J'en reviens pas moi-même d'avoir écrit le deuxième chapitre aussi rapidement... Cette fois-ci je n'ai pas mis d'astérisque dans le texte, j'ai l'impression que ça casse un peu le récit. Mais il y a quand même des notes explicatives à la fin!

Kaa-my: Merci pour ta review! Moi aussi j'adore les fics avec un côté historique recherché! Ce qui est bien avec Hetalia, c'est que le potentiel est incroyable pour ce genre de chose. Je suis vraiment heureuse que ma fic te plaise! Je m'applique parce que je suis une grande fan de l'histoire espagnole au XVème et au XVIIème siècle et il me fallait absolument un spamano qui se déroule dans ce contexte! ^^

Bonne lecture!


Le dimanche suivant, alors que la chorale entonnait l'Asperges me, Lovino aperçu Antonio Fernandez y Carriedo adossé contre une des premières colonnes de pierre du côté droit de la nef. Le jeune homme était cette fois-ci vêtu d'un riche pourpoint en velours vert foncé. Une grande plume de la même couleur ornait le chapeau qu'il tenait dans une de ses mains gantées de cuir, tandis que l'autre reposait négligemment sur sa taille. Il était évident que sa pose apparemment décontractée et presque négligée était en fait très étudiée et Lovino ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel quand il surprit la façon dont il inclinait légèrement la tête avec un sourire travaillé à chaque fois qu'une belle jeune fille lui lançait un regard un peu appuyé entre son éventail papillonnant et les drapés de sa mantille en dentelle.

Malgré son agacement devant ce comportement vain - et déplacé, n'y avait-il vraiment plus que les vieilles dévotes qui venaient à la messe dans le but de prier ?- Lovino se sentit rassuré. Si Antonio se pavanait devant la gent féminine avec ses beaux habits et n'était pas en train de se lamenter en tenue de deuil, c'est que sa jolie sœur était toujours vivante. Peut-être même qu'elle était guérie. Cette perspective rattrapait au centuple les remontrances que lui avait adressées le supérieur Francisco après qu'il soit rentré au noviciat en fin d'après-midi, bien après les offices de sexte et de none.

Le père Luis avait en effet été retenu très longtemps au collège et Lovino avait l'impression qu'il ne pourrait cesser ses prières que lorsque le prêtre pourrait prendre le relais en le remplaçant. Il avait donc enchainé les Ave Maria, les Miserere et toute une foule d'autres psaumes, habitué depuis longtemps à l'engourdissement progressif qui se répandait dans tous ses membres au bout de quelques heures. C'est l'exclamation de surprise qu'avait poussée le prêtre jésuite en l'apercevant alors qu'il rentrait dans l'église qui avait finalement tiré Lovino de la sorte de transe dans laquelle il était plongé.

Le père Luis était un homme grand et sec qui approchait la quarantaine. Son nez aquilin et ses yeux gris lui donnaient un air sévère mais c'était en réalité un homme au tempérament calme et doux. Lovino le connaissait depuis qu'il avait environ sept ans, alors que le jésuite étudiait encore la théologie. Quand il lui eut expliqué la raison qui l'avait poussée à rester aussi longtemps à l'église et lui eut transmis la requête d'Antonio, le visage du père Luis avait pris une expression de tristesse.

-La petite Rosario Fernandez est malade ? Quelle tristesse… C'est une enfant charmante, très pieuse. Elle vient souvent se recueillir le mardi et le samedi. Tu dis que c'est son frère qui est venu ce matin ?

- Oui, don Antonio.

- Il vient souvent la chercher pour la raccompagner chez eux. Je ne donne pas cher de quiconque oserait poser une seconde de trop les yeux sur elle ! Il m'a l'air d'être un jeune homme très correct… Mais c'est vrai qu'un scandale serait bien la dernière chose dont cette famille a besoin.

Lovino fut intrigué par la dernière remarque de don Luis et l'air pensif avec lequel il l'avait proférée.

-Les Fernandez y Carriedo sont une famille noble, n'est-ce pas ?

-Oui. Une famille très respectable de vieux chrétiens aragonais. Malheureusement elle s'est trouvée mêlée à toute cette fâcheuse affaire qui avait entouré la personne d'Antonio Pérez sous le règne de notre bon Philippe II –que Dieu l'ait dans Sa gloire- et elle s'est trouvée en disgrâce pendant plusieurs années. Maintenant tout cela est plus ou moins oublié et les Fernandez y Carriedo ont put revenir à Madrid. Mais ils ont perdu la majeure partie de leur patrimoine…

Le père Luis avait alors semblé s'adresser d'avantage à lui-même qu'au jeune novice. Il avait poussé un soupir et était parti chercher un nouveau cierge avant de congédier Lovino.

-Je vais faire une messe basse et prier pour doña Rosario. Toi tu ferais bien de te dépêcher de te changer et de rentrer au noviciat. Don Francisco risque de te punir pour être resté ici aussi longtemps.

Lovino avait acquiescé d'un signe de tête et s'était hâté de faire ce qu'on lui ordonnait, se préparant à l'avance au long sermon sur le caractère sacré et obligatoire des offices et sur l'importance de l'obéissance et de la ponctualité qu'il était sûr de recevoir dès qu'il se présenterait au noviciat.

La chorale s'était tue et l'office se poursuivait en silence. Lorsque le père Luis monta en chaire et débuta son prône, le regard de Lovino croisa celui d'Antonio. Ce dernier lui adressa un léger sourire et Lovino s'obligea à lui répondre par un bref signe de tête avant de détourner les yeux. L'ignorer aurait été extrêmement impoli et il ne tenait pas à s'attirer des ennuis. Il ne savait pas vraiment pourquoi mais il trouvait que le jeune hidalgo avait quelque chose d'agaçant.

En fait pour être exact, Lovino trouvait la majeure partie de la population masculine agaçante. Jeunes ou vieux, tous les hommes cherchaient à se faire passer pour ce qu'ils n'étaient pas : les anciens soldats et même les domestiques et les pires manants se faisaient passer pour des hidalgos, les hidalgos pour des caballeros et les caballeros s'attendaient à ce qu'on les traite comme des Grands d'Espagne. Et tout ce beau monde se pavanait l'épée au côté dans les rues de Madrid, prenant pour une injure personnelle le moindre frôlement d'épaule, provoquant n'importe qui en duel pour un oui ou pour un non et plus généralement cherchant à écraser tous les autres avec une attitude hautaine et pleine de morgue, ne faisant jamais mine de respecter personne à part les femmes.

« Quel peuple vain, pensa Lovino, leur orgueil les perdra. »

Bien qu'il n'ait aucun souvenir de l'Italie, au fond de lui il s'était toujours senti italien plutôt qu'espagnol et avait donc l'impression d'être un peu à l'écart du reste des gens, même lorsqu'il était enfant. S'il était parfaitement honnête avec lui-même, il savait que cette antipathie s'alimentait aussi d'une pointe de jalousie. A quinze ans Lovino savait à présent ce que l'on entendait exactement par « péché de la chaire », « luxure » et « lascivité ». Il commençait d'ailleurs à être lui-même confronté aux affres du désir à chaque fois que son regard glissait par inadvertance sur un décolleté un peu profond, une nuque dévoilée ou bien de beaux yeux ourlés de longs cils noirs. Mais alors que ces visions provoquaient les délices de la plupart de la gent masculine, elles valaient à Lovino de longues et pénibles heures de confession face aux supérieurs du noviciat et des examens de conscience solitaires placés sous le signe de la culpabilité.

A la fin de l'office, alors qu'il partait se changer avec les autres choristes dans une petite salle à laquelle on accédait par une porte dans un coin du transept, Lovino vit Antonio se frayer un chemin dans le sens inverse de la foule, qui se dirigeait vers la sortie de l'église, pour se rapprocher du père Luis. Après qu'il eut troqué sa tunique blanche d'enfant de chœur pour sa soutane noire de novice, Lovino s'apprêta à quitter l'église à son tour. Les autres novices faisant partie de la chorale – Esteban, Pedro, José, Matías et Juan- le précédaient de quelques pas alors que Feliciano s'était emparé de sa main en babillant joyeusement sur la belle journée qui s'annonçait. Les deux frères allaient atteindre la grande porte d'entrée lorsqu'une voix les retint.

-Attendez, vous deux!

Ayant reconnu la voix d'Antonio, Lovino voulu faire mine de ne pas avoir entendu, mais Feliciano se retourna et tira sur sa main pour l'arrêter.

-Regarde, il y a un gentilhomme qui veut nous parler.

Lovino poussa un soupir discret et se retourna à contrecœur. Antonio s'avançait à leur rencontre. Bien entendu il ne courrait pas et pressait à peine le pas, sa démarche toujours aussi assurée. Un gentilhomme tel que lui n'avait pas à courir après de simples novices. Lovino soupira à nouveau.

Une fois qu'il fut parvenu à leur hauteur, Feliciano le salua avec un des sourires rayonnants dont il avait le secret.

-Bonjour señor. Peut-on faire quelque chose pour vous ?

Lovino répéta le salut avec la même politesse, le sourire rayonnant en moins. Antonio leur répondit par un simple hochement de tête puis les observa une demi-seconde avant de prendre la parole.

-Vous vous ressemblez tellement tous les deux, même de près. C'est amusant. Est-ce que vous êtes jumeaux ?

Jusqu'à présent Lovino n'avait jamais vu quelque qu'un qui puisse avoir l'air aussi joyeux tout en restant hautain – et agaçant. La remarque fit sourire encore d'avantage Feliciano qui s'empressa de répondre.

-Nous ne sommes pas jumeaux, mais on nous le demande souvent señor ! Lovino est plus âgé que moi, mais c'est vrai qu'on se ressemble beaucoup ! On fait presque la même taille aussi !

Lovino leva les yeux au ciel, priant pour que Feliciano ne s'embarrasse pas une nouvelle fois tout seul en se lançant dans une de ses tirades sans queue ni tête. La situation eut l'air d'amuser Antonio.

-Je vois. Alors tu t'appelles Lovino ? ajouta-t-il à l'adresse du plus âgé des deux frères.

Celui-ci serra les poings de frustration en s'entendant soudainement tutoyé. Il n'y avait que les enfants et les personnes que l'on jugeait très inférieures que l'on se permettait de tutoyer. Antonio n'avait surement pas l'intention de se montrer blessant. C'était même plutôt normal pour quelqu'un de son rang de s'adresser de la sorte à deux simples novices à peine sortis de l'enfance. Mais ce genre de détails mettait toujours en rogne Lovino, quand bien même l'une des principales vertus qu'il était sensé assimiler lors du noviciat était l'humilité.

-C'est ça señor.

-C'est un peu étrange pour un prénom… Et toi ?

-Je m'appelle Feliciano, señor ! répondit le plus jeune.

-Italiens hein… dit doucement Antonio, s'adressant sans doute plus à lui-même qu'aux deux frères.

Redoutant une autre question d'ordre privé et pressé d'en finir avec l'entretien, Lovino décida de faire dévier le cours de la conversation.

-Si je peux me permettre señor, est-ce que votre sœur se porte mieux ?

Les yeux verts du jeune hidalgo s'éclairèrent à la mention de sa sœur.

-Grâce à Dieu oui ! Sa fièvre est tombée et le médecin nous assure qu'elle sera tout à fait rétablie d'ici une semaine. On dit qu'il ne faut jamais se fier aux médecins, mais cette fois il semblerait qu'il dit juste. Je tenais à te remercier d'avoir prié pour elle dimanche dernier. Le père Luis m'a dit que tu étais resté une bonne partie de la journée à l'église… Je suis sûr que c'est ton dévouement qui l'a sauvée.

Lovino se sentit rougir.

-C'est m'accorder trop de crédit señor. Les prières de don Luis et de tous les autres prêtres auxquels vous vous êtes adressé ont surement eu plus d'effet que les miennes.

-Si tu le dis… répondit Antonio avec un petit sourire, Bon, je ne vous retiens pas plus longtemps. A une prochaine fois peut-être. Oh et Lovino : si jamais toi ou ton frère avez un jour besoin d'aide, n'hésite pas à faire appel à ma famille. Nous te sommes redevables.

Il se coiffa de son chapeau, leur adressa un « Adios ! » enjoué et sortit.

Les deux frères lui emboitèrent le pas et plissèrent les yeux en passant le seuil de l'église, assaillis par la lumière matinale qui baignait la rue. Feliciano saisit à nouveau la main de son frère pendant qu'ils se hâtaient dans la direction du noviciat, tout joyeux d'avoir fait la connaissance du jeune hidalgo dont son frère lui avait parlé et ennuyant singulièrement Lovino avec ses remarques enthousiastes.

« Il a l'air tellement gentil ! Ce n'est pas souvent que l'on croise des gentilshommes aussi aimables, pas vrai Lovino ? Je suis sûre que sa sœur est très aimable elle aussi ! Je suis content qu'elle soit guérie ! Tu as vraiment bien fait de rester à l'église dimanche dernier ! » Lovino se contentait de répondre par quelques « oui, oui » peu convaincus, habitué depuis longtemps aux accès de gaité de son jeune frère, tout en naviguant dans la foule en essayant de ne bousculer personne et d'éviter les immondices qui parsemaient ça et là les pavés.

Le reste de la journée et la semaine suivante se déroulèrent tranquillement, succession immuable de journées quasiment identiques, toutes rythmées par les rituels de l'office divin : lever à quatre heures trente, à cinq heures les laudes, puis tierce, sexte, none, complies et le coucher. Et le lendemain à nouveau : lever à quatre heures trente, à cinq heures les laudes, tierce, sexte, none, complies et le coucher. Quand il ne chantait pas des psaumes et ne disait pas des prières, Lovino les récitait dans sa tête. Il passait aussi de longues heures à méditer. Parfois avec les autres novices ou bien avec un des supérieurs, très souvent seul. Il méditait sur des passages de l'Ancien Testament ou des Evangiles, sur les vices et les vertus, sur l'imperfection du monde et sur l'imperfection de sa propre personne.

Méditer, contempler et contraindre ses sens afin de pouvoir se détacher du monde terrestre et de sa propre matérialité, tel était le but du noviciat. Il s'agissait en quelque sorte de mourir pour mieux renaître, comme l'avait fait le Christ lui-même. Il n'y avait qu'en passant par là que l'on pouvait espérer devenir un bon clerc et un bon jésuite, à même de guider le reste des fidèles sur le chemin du salut, voire de se faire le champion de la foi en partant se confronter aux hérétiques et aux païens.

C'était dur. Mais Lovino n'était pas malheureux. Il faisait de son mieux et essayait sans relâche. Apparemment il ne s'en tirait pas si mal que cela. Pourtant, à chaque fois que le supérieur Francisco leur parlait des missions d'évangélisation aux Amériques ou en Orient, de l'exemple du grand missionnaire jésuite François Xavier et de la consécration qu'apportait une mort de martyr entre les mains d'infidèles réticents (s'ensuivait alors généralement une description détaillée des différentes formes de martyre), il ne pouvait rien faire contre les frissons qui lui parcouraient l'échine et la sensation nauséeuse qui le submergeait. C'était encore pire quand il tournait la tête et voyait l'air un peu apeuré de Feliciano : il n'aimait vraiment pas l'idée que son petit frère puisse finir ses jours au bout de la pique d'un quelconque païen enragé.

Mais cette fin brutale n'attendait finalement qu'une toute petite minorité des futurs jésuites et Lovino trouvait un certain réconfort dans l'idée qu'il ne serait sans doute jamais du nombre des élus.

Le dimanche suivant, Antonio revint à la messe accompagné de sa sœur. Lovino les vit s'installer au quatrième rang de la nef, sur la rangée de droite. Peu de temps après, il aperçu le jeune hidalgo se pencher vers sa sœur et faire un signe discret de la main dans sa direction. La jeune fille suivit le geste des yeux et leur regard se croisèrent. Elle lui fit un sourire et Lovino détourna les yeux, les joues soudainement brûlantes. Lorsqu'il eu le courage de regarder les deux jeunes nobles à nouveau, Rosario avait déjà concentré toute son attention vers l'autel, mais Antonio regardait encore dans la direction du jeune novice. Une lueur amusée dansait au fond de ses prunelles vertes et un petit sourire remontait le coin gauche de ses lèvres.

Lovino rougit à nouveau et fronça les sourcils, de nouveau agacé par la conduite du jeune homme. Le sourire d'Antonio s'élargit et devint un peu moqueur, comme s'il cherchait délibérément à provoquer Lovino. Ce dernier, n'y tenant plus, lui lança un regard noir. Un de ceux qui faisait taire Feliciano quand il en faisait trop.

Antonio eut l'air surpris l'espace d'une seconde. Il reprit pourtant très vite contenance et lui adressa cette fois-ci un sourire particulièrement narquois, ses yeux verts plein d'un éclat tellement orgueilleux, moqueur et tout simplement insupportable que Lovino froissa entre ses poings le tissu léger de sa tunique. Il serra les mâchoires pour se retenir de crier une insanité bien sentie tout en le fusillant du regard.

Un soudain coup de coude de Feliciano le fit sursauter et il s'aperçut qu'il venait de manquer le départ du Gloria de deux bonnes mesures. Le visage de nouveau cramoisi, il se dépêcha de se mettre à chanter en priant pour que sa gaffe ne soit pas trop remarquée.

Quand il jeta un autre regard sur Antonio, celui-ci étouffait discrètement un rire derrière sa main, les yeux brillant de malice.

Lovino avait rarement était aussi agacé de toute sa vie.

Le reste de la cérémonie se passa sans incident, Lovino ignorant délibérément le jeune hidalgo. Il n'avait pas envie de se ridiculiser à nouveau et il savait que s'il s'énervait trop il finirait par faire quelque chose qui paraitrait vraiment insolent. Il pouvait déjà s'estimer heureux si Antonio ne venait pas le saisir par la peau du cou à la fin de la messe pour lui administrer une correction du plat de son épée.

Quand la dernière bénédiction fut administrée par le père Luis, Lovino eut à peine le temps de faire quelques pas à la suite de son frère dans l'intention d'aller se changer qu'une main gantée se posa sur son épaule, le faisant se retourner précipitamment. Face à lui se trouvait Antonio Fernandez y Carriedo, son air fier et détaché de nouveau bien en place sur son beau visage.

- Lovino. Désolé de te retarder une nouvelle fois, mais ma sœur tenait à te rencontrer.

Il lâcha Lovino et se décala légèrement pour laisser passer sa sœur qui s'approcha d'eux. La jeune fille portait une robe en satin gris foncé, une mantille en dentelle noire recouvrait ses cheveux bruns et ses épaules et elle tenait replié entre ses mains un éventail de la même couleur. En guise de parure, une unique perle blanche pendait à chacune de ses oreilles. L'un dans l'autre, sa mise était tout ce qu'il y avait de plus convenable pour une jeune fille.

Son attitude était la modestie même : de grands yeux noirs qu'elle baissait dès que quelqu'un la fixait, un sourire très doux aux lèvres et une démarche gracieuse mais mesurée. Elle avait l'air assez bien remise de sa maladie, néanmoins Lovino remarqua la grande pâleur de son visage et les cernes qui marquaient ses yeux.

Il sourit intérieurement en voyant la façon dont Antonio la couvait du regard. Ils avaient tous les deux au moins une chose en commun…

Le jeune novice salua Rosario de la façon la plus polie et galante qu'il put, l'air un peu intimidé et gêné malgré tout. Il n'avait que très rarement l'occasion de côtoyer des femmes et il ne se rappelait pas avoir jamais adressé la parole à une aussi belle jeune fille. Celle-ci lui répondit très poliment et commença à le remercier.

-Antonio m'a raconté ce que vous avez bien voulu faire pour moi. Je vous remercie du fond du cœur. Sans votre dévouement je ne serais peut-être plus de ce monde à l'heure qu'il est.

Lovino baissa les yeux et se creusa la tête à toute vitesse pour trouver une réponse appropriée.

-Doña Rosario me fait trop d'honneur. J'ai bien peur que don Antonio ait surestimé mes mérites. Ce n'était vraiment pas grand-chose…

Rosario lui fit un grand sourire, ce qui l'a fit ressembler encore d'avantage à son frère.

-Je ne pense pas. Lorsque j'étais au plus mal, il y a deux semaines, notre père envisageait même de faire venir un prêtre pour qu'on m'administre les derniers sacrements. Et puis quand Antonio est revenu après avoir visité plusieurs églises, il m'a dit qu'il avait rencontré un enfant de chœur qui ressemblait à un ange et qui avait promis de prier pour moi. Quand il vous a décrit je me suis sentie apaisée…

Antonio coupa sa sœur, l'air un peu gêné.

-Oui enfin je n'ai pas exactement dit ça comme ça, Rosario…

Celle-ci lui lança un regard malicieux.

-Mais c'est pourtant vrai qu'il ressemble à un ange !

Antonio leva les yeux au ciel en soupirant puis lança un regard un peu noir à Lovino, comme pour lui interdire de tenter la moindre chose avec sa sœur. Ce dernier était trop occupé à essayer de dissimuler sa gêne pour y faire attention.

Après quelques nouveaux échanges de politesses, les deux jeunes nobles prirent congé de Lovino pour partir s'entretenir avec don Luis. Lovino se dirigeait à nouveau vers le vestiaire improvisé de la chorale, lorsqu'il fut à nouveau retenu par la main d'Antonio qui était revenu vers lui. Le novice fit volte-face et se retrouva nez-à-nez avec l'air narquois du jeune hidalgo.

Celui-ci eut un petit rire en le voyant froncer les sourcils.

-Je t'agace, pas vrai ?

-Je ne vois pas de quoi vous voulez parler. Señor, répondit Lovino, à présent sur la défensive.

-Tu as un sacré caractère pour un religieux. Ça me plait bien.

Après lui avoir lancé un dernier sourire moqueur en guise d'adieu, Antonio lui tourna le dos et partit rejoindre sa sœur. Lovino resta stupéfait une seconde, puis il partit se changer, les poings à nouveau crispés sur sa longue tunique blanche et la démarche rageuse.


Notes:

- La mantille est un voile que les femmes espagnoles avaient l'habitude de porter pour aller à la messe.

- En Espagne au XVIIème siècle on accordait une certaine importance à ce qu'on appelait la "Pureté du sang". Les"vieux chrétiens" sont des personnes qui ont prouvées que tous leurs ancêtres étaient chrétiens depuis plusieurs générations. Ça leur permettait de se distinguer des familles anciennement juives ou musulmanes qui s'étaient converties au christianismes assez récemment (les Juifs d'Espagne avaient été expulsés du royaume en 1492 et tous les "judaïsants", c'est-à-dire les Juifs qui s'étaient convertis au christianisme mais continuaient de pratiquer la religion juive, étaient la cible principale de l'Inquisition. A la base elle avait même été mise en place pour s'en débarrasser...). Pour avoir accès à certaines charges il fallait un certificat qui prouvait qu'on venait d'une famille de vieux chrétiens. Mais dans les faits il y avait plein de magouilles...

- Antonio Peréz était un des ministres de Philippe II. En gros il avait tenté une magouille politique mais ça s'est retourné contre lui et ça a entrainé tout un tas de bordel. A la fin le roi a même dû envoyer l'armée de Castille pour réprimer une rébellion en Aragon. Peréz a réussi à s'enfuir en France, mais tous ceux qui l'avaient aidé ont dû mal finir...

-Philippe II a régné de 1556 à 1598. Son règne et celui de son père Charles Quint ont marqué l'apogée de l'Empire espagnol. Personnellement je le place dans la catégorie des "rois trop awesome" avec Frédéric II de Prusse et Louis XIV!

- L'office divin (aussi appelé "liturgie des heures" et "Opus Dei") est une série de prières qui sont rythment les journées des membres des ordres monastiques. On a donc les laudes à l'aurore, tierce vers 9h du matin, sexte vers midi, none vers 15h et les complies au couché du soleil. Il y a aussi les vigiles ou matines qui sont sensées se célébrer pendant la nuit.

- Les jésuites adoraient partir en mission un peu partout dans le monde pour essayer de convertir les païens, les hérétiques, etc. Le top du top apparemment c'était de mourir en martyr pendant une de ces missions, comme ça on avait de grande chance de devenir un saint. Du coup dès le noviciat on préparait les futurs jésuites à cette éventualité. Par exemple dans le réfectoire du noviciat jésuite de Rome il y avait des représentations de martyrs en guise de déco! (Oui c'est tordu...) Saint François Xavier c'est LE modèle du missionnaire jésuite. On l'a même appelé "l'Apôtre des Indes". Il est allé jusqu'au Japon et il est mort de faim et de maladie abandonné quelque part sur une île alors qu'il allait en Chine... Apparemment c'est (entre autres) le saint patron du tourisme...Hem.

- Se faire frapper du plat de l'épée de quelqu'un c'était trop la honte apparemment. Ça veut dire qu'on est même pas digne que l'autre se batte en duel pour de vrai avec nous.

- Apparemment valait mieux pas aller insinuer des choses sur la vertu de la soeur, la fille, la mère ou la femme d'un Espagnol et encore moins essayer d'aller flirter avec elle quand un homme de sa famille était dans le coin sous peine de se faire trancher (ou au moins bien tabasser). M'enfin, autant ils voulaient pas qu'on touche à leur soeur, fille, femme, mère, autant ils se gênaient pas pour aller courir le jupon chez les autres... J'aime la logique espagnole de l'époque! 8D Ah et évidemment si une des femmes d'une famille avait la réputation de ne pas avoir de vertu, c'est la réputation de toute la famille qui en prenait un sacré coup! Et la valeur capitale de l'époque c'était l'honneur et la réputation, du coup pas étonnant qu'Antonio fasse attention à sa soeur...

Voilà, c'est tout pour le moment! J'espère que ça vous a plu! A bientôt pour le prochain chapitre!

Ah et les reviews sont toujours plus que bienvenues! ^^