La voiture de patrouille était garée devant l'allée ce qui ne pouvait signifier qu'une chose : Charlie était à la maison. Je laissai mon regard s'attarder sur la bague de Elizabeth Masen. Le cœur ovale, bordé de pierres rondes en rangs inclinés, étincelantes. Elle était magnifique. Je sentais le regard du jeune homme à mes côtés. Ses deux topazes scrutaient mon expression, mes traits. Nous étions dans l'habitacle depuis un moment. Il était patient.

_Veux-tu que nous fassions cela un autre jour ?

_Non.

Je descendis de sa Volvo et marchais dans l'allée. Il saisit ma main et la caressa tendrement.

_Je suis là Bella.

Je lui fis un sourire ressemblant étrangement à un rictus. Prenant une longue inspiration, j'ouvris la porte et m'engouffrai dans le vestibule.

_Bella ? S'enquit une voix du salon.

_Oui Papa.

Nous le rejoignîmes dans le salon. Il était affalé devant la télévision. J'ignorais qu'il y avait un match ce soir.

_Bonsoir, Charlie.

Mon père se contenta de lui adresser un vague signe de tête. J'inspirai profondément puis me lança.

_Papa, nous devons parler.

Il se tourna vers moi légèrement inquiet face au ton de ma voix. Je me dirigeai vers la cuisine, supposant que les deux hommes de ma vie me suivraient. Edward s'assit près de moi tandis que Charlie prenait place face à nous. Je sentais une boule obstruer ma gorge. Mon père nous regarda tour à tour, sur le qui-vive.

_Papa, je te demande de ne pas m'interrompre. Lorsque je suis arrivée à Forks, je n'aurais jamais cru avoir une vie aussi...mouvementée. J'ai dû te donner du fil à retordre.

_Pas autant que tu le crois. Tu es facile à vivre.

_Je connais ton ressentiment vis-à-vis d'Edward.

Un silence pesant s'installa durant lequel mon père jeta un regard noir à l'intention de mon fiancé. Ce dernier prit alors la parole.

_Si j'ai quitté votre fille, c'était contre ma volonté. Je pensais n'être pas assez... sain pour elle. J'ai sous-estimé nos sentiments. Mais je puis vous assurer que cela ne se reproduira pas. Je tiens énormément à elle.

Mon père demeura un moment sceptique avant d'acquiescer.

_Je te laisse le bénéfice du doute Edward.

Pensant notre entretien terminé, il amorça un mouvement pour se lever avant que je ne le retienne. Il me darda d'un regard prudent.

_Autre chose ? S'enquit-il.

_Plus ou moins…Vois-tu…

Voyant mon incapacité à formuler l'objet de cette entrevue, Edward m'y aida.

_Charlie, il y a un moment, j'ai demandé à Bella de m'épouser.

_Qu...Quoi ? Bégaya ce dernier.

_J'ai demandé à votre fille de m'épouser.

_Et j'ai accepté Papa.

L'explosion ne se fit tarder et s'accompagna d'un bruit sourd lorsque la chaise de mon géniteur heurta le sol. Je ne pouvais lui en tenir rigueur.

_Est-ce une plaisanterie ? Tu n'as que dix-huit ans !

_Je sais Papa mais…

_Tu ne mesures pas la gravité de cette décision. Je pensais que d'avoir assisté au divorce de ta mère et moi t'aurais rendu plus raisonnable.

_Cela n'a rien à voir, votre situation était différente de la notre.

_En quoi réside cette différence ? Le mariage reste quelque chose que tu n'as pas le droit de prendre à la légère. Il s'agit de ton avenir.

_J'en ai conscience. Un avenir déterminé par mes choix.

Il me défia du regard un moment, cherchant de trouver une faille dans le mien. Je saisis l'occasion.

_Papa, cela fait bien longtemps qu'Edward et moi sommes ensembles…

_ Peu à vrai dire, vu qu'il t'a abandonné trancha mon père.

Je sentis mon amoureux se raidir. Je lui caressai l'épaule.

_Papa, c'est du passé.

_Je n'ai aucune garantie que cela ne se reproduira pas. Il pourrait très bien estimer soudainement ne plus être assez bien pour toi et prendre la porte.

_J'ai commis une erreur de jugement, Charlie.

_Que tu peux tout à faire commettre de nouveau ?

_Non car à présent, je sais ce que me causerait cette séparation. Mettre fin à notre relation a été la chose la plus difficile qu'il m'a été donnée de faire. Et je sais qu'à présent, il me serait impossible de provoquer une telle douleur car elle a faillit m'anéantir. J'aime votre fille, Charlie, et désire entamer une vie à ses côtés. Elle a bouleversé mon existence et je n'imagine plus un avenir sans Bella, pour le partager.

Ces mots me touchèrent particulièrement tant j'en comprenais l'étendue. Je comprenais ce besoin que nous avions pour l'autre, transcendant, perturbant et incroyablement excitant.

Le regard de mon père nous traversa tour à tour durant un moment, des centaines de pensées se mélangeant dans sa tête. Il finit par ramasser sa chaise et d'y prendre place. Croisant ses bras contre sa poitrine, il afficha un air las, me permettant de poursuivre.

_Il y a quelques jours, tu m'as demandé de te prévenir si jamais je devais prendre une décision importante. C'est la raison de notre présence. Je ne te demande pas de réponse immédiate, juste te permettre d'y penser.

Nous nous retirâmes, le laissant ainsi à ses pensées. Je raccompagnai Edward dans le vestibule. Il m'adressa un regard amusé, sûrement en train de prendre connaissance des pensées de mon père avant de saisir mon visage entre ses mains. Je m'emparai alors tendrement de ses lèvres avant de le congédier pour l'instant.

Il reviendrait plus tard. Remontant dans ma chambre, je saisis mon pyjama, ma trousse de toilettes et m'engouffrai dans la salle de bain. L'eau brûlante me détendit, la vapeur environnante délitant le fil de mes pensées.

De retour dans mon antre, je glissai le CD qu'Edward m'avait offert pour mon dix-huitième anniversaire et laissai la composition me berçait, m'apaisant entièrement. Lui seul avait ce pouvoir. M'instant derrière mon ordinateur, je parcourais les différents emails que j'avais pu recevoir et en vis un émanant de Renée. Je devais la prévenir de mes prochaines noces. Le cas Charlie me paraissait à l'heure actuelle, plus préoccupant. Je répondis le plus brièvement à ses questions, ne voulant pas trop en dévoiler.

A peine m'étais-je installée sur le lit que les pas lourds de Charlie martelèrent le parquet. Je l'imaginais parfaitement bougon, marmonnant dans sa barbe et ne pus retenir un rire. Il était incroyable. Il pouvait se comporter comme un véritable enfant parfois. Mais cette fois-ci, je pouvais le comprendre. Je venais inconsciemment de le trahir en acceptant de me marier si jeune, à Edward qui plus est.

Mais qu'étais-je censée faire ? Je ne pouvais concevoir ma vie sans Edward, avais hâte de l'entamer et d'être enfin officiellement sienne. Mon égoïsme soulevait ma culpabilité mais je ne pouvais en faire autrement. J'espérais juste qu'il comprendrait mes raisons.

C'est alors que je sentis son odeur. Il était déjà là, allongé à mes côtés sans que je ne m'eusse eu rendu compte. Ses bras m'enveloppèrent tendrement, me ramenant contre lui alors que je nichais contre son cou. Ses lèvres se glissèrent sur mon cou, accélérant les battements désordonnés de mon cœur, affolant mon souffle.

_ Tu provoqueras assurément ma perte, Cullen, murmurai-je.

Je sentis ses lèvres s'étirer largement sur ma joue, signe qu'il s'alésait de ma détresse. Mes doigts se promenèrent sur ses bras, lentement, et je parvins à lui arracher un grognement. J'aimais l'effet que j'étais capable de lui soutirer.

_Je ne fais qu'appliquer tes désirs.

-Cela ne saurait être contredit.

Il dirigea son attention vers mes yeux, fourrageant mes prunelles, insufflant une telle émotion dans son regard qu'il me fit perdre pied. J'étais totalement victime de son envoutement.

_L'amour que je te porte Bella Swan est si intense que je ne m'étonne parfois de pouvoir le contenir.

Cette simple affirmation me monta le rouge aux joues. Je rendais grâce à la fortune pour sa prose du siècle dernier. Il avait les mots pour me faire chavirer. J'avais beau être une femme moderne, indépendante, j'étais une inlassable romantique. Autant dire, que nous nous étions trouvés dans ce cas.

_Tu sais que je ne serais pas contre un peu moins de retenu.

Cela eut le mérite de le faire partir dans une nouvelle hilarité qui m'arracha un sourire. J'adorais entendre son rire, son insouciance. C'était ce pourquoi j'avais croisé sa route, rendre son éternité moins maussade.

_Je n'en doute pas, déclara-t-il, en se détachant légèrement de moi et rabattant les couvertures sur nous.

Déposant la tête sur son épaule, il affirma son étreinte d'un bras alors que l'autre se glisser derrière son oreiller. J'aimais le fait que nous nous complétions, le fait que nous nous adaptions à la position de l'autre. Nous étions le satellite de l'autre comme l'avait finement observé ma mère. Le silence s'installa, calme, reposant, me presque somnoler lorsque la voix d'Edward s'éleva dans l'obscurité.

_Regrettes-tu ta décision ?

_Celle de t'épouser ? Non. Je n'ai jamais été aussi sûre de ma décision. Sauf peut-être celle concernant ma transformation mais vu qu'elles vont de pair autant les mettre dans le même bâteau.

J'avais parfaitement senti sa raideur à la mention du sujet tabou mais ne m'en formalisa pas. Edward n'acceptera totalement cette situation que lorsqu'elle s'imposera à lui. De ce fait, autant y remédier rapidement. En fait, en y repensant, les deux hommes de ma vie étaient bien semblables. Ils le niaient tout simplement.

_Charlie finira par l'accepter. Laissons-lui le temps marmonnais-je, en étouffant un bâillement.

Il caressa mon bras puis déposa un baiser sur mon front.

_Avant que tu ne sombres, Alice me charge de te dire que demain, nous sommes invités à une réunion pour que tous les points de l'organisation du mariage soit abordée.

_Quand tu dis nous, il s'agit…

_De chacun des membres composant cette pauvre famille affiliée à Alice.

_Elle est invariable chuchotais-je, retenant un rire.

Aussi extravagante ma meilleure amie était, elle ferait une belle-soeur géniale. L'obscurité finit par m'envahir enfin alors qu'Edward fredonnait ma berceuse préférée.