- Et ils m'ont trouvé. Ils ont poussé la porte, et ils m'ont trouvé. J'étais là, assis sur ma chaise, et je tenais le pistolet dans ma main. Le bruit m'avait déchiré les tympans et je ne me rendais pas bien compte de ce qu'il s'était passé. Je n'ai même pas trouvé la force de tourner la tête pour les regarder, mais je savais que c'était eux. Qui d'autre ?
- Et qu'ont-ils fait ?
- Kurt s'est approché de moi. Il m'a pris l'arme et l'a posée sur mon bureau. Ma mère s'est assise sur mon lit, et n'a rien dit. Kurt non plus, il m'a juste pris la main, et l'a tenue pendant de longues minutes. Puis il a observé la pièce, et à trouvé l'impact de la balle. Il m'a demandé ce qu'il c'était passé, mais rien n'est sorti. Je voulais lui dire, vraiment. Mais je ne pouvais pas. Ils m'ont demandé de me lever, et je les ai suivis. Ils me tenaient une main chacun, peut être pour éviter que je tente quoi que ce soit d'autre. Ils m'ont emmené jusqu'à la voiture de Kurt. Il m'a installé derrière, ma mère à côté de moi, et il a pris le volant. Il conduisait trop vite, il grillait des feux rouges. Et il pleurait. Et moi aussi, je pleurais.
- Et une fois arrivé à l'hôpital ?
- Une équipe spécialisée m'a pris en charge. Kurt n'a pas pu venir, et ma mère n'a pas tenu à être présente. Ils ont passé plusieurs jours à essayer de me faire dire pourquoi j'avais fait ça, mais je ne pouvais pas. Je ne voulais pas. Tout ça n'allait que faire empirer ma souffrance, et je cherchais à l'éviter. Du moins, sur le moment.
- Et ton père ? Comment a-t-il réagi ?
- Il n'est pas venu me voir. Et je n'avais aucun message de lui. Depuis que je suis rentré chez moi, j'ai du le voir… 2 ou 3 fois.
- Il n'est pas venu te voir à cause de ton homosexualité… C'est ça, Blaine ?
- Il ne m'a plus adressé la parole depuis que j'ai tout avoué à mes parents… déclara le jeune homme, en commençant à pleurer.
Blaine descendait les marches une par une, très lentement. Il savait qu'une partie de son futur allait se jouer une fois qu'il serait arrivé en bas. Il avait mal à la tête, et ne se sentait pas très bien, mais c'était sans doute dû au stress.
Kurt l'avait préparé à ce moment, lui avait donné des conseils, mais ne lui avait pas dit quoi dire. Ca devait être les mots de Blaine, ce serait les plus sincères et les plus vrais.
Il alla dans la cuisine. Il but un verre d'eau, puis se regarda dans la glace.
« Tu es qui tu es, et l'avis des autres ne changera pas la personne que tu es. Tu as appris à t'accepter, à te voir comme ça, et tu te fous de l'avis des autres. Tu es heureux comme tu es, ils seront heureux pour toi aussi, et tout ira bien. Tout ira bien. »
Blaine se répétait ces mots dans sa tête, mais il ne les pensait pas. Il voulait juste se donner du courage.
Son portable vibra. Il le sortit et vit s'afficher un message de Kurt, lui disant que tout se passera bien et qu'il pensait à lui. Un sourire s'afficha sur son visage, et le fait de savoir qu'il n'était pas tout seul, qu'il ne le serait jamais, le rassura.
Il respira un grand coup, et se dirigea vers le salon. Ses parents étaient installés sur le canapé, regardant une chaîne d'informations. Il prit la télécommande, et baissa le son de la télé. Puis il alla s'asseoir sur un fauteuil en face d'eux, et ferma les yeux quelques secondes.
Ses parents se regardaient bizarrement, et se demandaient ce qu'il se passait. Quand il rouvrit les yeux, il les vit en train de le fixer, ce qui le mit mal à l'aise. Il attendit quelques secondes, puis commença à parler.
- J'ai… J'ai quelque chose à vous dire. C'est quelque chose qui me tient à cœur, et que je vous cache depuis des années. Mais j'ai vraiment besoin de vous le dire alors… Ecoutez moi jusqu'au bout. Après, vous pourrez dire ce que vous voudrez.
Sa mère hocha la tête, tandis que son père commençait à perdre son sourire.
- Pour être honnête, j'ai peur de votre réaction, et les mots ont beaucoup de mal à sortir…
Il s'arrêta quelques secondes, avant de reprendre.
- Ca fait des années que je vis dans le secret, le déni, le mensonge… Tout ça, c'est… C'est à l'intérieur de moi. Je vis avec ça. Depuis des années, et c'est dur. Je souffre. Vraiment. Parce que j'y pense constamment. Du matin au soir. Quand je me réveille, quand je suis au lycée, avant de m'endormir, quand je vous croise…
- Qu'est-ce qu'il se passe ?! demanda sa mère.
- Tais-toi, s'il te plait. Tu te rappelles le jour où tu m'as trouvé en pleurs dans ma chambre ? Tu m'avais demandé ce qu'il se passait, et je n'avais pas su quoi te répondre. Alors tu m'avais pris dans tes bras, et tu m'avais énoncé tout un tas de raison. Tu m'avais demandé si je m'étais fait frapper, si j'avais mis ma copine enceinte, ou encore si j'avais des problèmes au lycée. Et je m'étais tu, te laissant dans ton incompréhension. Tu t'étais levée, puis tu es revenue. Tu te souviens de ce que tu m'as dit ?
- Que je serais toujours là pour toi…
- Que tu serais toujours là pour moi. Et ce soir, j'ai besoin de toi. J'ai besoin de ton soutien, j'ai besoin de sentir ta présence à mes côtés. J'ai encore du mal à accepter le fait que je doive vous annoncer ceci, étant donné que ce n'est pas une faute grave en soi. Mais il faut le faire, je ne peux pas l'éviter. Je dois donc… Il faut que je vous le dise.
Des larmes commencèrent à couler du coin de son œil. Il sentait que sa vie allait basculer dans les prochaines secondes, que c'était, en quelque sorte, la fin d'une époque. Il savait que dans quelques minutes, sa vie allait devenir meilleure, car il se sentirait libéré, ou au contraire bien pire. Il ferma les yeux à nouveau, et un long silence précéda sa phrase.
- Papa, Maman, je… Je suis plus attiré par les hommes que par les femmes… Je suis même… Pas du tout attiré par les femmes. Je suis homosexuel.
Son père se leva tout à coup, mais Blaine n'avait aucune envie de le laisser partir.
- Papa, reste ici.
- Pourquoi je resterais écouter déblatérer une personne qui me dégoûte au plus haut point ?
- Parce que tu n'as pas eu besoin de dire à tes parents que tu étais hétéro ! J'ai besoin de le faire, moi, et vous m'aviez promis que vous m'écouteriez jusqu'au bout ! Il me faut du courage pour faire ça ! Beaucoup plus de courage que ce que tu penses ! Alors rassis-toi, et écoutes moi !
Il revint alors s'asseoir, à côté de Cristina qui pleurait à présent. Elle avait perdu tout sourire, n'avait dit aucun mot, et sa mine sombre en disait long sur ce qu'elle pensait.
- Ce n'est pas un choix ! Je ne sais pas ce que vous croyez mais sachez que ça s'est imposé à moi il y a déjà des années. Je ne l'ai pas décidé. Je sais que vous vous faîtes une mauvaise idée de l'homosexualité, mais c'est juste une préférence sentimentale, alors essayez d'oublier vos clichés. J'ai souvent entendu vos commentaires sur les gays à la télé, ou ceux de mes amis, et ça m'a beaucoup touché. Mais maintenant je prends ma vie en main en vous disant ça. Je pourrais enfin la mener comme j'en ai envie, sans avoir honte de la personne que je suis. Je n'aurais plus à me cacher de vous, et c'est le principal.
Il regarda ses parents. Son père chuchotait quelque chose à l'oreille de sa mère.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Ca ne te regarde pas. Toi, ne me parle plus. Tu me déçois tellement… Tu m'as dit ça pourquoi ? Tu espérais que je te soutiendrais ?
- C'est ton rôle de père…
- Mon rôle de père s'arrête maintenant. Je prendrais soin de toi tant que j'en suis obligé, puis tu ne feras plus partie de ma vie. N'espère pas qu'on puisse se reparler un jour. Tu as pris ta décision.
- Je n'ai rien décidé ! Je le subis ! Et crois moi, tout serait bien plus facile autrement ! hurla Blaine en pleurant.
- Je ne cautionne pas ça. Dieu ne cautionne pas ça. Et ta mère ne le cautionnera pas non plus, répondit son père d'une voix glaciale.
- Je t'en supplie, reste avec moi… J'ai besoin de vous… supplia Blaine.
Mr Anderson fusilla son fils du regard, puis il quitta la pièce. Tout à coup, il se retourna, et hurla :
-Cristina !
Sa femme se leva, effrayée, et lança un léger regard à Blaine avant de rejoindre son mari en vitesse, ayant peur de sa réaction.
Le jeune homme, effondré, se laissa tomber sur le canapé, et pleura toutes les larmes qu'il avait dans son corps. Il se repassait la conversation dans la tête, et ne savait pas quoi penser.
Il était à la fois content d'avoir tout avoué, de s'être libéré de ce poids, de s'assumer, mais il regrettait aussi. Il se doutait que ce n'était pas le moment de tout leur dire, mais en même temps, le bon moment ne se serait jamais présenté.
Jamais il n'aurait imaginé une telle réaction de ses parents, surtout de son père.
Il remonta dans sa chambre, silencieux, et s'allongea sur son lit. Il pleurait encore, et il poussa un cri de rage. Un cri déchirant, mais qui l'avait soulagé. Il éteignit les lumières, et, au bout de quelques heures, finit par s'endormir.
- Ils se sont levés, et ils sont partis. Ils m'ont laissé seul. J'ai voulu t'appeler, mais je n'en avais pas la force.
- Oh mon Dieu… C'est horrible… déclara Kurt, prenant son meilleur ami dans ses bras.
Il savait qu'il n'arriverait pas à réconforter Blaine, mais il voulait se donner l'impression qu'il pouvait faire quelque chose. Il avait attendu toute la soirée de la veille que son meilleur ami l'appelle, et puis il avait compris. En arrivant, il avait trouvé Blaine allongé sur son lit, en larmes.
- Tu sais… C'est peut être inutile, mais n'oublie pas que je suis là. Et je le serais toujours. Pour te soutenir, pour t'aider à t'accepter, pour essayer de te faire penser à autre chose, à prendre la vie du bon côté et oublier cette mauvais épisode. Tes parents finiront par revenir, ils comprendront que tu es une personne merveilleuse et que tu leur manques terriblement.
- Et si… Et s'ils ne reviennent pas ? demanda Blaine d'une petite voix, suppliante.
Kurt ne savait pas quoi lui répondre. Son ami avait l'air tellement… faible. Il chercha ses mots pendant de longues secondes, avant de répondre en hésitant.
- Eh bien… Peut être qu'ils ne méritent pas que tu fasses autant attention à eux. Tout ça voudra dire que tu vaux mieux qu'eux, et que tu t'en sortiras sans eux. Mais ça n'arrivera pas. Ils t'aiment, et c'est juste qu'ils sont sous le choc. Crois-moi, tout ira bien.
- J'y crois plus, Kurt. Si t'avais entendu la violence des propos de mon père, et si t'avais vu ma mère partir quand il l'a appelée… Elle m'a lancé un regard tellement… Je ne sais pas ce qu'elle a voulu me faire comprendre mais… On aurait dit qu'elle me demandait pardon pour son comportement futur. Mais peu importe, j'ai compris qu'ils ne m'accepteront jamais tel que je suis.
- Blaine, est-ce que tu t'acceptes, toi-même ? demanda Kurt en lui prenant la main.
- Je… J'ai du mal à me faire à tout ça. Je sais que ce n'est pas nouveau, je sais que je suis gay depuis des années, et si je leur ai dit c'est que j'en suis sûr mais j'ai encore… J'essaye encore de m'assumer en tant que tel.
- Je sais que c'est dur, et crois moi j'en sais quelque chose, mais avant de vouloir se faire accepter par les autres, il faut d'abord s'accepter soi-même.
Blaine baissa la tête. Il semblait être au bord des larmes, mais il se retenait.
- Merci, Kurt. Merci pour tout, lui répondit Blaine avec un léger sourire.
