- Harry, mon cœur, attend, dit Nicole, à bout de souffle. Je ne peux pas te suivre comme avant, dit-elle avec sa canne.
- Mais maman, on va être en retard pour ton rendez-vous avec Mr Rogue, dit Harry avec impatience.
La jeune femme lève les yeux au ciel devant l'excitation de son fils. Jamais il n'a été impatient de rencontrer qui que se soit, avant Mr Rogue. Il a fallut une seule phrase de cet homme pour que le garçon devienne insoutenable.
Ça faisait maintenant une semaine que l'explosion de gaz avait eu lieu au musé et Harry était plus qu'impatient de revoir cet homme qui lui avait certifié que les potions existaient bel et bien. Sous l'insistance constante de Harry, elle avait finit par appeler l'homme et lui proposer un rendez-vous dans un café à proximité de chez elle avec Harry. Elle ne savait pas trop à quoi s'attendre, mais comme Harry ne faisait confiance en personne, habituellement, elle avait fini par céder et l'appeler. Le petit garçon de 7 ans avait été fou de joie de savoir qu'il allait revoir l'homme en noir qui l'avait sorti de sa prison de ciment la semaine précédente.
Le gamin passe devant la baie vitrée du café et fait un sourire rayonnant à Mr Rogue qui les attend à l'intérieur. Harry tient la porte à sa mère pour qu'elle puisse entrer plus facilement avec sa canne. Quand ils s'approchent de la table de Mr Rogue, celui-ci se lève et tire la chaise en face de lui pour inviter Nicole à s'y assoir.
- Maman, il est galant, lui, chuchote Harry à l'oreille de sa mère une fois assise.
- Merci, Mr Rogue, dit-elle en faisant les gros yeux à l'enfant.
Depuis quelques temps, Jack avait commencé à tenter de lui faire du charme, ce qui ne plaisait pas du tout à Harry. Il essayait par tout les moyens de convaincre sa mère que Jack n'était pas un homme pour elle. Il le trouvait grossier, matcho et rustre. Et en plus, Jack était allergique aux chats. La preuve que l'éducation ne fait pas tout dans la vie. Harry ne savait pas trop pourquoi, mais il aimait bien ce Mr Rogue.
- Miss Raymond, dit Mr Rogue, je suis heureux que vous aillez accepté de me revoir.
- Le plaisir est partagé, même si le contraire avait été vrai, je n'aurais pas vraiment eu le choix, dit-elle avec un doux sourire.
- Et pourquoi ça? Demande l'homme en noir en levant un sourcil.
- J'ai un jeune homme, à la maison, qui était plus qu'impatient de vous revoir, monsieur.
- Severus, appelez moi Severus.
- Parfait, appelez moi Nicole, dans ce cas.
Nicole, Severus et Harry discutent de tout et de rien et quand Harry voit bien que la conversation, menée par Mr Rogue, est plus que barbante, il demande la permission à sa mère d'aller jouer aux jeux d'arcades au fond du café. C'était exactement pour ça que Nicki avait choisit cet endroit.
- D'accord, mais demande à Richard de garder un œil sur toi, lui dit sa mère en lui donnant un billet de 5 livres.
Une fois le garçon partie, elle se tourne vers l'homme en noir en levant un sourcil.
- Maintenant que vous avez réussi à éloigner mon fils, puis-je savoir de quoi vous voulez me parler?
- Écoutez, Nicole. Je vois bien que vous êtes une excellente mère, pour Harry.
- Merci. Mais je sens qu'il y a un mais qui arrive.
- J'ai reconnu votre fils. Il est le fils biologique d'une amie d'enfance, dit Severus. Et bien que vous soyez une femme avenante et compréhensive, je pense qu'il y a d'autres personnes qui pourraient en avoir la responsabilité.
- Il n'en est pas question! Dit la jeune femme, d'une voix basse et menaçante. Il n'y a personne qui m'enlèvera mon fils.
- Il a… il a un don particulier, dit Severus, relativement mal à l'aise.
- Et vous pensez que je n'ai jamais remarqué? Demande la jeune femme. Je ne suis pas stupide, Severus. Je sais très bien que Harry a des capacités que je n'ai pas. Et j'imagine que vous les partagées. C'est vrai, je ne suis pas la personne la plus à même de comprendre les capacités qu'il a. Mais avec ce qu'il a vécu avant que je le trouve et ce que j'ai apprise pendant l'audience, il n'est pas question que la personne qui l'a placé dans cette immonde famille ne remette le nez dans sa vie. Je n'ai rien contre vous, Severus. Si vous voulez voir Harry, je n'ai aucun problème avec ça. Je serais même heureuse qu'une personne qui le comprend puisse lui expliquer ce qui se passe en lui. Que quelqu'un lui parle de ses parents biologiques, que je ne connais pas du tout. Mais il n'est pas question qu'il parte loin de moi, jamais.
Sur ce, la jeune femme sort un dossier médical de son sac et le glisse sur la table vers Severus.
- C'est le dossier médical de Harry. Si vous voulez encore me l'enlever après avoir lut ça, je ne peux rien faire pour vous.
Elle se lève avec toute la dignité qu'elle a et rejoint son fils au fond du café.
Dans sa petite maison de Charbonne-les-Mines, Severus s'installe à la table bancale de sa cuisine pour lire le dossier médical de Harry Raymond-Potter. Il s'étouffe avec sa gorgée de thé quand il commence à le lire. Cet enfant a vécu l'enfer dans la famille où Dumbledore l'a laissé. Des fractures, vieilles et récentes, il a été affamé, il soufrait de déshydratation sévère, de carences de toutes sortes, il avait des séquelles physiques et psychologiques. Il avait été muet pendant presque 3 mois après son hospitalisation et le rapport médical affirmait aussi que l'enfant avait été victime de viols répétés. Il y avait un rapport de police sur les Dursley et Vernon Dursley avait avoué avoir violé le gamin à plusieurs reprises quand sa femme sortait faire les courses avec leur fils, Dudley. Affirmant que le monstre n'avait eu que ce qu'il méritait. Que personne n'avait le droit le leur imposer cet anormal dans leur maison. Qu'ils n'avaient rien demandé à personne et qu'ils avaient été obligés d'accepter cette bête chez eux. Que si quelqu'un devait être poursuivi et emprisonné, c'est le monstre qui avait déposé cette immondice, en pleine nuit d'automne, sur leur paillasson.
- Il a fait quoi? Siffle le Maître des Potions entre ses dents.
Il ne savait plus à qui en vouloir, à Harry Potter, pour s'être imposé dans sa vie avant l'heure, Vernon Dursley, pour avoir martyrisé un enfant innocent qui n'avait jamais rien demandé à personne, ou à Dumbledore, ce vieux fou qui jouait à Dieu en disposant de tout et tout le monde comme il en avait envie.
- Je m'engage, Nicole Raymond, à ce que rien ni personne ne vous enlève votre fils, murmure Severus à la pièce vide.
Pendant ce temps, dans une petite maison en banlieue de Londres, Harry ouvre la porte d'entrée et fusille Jack du regard quand il le voit sur le porche de la maison.
- Bonjour, garçon, dit aimablement Jack.
- J'aime pas me faire appeler comme ça, lui dit Harry pour le 300e fois, au moins.
Jack fait comme si il n'avait rien entendu et entre dans la maison en ébouriffant les cheveux déjà en batail de Harry qui essaye de les aplatir, sans succès.
Jack s'avance dans la demeure des Raymond et trouve Nicki dans la cuisine en train de préparer le dîner. Il passe derrière elle et la prend par la taille sans rien dire.
- Jack! S'écrit la jeune femme. Qu'est-ce que tu fais ici? Demande Nicki en s'extirpant des bras du médecin.
- Je m'ennuyais, dit-il simplement en lui faisant un sourire qui se veut ravageur.
- Et appeler avant, ça ne t'es pas passé à l'esprit?
- J'avais envie de te voir, répond Jack en la reprenant par la taille.
- Jack, arrête ça, s'il te plait.
Mais il fait comme avec Harry et semble ne pas avoir entendu la demande de Nicole. La jeune femme dépose le saladier sur le comptoir et se tourne vers le médecin pour lui dire clairement qu'elle veut qu'il la lâche. Mais quand elle ouvre la bouche, une paire de lèvres prend possession des siennes et une langue s'impose dans sa bouche. Sous le choc, Nicki ne réagit pas tout de suite. Deux secondes plus tard, Jack reçoit une gifle monumentale au visage.
- Ne refais plus jamais ça, dit la jeune mère en le fusillant du regard. Maintenant, tu tournes les talons, tu sors de ma maison et tu oublis notre existence à Harry et moi. Compris?
- Mais… Nicki.
- Il n'y a pas de Nicki. Je t'ai demandé de ne pas faire ça et tu t'es imposé à moi. Mais pour qui tu te prends? Vas-t-en d'ici. Tu n'es plus le bienvenu dans cette maison.
Dépité, Jack fait ce qu'elle demande et croise un homme légèrement plus jeune que lui sur le porche. Il a une chemise et un pantalon noirs, le regard glacial et un visage impassible.
- Alors c'est à cause de vous qu'elle m'a mise dehors? Demande le médecin avec arrogance. Je me demande bien ce qu'elle vous trouve, crache Jack avec dégoût en le regardant de haut en bas.
- Il ne l'a jamais obligé à rien, lui, dit Harry avec mépris sur le seuil de la maison en regardant Jack partir. Bonjour, Mr Rogue! Maman va être contente de vous revoir. On allait dîner. J'espère que vous allez rester avec nous, dit le gamin, pour enfoncer le clou dans l'égo du médecin.
Le Maître des Potions lève un sourcil en regardant l'autre homme partir et monter dans une voiture sport hors de prix. Le garçon lui explique ce qui vient de se passer avant de l'inviter à entrer dans la maison pour rejoindre sa mère dans la cuisine. Elle entend des pas un peu plus pesants que ceux de son fils et se tourne pour engueuler Jack et le foutre à la porte. Mais elle se fige en voyant que c'est Severus, il a le dossier médical de Harry dans les mains.
- Je crois que je n'arrive pas au meilleur moment, dit Severus, relativement mal à l'aise de ce trouver là sans avoir appeler avant, en voyant le regard noir de la jeune femme.
- Je suis désolée, Severus, dit Nicole en perdant de sa froideur. Ce n'est pas à vous que j'en veux. Harry, tu peux mettre la salade sur la table pendant que je discute avec Severus un moment.
- Oui, maman. Est-ce que je rajoute un couvert?
- On verra, dit la jeune femme en entrainant l'homme vers son bureau de travail.
Harry rajoute tout de même une assiette, un bol, des couverts et un verre pour Mr Rogue. Il espère qu'il restera pour le dîner.
Pendant ce temps, Nicole reprend le dossier de Harry et le met dans une filière réservé à son fils.
- Je suis désolé, dit Severus en la regardant dans les yeux. Je connais l'homme qui a placé Potter dans cette famille de dégénérés et il nous a toujours assuré qu'il allait très bien, qu'il était heureux et bien traité là-bas.
- Je comprends, répond doucement la jeune femme. Mais comme vous étiez un ami de sa mère, vous n'avez jamais pensé à aller vérifier vous-même? Demande Nicole en fronçant des sourcils.
- Écoutez, les gens comme nous, je veux dire, Potter et moi, avons certaines règles à respecter qui font en sorte que je n'ai jamais pu y aller moi-même.
- Severus, je comprends qu'il faut que vous gardiez le secret sur vos capacités, explique patiemment la comptable. La chasse aux sorcières, le christianisme et toutes ses horreurs donneraient la frousse à n'importe qui qui n'entre pas dans le moule du commun des mortels. Mais vous n'aviez aucunement besoin de vos capacités particulières pour juste voire cet enfant par une fenêtre ou au parc, par exemple.
- Comment vous?
- Harry est une personne qui apprend doucement, par lui-même, avec un peu d'aide de ma part, à contrôler son don. Nous savons, lui et moi, qu'il fait de la magie. Et j'imagine que vous en faites aussi.
Severus, après avoir encaissé le choc, explique la protection du sang qui protégeait Potter dans la famille Moldue de sa mère.
- Moldue?
- Les gens qui n'ont pas de pouvoir magique, explique patiemment l'homme en noir.
- Ce n'est pas très ragoûtant comme mot, pour décrire un individu, dit-elle avec un sourire en coin. Mais pour ce qui est de la protection du sang dont vous parlez, elle n'a jamais protégé Harry contre sa famille, dit la jeune femme en crachant le dernier mot de sa phrase.
- C'est ce que j'ai remarqué, dit sombrement Severus. Je… je me demandais si vous accepteriez que je discute avec votre fils pour lui expliquer ce qu'il est et ce qui va se passer dans quelques temps.
- C'est-à-dire?
- À l'âge de 11 ans, tous les sorciers, qu'ils soient nés de parents sorciers ou non, reçoivent une lettre de Poudlard. Qui est l'école de magie de Grande-Bretagne.
- D'accord, et?
- Et le directeur de cet établissement est l'homme qui a laissé Potter sur le paillasson des Dursley.
- Il n'est pas question qu'il aille là-bas, dit Nicki, catégorique. J'imagine qu'il y a d'autres écoles, ou des précepteurs privés.
- En effet, mais si vous êtes d'accord, j'aimerais discuter avec Potter avant que vous preniez une décision.
- Ça me va. Mais à une condition. Vous l'appelez Harry.
- Mais…
- Son oncle l'appelait soit par garçon ou Potter. Il vous apprécie beaucoup, Severus. Je n'aimerais pas qu'il retourne dans ses mauvais souvenir pour un mal entendu. S'il-vous plait, l'implore la jeune femme.
- Soit, capitule l'homme en noir avant de la suivre vers la cuisine où Harry les attendait avec impatience.
