Chapitre 2 : Révélation

Les quelques lanciers encore en état furent regroupés par le sergent qui leur ordonna d'aider leurs camarades ainsi que les dons.

— Comment ! s'exclama le gouverneur. Pourquoi restez-vous plantés là ? Poursuivez donc ces gredins !

— Votre Excellence, avec tout le respect que je vous dois, les lanciers ne sont pas en état de les poursuivre. Les bandits seront certainement plus rapides et auront prévu un plan de repli… Si nous les poursuivons dans ces conditions, il n'y aura plus un seul lancier de disponible pour assurer la sécurité, rétorqua le sergent.

— La sécurité ? reprit le gouverneur. Croyez-vous avoir assuré la sécurité ? S'il y avait eu une vraie sécurité, les dons n'auraient pas été obligés de combattre, râla le gouverneur hors de lui.

— Voyons, Gouverneur, le sergent et ses hommes ont bien réagi… Ils n'auraient pas été présents, ces hommes nous seraient tombés dessus en silence, intervint Don Alejandro. Tandis que dans le cas présent, les bruits de lutte nous ont fait réagir.

Le gouverneur grommela de nouveau et retourna s'asseoir.

— Capitán Toledano, reprenez votre poste dès aujourd'hui et occupez-vous de vos blessés. Sergent Garcia, détendez-vous, les bandits ne reviendront plus. Allez quérir le docteur Avila si les blessés ne sont pas transportables. Señores, il serait sage de remettre cette réunion à demain, énonça le vice-roi tout en observant chacun.

Son regard s'attarda sur Diego qui venait de poser le tisonnier à sa place.

Puis le jeune De la Vega échangea un regard complice avec la señorita De Castillos avant de l'attraper par l'épaule et de se rapprocher.

— Señores, nous allons vous escorter chez vous un à un, assura le capitán Toledano.

— Ce ne sera pas nécessaire, Capitán. Vos hommes semblent plus atteints que nous… Rapatriez-les, intervint don Nacho.

— Gracias, Señor. Mais j'avais dans l'idée de vous demander d'attendre ici tandis que j'allais chercher la relève. Fort heureusement tous les lanciers n'étaient pas là. Le sergent a bien agi en décidant d'en laisser une majorité pour assurer la sécurité au pueblo.

— Vous savez, Capitán, je n'ai pas de mérite. L'idée vient de Don Diego, expliqua le sergent naïvement.

Pas plus surpris, le capitán se tourna vers Diego et le remercia silencieusement. Ce fut à ce moment là que Diego remarqua la signature sur la veste de Toledano dont il s'approcha vivement pour mieux l'observer.

— Qui vous a fait ceci ? demanda Diego en fronçant les sourcils.

— Mon adversaire… Celui qui devait être le chef.

— Avait-il un signe particulier ? interrogea Diego.

— C'est un bon escrimeur… Oh… Et il arborait une barbiche…

— Une barbiche ! répéta Diego avec surprise intriguant son père et le capitán.

— Diego ? Que t'arrive-t-il ? demanda Don Alejandro.

Pour toute réponse, Diego indiqua la signature sur la veste du capitán.

— M ? dit Don Alejandro perplexe. Ce ne peut être… murmura-t-il ensuite.

— Pourquoi toutes ces questions ? Auriez-vous une idée de l'identité de ce bandit ? interrogea Toledano.

— Non. Ce M m'intrigue tout autant que vous, rétorqua Diego avec calme et assurance.

Son regard avant ce départ, ce M… Serait-ce le señor Monastario ?

— Diego, l'interpella alors le vice-roi le sortant de ses pensées.

— Si, Don Esteban, répondit ce dernier en se tournant vers lui sous les regards curieux de chacun.

Don Esteban lui fit signe de la suivre, intriguant encore plus chacun.

— Ne vous inquiétez pas, don Alejandro, je vous le ramène dans un moment, sourit le vice-roi en posant la main sur l'épaule droite de Diego sitôt qu'il fut à ses côtés.

Les deux hommes sortirent alors sous l'étonnement grandissant de chacun… Salena proposa ensuite son aide pour soigner les blessés, faisant oublier la sortie des deux dons.

Une fois dans le jardin, loin des oreilles indiscrètes des dons et des lanciers, et alors qu'ils marchaient côte à côte :

— Don Esteban, qu'avez-vous donc de si particulier à partager ? demanda Diego dont la douleur dans le bras gauche devenait lancinante.

Ce n'est peut-être pas si superficiel, se dit Diego en cachant une grimace.

— Je vais être direct, Diego… Après la mascarade avec le capitán Monastario, j'ai relu les différents courriers de Marcos… Puis j'ai échangé avec lui… Vous avez gagné pas mal de joutes d'escrime à Madrid.

Diego se sentit mal à l'aise.

J'aurai dû m'en douter.

— J'ai aussi pris le temps de relire le rapport du sergent. Du moins la copie qu'il m'avait envoyée à l'époque, ainsi que les rapports postérieurs… En recoupant les différents éléments dont je disposais, j'en suis venu à une conclusion, déclara le vice-roi en s'arrêtant et stoppant alors Diego, un pas plus loin.

— Cependant, Diego, vous demeurez le seul et le premier à qui j'en fasse part.

— C'est trop d'honneur, Don Esteban. Mais je ne vois pas pourquoi, tenta Diego qui savait fort bien où le vice-roi voulait en venir.

— Diego, pas de ça entre nous ! Vous savez pertinemment de quoi je parle… Et après tout, le premier à être mis au courant de mes pensées doit être la personne… incriminée. Je ne veux pas savoir pourquoi, Diego. Il y a longtemps que je l'ai compris. Cependant il y a deux points qui m'intriguent.

— Je vous écoute, déclara Diego sans nier les faits.

— Il y a un an, Zorro a plaidé la cause de son ennemi auprès du gouverneur et du juge Vasca, pourquoi ?

— Il y a un an, une amie, Doña Isabella De la Cruz, est venue d'Espagne me demander son aide. Il s'avère qu'elle est la nièce du señor Monastario. Les événements ont fait que le señor Monastario m'a sauvé la vie, et vice-versa. Sa perception des choses a évolué dans le bon sens. Il a réalisé ses erreurs… ses injustices, et a changé de comportement, mais pas de caractère… Et les retrouvailles avec sa nièce l'ont, semble-t-il, apaisé. Il me semblait juste que ces retrouvailles se prolongent, expliqua Diego.

— Je comprends… Autre chose, Diego. Dans la diligence, le gouverneur m'a fait part d'un rapport négatif au sujet de Zorro.

— Oh… Quel est-il ?

— Il concerne la mort du capitán Felipe Arrellano.

— Je vois… Le capitán Arrellano faisait partie d'un complot visant à évincer le gouverneur. Quand il a vu que rien ne fonctionnait pour le destituer de son poste, grâce au Renard, il a tenté de l'assassiner avec ses complices. Laisser en vie le capitán était risqué pour le gouverneur qui ne se doutait de rien et qui avait toute confiance en lui.

— Le sergent Garcia est-il au courant ? demanda le vice-roi.

— Non, Don Esteban. Il est difficile de lui dire ce qu'il s'est passé. Doña Leonar, la fille du gouverneur qui était alors présente, a tenté de son côté de lui expliquer les faits ; mais ce soir là, le sergent a vu Zorro tuant le capitán sans hésitation. Et il a bien du mal à croire la réelle cause, vu que les autres comploteurs ont seulement été mis hors course, bâillonnés et ligotés.

— Et le gouverneur ne peut-il donc pas témoigner ?

— Il dormait, sourit Diego au souvenir.

— … Diego, je voudrais vous aider à vous défaire de… ce fardeau.

— Mon père partage le même avis que vous, mais en légalisant mes actions.

— Ce ne devrait pas poser de problèmes d'expliquer cela au gouverneur. Néanmoins, tant que cette nouvelle affaire n'est pas élucidée, il est inutile d'ébruiter ce sujet. Votre identité secrète restera entre nous.

— Gracias, répondit Diego en s'inclinant.

— Par ailleurs, pour un jeune homme qui n'aime pas la violence, vous vous défendez bien avec un tisonnier. Serait-ce pour les beaux yeux de la señorita De Castillos ?

Diego rougit au commentaire, faisant sourire le vice-roi qui avait vu juste.

— Je suppose que la señorita connaît votre secret.

— Elle l'a découvert de façon accidentelle, énonça Diego.

— Rentrons, nos amis et votre père vont finir par se poser des questions, déclara le vice-roi en donnant une tape amicale sur le bras gauche de Diego, le faisant tressaillir.

Don Esteban ressentit le mouvement de Diego et baissa son regard vers son bras, découvrant avec stupeur sa blessure.

— Diego, vous êtes blessé ! s'exclama-t-il.

— Ce n'est rien, Don Esteban.

— Pourquoi n'avoir rien dit ?

— Je n'ai pas pour habitude de me plaindre… Et pour ce qui est de mon père, il a prit l'habitude de me voir disparaître.

— Il connaît votre secret ? percuta-t-il.

— Il l'a appris il y a longtemps, mais ne m'en a parlé qu'il y a quelques mois.

Don Esteban sourit au commentaire, puis tous deux retournèrent à l'intérieur.

Il y avait, fort heureusement, pas de blessés sérieux parmi les dons ou parmi les lanciers. A peine Diego fit-il un pas à l'intérieur de l'hacienda, que son père l'alpagua, empêchant ainsi quiconque de se préoccuper de sa mystérieuse conversation avec le vice-roi.

— Diego ! s'exclama-t-il remarquant finalement sa blessure.

Diego grimaça comme un enfant pris en faute et continua d'avancer vers Salena.

— La blessure est moins importante qu'il n'y paraît, expliqua Diego tentant de le rassurer et de rassurer aussi ses amis.

— Pardonnez-moi, Don Diego, se lamenta le sergent.

— Voyons, Sergent, vous n'y êtes pour rien. Vous ne pouvez pas vous battre contre plusieurs bandits en même temps, dit Diego tentant de lui remonter le moral.

Le sergent soupira.

— Sergent, en rentrant au pueblo et après avoir été voir le Docteur Avila, allez prendre un verre à la taverne, c'est moi qui régale. Capitán Toledano, je compte sur vous pour l'y emmener, rajouta Diego avec le sourire devant la grimace du sergent qui pensait que sa blessure ne se verrait pas.

— Vous pouvez compter sur moi, rétorqua Toledano avec le sourire découvrant où Diego voulait en venir.

Le sergent avait besoin que l'on lui remonte le moral et Don Diego savait y faire avec lui. Du coin de l'œil, Diego remarqua Bernardo assis dans un coin, pensif. Dès que le serviteur aperçut son maître, il retrouva le sourire et se leva pour s'approcher à son tour.

— Je vous remercie, Don Diego, mais sans vous ce n'est pas pareil, fit remarquer le sergent.

— En ce cas, attendez ma visite tantôt. Nous irons ensemble, soutint Diego.

— Vrai, Don Diego ?

— Si, Sergent.

Déjà le sourire du sergent refaisait surface, reprenant son sérieux il fit ensuite sortir ses hommes. Dans le même temps, Don Alejandro congédia ses amis. Diego prit ensuite place sur une chaise où il enleva sa veste… Tous se retrouvèrent ainsi dans le patio hormis Bernardo, Salena et Diego.

— Sergent Garcia.

— Si, Capitán, rétorqua-t-il en se tournant.

—Y a-t-il beaucoup de blessés parmi les lanciers ?

— Non, mi Capitán. Mais certains devraient voir le docteur Avila.

— A commencer par vous, Sergent. Don Diego a raison, vous devriez aller voir le docteur.

— Ce n'est qu'une coupure superficielle, dit le sergent.

— Superficielle ou non, c'est un ordre de votre capitán.

— Si, mi Capitán.

— Vice-roi, Gouverneur, me feriez-vous l'honneur de venir dîner ce soir ? demanda Don Alejandro.

— Gracias, don Alejandro, nous serons là. N'est-ce pas, Gouverneur ?

— Mais bien sûr, sourit le gouverneur.

— Oh, Don Alejandro… Cela ne vous fait rien de compter aussi sur le capitán Toledano ?

— Bien sur que non ! Il est le bienvenu, rétorqua don Alejandro. Alors à tout à l'heure, Señores, salua-t-il ensuite tandis que le gouverneur et le vice-roi montaient dans la diligence.

Don Nacho salua don Alejandro puis monta sur son cheval.

— Vous êtes certain que vous ne voulez pas d'escorte, Señores ?

— Nous vous remercions, Capitán, mais nous sommes tous plus ou moins voisins. Nous allons faire route ensemble, expliqua don Cornelio.

— Bien… Señores, salua-t-il ensuite avant de faire signe au sergent et à ses hommes de partir.

Puis il prit place à côté du cocher et donna le départ.

Don Alejandro retourna ensuite à l'intérieur de l'hacienda. Il avait des ordres à donner pour ce soir, certes, mais avant tout il alla trouver Diego dont Salena finissait de bander le bras gauche. Le visage de Diego était pâle et couvert de sueur.

— Diego ? dit-il sans cacher son inquiétude.

— Tout va bien, Père. Salena vient de finir de me soigner, déclara-t-il en levant son visage vers lui.

— Le coup de feu ? interrogea Don Alejandro.

— Si, avoua Diego.

Don Alejandro soupira avant d'écarquiller les yeux, réalisant alors que Diego n'avait pas été la cible du tireur. Diego devina que son père venait de comprendre et esquissa un sourire penaud.

— Diego, soupira le vieil hidalgo d'un ton plein de reproche.

— Ne vous tourmentez pas, la balle n'a fait que m'érafler.

Mais devant le regard accusateur de Salena, Don Alejandro devina la vérité et sourit malgré tout.

— Que pensez-vous de ce M ? interrogea Diego.

— A vrai dire, Fils, il me fait penser au señor Monastario. Et toi ?

— Pour ma part, je reste obnubilé par l'adversaire du capitán Toledano qui m'a regardé longuement avant de partir. Comme s'il cherchait à se faire identifier.

— Si le señor Monastario est impliqué, cela ne présage rien de bon pour lui, souligna Don Alejandro.

— La question est, est-ce une implication volontaire ? Le señor Monastario a appris à ne plus agir à la légère.

— Ne nous hâtons pas en conclusion, Diego.

— Est-ce le même señor Monastario dont vous m'avez parlé il y a six mois ? demanda Salena intriguée.

— Nous parlons bien du même, Salena.

Don Alejandro regarda Diego avec étonnement.

— Durant ma convalescence chez Salena, nous avons beaucoup parlé, elle et moi, sourit Diego devant la mine surprise de son père.

— Le vice-roi, le gouverneur et le capitán Toledano vont nous faire le plaisir de venir dîner ce soir, vous resterez bien avec nous, Doña Salena ? demanda don Alejandro.

— Ce serait avec plaisir, Don Alejandro, mais j'ai promis à Florencia que je rentrerais tôt pour lui permettre de préparer l'anniversaire de son petit.

— Je vous raccompagne, déclara Diego.

— Vas d'abord enfiler une chemise, Diego, lui fit remarquer don Alejandro. Et prends une arme avec toi, on ne sait jamais, rajouta-t-il par la suite.

Don Alejandro soupira tandis que Diego alla se changer. Salena sourit pour cacher son embarras.

— Vous savez, Don Alejandro, je suis venue avec Miguel.

— Miguel vous accompagne ? C'est une bonne initiative. Diego ne sera pas de trop en cas de problèmes. Par contre Miguel risque d'être surpris de voir Diego armé.

— C'est la raison pour laquelle je préfère vous prévenir.

— … Dans ce cas, veuillez m'attendre avant votre départ. Je vous accompagne aussi, expliqua Don Alejandro laissant Salena et Bernardo seuls dans le salon.

— Bernardo, je suis confuse devant tant d'agitation.

Bernardo sourit et leva le doigt pour attirer son attention, puis d'un tour de passe-passe, il fit apparaître une lettre qu'il lui tendit.

— Un courrier ? Pour moi ? demanda-t-elle En êtes-vous sûr ? Il n'y a pas de nom sur l'enveloppe, juste une initiale. Et pour moi c'est un Z, et non un S.

Bernardo fronça les sourcils et regarda l'initiale de plus près. Ce n'était effectivement pas un S.

— Je pense que ce message est destiné à Zorro, souffla-t-elle en un murmure.

Bernardo acquiesça silencieusement et reprit l'enveloppe qu'il rangea dans une poche interne de sa veste.

Sitôt prêt, Diego redescendit dans le salon mais eu la surprise de n'y trouver personne.

— Salena, Père ? appela-t-il.

— Nous sommes dehors, répondit Salena.

Se fiant au son, Diego les rejoignit dans l'arrière-cour.

— Vous sortez, Père ? demanda-t-il le voyant sur son cheval.

— Je vous accompagne aussi. J'ai donné des consignes pour ce soir, je ne m'inquiète pas.

— Bien, rétorqua Diego avant de monter en selle à son tour.

Miguel observa Don Diego et remarqua une épée à son côté. Il écarquilla les yeux d'un air dubitatif. Depuis quand Don Diego sortait-il avec une épée ? Savait-il s'en servir au moins ? Bien sûr, il ne verbalisa pas ses questions, c'eût été manquer de respect à son encontre.

Le voyage se passa sans encombre aussi bien à l'aller qu'au retour, et sitôt à l'hacienda De la Vega, Bernardo passa l'enveloppe à Diego.

— Qu'est-ce donc ? demanda Don Alejandro.

— Je l'ignore, Père… Où as-tu trouvé ce courrier ? demanda Diego.

Bernardo indiqua le sol, puis mima un combat et un homme masqué.

— Pendant le combat qui a eu lieu précédemment?

Bernardo acquiesça fermement, puis Diego ouvrit alors l'enveloppe.

« Señor Z. J'ai besoin de votre aide. E.S.M. »