Fatum

Fatum: Terme latin signifiant destin, évoque aussi la notion de fatalité.

Résumé: « Détruis-moi Granger. Accomplis ce que la guerre n'a pas su faire." Ceci n'est pas une histoire d'amour. C'est l'histoire d'un désastre inévitable. [post-poudlard, dramione, la vie après la guerre n'est pas idyllique.]

Partie 1:

Linceul En pièces

Deuxième Chapitre En miettes

Cauchemars Ensemble

«One day, you will perish. You will like with the rest of your kind in the dirt. Your dreams forgotten, your horrors faced, your muscles will turn to sand, and upon that sand a new God will walk, one that will never die, because this world doesn't belong to you or the people who came before. It belongs to someone who is yet to come.»

«Un jour, tu vas mourir, étendu dans la poussière avec ceux de ton espèce. Toutes tes chimères évanouies, tes horreurs effacées. Le sable recouvrira ta carcasse; et sur ce sable mélangé à tes restes un nouveau Dieu marchera. Un Dieu immortel, parce que ce monde n'est pas à toi, ni à ceux qui l'ont peuplé avant toi. Ce monde appartient à celui qui arrive.»

— Westworld, épisode 10.


Ce n'est pas un cauchemar qui me réveille. C'est la douleur qui me fait ouvrir les yeux, qui me fait sursauter dans mon lit, couvert de sueur et alerte. C'est la fièvre qui m'étreint, qui m'étouffe.

J'ai l'impression d'être dans la Salle-Sur-Demande à nouveau, entouré de flammes, étouffé par la fumée. Je peux sentir l'air devenir feu. Je peux me souvenir de chaque recoin qui disparaissait dans les flammes, de chacun de mes cris, de ceux de Potter, Granger et de Crabbe. Je me souviens avec précision de ma voix brisée par l'effort et l'effroi. Je peux me souvenir de tout, c'est à peine croyable, j'ai l'impression d'y être, que la guerre bat encore de son plein.

Un volcan gronde dans mon bras, sa lave dévore mes nerfs.

Ma chair s'embrase d'elle-même. Un flot de sang chaud monte à ma tête. Ça cogne... Comme le Soleil un après-midi d'été. Ça cogne... Ça cogne contre mon crâne. Des coups qui calcinent toute pensée rationnelle.

Ça brûle. Je brûle. Est-ce enfin la fin? Seraient-ce les flammes qui s'avancent vers moi? Qu'elles viennent, qu'elles m'aveuglent! Venez... Venez... Mon coeur est encore froid.

Et il le restera.

Je suis coincé dans mes draps humides de sueur. Mon bras tremble sans que je ne puisse l'arrêter, comme si mes veines explosaient, implosaient, s'emmêlaient. Peut-être que c'est ça, peut-être que quelque chose bouille sous ma peau... Quelque chose d'ardent, quelque chose de mauvais.

Ça fait mal. Putain, la douleur est indescriptible, surpuissante. Elle défie tout raisonnement. Des vis qui s'enfoncent dans mon bras, des cordes qui s'enroulent autour de mes muscles.

Cette souffrance c'est mon bras qui brûle, c'est l'acide dans ma chair. La marque infecte ma peau, son encre noir lutte pour persister. J'aurais dû me douter que cette merde survivrait, qu'elle trouverait un moyen de s'accrocher à mon épiderme. Dès que le Seigneur des Ténèbres me l'a posée, j'ai compris que cette Marque n'était pas qu'un simple tatouage. Cette Marque c'est l'aura de la mort qui te suit partout, l'odeur rance du sang qui s'immisce dans les crevasses de ta peau. C'est plus qu'une Marque, c'est le signe que la Mort est partout. Avec la Marque, tu deviens la Mort. Avec cette Marque, ta vie ne vaut plus rien.

Je n'ai presque aucun souvenir du jour où le Seigneur m'a marqué comme l'un des siens. Je me rappelle des rites que je devais effectuer avant de me présenter à lui. Je me souviens d'une ignoble potion, un mélange visqueux et noirâtre qui avait le goût de cendres. Queudver m'avait pratiquement mis le Calice rempli à ras bord aux bords des lèvres et j'ai bu. Putain, je l'ai bu jusqu'à la dernière goutte, le goût était infect mais je n'ai rien laissé. Après ma bouche était sèche, si sèche... Ensuite on m'a emmené dans les appartements du Maître, puis les souvenirs s'arrêtent là.

Je me souviens seulement m'être réveillé dans une flaque de sang, terrassé par une douleur inédite et extraordinaire. Une brûlure interne, une nausée paralysante... Je me souviens de mon bras, où brillait désormais l'effroyable Marque des Ténèbres.

Ce que le Maître a fait pour tracer cette foutue marque dans ma chair, ça je ne sais pas. Je ne le saurai jamais, mais je pense que c'est mieux. Les rituels de magie noire sont très rarement composé de danses et de lancer de pétales roses. C'est mieux de rester de rester ignorant des choses qui te détruisent.

La seule chose que je sais c'est que quelque soit le rituel que mes compères et moi avons subi pour être marqués à vie comme un larbin du Maître, l'issue est la même. Au réveil, peu importe si tu es nu et couvert de ton propre sang, seule la marque qui alourdit ton bras accapare tes pensées.

A mon réveil, il n'y avait personne autour de moi. J'étais seul alors que je venais de recevoir la marque qui me promettait la gloire éternelle.

Quelle gloire ? Mon histoire n'a rien de glorieux, le début est pathétique, un incipit navrant; simplement un gamin qui veut faire aussi bien que son père, un gamin qui s'enfonce dans les arcanes du mal. Un début d'histoire assez commun, une tragédie qui sent le réchauffé.

La suite de l'histoire n'est qu'une succession d'échecs et de regrets. Le genre d'histoire qu'on ne raconte pas aux enfants; celles qui peuplent les gros pavés tragiques, dont l'intrigue fait chialer les sensibles.

Je me console en me disant que la fin de l'histoire est encore à écrire.

Putain un gamin... J'en étais un quand on m'a posé la Marque. Je croyais encore que je pouvais m'en tirer, je croyais que je faisais le poids.

Je n'étais qu'un gamin et les gamins ne font jamais le poids face à la haine et la violence. À seize ans la violence ne fait pas encore partie de toi, tu commences seulement à l'accepter. Accepter que la vie n'est pas un putain de jeu ou plutôt qu'elle n'est plus un jeu. Accepter que tous les hommes qu'ils soient bons ou mauvais ont tous un peu de violence en eux. Mais quand on est un gamin, la violence est un jeu.

C'est mimer la mort et les duels, c'est se servir d'un vieux bout de bois comme d'une baguette. Quand tu es gosse tu mimes les gestes de la guerre comme tu mimes les gestes de l'amour, quelques baisers en l'air, quelques sorte lancés sans baguette. Puis tu grandis et les gestes, ces vieux jeux auxquels tu jouais quand tu n'avais pas encore toutes tes dents deviennent une réalité.

Un déluge de haine pour un déluge de sang, voilà ce qu'est la guerre. Il n'y a pas de braves hommes qui affrontent la mort droit dans les yeux, pas d'amants qui s'embrassent au milieu de l'affrontement. Ce que tu lis dans les livres, ce que tu imagines quand t'es gosse, tout ça; ça n'existe pas. Toute ces merdes qu'on t'a mis dans le crâne, ces histoires bidons du prestige de la guerre et d'une cause qui vaut la mort. Tous ces mensonges que t'as bouffé, tu les vomis dès que tu mets un pied sur le champ de bataille. Tu les vomis avec la dernière once d'innocence que t'avais, cette pathétique part de toi qui pensait que faire la guerre allait te rendre fort.

La guerre ne rend pas fort, elle te rend faible. Elle brise les os, les dents et les esprits encore sains. Elle brise ta voix, l'écho de tes rires. Elle brise le ciel comme un tonnerre.

La Guerre est une belle merde, une bouse dont tu ne peux pas te défaire. Une merde collée à tes semelles. Un truc répugnant, qui empeste et qui salit la plus pure des âmes.

Je n'étais qu'un gamin quand tout a commencé, puceau de la guerre et de la chair. Puis tout est parti en vrille, j'ai découvert l'horreur et la jouissance. La nuit j'allais et venais entre les reins de Pansy, le jour je torturais des premières années sous l'œil attentif d'Alecto Carrow. J'ai essayé de trouver refuge dans l'extase, en mêlant nos corps tremblants dans les cachots froids de Serpentard, j'ai mordu ses lèvres, j'ai goûté son sang pur.

La pureté n'a pas bon goût. A moins que ce soit le sang qui ait simplement mauvais goût.

Je n'ai jamais vraiment essayé d'aimer Pansy, comme je n'ai jamais voulu torturer ces pauvres Gryffondors. Tout était mécanique, les Endoloris et les coups de reins. Tout venait d'un coup, d'un seul, l'orgasme et la culpabilité. Il y avait les larmes de mes victimes et la sueur du corps chaud de Pansy contre le mien. Quelques gouttes d'agonie et de plaisirs.

Et parfois tout se mêlait, mes victimes hurlaient mais j'entendais le souffle erratique de Pansy, le bruit du matelas qui grincait et de nos corps qui s'entrechoquaient. Parfois alors que Pansy ondulait doucement au dessus de moi, ses cuisses fermes autour de mes hanches, j'entendais les cris des pauvres gamins que j'avais torturé quelques heures plus tôt.

Quand mes mains caressaient les petits seins de Pansy, je pensais à ce que mes doigts avaient fait avant, alors que mon pouce et mon index traçaient les contours de son téton je voyais le sang que ces mêmes doigts avait touchés. Ces flaques pourpres et grisâtres, ce mélange de sang sale et de vomi qui sortait des bouches de mes victimes quand la douleur des Endoloris devenait insupportable. Je les lavais sans la magie ces flaques, accroupi comme un elfe, raclant le sol avec un chiffon. D'une certaine façon me salir littéralement les mains étaient une façon de laver mon âme.

Quelquefois, j'étais dans l'incapacité de coucher avec Pansy. Ce n'était pas grave, elle restait nue dans mon lit, toujours silencieuse. Elle avait aussi peur que moi. Nous restions serrés l'un contre l'autre. Elle ne me demandait jamais ce qui causait mes troubles. Elle le savait déjà. On entendait les cris des premières années dans tout Poudlard, et elle savait ce qu'il se passait quand je refusais les ordres des Carrows. Elle avait vu les cicatrices sur mon dos, mon ventre, mes cuisses. Elle les avait toutes vues, sans jamais les commenter, sans jamais me plaindre. C'était ce que j'appréciais chez Pansy. Il n'y avait aucune once de pitié dans son regard, simplement de la résignation. Nous pensions que nous allions mourir. C'était simplement ça, elle cherchait la petite mort avant la grande mort que cette guerre allait causer.

J'etais un gamin quand je suis devenu un soldat de la mort. Mais ça, les gens l'oublient facilement. Ils se souviennent des gens qui ont criés sous les sorts de ma baguette, de ces sang-de-bourbe qui ont crevé dans ma cave.

Ces sang-de-bourbe qui ont crevé par ma main.

Ils ne veulent pas entendre des heures de tortures que j'ai enduré ni des menaces continuelles et quotidiennes. Ni de la fois où le Maître s'est servi de moi comme d'un cobaye pour ces potions. Ils ne veulent pas savoir la texture et le goût des liquides que j'ai bu, des poisons acides qui ont brûlé ma gorge. Ils préfèrent nier l'évident.

Personne n'est sorti indemne de cette guerre, mais ils ne voient que leurs cicatrices.

Ils pensent avoir le monopole sur la souffrance, ces braves types qui ont combattu le régime du Maître. Ils chialent putain , crachent sur les tombes des mangemorts, ces tyrans qui ont volés leur jeunesse. Ils retiennent le sacrifices de leurs frères, l'héroïsme de Potter, ils oublient le nom des mangemorts qu'ils ont tués.

Plus tard lorsqu'un pauvre survivant cupide écrira un livre sur la Grande Guerre, ils retiendront le nom des héros. Les autres, les guerriers de l'ombre, les rafleurs massacrés par les Aurors le lendemain de la guerre, les loup-garous de la meute de Greyback tout simplement jetés à Azkaban; ceux-là ne seront pas dans les bouquins.

Ils ne garderont que les belles histoires, ces anecdotes qui ne sont belles que pour ceux qui se sont battus pour la "bonne cause", celle qui vaut toutes les louanges, celle qui remet tes compteurs à zéro, qui fait de toi un homme libre.

"Bonne cause"? Y-a-t'il vraiment une bonne cause dans la guerre? Quand les deux partis s'entretuent ? Quelle putain d'hypocrisie, que devient la bonne cause quand elle est noyée dans le sang des ennemis?

Je ne dis pas que je suis innocent. Merde, j'ai fait des trucs, et ces choses faites dans les coins sombres de mon manoir, ces actes me poursuivront jusqu'à la fin de ma vie. Les journaux aiment déballer les horreurs que j'ai commises, mais parlent-ils de l'Ordre du Phénix ? Comment pensent-ils que l'Ordre a réuni toutes ces informations? En prêchant l'amour et la joie?

Mon manoir avait sa cave, sa chambre de tortures et d'expérimentations mais l'Ordre en avait aussi.

J'étais un gamin, putain, les gens ont la mémoire qui flanche, complètement obsédés par leur propre souffrance; je pourrais me vider de mon sang devant eux, ils ne feraient rien. À quoi bon lorsque la Marque qui tâche mon bras a déjà scellé mon sort?

Aujourd'hui gamin ou pas j'affronte la douleur comme un homme. Je serre les dents si fort que je sens ma mâchoire craquer. Ça brûle, ça bout.

Mon bras est feu, comme s'Il m'appelait. Comme s'Il était encore vivant.

Le Maître est mort. Je ne vais pas mourir. J'ai traversé trop d'épreuves pour mourir dans cette chambre pourrie.

Ma chambre est plongée dans le noir, il fait encore nuit dehors. Il y a un lustre hideux au plafond, une lampe sur ma table de chevet mais je ne sais pas les actionner. Je ne connais aucun moyen d'émettre de la lumière sans magie. Seule la lumière naturelle illumine ma chambre. La nuit, je circule les bras tendus pour éviter de rencontrer les murs et les armoires, l'obscurité est totale. Je n'ose pas demander comment allumer la lumière.

Je reste dans l'ombre, c'est mieux ainsi.

Tu t'habitues à la nuit comme tu t'habitues au malheur. Avec résignation, avec dépit. Sans trop savoir où tu vas, sans trop savoir comment t'extirper des ténèbres.

Je passe le reste de la nuit dans un état second, frissonant entre mes draps, gémissant de douleur. Je délire, je ne sais plus si je dors ou si je suis mort, mais je me sens partir loin... Plus loin que je ne l'ai jamais été.

Quelques images apparaissent, je commence à voir... Il n'y pas que mon corps en ébullition, mon esprit surchauffe... Tout est noir mais je la vois, ou plutôt je lasens. Je sens la lumière, j'aperçois cette miniscule lueur au fond du tunnel.

La lumiere s'approche-t-elle ou bien est-ce moi qui m'élève?

Un jet de lumière m'éblouit puis j'atteins enfin le bout du chemin. La lumière est devenue faible, mais je peux percevoir une ombre, la silhouette d'une personne oubliée... Puis une odeur envahit mes narines, l'odeur de jasmin, délicat parfum. Une douce fragrance printanière pour une femme dure comme la glace d'hiver.

Cette odeur je la connais, je l'ai senti tant de fois .

C'est Mère.

Elle est seule dans une pièce seulement éclairée par une bougie qui emet une étrange lumière verte. Elle est couchée par terre, ses longs cheveux blonds sont éparpillés autour d'elle, créant une halo clair autour de sa silhouette. Il y a un bruit, ou un tremblement, une sorte d'écho qui fait résonner le silence et trembler les murs. Ma mère appelle mon nom. Draco. Draco. Draco. Ses pieds nus grattent le sol, elle arque son dos, le mouvement n'est pas gracieux, c'est la souffrance qui est le maître de ses gestes. Tout son corps est tendu, l'extrême paleur de sa peau fait ressortir ses veines bleues et violettes. C'est curieux ses veines semblent avoir été peintes, son corps ressemble à un tableau usé, un chef-d'oeuvre obsolète.

Ma mère hurle, elle hurle mon nom. Sa voix se brise, elle sépare les syllabes. Draco. Dra-co. Dra-co. Elle m'appelle, mais je suis nulle part. Tout à coup un serpent apparaît. Il siffle, comme une mélodie sinistre, il est gigantesque, irréel. Plus grand qu'un arbre nourri par la pluie et plus imposant qu'une montagne ruinée par la mer. Plus grand que je ne le serai jamais. Il s'approche d'elle et elle crie mon nom une nouvelle fois, rien ne se passe, rien ne change.

Le corps du serpent glisse sur son dos et s'enroule autour de son cou. Elle ne peut pas bouger, elle ne peut pas crier. Le serpent bloque sa respiration, elle devient écarlate, puis pourpre puis blême. Des millers de couleurs se reflètent sur sa peau mais ces yeux restent vides. Quand elle est immobile, la gueule du serpent s'avance, il gobe son nez comme un enfant dévore une glace au chemin de traverse.

Le cauchemar finit comme il commence, en une seule seconde tout disparaît.

Soudain, tout s'illumine, le néant s'éclaire. La lumière est si vive, si puissante... Elle vient d'un autre monde... J'entends des vagues douces qui caressent la côte. Je sens des mains qui se baladent dans mes cheveux. Un visage est au dessus du mien, une odeur fruitée ravit mes sens. C'est l'odeur de l'Été, l'odeur du bonheur. La figure au-dessus de moi est d'abord floue puis les détails apparaissent. Une chevelure brune, un petit nez droit parsemée de quelques tâches de rousseur, une bouche fine, finement dessinée, dont la forme évoque un coeur. Des yeux marrons, aussi sombres que les troncs des arbres anciens, aussi brillants que la cime qui suinte des écorces.

Elle commence par fredonner une chanson. Je connais ce chant, je le reconnaîtrais toujours. Je l'ai entendu à Poudlard, durant ma deuxième année. je me souviens parfaitement, Granger l'a chanté dans la bibliothèque, tard le soir quand elle pensait qu'elle était seule. Elle tournait les pages de son bouquin une à une, bougeait sa tête au rythme de la mélodie. Ses cheveux hirsutes dansaient, virevoltaient. Je me souviens avoir pensé qu'elle était laide, affreusement laide.

Elle avait déboutonné trois boutons de son chemisier, on pouvait apercevoir la bretelle en dentelle de son soutien-gorge. C'était joli, délicat pour une fille de douze ans. Je me répétais qu'elle était laide, et pourtant je restais derrière les étagères de livres,je l'observais se livrer à sa musique. J'étais jeune, inconscient. Elle était laide, ses dents étaient encore trop longues et ses cheveux se dressaient d'eux même. Elle était laide et son sang sale. Elle continuait de fredonner, ses longs doigts tournant les pages avec délicatesse. Elle était laide et indigne de mon intérêt. Mais ce jour-là en la regardant j'ai senti un picotement désormais familier. Il y avait une pression dans mon caleçon, une envie brûlante qui demandait soulagement.

Plus je la regardais, plus l'envie grandissait. Elle était laide, et j'avais envie d'elle. Quel pauvre gosse j'étais, excité par Granger.

Deux semaines après ce malheureux incident dans la bibliothèque, elle se faisait pétrifier par le Basilic.

Figée, elle semblait encore plus laide.

Je reconnaitrais toujours cette mélodie, c'est celle de l'envie. Les mains dans mes cheveux descendent et caressent mon front. Je lève le regard, ses cheveux sont balayés par la brise iodée, des mèches couvrent ses yeux, d'autres restent coincées entre ses lèvres. Comme si ses cheveux eux-même avaient un libre-arbitre, une liberté de mouvement. Ce n'est pas le vent qui dicte ses mouvements, les mèches choisissent leur propre danse.

Elle est divinement laide Granger. Une putain de déesse sous mes paupières.

La mélodie ralentit, elle est triste maintenant. Et l'Envie , cette tension dans mon corps, cette boule glorieuse dans mon ventre, disparaît .

Elle est toujours au dessus de moi, éclairée par la lumière éclatante du ciel.

La mélodie finit alors que la figure au-dessus de moi devient plus nette. Tout est silencieux, même le chant des vagues contre la grève a cessé.

Malgré les mèches qui lui barrent le visage, je la reconnais. Je pourrais la reconnaître sans même qu'elle fredonne son maudît chant, j'ai eu son horrible face dans mon champs de vision pendant tellement d'années. Bien sûr que je la reconnais.

La Lumière s'intensifie, un appel à la réalité ou une invitation à laisser mon rêve m'emporter. Je ne sais pas.

Ce n'est pas un rêve ordinaire. C'est ma raison qui se détraque.

Granger continue son chant et caresse mon cadavre sur une plage au sable blanc mon corps nu et inanimé est posé sur ses cuisses diaphanes, ses larmes tombent sur mon front pâle. Dans mon rêve, les vagues caressent nos pieds et le vent est chaud. Ses mains se baladent dans mes mèches blondes. Elle se penche, embrasse ma joue, puis ses lèvres chaudes descendent lentement vers mon cou , mon épaule, mon avant-bras. Elle embrasse délicatement la Marque des Ténèbres qui disparaît aussitôt. Quand elle relève sa bouche est noire, ses lèvres dégoulinent d'encre noire. Aussi noire que ma Marque.

Sa langue vient glisser contre sa lèvre, l'encre se mélange à sa salive.

Elle est laide. Prodigieusement laide.

Je sombre dans l'inconscience avant même que le jour ne se lève.

-o-

«Monsieur Williams, vous m'entendez?»

Mes yeux s'ouvrent doucement, je mets quelques secondes à m'accomoder à la lumière du jour. J'ai l'impression de flotter hors de mon corps. Suis-je encore en train de rêver? Est-ce les flots qui entraînent mon corps vers le rivage?

Il y a une femme assise sur mon lit, je l'ai déjà vue quelque part... Où?

Ses petits yeux ridés se plissent, elle semble inquiète, confuse... Qu'est-ce que j'ai fait la nuit dernière? Ai-je fait du mal à quelqu'un? Est-elle effrayée de moi?

Quelque part derrière les multiples veines et la peau qui composent mon corps, mon cœur bat à un rythme dangereux. Une concierto cardiaque qui fait vibrer mes côtes.

Putain, je ne me souviens de rien. C'est le vide dans ma tête, le vide dans ma vie. Les souvenirs se bousculent, mais les images qui me viennent me donnent la nausées. Tout va trop vite. Les souvenirs viennent et repartent, l'odeur de l'alcool m'enveloppe tout d'un coup, je me sens lourd. Lourd et vieux.

La vieille se remue à côté de moi, ses bras mous et gras font trembler le lit.

Elle se saisit d'un chiffon humide et tapote mon front brûlant. Elle sent le jasmin ou la lavande, je ne sais plus vraiment, j'ai toujours confondu les noms des fleurs. Je sais seulement que ma mère aimait les fleurs, les camélias, les pâquerettes et les lilas, c'était son havre de paix le jardin, son coin de paradis.

Puis le Seigneur des Ténèbres est arrivé. Le Jardin est devenu un dépôt, le lieu sordide où l'on posait les mourants et les cadavres, les prisonniers torturés qui suppliaient une mort rapide. Ma mère n'allait plus au jardin, à quoi bon? Les fleurs baignaient dans le sang, les pétales blanches devenaient rouges.

Je me demande si ces fleurs poussent encore aujourd'hui, si le sang agit comme la pluie...

«Monsieur Williams ? Vous vous sentez mieux?»

Ma tête est encore engourdie mais je trouve la force d'aquiescer. La vieille dame sourit, un sourire doux qui me rappelle celui de ma mère. Cette moldue est vieille et fripée mais son visage dégage quelque chose de réconfortant, quelque chose qui me rappelle ma maison.

Ma maison... Ma maison? Ai-je encore une maison?

«Vous avez réveillé tous les clients de l'auberge la nuit dernière, vous hurliez que votre bras vous faisait mal, vous essayiez de l'arracher... J'ai dû vous donner quelques somnifères. Heureusement une cliente de mon auberge a réussi à vous calmer. Dieu seul sait comment j'aurais fait sans son aide...»

Elle frotte ses paumes l'une contre l'autre, anxieuse.

«Voulez-vous que j'appelle un de vos proches? Un ami? Vous ne devriez pas rester seul, j'ignore ce qui a causé votre crise la nuit dernière mais je sais que vous avez besoin de soutien. Vous êtes souffrant Monsieur Williams, quand nous faisons face à la souffrance, nous devons être entourés.»

Je la regarde avec des yeux mi-clos, malgré la douleur qui me perce le crâne, je perçois son regard rempli de pitié. Pauvre Moldue... Que sais-tu de la souffrance?

Je devrais lui dire de déguerpir. Ça lui enleverait cette stupide expression compatissante du visage. J'opte pour la solution de facilité, celle qui ne nécessite ni cris, ni force. Je ne réponds pas. De toute manière, je n'ai plus de proches. Pansy, Blaise et même Théo... Ils sont partis. Ils sont tous partis, fuyant les dégâts que mes turpitudes ont causé. Je ne les blâme pas. Je n'ai rien à offrir, hormis du sang et beaucoup de rancoeur.

Je ne trouve pas la force de virer la vieille moldue. Je suis fatigué, mes muscles sont aussi fébriles que ceux d'un nourrisson. J'ai l'impression que mes organes se consument, que mes tripes périssent dans les flammes, la fièvre m'emmène dans son feu infernal et je la suis, tête baissée et coeur battant.

La vieille se penche au dessus de moi. Sa main frippée se pose sur mon front, elle soupire, l'odeur de fleur emplit mes narines. J'ai l'impression de redevenir un petit garçon, tout pâle et tout souffrant, couché tout près de sa mère.

Mais qu'est-ce que je dis? Cette grosse moldue n'est pas ma mère. Ma mère est à Sainte-Mangouste. Ma mère est loin. Qu'est-ce que dirait cette moldue si elle savait que sa race me répugne? Voudrait-elle toujours baisser ma fièvre? Bien sûr que non, elle serait horrifiée. Oh oui, elle crierait. Parfait, nos haines seraient réciproques.

Si elle savait la bonne femme... Si elle savait comme mon coeur déborde de haine... Si elle savait lire les insultes qui brillent dans mes yeux. Si seulement elle savait l'ampleur de mon dégoût envers ceux de son espèce...

Elle ne voudrait pas être à mes côtés.

La vieille femme se lève avec le manque de grace qui caractérise les moldus. Elle me sourit, présentant ses petites dents jaunies par le temps. Ses yeux se ferment presque complètement quand elle sourit, elle paraît encore plus vieille, encore plus faible.

Je me demande qui est la personne la plus fébrile dans cette misérable chambre? La vieille ou moi?

«Le médecin du village devrait vous osculter à nouveau. Je vais lui dire que vous avez repris conscience. Vous savez Docteur Gimms a eu une nuit difficile, d'abord avec la grossesse de la petite Cameron, une terrible histoire cette petite... Terrible...»

Une expression de profond chagrin envahit ses traits, pendant un court moment la vieille s'égare dans ses songes, la mine triste. Comme elle paraît vieille... «Puis Docteur Gimms a accouru à votre chevet aussi vite qu'il a pu... Heureusement une cliente a réussi à vous calmer avant l'arrivée du médecin.» Elle se tourne vers la porte, empoigne la poignée difficilement, ses gestes sont peu précis. La vieillesse a rendu sa voix et ses gestes lents et tremblants.

«J'oubliais, vous allez sans doute avoir la visite de la jeune femme qui m'a aidé hier. Vous devriez la remercier, son aide a été précieuse. J'ai promis de lui faire savoir quand vous serez réveillé. À bientôt Monsieur Williams.»

Lorsqu'elle passe la porte, je soupire, d'agacement ou de soulagement. Je ne sais pas vraiment.

Mon bras tremble encore, j'ai l'impression qu'Il est encore vivant, qu'Il m'appelle. Ça arrive souvent. Bien trop souvent, la première fois j'ai même cru que le Seigneur des Ténèbres n'avait jamais été vaincu par Potter. J'ai vraiment cru que j'avais rêvé de la Bataille de Poudlard. Ou plutôt que tout était une sorte de cauchemar. Parfois, j'ai l'impression d'être encore au Manoir et les cris des victimes me reviennent, les regards des hommes et des femmes que j'ai laissé mourir.

Je ris, seul dans ma petite chambre. Tous ces gens sont morts, mais je suis là. Je suis vivant.

Je suis vivant, je murmure cette phrase, d'abord du bout des lèvres, essayant ces mots comme un enfant murmure un mot salace. Je suis vivant, je le répète encore, cette fois-ci ma voix s'élève. Je suis vivant, putain c'est aussi électrisant qu'étourdissant.

Les corps nus et ensanglantés de mes victimes défilent sous mes paupières, leurs suppliques percent mes oreilles. Ils sont morts. Tous ces gens. Ces pères, ces mères, ces fils, ces filles.. Ils sont mort en pleine agonie, fauchés par une guerre qui n'a jamais eu de sens. Pris par un fléau que nul ne peut empêcher. La violence de l'Homme s'est déversé sur ces pauvres personnes. Comment pouvaient-ils lutter contre la folie du Maître?

Ces gens sont six pieds sous terre à présent. Une tombe au dessus de l'herbe fraîche. On va les oublier. D'années en années leurs visages deviendront flous dans la mémoire de leurs proches. Demain ils seront un souvenir lointain, une pauvre voix inaudible dans leurs esprits usés.

Ces pauvres gens, condamnés à pourrir dans la terre, leurs tombes se salieront, certaines se casseront, victimes de la force du vent. Tu ne peux rien contre la force de la nature, je l'ai appris récemment, le vent, la guerre, la pluie. Tu ne peux rien contre eux, tu ne peux pas empêcher la nature de s'autodétruire. Et la guerre, si horrible soit elle, fait partie de la nature des Hommes.

Et moi je suis vivant. Mon cœur bat pour emmerder ceux qui ne battent plus. Ma respiration s'élève vers le ciel comme un doigt d'honneur planté devant le soleil.

Je n'ai que la douleur pour me rappeler que je suis en vie. C'est peut-être assez pour mener une vie décente après tout...

Je suis vivant. Je me le répète, encore et encore, goûtant ces mots avec euphorie.

T'es vivant crevure...

Putain je suis vivant... Pourquoi cela sonne-t-il comme une insulte à ceux qui ont perdu la vie?


Un pied qui cogne une table. Une potion qui brûle. Une ampoule qui pète. Un oiseau qui se cogne contre une vitre. Un sombral qui meurt. Un robinet qui coule trop longtemps. Une plafond qui tombe. Des pousssieres d'etoiles sur nos fronts.

Un sort qui rencontre sa cible. Un corps pâle qui rencontre le sol. L'ultime rencontre avant l'au-delà.

C'est fou comme la vie est faite. Des milliers d'actions dans le monde entier, des milliards d'invidius qui respirent et qui agissent, et les gestes de l'un changent la vie de l'autre. Ce monde est fait d'une infinité de couches, toutes superposées. Un mille-feuille de bordel. On est peut-être tous les uns sur les autres, soumis à l'action du prochain. La vie est un château de cartes où chacun est plié à la volonté de l'autre.

Un seul geste. Une décision, et le château se détruit.

Une rafale de vent et tout tombe. Une rencontre et tout est bouleversé.

Parfois je pense que la vie est un jeu perdu d'avance.

Il y a mille et mille villes dans notre monde. Des grandes métropoles américaines aux prairies chinoises. Des centaines et des centaines de mers et de côtes. Mais il a fallu que Draco Malefoy ait choisi celle-ci. J'aime penser que nos vies sont régies par un Destin. Peut-être que tout est déjà écrit.

Peut-être même que nous étions faits pour nous rencontrer dans ce misérable bar moldu. De toutes les villes du mondes nous avons choisi la même... Est-ce nos actions passées qui nous ont mené à ce que nous sommes aujourd'hui ? Nos rencontres passées nous ont-elles menées ici?

Cesse de te poser des questions Hermione.

Je ne peux pas rester calme. Il faut que je m'occupe l'esprit, sinon je redoute la nuit, quand je suis seule avec mes pensées. Je cherche le sommeil, je tourne et je tourne dans mon lit. Je lis quelques textes sur les Runes Anciennes, puis je recherche le sommeil. Je me retourne dans mon lit. C'est un cycle, continu, éreintant. Je cherche, je tourne, je lis, mais le sommeil vient rarement. Quand il vient, il m'embarque dans ses mécanismes. Il est dur à trouver et encore plus dur à supporter. Les cauchemars se succèdent et se ressemblent. Le calme que procure la nuit n'est qu'apparent. La vérité est que la nuit abrite la folie. J'en ai vu des hommes à la dérive sous la lune, j'ai vu la démence se refléter dans leurs yeux fauves. J'ai vu ce que la nuit sème.

La nuit créé de nouveaux monstres.

Je place mon oreiller entre ma main et ma tête. C'est décidé, cette nuit sera la mienne. Je vais dormir, tomber dans un sommeil profond. Je ne rêverai ni d'horcruxes, ni de Bellatrix. Je ne rêverai pas de Ron.

Mes paupières deviennent lourdes, je me sens quitter ma conscience. Ça y est je vais enfin dormir.. Je le sens, le soulagement est si près...

Je resserre la couverture autour de moi. J'ai froid.

Le froid m'accompagne depuis que Ron m'a quittée.

Je vais m'endormir.. Rien ne peut m'arrêter.

Un cri résonne.

C'est assez pour me faire sursauter. Je soulève la couverture, quitte le lit en un seul bond. Je me saisis de ma baguette sans hésiter.

Le cri continue, la voix est grave et empreinte de souffrance. Cet homme hurle et hurle encore, ses cris résonnent entre les murs, à travers les étages, dans mes oreilles. Son cri pénètre les couches et les murs de briques.

Ces cris me touchent en plein cœur. J'en ai entendu des cris comme ça pendant la Bataille. J'en ai entendu et je les entends encore dans mes cauchemars la nuit. Ils hurlent ces victimes, ces pauvres innocents qui demandent mon aide.

Je ne fais rien pour eux dans mes rêves, je reste silencieuse, regardant la vie quitter leur corps. Je suis inutile, paralysée par leurs cris.

Le cri de l'homme continue, aussi long que l'aboiement d'un loup, aussi assourdissant que le son des vagues qui frappent la roche.

Je sors de ma chambre en courant, je ne laisserai pas cette personne souffrir. Je ne laisserai plus personne souffrir.

Très vite je fais face à la gérante de l'hôtel, elle court dans le corridor une casserole à la main. Elle est drappée d'un plaid orné de pois, la bretelle de son soutien gorge n'est pas ajustée, elle tombe sur son épaule.

Elle est complètement affolée. Ses joues rondes sont écarlates, quelques perles de sueur font briller son front ridé.

Elle sent le biscuit et le thé vert, une odeur assez semblable à celle de ma mère.

Non Hermione. Ne pense pas à elle. Pas à eux.

Les cris continuent, le son s'intensifie. Mon instinct me crie d'aider cet homme. Je ne peux plus rester de marbre face à la souffrance des autres. Je ne connais que trop bien la douleur. Avec tout le calme que je réussis à invoquer je lui demande d'une voix douce:

«Que se passe-t-il Madame ?» Elle ne me répond pas regardant du côté et de l'autre du couloir, complètement submergée par la situation. Je répète ma question, plus fort en priant silencieusement pour qu'elle m'accorde enfin un regard. Je parle très fort essayant de couvrir les cris provenant de l'étage du haut. «Madame, qu'est ce qui se passe ? Il faut que nous faisions quelques chose nous ne pouvons pas laisser cette homme souffrir.»

Je crois qu'elle m'écoute, son regard vitreux rencontre enfin le mien. Je souris, c'est un début, elle daigne reconnaître ma présence.

Un nouveau cri résonne. Un mauvais pressentiment éclôt dans mon esprit, la sensation que ce cri dissimule des maux incurables.

Je ne peux pas le laisser commme ça. Je ne peux pas.

Je cours jusqu'à la source du bruit, mes pas décidés me mènent à la chambre 10. La porte n'est pas fermée, je l'ouvre complètement.

Je manque de m'étaler par terre en découvrant l'identité du pauvre homme agonisant.

Draco Malefoy. Encore lui. Toujours lui.

Malefoy se débat dans ses draps, il hurle, gesticule dans tous les sens. Ses yeux s'ouvrent puis se referment. Je ne l'ai jamais vu aussi faible.

Il est dément, tout simplement fou de douleur. Ses poings s'agrippent aux draps, sa peau est rouge, aussi écarlate que le sang qui pulse dans ses veines. Il tremble, ruisselant de sueur.

Je tremble pour lui, le voir si souffrant devrait me réjouir. Et pourtant...

Sa peau rendue luisante par la transpiration fait briller sa Marque des Ténèbres. Je devrais le haïr. Je devrais lui cracher dessus et le laisser souffrir jusqu'à ce qu'il ne puisse plus respirer. Jusqu'à qu'il crache du sang, comme ces victimes l'ont fait précédemment.

Je devrais quitter cette chambre en courant. Oublier Malefoy qui crie encore d'une voix brisée.

Je devrais. Mais dans la vie tout est une succession d'événements, un verre qui se brise, des dragons qui plongent dans des lacs, des voitures qui émettent de la fumée noire dans l'atmosphère, des Détraqueurs qui répandent leur aura sombre dans le pays. Une étoile qui brille la haut dans le ciel. Une autre qui s'éteint un peu plus loin. Un cri dans la nuit et le silence comme seule réponse.

Puisque que la vie est une succession d'actions que l'on subit, laissons faire le destin. Cette suite d'action m'a menée ici, au chevet d'une personne qui, auparavant, prenait plaisir à me voir pleurer. J'accours vers le corps tremblotant de Malefoy en un instant. Mon cœur tambourine comme pendant les batailles. Il marmonne quelques mots inaudibles, son front est plissé. Mes doigts se pose sur son front, s'humidifiant au contact de sa peau brûlante et suintante.

Malefoy, que t'a-t-on fait?

La fièvre qui terrasse son corps le fait délirer. Soudain il s'écrie, répétant le mot "mère" comme un enfant que l'on a arraché à sa famille. Son bras se lève vers le ciel, comme pour atteindre une personne en lévitation. Je recule la tête avant que sa main ne me cogne.

Il est hoquette, tousse, c'est une toux grasse comme celle qui précède la mort. Puis ses yeux s'ouvrent et les cris qui sortent de ses lèvres pâles sont encore plus atroces.

Ses yeux sont ouverts, mais ils ne voient pas le plafond moisi de sa chambre, ou mon visage inquiet penché vers le sien. Il voit autre chose, à travers moi et le papier-peint. Ils sont grands ouverts ses yeux, immenses et terrifiants, des énormes billes gris clair qui fixent l'au-delà.

Mes mains se posent sur ses joues, je murmure aussi calmement que mon état me le permet:

«Malefoy, tu m'entends?»

J'élève ma voix assez fort pour couvrir le son de ses hurlements.

Sa respiration est chaotique, il y a quelque chose de si dérangeant dans son regard perdu. Plus dérangeant que mes cauchemars ou que les yeux éteints de ma mère. Plus perturbant encore que la guerre.

Ces yeux gris, indéchiffrables, normalement épris de mépris sont désormais voilés d'horreur.

Maléfoy est en transe, à pleine voix il hurle "mère." J'essaie de le calmer, mes mains tiennent ses joues et je lui murmure quelques mots de réconfort et ma voix est calme et douce et raisonnée face à la folie de son le regarde désespérément et je répète que tout ira bien et je lui dis avec tout l'espoir qui sommeille en moi que le soleil se lève et j'attends qu'il me regarde vraiment, qu'il voit que je suis près de lui. J'attends qu'il s'écrie sang-de-bourbe et qu'il me prie sans politesse de dégager de sa chambre.

Et j'attends, toujours penchée au-dessus de lui, mes doigts appuyés sur ses fossettes. J'attends qu'il cesse enfin d'hurler, mes oreilles commencent à siffler. Il hurle, sa bouche est grande ouverte, son haleine alcoolisée me fait plisser du nez. Sa barbe mal taillée gratte mon poignet.

Il ne m'entend pas, ses yeux sont toujours dans le vague.

Quelques larmes tombent sur mes mains. Malefoy pleure. S'il savait que je le voyais dans cet état. Il me massacrerai.

Soudain, tout s'arrête. Les cris cessent enfin, derrière moi la gérante marche doucement, toujours aussi inquiéte. En me voyant aux côtés de Malefoy, penché au dessus de lui, je la sens incrédule. Je la regarde à peine, mon intention est fixée sur Malefoy.

De mon ton le plus autoritaire je demande un sceau d'eau fraîche, une chiffon et des somnifères. La patronne de la chambre d'hôte obéit sur-le-champ, courant aussitôt à la recherche des produits que j'ai demandé.

Mes yeux tombent sur les multiples cicatrices qui constellent le corps de Malefoy. Une grande cicatrice sépare son torse en deux parties, les autres sont plus petites, certaines sont en phase de cicatrisation. Chaque cicatrice est une étoile qui assombrit sa peau diaphane. Draco Malefoy, une constellation de blessures. Souvent méritées.

Je ne peux m'en pêcher d'éprouver de la peine pour lui, il est seul et tremblant en dessous de moi, ses cicatrices sont trop nombreuses, trop profondes. Il est trop jeune pour être autant marqué par la guerre.

Et toi Hermione, n'étais-tu pas trop jeune aussi? Et tes cicatrices, crois-tu les avoir méritées?

Instinctivement, ma main se pose sur ma propre poitrine, traçant lentement la longueur de ma cicatrice pourpre, un cadeau empoisonné de Dolohov pendant la bataille au département des Mystères.

On a tous nos cicatrices et les plus béantes sont celles que l'on ne voit pas. Je crois que Malefoy le sait aussi. Le regard désespéré de Malefoy me revient en mémoire, quand il disait frébrilement qu'on ne pouvait pas oublier.

Pas de doute, Malefoy est aussi cassé à l'intérieur qu'à l'extérieur.

Je me demande, alors que mes yeux inspectent le teint cireux de Malefoy, qu'elle serait ma réaction si Malefoy venait à mourir maintenant, devant moi dans ce minable lit. Éprouverais-je de la pitié pour le garçon qui m'a traité- et me traite toujours- comme une moins que rien?

Je serais triste. Sans doute. Je ne verserais pas de larmes- Malefoy ne mérite pas mes larmes. Mais s'il venait à mourir tout à suite, je ne pourrais pas me le pardonner. Pas quand sa douleur est si évidente, pas quand ses larmes ont taché mes doigts.

Je ferme les yeux, respirant l'air fétide de l'horrible chambre de Malefoy.

Une main frôlant mon épaule me fait sursauter, par instinct ma main se pose sur ma hanche, là où est cachée ma baguette.

Je tourne la tête, la gérante de la maison d'hôte m'offre un sourire rassurant.

J'expire longuement, touat va bien. Personne ne te veut du mal.

Je saisis le sceau d'eau fraîche et le chiffon, je trempe le tissu dans le liquide glacé, réprimant un gémissement lorsque ma main entre en contact avec les glaçons.

«J'ai appelé le médecin du village Mademoiselle, mais il est occupé par la grossesse de la pauvre petite Cameron. Une tragédie cette histoire... Une fille aussi jeune...»Ses pensées derivent, sa tête est ailleurs, son air est grave et peiné. Elle reprend d'une voix douce:

«Mademoiselle je souhaite vous remercier pour ce que vous faites pour Monsieur Williams. Il est si rare de nos jours de trouver des hommes et des femmes tels que vous, aidant son prochain sans rien demander en retour. Vous pouvez partir vous savez, le médecin arrivera d'une minute à l'autre..."

Je place le chiffon détrempé sur le front chaud de Malefoy, chassant les mèches de son front avec délicatesse.

«Je vais rester Madame. Je vais attendre l'arrivée du médecin. Male... Je veux dire Monsieur Williams est seul n'est-ce-pas? Personne ne l'accompagne?"

Avant même de lui demander cette question, je connais déjà la réponse.

«Monsieur Williams est très solitaire, il traine souvent au Bar à côté de la poste, à vrai dire il y passe ses journées. Je... C'est un homme secret, assez méfiant. Quand je lui ai demandé son nom pour la chambre, il a mis du temps à me répondre comme s'il hésitait... Et après quelques instants, il m'a répondu Williams. Je crois qu'il fuit quelqu'un ou quelque chose...»

Pourquoi a-t-il changé son nom? Avait-il peur que l'on le retrouve? Ou souhaite-t-il seulement un nouveau départ ?

Mon pouce trace les courbes du visage fin de Malefoy, ses joues creusées, son menton pointu et poilu. Il est si différent du garçon avec lequel j'ai fait mes études.

Que s'est-il passé Malefoy? Que s'est-il passé pour que nous finissions ici, toi et moi? Est-ce le vent qui m'a menée à toi? Est-ce tes cris qui m'ont attirés comme les Sirènes?

Peut-être que tout est déjà écrit, depuis bien longtemps. Peut-être qu'une chose inexplicable me conduit à toi? La haine ? Le dégoût ?

Ma main saisit celle de Malefoy, mes doigts serrent les siens, une pression légère.

Tu ne mourras pas ce soir Malefoy. Si la vie m'a menée à toi, ce n'est pas pour que tu meures aujourd'hui.

Tu ne mourras pas. Ni aujourd'hui, ni demain.


Babillages de Pouleau:

Je souhaite remercier SnowandSilver, pour être le catalyseur de Fatum. Sans toi ce texte ne serait encore qu'un brouillon parmi mes dizaines de travaux inachevés. Alors merci pour tout. Je crois que tu voulais Draco et non Drago, alors tout ceci est pour toi ma chère.

J'aimerais éclaircir quelques points, l'histoire est prévue en trois parties; Linceul, Lazare et Ambroisie. Linceul sera de loin la partie la plus sombre de cette étrange histoire à laquelle je donne vie.

Donc la suite de l'histoire est appelée à être plus légère. N'exagérons rien, ce ne sera pas la maison du bonheur. Je n'ai jamais été forte pour écrire de la comédie pure, mais disons que nos héros apprendront à être heureux dans l'univers assez meurtri de Fatum. Ce ne sera jamais une histoire remplie de bonheur non plus, n'espérez pas des chapitres entier réservés à la vie parfaite de Draco et Hermione.

Le Draco de Fatum est une tête à claques et considère toujours les mordus comme inférieurs. Point à la ligne. Il a des soucis et je ne l'écrirai jamais autrement.

D'ailleurs le nom des trois parties n'ont pas été choisies au hasard. Linceul étant le drap dans lequel le cadavre est enveloppé dans une sépulture. Lazare est un personnage issu du nouveau Testament qui a ressuscité, un linceul autour de son corps. Quant à l'Ambroisie, il s'agit d'un liquide divin issu de la mythologie grecque qui mène à l'immortalité.

Ces trois titres incarnent le chemin que vont parcourir mes personnages; la mort que j'assimile à la guerre. La résurrection, promesse d'une nouvelle vie après la guerre et enfin l'immortalité, soit la possibilité du bonheur durable.

J'aimerais aussi vous remercier, chaque review me motive pour écrire. Je suis complètement terrifiée à l'idée de poster ce chapitre, mais en même temps euphorique. C'est un sentiment assez paradoxal.

La traduction de la citation de début de texte est issue de la traduction officielle de l'épisode.

Fin des Babillages de Pouleau