Disclaimer: L'univers et les personnages appartiennent à J.K. ROWLING mais le scénario et certains des personnages (notamment Ann et Oprah) appartiennent à une amie, CrazyLittlePenguin, et moi-même.

La même fic, écrite sous un point de vue interne, se trouve dans mes favoris. Sinon, vous pouvez trouver l'auteur, CrazyLittlePenguin, également dans mes favoris. J'espère que vous irez y jeter un petit coup d'œil. L'histoire est la même mais racontée différemment et au présent, ce qui donne un petit côté rafraîchissant. Je suppose.

Enfin, en espérant que ce tout premier chapitre vous plaise et que vous laissiez un petit commentaire pour me dire si ça vous a plu ou non :).


Chapitre 1

Et merde.

Après toute une vie plongée dans les livres, et dans une situation familiale qui exigeait un sens de la répartie certain, Ann pensait qu'elle avait acquis quelques notions de grammaire, du genre: faire des phrases complètes avec un sujet, verbe, complément. Ou même qu'elle savait se servir de son sens du sarcasme et de son vocabulaire bien plus étendu que la moyenne. Mais là, tout de suite, la seule chose à laquelle elle pouvait clairement penser, c'était:

Merde.

Il allait sans dire que comme parole grandiloquente et solennelle, il y avait mieux. Mais, à sa décharge, qu'aurait-elle pu penser d'autre?

Son hibou Grand-Duc venait tout juste de déféquer sur la tête du Préfet-en-Chef, un Serpentard dont elle n'avait pas retenu le nom.

Vraiment, il y avait là de quoi en perdre toute notion de grammaire.

Elle se trouvait dans le Poudlard Express, sa valise en main, quand son hibou, Sir Charles-Edouard de la Motte, avait réussit, elle ne savait pas trop comment - mais après plus de cinq ans de vie commune, elle se posait plus la question: si Charles-Edouard voulait partir, il partait -, à quitter sa cage. Il avait volé un peu partout dans le couloir, suivi de loin par sa propriétaire, puis ils s'étaient retrouvés face à face avec le Préfet-en-Chef. Et Sir Charles-Edouard avait décidé de se soulager.

Ann était inquiète. Est-ce qu'il était malade? Pourtant son plumage était souple, ses yeux brillants et son corps massif restait plein de dynamisme. Et puis, c'était bien la première fois qu'il déféquait ainsi, sans prévenir, sur quelqu'un. Habituellement il était bien trop fier pour s'abaisser à ce genre de chose. Alors quoi? Il avait une rancune particulière contre ce jeune homme?

Elle sourit au concerné, nullement gênée, et décida de lui expliquer les faits avant qu'il ne s'étonne.

-Il devait expulser les matières fécales hors de son corps. C'est un acte essentiel pour tout être vivant, même s'il est tabou dans de nombreuses cultures et tout au moins très intime. Certes, en temps normal, la défécation est volontaire et nécessite une action consciente, cependant, une défécation involontaire peut se produire, par exemple en cas d'émotion forte, de troubles psychomoteurs ou de maladie. Tout comme différentes affections peuvent perturber ou stopper le mécanisme de défécation. Les causes peuvent être d'origine organique, psychogène ou socio-culturelle. Sir Charles-Edouard n'étant ni malade ni atteint d'un quelconque trouble psychomoteur, j'en déduis que son acte était motivé par une émotion forte. Probablement le mépris. Il ressentait certainement le besoin de t'humilier en public.

Elle fronça les sourcils.

-Tu as l'air en colère. Pourquoi? Oh, ne t'inquiète pas, je doute que quiconque puisse le découvrir. Je veux dire, vous les Serpentards, avez un don pour dissimuler vos pensées, votre ressenti... Mais j'ai bien vu tes émotions. Tu dois te demander comment, au vu de ta surprise. C'est en tous cas ce qu'indiquent tes yeux légèrement écarquillés, tes sourcils qui se sont levés durant un très court instant et ta bouche qui s'est entrouverte. En fait, je suis capable de repérer les micro-expressions. Ce sont des expressions faciales brèves et involontaires exprimées en fonction des émotions vécues. Et il est très difficile, pour ne pas dire impossible, de simuler une micro-expression. Mais ça ne porte pas vraiment à préjudice puisque la plupart des gens sont incapables de les détecter - elles peuvent se produire dans un temps très court, de l'ordre de un quinzième ou un vingt-cinquième de seconde.

Elle pencha la tête sur le côté. Visiblement, au vu du bref froncement de sourcil qu'elle venait de distinguer sur son visage et de ses lèvres plissées, il était toujours aussi énervé.

Ann avait appris très tôt à "lire" les émotions des gens. C'était maladif chez elle. Elle avait besoin de contrôler, de décortiquer les émotions de tout le monde, de chercher à les comprendre et à les assimiler. Ce qui la rendait, selon sa meilleure amie, difficile à vivre pour beaucoup. Elle ne savait pas si c'était vrai mais elle ne pouvait en aucun cas s'en empêcher.

Ann s'apprêtait à poursuivre son laïus à un Préfet-en-Chef de plus en plus étrange - à ses yeux - quand elle aperçut quelqu'un lui faire signe plus loin.

-Oh, excuses-moi, une amie me fait signe. Cela doit vouloir dire qu'elle souhaite ma présence. A moins que ce ne soit une convention sociale? Quoi qu'il en soit, je souhaite lui tenir compagnie, je vais donc prendre congé. J'ai apprécié notre petite conversation, bien que le terme monologue soit plus approprié étant donné que je n'ai pas entendu le son de ta voix une seule fois. Il faudra remettre ça à une prochaine fois. Au revoir. Nous nous retrouvons à Poudlard, Sir Charles-Edouard, acheva-t-elle en s'adressant au Grand-Duc.

Puis, très digne, elle se dirigea vers son amie, Oprah Braveheart. Elle allait lui raconter ce qu'il venait de se passer et elles allaient tout décortiquer ensemble. Elle n'avait toujours pas compris pourquoi il avait semblé en colère. L'avait-elle énervé d'une quelconque façon?


Ann prit le crayon glissé derrière son oreille et souligna une phrase dans son livre. Elle annota quelques commentaires dans la marge avant de tourner la page et de passer une main dans sa longue chevelure blond cendré. Tout de suite après, elle se souvint qu'elle ne les avait pas encore attachés et tenta de réparer les dégâts à l'aveuglette. Non qu'elle fut particulièrement coquette mais elle aimait être apprêté avec soin et non comme une sauvageonne.

Un ricanement se fit entendre.

-Est-ce que tu te moques de moi? Demanda Ann sans comprendre pourquoi sa meilleure amie riait.

Oprah haussa les épaules et leva sa baguette. Elle marmonna quelque chose et replongea dans sa lecture - mais pouvait-elle vraiment lire quelque chose alors que son livre était à l'envers? Ann sentit, dans le même temps, ses mèches rebelles se nouer en un chignon désordonné mais pratique.

-Merci. Mais j'aurais pu le faire toute seule.

-Je sais, dit Oprah.

Sans plus disserter sur le sujet, Ann retourna à sa lecture, passionnante il faut le dire, sur la Théorie Musicale, comme l'indiquait le titre Théorie musicale basique, Contrepoint Rigoureux et Analyse Schenkérienne. Elle aimait apprendre de nouvelles choses. A ses yeux, tout était important, de la cuisine à la façon de jouer au base-ball, en passant par le tricot et les potions. Elle ne comprenait d'ailleurs pas pourquoi la plupart des gens ne s'intéressait qu'à ce qu'on essayait de leur inculquer durant les cours. Le monde était bien plus vaste que le modeste domaine de Poudlard. Et qui détenait les connaissances, détenait le pouvoir. Le pouvoir de quoi, demanderez-vous? Ann ne savait pas vraiment. Le pouvoir de changer les choses peut-être. D'autant plus, qu'hormis ce besoin irrépressible d'engranger toujours plus de savoir, elle s'ennuyait.

Oui, Ann s'ennuyait en cours. Cela n'avait rien d'étonnant en soi cela dit.

Ann, était le genre de fille qui semblait vivre dans un autre monde, qui était constamment en train de réfléchir, qu'on voyait rarement accompagnée - si on exceptait Oprah - et qui avait toujours un livre à la main. Oh, rien ne rendait Ann plus exceptionnelle qu'une autre, loin de là. Ce que les gens voyaient, c'était une jeune fille frêle, marginale, cynique, placide et particulièrement asociale - il était évident qu'en combinant son caractère pour le moins spécial et sa manie d'avoir toujours le nez fourré dans un livre, elle ne s'intégrait pas facilement. En bref, Ann n'avait rien de bien fascinant. Elle était réservée mais parlait beaucoup, "étalant sa science" - sans vraiment en être consciente -, tout en évitant de se mettre en avant. Un mélange particulier. Quelques personnes, des Serdaigles et des Poufsouffles notamment, avaient essayé de sympathiser avec elle, ne serait-ce que par pure gentillesse. Même s'ils avaient eu des réponses, ils n'avaient jamais réussit à percer sa carapace. Elle avait toujours été plus ou moins seule.

Alors Ann était comme un membre du décor à Poudlard. Chez elle aussi en fait. Et ça lui convenait parfaitement. Au moins, elle pouvait continuer à étudier les autres en paix.

Il était peu aisé de la décrire mais une chose était sûre, malgré sa manie d'étaler sa science, en long, en large et en travers, Ann n'appréciait pas vraiment d'être mise sous les feux des projecteurs. Mais elle n'y pouvait malheureusement rien. Parce qu'elle était un foutu génie, une surdouée à qui rien n'échappait.

Elle avait une mémoire eidétique, ou mémoire absolue, et pouvait se souvenir d'une grande quantité d'images, de sons et d'objets dans leurs moindres détails. En combinant cette faculté avec sa capacité à tout décortiquer et à tout comprendre en quelques instants, il lui fallait en moyenne une semaine pour maîtriser un sujet - peu importe la matière - et guère plus d'un mois pour en comprendre toutes les subtilités. Elle était aussi doué avec la théorie que créative - et parfois dangereuse - en pratique. Et s'il y avait une matière dans laquelle elle excellait tout particulièrement, c'était la Métamorphose - elle était d'ailleurs une animagus non enregistrée depuis quelques années.

Ann avait étudié la Métamorphose plus que n'importe quelle autre matière. Il lui avait fallut peu de temps pour comprendre quelle était l'importance de l'élément de départ puis celle de l'élément d'arrivée, et elle avait vite aboutie à la conclusion qu'il fallait les visualiser à la perfection puis trouver un moyen magiquement possible de passer de l'un à l'autre. Ce qui était généralement le plus dur. Elle distinguait ensuite quatre branches différentes: transfigurer - pour modifier les choses - et conjurer - pour en faire apparaître, puis métamorphoser et créer - soit, réaliser les deux premiers de manière permanente.

Bref, étudier n'était en rien simple... mais c'était tellement passionnant! Evidemment, les théories étudiées à Poudlard ne l'attiraient pas - elles étaient, pour la plupart, dangereusement inintéressantes - aussi travaillait-elle de son côté. Et elle faisait de son mieux pour se diversifier, avoir accès au plus de savoir possible.

Il n'était pas difficile de comprendre que cette envie de toujours en connaître davantage était négative sur son entourage. Elle n'avait que deux amis, dans tout Poudlard, et elle se savait incapable de s'en faire d'autres. De toute façon, ça ne l'intéressait pas autant que les livres.

Les garçons? Elle ne voyait pas ce qu'ils avaient de si intéressant et était loin de ressembler à toutes ces midinettes en jupe courte et maquillage provocateur qui baisaient le sol foulé par les pieds de beaux mâles.

Les filles? Aucun intérêt à ses yeux. Elles ne faisaient que parler et s'agiter dans tous les sens. Bien loin donc de la tranquillité à laquelle elle aspirant tant quand elle bouquinait. Oprah était l'exception qui confirmait la règle. Calme mais lunatique, la jeune Braveheart n'avait rien à envier à l'intelligence de son amie. Peut-être était-ce pour ça qu'elles se supportaient mutuellement.


Ann glissa une main fine dans ses boucles et les enroula autour de ses doigts fins, sans quitter sa page des yeux.

-Tu t'es encore décoiffée.

Levant les yeux vers une Oprah plongée dans l'étude des lignes de sa main, Ann tenta vainement d'aplanir ses épis. Elle finit par abandonner la lutte - ses cheveux partaient vainqueurs de toute façon - et retourna à sa lecture.

C'est alors que la porte du compartiment s'ouvrit en grand.

-Salut.

Ann répondit d'un bonjour poli, détaillant celui qui envahissait leur espace. Grand, mince mais athlétique, les cheveux châtains presque blonds, les yeux ambrés... les yeux ambrés? Qu'est-ce que Remus Lupin, membre des Maraudeurs, faisait dans leur compartiment?

Oprah ne leva pas les yeux - de toute façon, il y aurait pu y avoir une bombe dans le compartiment qu'elle aurait continué à étudier les lignes de sa main - arborant juste brièvement un sourire dédaigneux.

-Cette nuit, j'ai regardé le ciel et Vénus y brillait drôlement. Je me doutais bien que cette journée ne pourrait pas continuer aussi bien qu'elle a commencé. Que nous vaut l'illustre honneur de ta présence et ces humbles quartiers, Loupin? Demanda Oprah en insistant sur le surnom, faisait pâlir le concerné.

-Je... Il n'y a plus de place, est-ce qu'on peut s'installer ici?

Un silence.

-Ca ne vous dérange pas, au moins? Insista-t-il.

-C'est un espace public, je ne vois pas pourquoi vous n'en auriez pas le droit d'accès, fit Ann en haussant un sourcil perplexe.

Ce genre de question, sur le "dérangement d'autrui", la laissait toujours pleine de questions. A quoi cela servait de demander? Si les gens étaient gênés, ils ne diraient pas oui, ou bien se déplaceraient.

-Qui ça "on"? Interrogea soudain Oprah, quittant enfin sa main du regard.

Elle avait l'air inquiète. Ann savait pourquoi. Elle eut un pauvre sourire en répondant à sa meilleure amie:

-Selon la logique, Poppy, il parle probablement de ses amis, autrement dit ceux qui se font appeler les Maraudeurs. Il y a peu de chance qu'il s'agisse de quelqu'un d'autre puisque Remus Lupin n'est pas connu pour avoir d'innombrables amis ou être un émérite coureur de jupon sans cervelle.

-Je ne veux pas de tes amis dans mon compartiment, Loupin, grogna Oprah.

-Dommage, Braveheart, nous sommes déjà là, ricana une voix.

Ann se tourna en direction des nouveaux venus, au nombre de trois, et leur sourit poliment.

-Bonjour.

-Voilà, prends exemple sur ta copine et fais preuve d'un peu de respect, Braveheart, fit un grand brun aux yeux gris.

-Le respect se mérite Black et, entre nous soit dit, tu n'as rien fait pour le mériter. Ann est juste trop gentille. Elle devrait te cracher dessus plutôt que te saluer avec politesse.

Ann se tassa contre la vitre en voyant les garçons pénétrer dans le compartiment. Elle n'aimait pas la foule. Non, pour être plus exacte, elle avait la phobie sociale, ou anxiété sociale, comme disaient parfois les psychologues. D'après ce qu'elle savait sur le sujet - et elle en savait beaucoup -, il s'agissait d'un trouble de l'anxiété caractérisé par une crainte persistante et intense causant une détresse considérable et une capacité diminuée de quelques fonctions dans la vie quotidienne.

Dans le cas d'Ann, cette détresse était causée par la peur de se trouver face à une situation sociale, de devoir s'exposer à une interaction avec des individus qu'elle ne connaissait pas personnellement. Ce n'était pas de la timidité, mais bel et bien un trouble chronique invalidant, et ça avait mené à un évitement social exagéré - déjà accentué par son génie.

Oh, elle savait très bien que ses craintes étaient irrationnelles. Pourtant, elle appréhendait les situations dans lesquelles elle se retrouvait confrontée au regard des autres et où elle avait tendance à se sentir manipulée ou jugée négativement - bien qu'elle se sache bizarre et anxieuse, elle ne tenait pas à ce qu'on la considère comme folle ou stupide. Et elle faisait tout pour éviter ces situations, qui la menaient à l'embarras, à une humiliation, des difficultés respiratoires, des douleurs abdominales, des nausées, de l'hyperventilation, des crises de panique, et tant d'autres symptômes, physiologiques ou non. Cette phobie était l'une des raisons pour laquelle elle était devenue extrêmement consciencieuse, faisant excessivement attention à ce qui se trouvait autour d'elle, analysant tout dans les moindres détails.

Elle avait juste peur de la société, de son regard, de son jugement. Et si, pour s'en protéger, tout ce qu'il y avait à faire était de s'isoler, alors elle n'avait pas la moindre hésitation. Tout plutôt que de sentir constamment ce mal être lorsqu'elle était en présence d'inconnus qui lui parlaient ou tentaient d'établir un contact visuel.

-Je ne pense pas que tu ais été invité à entrer, Black.

Oprah venait de se redresser sur sa banquette, ses yeux clairs rivés sur les Maraudeurs. Ann, brusquement sortie de ses pensées par la voix de son amie, se tourna vers les garçons.

Tous quatre étaient beaux, très beaux.

James Potter, le "leader", était ce genre de garçon qui, d'après ce qu'Ann avait pu comprendre, plaisait aux filles aussi bien pour être leur ami que leur petit-ami. Elle ne comprenait pas très bien pourquoi mais supposait que c'était une bonne chose pour lui. Physiquement, c'est un grand brun dont les cheveux étaient un véritable champ de bataille - bien pire que les siens, ce qui était, en soi, un exploit. Il était plutôt mince mais musclé, pratique du Quidditch oblige. Il semblait plutôt gentil et devait avoir une conversation agréable - il n'était certainement pas dans les premiers de l'école pour rien - mais il y a un point sombre majeur à souligner: son immaturité aussi. Et Ann ne prétendait pas être experte en la matière, mais elle le trouvait vraiment très, très arrogant.

Ensuite, Remus Lupin. Tout ce qu'Ann savait de lui était sa position de préfet, son sérieux et sa modestie dans les études et son amabilité envers les autres. Ah, et sa lycanthropie. Honnêtement, ça n'avait pas été bien dur de deviner pourquoi il devait s'absenter chaque mois à la même période. Il avait fallut moins d'un semestre à Oprah pour découvrir son secret et le partager avec sa meilleure amie.

Puis, il y avait Sirius Black, actuellement occupé à se "crêper le chignon" avec Oprah. Entre ces deux-là, une rancœur couvait depuis très longtemps, bien avant Poudlard. De ce qu'Ann avait comprit, ils étaient cousins. A leur entrée à l'école de la Magie les avait séparés, mais c'était davantage du fait de Sirius, qui reniait tous les membres de sa famille, que de celui d'Oprah.

Black était, et même Ann le voyait, le type même de l'aristocrate rebelle et décadent. Il était beau, c'était indéniable, et il devait le savoir depuis sa première rencontre avec un miroir. Il était presque aussi grand que Lupin et plutôt bien musclé, sans tomber dans l'excès - ce qui était préférable. Il avait les cheveux noir, tirant sur le brun foncé, savamment coiffés entre l'élève modèle - qu'il n'était pas - et le charmeur. Un teint pâle, des traits presque parfaits, puant l'aristocratie et le dédain, des pommettes hautes et des yeux gris insondables. C'était donc un jeune homme beau, d'une beauté frappante, et il ne s'en cachait pas. Très immature et confiant jusqu'à l'arrogance, il faisait tomber les filles comme des mouches et ne restait jamais plus de quelques jours avec la même.

Oui, même Ann avait entendu parler de ses "talents" de Dom Juan. Charismatique, fier, insouciant et joueur étaient des termes qui, à son avis, devaient parfaitement définir l'adolescent.

Mais personnellement, le magnétisme de Black n'avait pas grand effet sur la jeune fille. Et de toute façon, son préféré était Peter.

Peter Pettigrew. Pas très grand, un peu enrobé à cause de son excessive gourmandise, les cheveux blonds coupés courts, les yeux bleu, un peu larmoyants. Il était mignon dans son genre. Et adorable côté caractère, Ann pouvait en témoigner puisqu'il était son meilleur ami - en secret bien entendu. Elle avait tout suite adoré ce jeune homme ambitieux et bosseur, toujours à l'écoute et, bien que discret, capable de tout pour aider ses amis.

Ann fut sortie de son étude physiologique par un mouvement de la banquette, à ses côtés. Elle remarqua que Peter et Black s'y étaient assit et vira à l'écarlate en se plaquant contre la vitre.

-Fais pas attention à eux, Ann. Ils n'en valent pas la peine.

-Je n'aime pas vraiment quand les gens parlent de nous comme si nous n'étions pas là.

-Oh! Pardonnez-moi, Sieur Black! Je suis vraiment confuse, je n'avais pas remarqué votre tête trop enflée pour son bien. Je me tiens humblement devant vous, attendant votre pardon. Avez-vous encore matière à contester? Demanda Oprah, perdant son habituelle mimique rêveuse pour un air faussement inquiet.

Perdue devant la bataille verbale qui s'engageait, Ann se tapit un peu plus dans son coin, priant presque pour que le train arrive plus tôt que prévu. Pourtant, Merlin l'en préserve, elle n'était absolument pas croyante.

-Donc.

-Quoi, Potter? Grogna presque Oprah.

-Oh, je me disais juste que si on vous dérangeait tant, vous n'aviez qu'à partir et nous laisser le compartiment. Je suis sûr que le sol froid du couloir ne vous changera pas trop des soirs passés à arpenter les trottoirs.

Ann fronça les sourcils, que racontait-il?

-Tu peux dire ce que tu veux de moi, Potter, mais laisses Ann en dehors de ça, compris?

-La petite chérie à sa maman ne peut pas se défendre toute seule, railla Black.

-Crétin! Siffla Oprah.

Le trajet allait être long, très long.

-Alors, Braveheart, combien tu l'as payée pour qu'elle reste avec toi?

Ann fronça un peu plus sourcils. Est-ce qu'il insinuait qu'elle était une "fille facile"? Ca ne lui plaisait pas vraiment. Mais elle n'osa pas répliquer.

-Ann est mille fois meilleure que toi, Black. Et ce, dans tous les domaines.

-Oh? Alors, poupée, ça te dirait de passer une nuit avec moi, qu'on vérifie les dires de ton illuminée de copine? Ricana Black en direction d'Ann.

La concernée vira à l'écarlate, avant de répliquer d'une voix tremblante:

-Le fait que tu sois un Dom Juan et un collectionneur de femmes n'implique pas que tu doives essayer de draguer chaque hominidé de sexe féminin qui passe à proximité de toi. Ou hermaphrodite. Ou de sexe masculin. Chacun ses goûts, je ne critique pas, les trois cas sont après tout équiprobables. Tu as bien sûr le choix de la personne avec qui tu vas passer ton temps et, très possiblement, mélanger des fluides corporels dont je ne m'avancerai pas à préciser la nature.

-Est-ce que tu es train d'insinuer que je suis gay? S'offusqua Black.

-Ce n'est pas le cas?

-Je ne sais pas qui tu es mais, franchement, tu ferais mieux de te taire si tu ne veux pas que le Grand et Magnifique Sirius fasse de ton année un enfer.

-Ca serait difficile. Après tout, l'enfer est, selon de nombreuses religions, un état de souffrance extrême de l'esprit humain après sa séparation du corps. Cette douleur est expérimentée après la mort par ceux qui ont commis des crimes et des péchés durant leur existence terrestre. Bien sûr, la définition de l'enfer et de ses caractéristiques est variable selon les religions, mais je doute fort que tu ais envie de m'exécuter de quelques manières que ce fut. Et à supposer que tu en ais envie, rien ne dit que tu y parvienne ou que j'ai des crimes à expier.

Un ange passa.

Puis un deuxième. Et un troisième.

Et au final ce fut toute la famille qui traversa le compartiment silencieux.

-Tu es folle, on te l'a déjà dit ça?

Ann blêmit puis rougit sous les paroles mauvaises de Potter.

-Et si je veux faire de ta vie un enfer, je ne te tuerai pas. Au contraire, je prendrai plaisir à te faire souffrir émotionnellement, pour te montrer ce qu'est l'enfer sur terre, fit Black.

-Ce ne serait alors qu'une métaphore.

-Je n'ai jamais dit le contraire. Peut-être que tu connais l'expression: l'enfer, c'est les autres?

-Oui mais je ne vois pas en quoi tu vas devenir mon enfer. Peut-être devrais-tu essayer de te débarrasser de tes préjugés avant de revenir nous parler. Nous verrons alors si tu as grandis et mûris.

-Comment oses-tu... S'étouffa Black. Espèce de...!

-Laisses Ann tranquille, Black. Tu es indigne de lui parler. Un fils de Sang-Purs adorateurs de l'autoproclamé Lord Noir n'a rien à dire à une Serdaigle innocente.

Ann retint une grimace de justesse. D'après ce qu'elle avait comprit au cours des années, Black ne soutenait pas les convictions de sa famille - qu'il paraissait haïr au vu de ses relations avec son frère cadet. Il était plutôt cruel de la part d'Oprah de l'attaquer sur ce sujet. On aurait dit qu'elle cherchait à le mettre en colère. Et elle y réussissait diablement bien. Il n'était même pas nécessaire de savoir repérer les micro-expressions pour dire que Black était furieux. Et encore, c'était un euphémisme.

-Tu peux bien parler! Quitte à évoquer ma chère famille, j'aurais beaucoup de chose à dire sur la tienne. Notamment sur ta mère, articula Black d'un ton dédaigneux à une Oprah rouge de colère. D'ailleurs, est-elle toujours si moche qu'un Détraqueur refuserait, même sous la torture, de lui donner un baiser?

La blonde se leva, et la rage froide contenue dans ses yeux fit place à un machiavélisme qu'Ann n'avait vu que très rarement. Seulement en Défense Contre les Forces du Mal, en fait. Le pauvre Strangulot qui fut sa victime en troisième année se rappela à son bon souvenir, et sa curiositée fut piquée au vif. Elle s'éloigna doucement de sa vitre et se concentra sur la dispute, lui rappelant furieusement les combats de coq qu'elle avait déjà vu à la télévision. Ou de chiens, au vu de leur air enragé.

- Quoi, ricana Oprah, ma mère? Arrête, Black, la tienne est si grosse que son Patronus est un cake!

Tous les Maraudeurs commencèrent à prendre les paris, même Ann paria cinq Noises sur sa meilleure amie. Mais ce fut plus par solidarité - elle avait vaguement lu quelque chose à ce sujet la veille - que par bravoure - il y avait une raison pour laquelle elle n'avait pas été envoyée à Gryffondor.

Mais tout de même, leurs... insultes, avaient quelque chose de vraiment pathétique.

-Et ta mère est si vieille que ses seins ressemblent à deux Choipeaux Magiques retournés!

Ann eut un air surpris devant la réplique. Vraiment, ce qu'on pouvait devenir ridicule lors des disputes. Le fait que ce fut les sentiments et non la raison qui dominaient en ces instants n'arrangeaient rien.

Elle tourna un regard las en direction de Peter, qui lui sourit gentiment. Elle ne vit pas le regard étrange que porta Remus Lupin sur eux et se reconcentra sur les deux furies.

-Ah ouais ? Sois pas si fier, crétin, la tienne est si grosse qu'elle a mangé les Mangemorts...

Touché, Coulé.

La famille Black étant une fervente adoratrice de Voldemort, la blague ne pouvait tomber plus juste. Ne perdant pas contenance, le jeune homme allait lancer une réplique particulièrement acide - hors de question de lui laisser le dernier mot - quand Peter intervint:

-Ca suffit Sirius. Si toi ça t'amuse de te défouler sur des personnes qui n'ont rien fait de répréhensible, ce n'est pas mon cas. Laisses Ann et Poppy tranquilles.

-Ann? Poppy? Depuis quand tu les appelles comme ça, toi? S'insurgea Potter.

Ah, James Potter n'appréciait pas vraiment de voir qu'un de ses meilleurs amis pactisait avec l'ennemi.

-Ce sont mes amies et elles ont le droit au respect.

Potter se tourna vers Ann, les yeux écarquillés. Il semblait avoir du mal à y croire, pour une raison ou pour une autre.

-Vous êtes...

Ann sourit et acquiesça doucement. Elle n'avait pas de raison de le cacher.

-Nous sommes vraiment amis. Mais la question de l'amitié est une notion vague. Après tout, selon la Théorie aristotélicienne de l'amitié, nous sommes à l'égard d'un ami comme nous sommes personnellement envers nous puisque l'ami est un autre nous-même. Peter, Oprah et moi entretenons une amitié voulue pour elle-même et donc, désintéressée. Selon Aristote, cela revient à la triple obligation de donner, recevoir et rendre, à la fois libre et obligée, intéressée et désintéressée. Nous voulons uniquement le bien de l'autre.

Tous la fixèrent d'un air pour le moins ahuri - excepté Oprah et Peter, depuis longtemps habitués à l'étrange comportement de leur amie. Elle grimaça en sentant une rougeur s'installer sur ses joues et se tourna vers Peter.

-Ai-je dit quelque chose de mal?

-Non, non, pas du tout, ne t'inquiètes pas.

Elle eut un soupir soulagé. Elle ne savait pas comment se comporter en groupe. La faute à cette maudite phobie sociale et à son caractère marginal.

-Maintenant, reprit Peter, laissez mes amies en paix, d'accord? Elles ne vous ont rien fait.

-Tes amies? Tu te fous de nous, pas vrai, Pete? Ricana Black.

Il était probablement celui que ça énervait le plus.

-Non. Elles sont mes amies et je tiens à elles. Je voudrais que vous cessiez de vous moquer d'elles.

Aussi neutre que la Suisse lors des conflits mondiaux, Remus Lupin se contentait de regarder ses amis se crier dessus dans un imbroglio de cris incompréhensibles. Peter était agacé par l'immaturité de Sirius et James, qui le regardaient fixement, stupéfait et dégoûté. Il était ami avec ces dingues, ces folles furieuses qui paraissaient échappées de l'asile le plus proche. Sirius allait dire quelque chose de particulièrement cinglant quand Ann intervint, voulant éviter un bain de sang:

-Vous devriez partir maintenant.

-Ecoute, euh...

-Ann. Je m'appelle Anastasia Dorothea de Pouzy de la Roche. Mais tout le monde m'appelle Ann.

Il y eut un court silence durant lequel tous méditèrent sur le nom incroyablement long de la jeune fille, puis Potter parut se réveiller.

-James Potter.

Le garçon se figea, secouant la tête. Bon sang, il n'avait pas besoin de se présenter, tout le monde le connaissait à Poudlard! Il se reprit et lança à l'étrange jeune fille blonde:

-Cette dispute ne te concerne en rien. C'est entre nous. Et il vaut mieux laisser Sirius et Braveheart crever l'abcès le plus vite possible.

-Ils ne crèvent pas l'abcès. Ils se font mutuellement mal dans l'espoir que l'un ou l'autre finira par abandonner et plier. Ce qui, vu leur caractère obtus, risque de ne pas arriver avant plusieurs années. Et il est hors de question que nous restions des années dans ce compartiment, à les regarder se cracher leur haine à la figure. D'autant plus, qu'au vu de l'heure et du paysage, nous n'allons pas tarder à arriver. Vous feriez donc mieux d'aller vous trouver un compartiment où vous changer.

Un long silence durant lequel tous la regardèrent s'installa. Elle rougit et entreprit de respirer calmement, histoire d'éviter d'hyperventiler ou de faire une crise de panique devant tout le monde.

-Est-ce que j'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas? Je suis désolée, je...

-Elle n'a pas tort, dit finalement Lupin. On ferait mieux d'y aller avant que le train ne s'arrête et qu'on doive se changer en catastrophe.

Et, sans plus tergiverser, il saisit le bras de Sirius et le traîna à sa suite, immité par Peter qui se chargea de James.

-On se voit à Poudlard, les filles, sourit le plus petit des Mauraudeurs.

-Ne les laisse pas te contaminer par leur bêtise Peter! Lui cria Oprah. Et au déplaisir, Black!

Et cette réplique, combinée à sa voix grinçante, était légèrement flippante. Et Merlin seul savait combien Oprah adorait paraître flippante à certains moments – c'était excellent pour la tranquillité. Et combien elle y réussissait.

Elle rit avant de secouer la tête d'un air blasé et de se retourner vers Ann.

-Black est définitivement très con.

Ann sourit et replongea dans son livre pendant qu'Oprah reprenait son air rêveur coutumier et s'appuyait contre la vitre pour observer le paysage défiler. Elle soupira et grommela:

-Cette année va être fatiguante.