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Elle ne sait pas ce qu'elle est. Mais elle sait ce qu'elle vaut. C'est la seule chose qui importe.

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Assise là, au bord de la mer, elle savoure le calme. Elle a toujours voulu habiter dans le coin, pour la mer d'une part, mais aussi pour la forêt assez sauvage à proximité. Que demander de plus ? Si elle avait pu, si elle avait eu le courage, elle serait allée jusqu'en Irlande. Mais la Bretagne, c'est suffisant.

Le vent fouette son visage, mais elle n'en a cure : ce vent sent l'humidité et le sel, elle adore ça. Ses chiens, qu'elle ne quitterait pour rien au monde, courent sur la plage quasiment vide. Son appel lancé, ils accourent rapidement à ses pieds, lui léchant ses mains. La marée monte vite ici, il faut être vigilant. Être vigilant... Depuis qu'elle était arrivée, son intuition et son 6e sens lui dictent que les choses ne tourne pas si rond, dans ce petit village pourtant si agréable. Une étrange présence plane.

Mais elle passa sur l'idée désagréable qu'il pouvait encore lui arriver quelque chose… Elle préférait se balader un peu sur la berge tranquille et près du port en attendant que la nuit tombe, ses chiens toujours à ses basques. Quand l'air se fit trop frais à son goût et que la nuit tomba, elle décida de rentrer chez elle d'un pas tranquille. Rien ne lui faisait peur avec ses trois amis poilus.

Son appartement se situe à l'autre bout du village, au dessus d'un bâtiment de colonies de vacances qui n'était en activité que tous les 6 mois, voire moins, si elle avait bien compris. Elle n'a qu'à traverser la rue et la forêt, d'abord éparse, s'offre à elle. Elle l'avait choisi pour ça, cet appart'.

- Cerbère ! cria-t-elle.

Sa meute est en train de se faire la malle vers la forêt, mais elle revient aussi vite. Son intuition pris alors le dessus et elle pensa avec raison que quelque chose se tramait là. Mais elle sait écouter les forêts depuis longtemps. Celle-ci est vieille, très vieille et il se peut que le problème vienne de ce grand âge. Qu'importe. Elle monte les escaliers piétinant presque les pattes de ses compagnons fidèles, en leur promettant que dans la semaine, ils iront rendre visite aux arbres tous ensemble, puis elle entre dans son repère.

Les chiens tout excités se dépêchent de passer la porte en chahutant, sachant que leur repas sera servi incessamment sous peu, comme d'habitude. Cela fait peu de temps qu'elle habite là, alors elle savoure cet instant. Rentrer chez soi. Elle avait tellement erré avec sa meute, qu'elle a du mal à réaliser avoir réussi cet exploit. Un chez soi. Elle avait eu faim, laissant le maigre argent de son repas pour ses chiens, elle avait eu froid malgré leur fourrure soyeuse. Mais jamais elle ne s'était sentie seule avec eux. Elle a aimé sa vie d'errance pour la liberté extrême, savouré le manque de confort au profil de l'apprentissage de son instinct et de son intuition, adoré la faim et le froid pour connaître ses limites physique, loué sa solitude pour connaitre la Terre mère.

Vous l'aurez compris, elle n'est pas comme vous.

Son antre ? Des livres amassés lentement. Une bibliothèque impressionnante. Peu de romans. Elle avait assez d'imagination pour inventer des histoires. Des livres donc, de sciences naturelles, d'histoire, de photos d'endroits où elle aimerait aller. D'ésotérisme. Car elle en connaissait un bout, sur beaucoup de choses. Et elle a fait face, aussi. Une chambre avec un lit deux places à baldaquins rouge, elle adorait ça. Une cuisine, mais pas de salle à manger, ni de salon : pas de place pour une salle à manger, déjà ensuite elle aime l'espace comme en forêt, même si on ne peut l'imiter dans un appartement. Alors elle a posé un grand tapis couleur sienne, des coussins dans les tons beiges et bruns, puis des poufs. Et surtout, des plantes vertes. Pleins de plantes vertes. Et un piano dans un des coins de la pièce.

Elle prépare le repas des chiens : de la viande crue apprêtée devant eux. Pour sauvegarder leur instinct naturel. Durant ses péripéties, elle avait rencontré beaucoup de gens, dont des gitans qui lui avait révélé d'anciens savoirs de leur famille lointaine sur le meilleur ami de l'homme. Elle avait tenté l'expérience avec un berger allemand qu'elle a presque élevé au biberon. Aujourd'hui quand il se met sur ses pattes arrières, il la dépasse d'une tête. Il faut dire qu'elle n'est pas très grande : 1m57. Puis elle avait trouvé deux louveteaux dans les Alpes, abandonnés à leur triste sort sans leur mère, tuée par des bergers. Elle les avait alors recueillis et élevés de la même manière que son berger allemand.

Viande crues et une presque cérémonie avant de leur donner. Elle était la chef de meute, et le berger allemand, une sorte de second. Et tout se passait bien, même si elle s'était fait mordre parfois. Mais il ne faut pas avoir peur. De rien d'ailleurs. Pas peur de la morsure, pas peur de la maladie, pas peur de la mort. Ce sont les règles de bases. Mais passons. Sa meute se nomme Cerbère. Amusant, n'est-ce pas ? Et ils sont trois. Hasard ? Elle n'y croit pas.

Les chiens mangeant sur le balcon, elle se prépare alors sa propre assiette. Elle était crudivore, donc steak tartare et crudités. Elle s'oblige depuis toujours à manger sainement. Un corps sain dans un esprit sain, bien que pour l'esprit, elle a mis du temps à refaire surface. Sa folie était presque palpable et…

Bipbipbipbipbipbipbip – Foutue sonnerie de téléphone portable.

Elle déteste ces choses, surtout quand elle mange. Mais là, c'est pour un emploi fixe, ça peut justifier l'interruption. Un sms pour lui dire que son premier jour est maintenant. Elle a réussi à se faire un ami dans la grande ville à 20mn d'ici, ou plutôt un contact à qui elle avait sans le vouloir, une démonstration d'un de ses talents. Il en a été totalement subjugué et l'avait engagée dès le lendemain.

Elle sourit à ce souvenir et prépare sa tenue pour son boulot du soir.

Son « boulot »… Si seulement vous saviez…

Une fois prête, un dernier regard dans le miroir, elle passe un grand manteau et va dans sa voiture. Elle n'a pas vraiment hâte d'y être, mais elle ne tiens pas à perdre le bout de paradis où elle a élu domicile. Et pour cela, elle a besoin d'argent. Dans ses balades de rôdeuse, elle n'en a que rarement eu besoin. Mais là, ce travail bien que dégradant aux yeux d'une bonne partie de la population, cela lui permettrait de lui en mettre pleins les poches sans avoir à faire grand-chose. Juste danser. Le long d'une barre au milieu des tables d'hommes en chaleur.

Et là, vous vous dites : une fille si spirituelle ! Pourquoi ?

Et là je vous réponds : vous posez trop de questions. Vous n'en saurez pas plus. Sachez juste qu'elle assume parfaitement la part d'ombre qui l'habite depuis si longtemps. Maintenant qu'elle la maîtrise, elle ne va pas se gêner de ce que nous, nous pourrions penser. Comprenez bien : elle n'a que faire de vos sentiments. Elle n'en a rien à battre.

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Pendant ce temps, il rôde dans la forêt comme un animal en chasse. Il est inquiet. Ses semblables changent. Un conflit se prépare et il ne sait pas comment réagir. Logiquement, il devrait se battre pour que le monde ne change pas. Il aime sa tranquillité, le fait de pouvoir profiter de l'espace sans que personne ne sache rien. Surtout les humains. Il hésite et tourne en rond. Oui, il se battra. Demander l'avis de son clan lui semble un bonne chose également.

Il lui faudra de toutes manières attendre de voir comment les choses évoluent. Prendre contact avec d'autres clans également. Et ensuite seulement, prendre une décision.

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Ceci était une mise en place de l'histoire. Un peu longue certes, mais cette fille est seule et je ne la ferais pas parler seule. Même si au fond, elle pense tant de choses.

Les prochains chapitres seront beaucoup plus long et du point de vue de la fille. Vous connaitrez son nom et son apparence, peut-être.

Zod'a… comment faire ce chapitre sans te faire une spéciale dédicace ? Je suis tout à fait honorée que tu sois ma première commentateuse et je compte sur toi pour me mettre des coups de pieds au derrière quand AIE ! Mais pas maintenant ! AIE ! Stop ! J'allais dire, quand j'aurais la grosse flemme, ZE poil dans la main, la grosse envie de larver, au lieu d'écrire. (Han han, trop la honte, Word ne connait pas l'expression « larver » XD)

Sachez aussi, jeunes amies, que j'ai d'autres choses à faire : un gamin, un boulot à chercher, des dessins et des peintures à finir, un homme à m'occuper. Etc… Donc patience. Merci.

Mais, si vous ne laissez pas de commentaires, je vous troue la peau avec un cure-dent, avant de vous mettre du sel dessus. Clair ?