn)

Il l'avait vue rendre visite à Weasley ces deux derniers jours, passer des heures à l'infirmerie. Et même s'il aurait préféré avaler une demi-douzaine de mygales plutôt que de l'admettre, cela le rendait fou. Il avait également remarqué que depuis que Ron avait été empoisonné, Hermione l'évitait. Mais qu'est-ce qui lui arrivait ? Lui, Drago Malefoy au sang pur, proche du Seigneur des Ténèbres, jaloux pour une petite Sang-de-Bourbe insignifiante ? S'il était dans son état normal il ne se préoccuperait même pas de l'existence de cette pimbêche. Cela devait cesser.

Il était également déçu. Sa nouvelle stratégie pour tuer Dumbledore avait échoué. Si au moins Weasley avait été tué cela l'aurait consolé. Non, il devait encore travailler beaucoup s'il voulait réussir sa mission. Il en était là dans ses réflexions lorsqu'une tornade brune surgit au détour d'un couloir et s'immobilisa juste devant lui. Deux grands yeux chocolats remplis de colère le foudroyèrent.

-Qu'est-ce tu as encore fait Malefoy ?

Hermione l'observait, l'air accusateur, une main sur les hanches. Elle ne ressemblait pas à la Hermione qu'il embrassait encore trois jours plus tôt. Sa réconciliation avec l'affreux rouquin avait rompu le charme. Il ne savait pas vraiment si cela le décevait ou le soulageait. Quoi qu'il en soit, il était d'une humeur massacrante.

-Je n'ai pas de comptes à te rendre Granger.

-J'ai retourné tout ça dans ma tête, je suis sûre que tu as quelque chose à voir avec l'empoisonnement de Ron. Tu prépares un mauvais coup. Tu fais des choses étranges, tu te comportes bizarrement, …

-La mort de Weasley ne me déplairait pas mais malheureusement je n'ai rien à voir là-dedans. Maintenant ôte-toi de mon chemin, tu pollues mon espace vital.

Il vit les joues de la jeune fille s'empourprer, il savait qu'elle allait se mettre en colère comme à son habitude. De la fumée jaillissait de sa baguette. Il voulait la pousser à bout.

-Aurais-tu peur de me faire face sans serrer ta baguette miss Sang-de-Bourbe ? Tu ne sais te défendre qu'avec des sorts appris par coeur dans les livres. Tu es médiocre Granger, et sans imagination. Il suffit que je m'approche et que je t'effleure pour que tu sois à ma merci. Tu veux que je te rappelle comment tu te comportais lundi soir dans la salle sur demande ?

Il ne pu pas continuer car Hermione jeta violemment sa baguette au sol et se mit à hurler.

-ET TU VEUX QUE JE TE RAPPELLE COMMENT TU TE COMPORTAIS TOI ?

Elle poursuivit sur un ton plus posé mais ses yeux lançaient des éclairs.

-Comment oses-tu me parler comme ça ? Tu n'es qu'un petit garçon, bourré de préjugés idiots que t'ont transmis les toutous de Voldemort que sont tes parents…

Malefoy commença à regarder son ennemie d'un air mauvais. Il avait de nouveau envie de l'étrangler, le simple fait de la regarder lui donnait des envies de meurtre. Il se rapprochait d'Hermione mais la jeune fille demeurait imperturbable et poursuivait ses attaques.

-…tu te balades toujours avec tes deux gorilles comme si tu avais peur des autres. Tu te fais vénérer par Pansy Parkinson et ces autres cruches naïves pour te sentir aimé…

Malefoy serra les poings et se contint pour ne pas la frapper. La jeune Gryffondor avait touché juste. Elle le regardait droit dans les yeux, des larmes de rage contenue coulaient le long de ses joues.

-…alors je suis peut-être médiocre et faible mais toi tu es pathétique. Tu es un être infect, une brute incapable du moindre sentiment, tu ne sais pas réfléchir par toi-même, tu es un con arrogant, tu es violent…

Drago se rapprocha un peu plus, l'air menaçant mais Hermione ne se démonta pas et se remit à crier, d'une voix rendue suraiguë par l'émotion.

-ET SI TU FAIS ENCORE UN PAS VERS MOI JE TE TUE DE MES PROPRES MAINS !!

-Si tu t'avises de me toucher je te ferai regretter d'être née.

Les deux amis-ennemis se fixaient à présent les yeux dans les yeux. De l'électricité flottait dans l'air. Ni Drago ni Hermione ne voulait céder. Ils entendirent un miaulement puis les pas claudicants de Rusard s'approcher dans le couloir. Hermione ramassa sa baguette avant de décocher son ultime flèche.

-Contrairement à toi j'ai de vrais amis à Poudlard. Alors ce que tu dis, ça ne compte pas.

Puis elle tourna les talons et rejoignit la tour de Gryffondor sans lui jeter un regard.

Pourtant le soir même ils se retrouvèrent dans la salle sur demande, sans se consulter. Ils s'y étaient rendus sans bien savoir pourquoi, ils n'obéissaient plus qu'à leur instinct. Ils se regardèrent quelques minutes, sans parler. Drago revoyait la scène de l'après-midi dans sa tête. Il imagina qu'Hermione en faisait de même. Puis toujours sans dire un mot, mus par une impulsion soudaine, ils s'enlacèrent. Le jeune Serpentard regarda la jeune fille dans les yeux et n'y remarqua aucune animosité. Elle ferma les yeux et l'embrassa dans le cou. Drago se sentit défaillir. Les horreurs qu'ils s'étaient dites dans l'après-midi disparaissaient devant leur désir mutuel. La jeune lionne posa ensuite ses lèvres derrière son oreille, puis à la commissure de ses lèvres. Leurs lèvres se joignirent enfin en un long baiser. Leurs langues jouaient l'une avec l'autre. Leurs mains parcouraient fébrilement leur corps devenu familier.

Leur histoire était devenue comme cela de plus en plus paradoxale, passant des disputes les plus cinglantes aux étreintes les plus douces. Tout cela se déroulait sans aucune explication, Hermione et lui ne parvenaient pas à communiquer, à parler de leurs sentiments. En vérité aucun d'eux ne savait où il en était. Drago avait en mémoire une autre scène, la dernière fois qu'Hermione et lui s'étaient vus avant la nuit où il avait failli tuer Dumbledore. C'était le jour ou Potter avait utilisé le sortilège Sectumsempra contre lui.

Drago se trouvait à l'infirmerie, confortablement installé dans un lit. Quelques minutes plus tôt, il était entouré de son groupe habituel de Serpentard. Crabbe et Goyle se tenaient debout, raides comme des piquets. Zabini était assis sur une chaise et mangeait les chocogrenouilles qu'il avait lui-même apportés à Drago. Quant à Pansy Parkinson, elle était assise sur le lit. Elle tenait la main de Malefoy et caressait ses cheveux blonds platine, tout en maudissant Harry Potter à voix haute. Mais à présent ils étaient partis, pressés de raconter à qui voulait l'entendre comment Potter avait attaqué en traître Drago Malefoy et la résistance héroïque de ce dernier.

Drago passa prudemment la main sur son torse. Apparemment il n'avait gardé aucune cicatrice des méfaits de Potter. Il était cependant bien décidé à profiter pendant quelques temps de son statut de victime, l'occasion était trop belle. Il en était là dans ses pensées quand la porte de l'infirmerie s'ouvrit de nouveau. Il fut surpris de voir apparaître Hermione dans l'embrasure. Elle s'avança timidement vers lui.

-Euh… bonsoir.

Pourquoi était-elle venue ici ? Cela ne suffisait donc pas qu'ils passent des heures à s'embrasser en cachette sans savoir pourquoi ? Drago se sentait las et fatigué de lutter. Il voulait qu'elle parte le plus vite possible.

-Qu'est-ce que tu fais là Granger ? Potter t'a envoyée finir le boulot c'est ça ? Tu viens pour m'achever ?

-Harry n'a pas fait exprès, il ne connaissait pas les effets de ce sortilège. Pourtant je lui avais dit de se méfier…

-Ouais c'est ça, répliqua Drago en grimaçant, Potter m'a certainement lancé ce sort pour faire apparaître devant moi une montagne d'or. Tu n'as pas répondu à ma question : que fais-tu là ?

-Je ne sais pas pourquoi je suis venue, j'ai obéit à une impulsion, je n'ai pas réfléchi. C'était totalement stupide. Ça doit te paraître très étrange mais je voulais savoir comment tu allais.

Drago s'efforça de ne pas laisser paraître son étonnement à l'idée que la jeune fille reconnaisse ouvertement qu'il n'était plus vraiment un ennemi pour elle. Cela lui faisait tourner la tête. Ce serait tellement agréable de baisser sa garde, de se laisser aller et de prendre la main de la jeune fille qui n'était qu'à quelques centimètres de la sienne. Il aurait voulu se confier à elle et la laisser le rassurer. Non, il ne devait pas perdre pied ainsi, il devait rester concentré sur sa mission. Hermione et lui n'étaient pas dans le même camp, il devait se mettre cela en tête.

-Réveille-toi Granger !! On est ennemis je te rappelle ! Tu es la meilleure amie de Potter que je déteste plus que tout ! Alors qu'est-ce qui te fais croire que j'ai envie de te voir ?

-Eh bien je suis ici depuis environ deux minutes et tu ne m'as pas encore insultée, ce qui est un véritable miracle. Ma présence ne t'est donc pas si insupportable que ça.

-La vérité c'est que je suis trop faible pour me défendre et que si je commence à te dire ce que je pense de toi tu vas encore sortir ta baguette et t'énerver. C'est du pur instinct de survie, Granger.

Le ton narquois de Drago eut l'air de blesser la jeune fille. Cela avait du lui demander un énorme effort de venir le voir ici. Elle prenait des risques, Potter et Weasley pourraient l'apprendre. Il devait bien reconnaître que cela le touchait. Mais il devait la faire partir il n'avait pas le choix.

-C'est vrai je ne suis qu'une pauvre idiote. Ce qui nous arrive depuis quelques mois ne signifie rien du tout, tu me manipules comme tu manipules tout le monde. Je ne sais pas quel est ton but mais j'en ai assez.

Le jeune homme aperçut des larmes dans les yeux d'Hermione et malgré lui cela le bouleversa. Etrangement l'idée de lui faire de la peine lui était devenue tout à coup insupportable. Il éprouvait des sentiments pour elle, il ne pouvait plus se persuader du contraire. Elle était tellement fragile, et forte à la fois, tellement passionnée mais aussi tellement douce quand elle s'abandonnait… Aussi, quand elle tourna sur-elle même pour s'en aller il ne pu s'empêcher de la retenir.

-Hermione attends ! S'il te plaît.

La jeune Gryffondor s'arrêta net et se tourna lentement vers lui. La surprise se lisait sur son visage.

-Est-ce que j'ai bien entendu ? Tu viens d'utiliser mon prénom et de me dire « s'il te plaît » ??

-Oui tu as bien entendu. Et je te demande pardon.

Etonné lui-même par les mots qu'il était en train de prononcer, Drago hésita quelques secondes avant de poursuivre :

-En fait ça ne me déplaît pas que tu sois venue me voir.

Drago avait prononcé ces mots d'une voix douce, faisant taire l'espace de quelques secondes son orgueil qui aurait voulu réduire cette mijaurée en bouillie s'il avait été dans son état normal. Mais une véritable tempête s'était déchaînée dans son esprit. Visiblement Hermione n'en revenait pas et ne savait plus quoi dire.

-Ecoute, je ne peux pas nier que j'apprécie les moments qu'on passe ensemble, enchaîna le jeune homme. J'ai tout fait pour résister mais c'est plus fort que moi. Mais je ne peux pas faire comme si c'était simple. Tu restes mon ennemie.

-Je sais que tu as choisi le camp de Voldemort, même si je ne sais pas ce que tu prépares depuis le début de l'année. Mais je sais qu'au fond tu n'es pas mauvais.

-Ce n'est pas aussi évident. Je ne peux plus reculer.

-Bien sûr que tu le peux. Tu sais bien que Dumbledore te protégerait. Il faut juste que tu trouves le courage de t'opposer à tes parents et à tes amis. Nous sommes nombreux et nous pouvons vaincre Voldemort. Passe du bon côté Drago, tout sera plus simple.

Sur ces mots, elle avait saisi ses mains quelques secondes, s'était penchée vers lui et avait déposé un baiser sur ses lèvres. Puis elle était partie.

Drago se sentait perdu. Il était terrorisé. Il ne savait pas s'il avait plus peur d'échouer dans sa mission et de subir la colère du Seigneur des Ténèbres ou de réussir et de ne plus pouvoir revenir en arrière. Il ne savait plus si les valeurs qu'on lui avait inculquées pendant toute son enfance étaient les bonnes. Il n'était plus tout à fait sûr que le monde serait meilleur s'il était dominé par Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. En fait il ne s'était jamais vraiment posé la question avant.

Et pourtant dans la Tour, alors qu'il avait Dumbledore à sa merci, Drago avait dû faire un choix. Voir Dumbledore si calme le rendait nerveux. Le vieux sorcier avait senti qu'il flanchait, qu'il manquait de courage. Pendant que le sorcier lui parlait, le forçait à raconter comment il avait fait entrer les Mangemorts, une véritable lutte avait lieu en lui. Et s'il écoutait la voix douce de son directeur, s'il lui faisait confiance ? Mais il ne pouvait pas trahir ses parents et ses amis pour l'amour d'une fille de moldus. Il avait attendu toute sa vie que le Seigneur des Ténèbres lui confie une mission. D'un autre côté il se rendait bien compte qu'on ne peut être sûr de rien dans un monde gouverné par la magie noire. La limite entre le bien et le mal n'existe plus. Comment être sûr de survivre dans un tel monde ? Etait-ce vraiment ce qu'il voulait ? Drago s'imagina avec Hermione dans un monde plus paisible. Ils n'auraient d'autres soucis que de s'aimer et de réussir leurs examens. Cette idée paraissait délicieusement tentante dans la froideur et l'humidité de la Tour d'astronomie où Dumbledore et lui se trouvaient. Puis, ces mots du directeur de Poudlard l'avaient décidé :

-Passe du bon côté Drago. Tu n'es pas un tueur.

« Passe du bon côté Drago ». Les mêmes mots qu'Hermione avait prononcés à l'infirmerie. Il regarda le vieux sorcier. Dumbledore s'appuyait contre le mur pour ne pas tomber et pourtant il dégageait encore de la sagesse et de la détermination. Il lui inspirait confiance. Hermione devait avoir raison, il s'était trompé toutes ces années. Suivre le Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom n'avait servi qu'à le rendre incapable d'aimer et de réfléchir. Il devait changer tant qu'il en était encore temps. Il devait prendre le risque. Alors il regarda Dumbledore dans les yeux, lui rendit sa baguette et malgré la peur qui l'étranglait, lui dit avec détermination :

-Vous avez raison. C'est Voldemort qui doit mourir.

Ensuite ils s'étaient jetés dans la bataille, en renfort de l'Ordre du Phénix. Drago se sentait enfin libre et vivant. Quand Hermione l'avait vu arriver aux côtés de Dumbledore, alors qu'elle luttait avec un Mangemort, il avait vu ses yeux s'éclairer et cela lui avait donné un courage immense.

(Nous sommes de retour dans la salle commune des Serpentard après la matinée que Drago et Hermione ont passée au bord du lac)

Drago restait. Les choses ne paraissaient plus aussi évidentes que quand il avait fait ce choix dans la Tour d'astronomie. Il sentait la peur grandir en lui. La seule chose à laquelle il pouvait se raccrocher, c'était l'amour d'Hermione. Repenser aux moments passés avec elle l'avait décidé à franchir un cap supplémentaire avec elle : il était grand temps qu'ils commencent à communiquer. Alors, qu'ils n'avaient jamais discuté de leurs sentiments respectifs lors de cette année, ils devaient avoir une discussion tous les deux pour mettre les choses au clair. Il fallait qu'ils réfléchissent ensemble à la situation. La prochaine fois qu'il verrait Hermione, ils en parleraient.