2 - Congé à savourer

》《

Rogue lisait tranquillement un livre passionnant, tout en grignotant des mini profiteroles aux multiples parfums, quand on toqua à sa porte.

- Faut toujours qu'on se fasse emmerder... grommela-t-il en se levant péniblement de son canapé douillet.

On toqua à nouveau, plus fort.

- Oh ça va, ça va, j'arrive ! Râla-t-il en se dirigeant vers l'entrée.

Il ouvrit la porte à la volée, ne cachant rien de son agacement.

- C'est pour quoi ?! Aboya-t-il.

La personne face à lui sursauta, puis le détailla en écarquilla les yeux. Le professeur était vêtu d'une chemise blanche ample et aérienne, un gros gilet en laine (noir bien sûr) par dessus, un pantalon de pyjama à rayures, de grosses chaussettes et d'affreux chaussons de grand-père.

- D-Désolée de vous déranger professeur... résonna la voix tremblante de l'élève qui se retenait d'éclater de rire.

- Granger ?! Que faites-vous chez moi ? Et d'abord, comment savez-vous où j'habite ? Demanda-t-il en prenant son air rigide habituel, ce qui - selon Hermione - lui donnait l'air tout à fait ridicule vu son accoutrement.

- C'est le professeur Dumbledore qui m'envoie, monsieur. Il m'a demandé de venir vous aider...

- M'aider ?! Je n'ai certainement pas besoin d'aide, allez vous-en ! Brailla-t-il, vexé que Albus lui ait mis la Miss-je-sais-tout dans les pattes, et sans même le prévenir en plus !

Il referma vivement la porte au nez de son élève, mais celle-ci s'y attendait et bloqua la porte avec son pied. Non mais quel culot ! Pour qui se prenait-elle cette petite sotte ?!

- Pardonnez-moi monsieur mais le professeur Dumbledore a vraiment insisté...

Rogue soupira et lui ouvrit finalement la porte. Il l'invita à entrer, non par politesse, mais simplement dans un soucis de confidentialité lorsqu'il lui demandera des comptes.

- Veuillez vous expliquer Miss Granger. Et faites vite, je n'ai pas que ça à faire !

- Ah non ? Répliqua Hermione en penchant légèrement la tête sur le coté, arquant un sourcil et arborant un léger rictus. Oh je vois, vous vous apprêtiez à commencer un nouveau tricot peut-être ?! sourit-elle en jetant un regard moqueur sur le gilet usé et troué de son professeur.

- Je ne vous permets pas ! S'offusqua Rogue. Et puisque vous tenez tant que ça à le savoir, je comptais profiter de ma soirée de congé exceptionnel. Soirée que Albus a manifestement décidé de me gâcher en m'envoyant la reine des enquiquineuses, rien que pour me pomper l'air !

- Je vous rassure monsieur, je n'en ai pas pour longtemps. Et figurez-vous que moi non plus ça ne m'enchante pas des masses d'être là...

- Dois-je comprendre qu'on vous a forcé à venir m'empoisonner l'existence Miss ?

- Disons que j'avais le choix entre ça, ou des retenues... avec vous. Donc, dans les deux cas je devais m'accommoder de vous et de vos petites humeurs alors... quitte à sacrifier une soirée à être punie pour Merlin-sait-quelle-raison, autant que ce soit productif... ajouta-t-elle sans ciller.

Rogue était scotché par l'aplomb de Granger ! Non, pas scotché, médusé. Oui, il était médusé ! Il ne lui connaissait pas tant d'audace, il en resta bouche bée. Elle qui peinait tant à le regarder dans les yeux en cours, elle qui tremblait chaque fois qu'il haussait le ton sur elle. Comment avait-il pu ne pas se rendre compte de ce changement !

- Vous devriez peut-être fermer la bouche professeur... on dirait un poisson hors de l'eau ! se moqua-t-elle en gloussant.

La bouche grande ouverte du professeur se referma illico, et il remit instantanément son masque de professeur sévère et intransigeant, malgré sa tenue qui ne lui donnait pas beaucoup de crédit...

- Que vous a dit le directeur exactement ? lui demanda-t-il sèchement.

- Il m'a dit que vous trouveriez certainement quelque chose de 'valorisant' à me faire faire... pouffa-t-elle. J'avoue que si c'était quelqu'un d'autre qui m'avait dit ça, je ne l'aurait pas cru... grimaça-t-elle en déviant son regard, celui de Rogue étant méchamment braqué sur elle. Bon, que puis-je faire pour vous être utile professeur ? dit-elle d'une petite voix gentillette, comme pour se faire pardonner de sa franchise.

- Et bien... réfléchit-il. Il me reste quelques devoirs de 1ère année à corriger. Vous n'avez qu'à le faire. fit-il en désignant du doigt une table sur laquelle étaient disposés plusieurs tas de parchemins.

- D'accord. répondit Hermione en attrapant la petite pile de parchemins qu'elle identifia comme étant les devoirs des 1ère année, puis elle se dirigea vers la sortie.

- Puis-je savoir où vous comptez aller avec ça Miss ? Haleta Rogue d'une voix grinçante, aussi agréable que la roulette du dentiste, ce que Hermione connaissait très bien étant donné la profession de ses parents !

- Je...j'emmène les devoirs pour les corriger professeur. Je vous les ramène demain ?

- Il est hors de question que ces copies quittent mes locaux !

- Mais... je croyais que... hésita-t-elle.

- Manifestement, vous avez mal cru. Installez-vous là, ordonna-t-il en pointant la table du regard.

- Vous ne préférez pas être seul pour profiter de votre congé, monsieur ?

- Bien sûr que si. Grogna-t-il. Mais ai-je vraiment le choix...

- Sinon, je peux faire autre chose si vous voulez. Quelque chose que je peux faire ailleurs comme... je ne sais pas moi... réfléchit-elle. Je pourrais nettoyer et ranger la salle de potion par exemple. Qu'en dites-vous ?

- Pour que vous alliez encore piller ma réserve ?! Vous me prenez pour un gnome ?!

- Ça va, j'ai bien compris que vous ne me faisiez pas confiance, inutile de beugler comme ça ! Éclata Hermione en tapant du pied.

Rogue vit rouge devant tant d'insolence, c'était intolérable ! Surtout de la part d'une élève aussi brillante et studieuse que Granger ! Il fallait qu'il réagisse immédiatement ! Il attrapa rudement son élève par le bras, l'emmena jusqu'au bureau et la poussa sans ménagement pour la faire asseoir. Hermione tomba lourdement sur la chaise qui faillit se renverser, et elle se rattrapa de justesse en s'agrippant instinctivement aux vêtements de son professeur.

- Maintenant vous allez vous taire et m'écouter, petite vermine ! Siffla-t-il, furieux, en chassant les mains de son élève accrochées à son gilet. Vous allez garder votre ravissant petit postérieur vissé sur cette chaise jusqu'à ce que tous ces satanés devoirs soient correctement et intégralement corrigés ! Ai-je été suffisamment clair Granger ?!

- O-Oui monsieur... marmonna-t-elle, mal à l'aise et rouge de honte.

Ce qui mettait Hermione mal à l'aise, ce n'était pas les insultes ni le ton agressif de Rogue, ça elle en avait l'habitude et ne s'en formalisait même plus. Non, ce qui la gênait, c'était les mots que son professeur avait employé, ça la déstabilisait, et pas qu'un peu !

« Votre ravissant petit postérieur »

D'habitude quand il évoquait le physique de la jeune fille, c'était pour l'humilier, se moquant le plus souvent de ses dents, de ses cheveux, ou des habits moldus qu'elle portait. Mais « votre ravissant petit postérieur » n'avait clairement pas l'air d'une insulte, même venant de l'homme le plus sarcastique qu'elle connaissait, même dit sur ce ton méprisant. Hermione fut stressée par cette remarque, et aussi affreusement gênée...

« Votre ravissant petit postérieur »

Non mais quel idiot ! Rogue se maudissait d'avoir laissé échapper ces mots ! Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris ? Faire une remarque à une élève sur son adorable derrière... et puis quoi encore ?! Minute... « Adorable derrière ?! » Par Merlin, ces ados boutonneux et bourrés d'hormones commençaient à lui déteindre dessus... fallait vraiment qu'il se reprenne !

oOo

Trois quarts d'heure s'étaient écoulés et Hermione n'avait toujours pas fini sa tâche. Sûrement parce qu'elle avait du mal à se concentrer, toujours perturbée par les mots de Rogue qui ne cessaient de tourner dans sa tête.

Lui, il était confortablement installé dans son canapé à lire un livre qui - au vu de l'attention qu'il portait sur les pages - avait l'air captivant. Elle coulait de temps à autre un regard discret dans sa direction, et à chaque fois elle soupirait en constatant qu'il l'ignorait royalement.

Rogue quant à lui avait toutes les peines du monde à garder ses yeux fixés sur ce livre qu'il n'arrivait même pas à lire tant il était obnubilé par sa bourde, tournant régulièrement les pages pour donner le change. Il sentait bien les fréquents regards de la jeune femme sur lui. Le regardait-elle à cause de ces quelques mots qui lui avaient fâcheusement échappé ? Probablement...

oOo

Plus tard, ne supportant plus de se sentir coincé dans cette situation inconfortable, il mit fin à cette mascarade en se levant du canapé. Il lâcha le gros livre sur la table basse, et le bruit de ce gros bouquin claquant lourdement sur le bois fit sursauter la Gryffondor. Rogue alla chercher quelque chose dans une petite pièce et revint avec une théière. Il se planta à coté de son élève et attendit qu'elle lève le nez de ses parchemins.

- Une tasse Miss Granger ?

- Heu... volontiers monsieur. Acquiesça-t-elle timidement avec un sourire poli.

Il fit apparaître deux tasses avec sa baguette, les remplit l'une après l'autre avec sa théière, puis en tendit une à la jeune femme qui se tenait droite comme un piquet en regardant droit devant elle.

- Tenez. Dit Rogue d'une voix étonnamment douce.

- Merci monsieur. Fit-elle en prenant la tasse fumante entre ses doigts. Mais... ce n'est pas du thé ! S'étonna-t-elle.

- C'est du café, j'ai pensé que vous en auriez besoin pour ne pas vous endormir sur les devoirs soporifiques de vos jeunes camarades... Expliqua-t-il avec un rictus pincé en se dirigeant vers un petit placard.

- Heu... c'est gentil mais en fait... j'ai terminé, ils sont tous corrigés, monsieur.

- Dans ce cas... fit-il en revenant vers elle avec une bouteille à la main. Vous êtes libre de regagner votre tour, Miss.

Il venait de dire « vous êtes libre de ». Alors qu'en temps normal, il aurait plutôt dit quelque chose du genre « déguerpissez de chez moi ! » ou bien « hors de ma vue » ou encore « fichez le camps avant de faire perdre plus de points à Gryffondor ! ». Mais était-ce simplement une façon plus aimable de lui dire de partir ou lui laissait-il vraiment le choix de rester ? Elle n'eut pas le temps d'y réfléchir davantage, Rogue venait apparemment de lui poser une question qu'elle n'avait pas entendu.

- C-Comment ? Fit-elle en reprenant ses esprits.

- Je vous demande si vous en voulez. Répéta-t-il en lui montrant la bouteille.

- Heum... qu'est-ce que c'est ? S'enquit-elle, se doutant qu'il s'agissait d'alcool.

- De la liqueur de café... répondit-il en versant une rasade dans son café noir. J'ai acheté cette bouteille dans un magasin moldu, il y a quelques années. J'ai toujours apprécié les alcools moldus. Confia-t-il avec un petit rictus. Ce n'est pas ça qui vous mettra la tête à l'envers, si ça peut vous rassurer... Alors, vous en voulez ?

- Heuu... c'est à dire que... hésita-t-elle. Oh et puis après tout, pourquoi pas. Accepta-t-elle finalement en tendant sa tasse.

Il la servit, amusé par sa témérité, et l'observa goûter le breuvage. Elle grimaça légèrement avant de reprendre une petite gorgée.

- Ce n'est pas mauvais. Sourit Hermione.

- Il va sans dire que ceci restera entre nous, n'est-ce pas ?

- Oui, bien sûr monsieur. Opina-t-elle.

- Vous serez certainement mieux dans le canapé Miss... proposa-t-il.

- Je vous remercie mais ça ira. Refusa-t-elle poliment.

- Comme vous voudrez... fit Rogue en allant se rasseoir devant la cheminée. Est-ce à cause de moi que vous ne portez plus vos pantalons moldus ? Demanda-t-il soudain après un silence pesant.

- P-Pardon ?! Bégaya-t-elle, les yeux écarquillés.

- J'ai remarqué que vous ne portiez plus que votre uniforme depuis quelques semaines... Non pas que vos jambes soient désagréables à regarder... Je me demandais simplement si c'était de ma faute... Ajouta-t-il, le regard toujours fixé sur les flammes devant lui.

Hermione piqua un phare et but tout le contenu de sa tasse d'une seule traite pour noyer son malaise.

- Est-ce une vraie question ou dites-vous ça juste pour me mettre mal à l'aise ? Répliqua la Gryffondor en plissant légèrement les yeux, suspicieuse.

- Vous avez raison Miss Granger, c'était déplacé de ma part...marmonna-t-il en fronçant les sourcils. Oubliez ça.

- J'aimerais bien... Remarquez, ce n'était pas la seule parole déplacée ce soir. Hermione se mordit la langue, elle regrettait déjà d'avoir dit ça...

- Je sais bien ce que l'on pense de moi... dit-il d'un air songeur, ignorant le reproche de son élève. Tout le monde me prend pour un homme aigri, fourbe et sans pitié... Et je sais bien que c'est de ma faute. Mais... parfois... j'ai besoin d'autre chose.

- C'est à dire ? Demanda-t-elle, envieuse d'en savoir plus sur son mystérieux professeur de Potion. De quoi avez-vous besoin monsieur ?

- De légèreté. De joie. De sincérité... De compagnie... fit-il tristement, le regard morne.

Hermione eut l'impression de se prendre une claque lorsqu'elle se rendit enfin compte du grand manque affectif de Rogue, et elle sentit son coeur se ramollir. Cet homme subissait sa solitude tel un lourd fardeau sur ses épaules.

- Je...je peux vous tenir compagnie... enfin, si vous le souhaitez... proposa-t-elle timidement.

Il la regarda, hébété, surpris par la réaction de la jeune femme, lui qui s'attendait à un sourire moqueur ou une réplique vexante... mais rien de tout ça. Elle posait sur lui un regard compatissant et paraissait sincère. Il acquiesça alors et tapota la place vide à coté de lui sur le canapé. Hermione sourit timidement et vint s'asseoir près de son professeur, devant la cheminée. Il sortit sa baguette magique et la théière s'anima, volant dans les airs pour venir verser du café dans sa tasse.

- Voulez-vous encore du café Miss Granger ?

Elle secoua la tête. La théière reprit alors sa place et ce fut la bouteille qui s'éleva.

- J'en veux bien une lichette s'il-vous-plaît... quémanda Hermione en tendant sa propre tasse en direction de la bouteille.

Le professeur lui lança un regard incrédule, il hésitait. Il savait parfaitement ce qu'il encourrait si on savait qu'il avait fait boire de l'alcool à une de ses élèves, et en tête à tête sur son canapé qui plus est ! Mais de toute façon, le mal était déjà fait, et puis à ce moment précis, tout ce qui lui importait c'était la compagnie de la jeune femme. Sa simple présence lui faisait du bien. Avec elle il avait l'impression qu'il pouvait s'autoriser à être un peu plus lui-même.

Il ne la connaissait pas vraiment - seulement comme la Miss-je-sais-tout qui levait toujours la main durant ses cours - mais quelque chose dans ses yeux chaleureux apaisait Rogue et le mettait en confiance.

Il la regardait du coin de l'oeil, elle sirotait sa liqueur par petites gorgées en observant paisiblement les flammes qui dansaient et crépitaient bruyamment dans l'âtre. Il remarqua que les joues de a jeune femme commençaient à se teinter de rouge, certainement à cause de la liqueur.

- Professeur, je... comment dire... J'ai conscience de ne pas être la compagnie idéale pour vous mais... sachez que... que je suis contente d'être là... sourit-elle, quelque peu gênée.

- Détrompez-vous Granger, à mes yeux vous êtes la femme idéale. Je veux dire... la compagnie idéale. Se rattrapa-t-il hâtivement, déstabilisé par le ton lent et posé de la douce voix d'Hermione.

Avait-il vraiment dit « la femme idéale » ?? Bon sang oui, il avait bel et bien prononcé ces mots, et il se maudissait pour ça !

Hermione sentit soudain le feu lui monter aux joues. Elle avait très chaud tout à coup ! Cette bouffée de chaleur était-elle due à la liqueur ou au lapsus de son professeur ? Quelle qu'en soit la cause, elle ne supportait plus d'avoir aussi chaud. Elle se leva, ôta son pull gris d'uniforme qu'elle fourra dans son sac et se rassit en desserrant sa cravate Gryffondor. De fines mèches de cheveux s'étaient échappées de ses petites barrettes et se collaient sur son front.

Elle se dit qu'elle devrait s'éloigner du feu pour avoir moins chaud, c'était ce que lui disait sa logique, mais ce n'était pas ce qu'elle voulait... Elle n'avait aucune envie de s'éloigner de Rogue, pas maintenant qu'elle commençait à le voir sous un nouveau jour...

- Est-ce que je peux vous poser une question professeur ? osa-t-elle.

- Hm ? Fit-il pour l'inciter à continuer.

- Est-ce que ça vous est déjà arrivé avant ?

- Quoi donc ?

- Ça. fit-elle en touchant la joue rosie de son professeur, du bout du doigt.

Bien qu'il fut surpris par ce geste, il n'eut aucun mouvement de recul.

- Je ne vois pas du tout ce que vous voulez dire Miss Granger... grommela-t-il.

- Je suis sûre que si... mais ce n'est pas grave. Sourit-elle, amusée par sa mauvaise foi. Il se fait tard... fit-elle en se levant. Si vous n'avez plus besoin de... ma présence, je vais rentrer. Bonne nuit monsieur... dit-elle en se dirigeant vers la sortie. Êtes-vous sûr que vous n'avez plus besoin de rien professeur ? S'enquit-elle avant d'ouvrir la porte.

- Et vous, êtes-vous sûre de vouloir partir Miss Granger ? Demanda-t-il en se levant à son tour, la fixant d'un regard interrogateur.

- Et bien... Il est vrai que j'ai apprécié cette soirée, bien qu'elle n'ait pas commencé sous les meilleurs hospices, mais...

- Mais ?

- Mais je suis... fatiguée. Mentit-elle.

- Dîtes-moi la vérité Miss... fit-il d'une voix rauque et s'approchant d'Hermione. Quelque chose en moi vous fait fuir, dites-moi ce que c'est... murmura-t-il en haussant légèrement les sourcils.

- Quoi ? N-Non pas du tout, je ne fuis pas, je dois juste y aller... parce que... il est déjà tard... marmonna-t-elle.

- Soit. Alors bonne nuit Miss Granger... Répondit-il en remettant son masque impassible, joignant ses mains dans son dos comme il le faisait souvent en classe lorsqu'il passait dans les rangs pour surveiller le travail de ses élèves.

- Oui, bonne nuit... et... merci pour... enfin, merci. Bafouilla-t-elle en quittant l'appartement de son professeur.

oOo

Le lendemain, tôt dans la matinée, Rogue se rendit au bureau de Dumbledore.

- Ah, bien le bonjour Severus ! Avez-vous bien profité de votre congé ?

- A votre avis... grommela le professeur de mauvaise humeur, pour changer.

- Et Miss Granger est-elle venue vous aider comme je lui avais demandé ?

- Oui. grogna Rogue avec rancune. Elle a corrigé quelques devoirs de 1ère année. Mais pourquoi lui avoir demandé de venir chez moi Albus ? Je me suis senti obligé de lui donner quelque chose à faire alors que je n'avais absolument pas besoin d'aide ! Vous savez que je déteste quand vous me mettez au pied du mur ! Et je vous soupçonne de l'avoir fait exprès...

- Vous a-t-elle parlé Severus ?

- Parlé ? Mais de quoi voulez-vous qu'une gamine de 17 ans me parle ?!

- En réalité, Miss Granger a 18 ans... corrigea le vieil homme d'un air malicieux. Un petit bonbon au citron ?

- Nom d'un gobelin Albus, allez-vous cesser de me harceler avec vos fichues bonbons ?! s'emporta Rogue. Alors pour la dernière fois... continua-t-il en serrant les dents pour contrôler son animosité, je ne veux pas de ces satanés bonbons !

- Que leur reprochez-vous à ces bonbons Severus ?

- Sérieusement ? Vous tenez vraiment à débattre sur des stupides friandises ? Vous ne pensez pas que nous avons des sujets autrement plus importants à aborder !

- Si, bien sûr. Vous avez raison mon ami. Mais avant, j'aimerais beaucoup connaître votre avis...

- Par Salazar, Albus... soupira le professeur ténébreux. Vous allez finir par venir à bout de ma patience ! Bon, très bien... abdiqua-t-il en se pinçant l'arrête du nez.

Il se résigna à lui dire ce qu'il voulait savoir, dans l'espoir de pouvoir enfin changer de sujet.

- J'exècre ces saletés de dragées parce qu'elles sont acides, trop sucrées, et collent aux dents ! Voilà ! Pesta-t-il. Satisfait ? Pouvons-nous enfin passer à autre chose maintenant ?

Le vieil homme se mit à rire dans sa barbe.

- Voyez-vous Severus... je pense exactement la même chose que vous...

- Que cette conversation ridicule n'a aucun intérêt ? répondit Rogue, cynique.

- Je pense moi aussi que ces bonbons sont acides et trop sucrés... Opina Dumbledore, ignorant la dernière réplique du grincheux.

- Dans ce cas, pourquoi vous gavez-vous de ces cochonneries à longueur de journées ? Non, oubliez ça, je m'en contre-fiche. Revenons à cette histoire de congé voulez-vous... Je veux savoir pourquoi vous m'avez envoyé Miss Granger.

- Mais justement, j'y viens mon cher Severus... Il y a, dans ces petits bonbons jaunes, quelque chose qu'on ne s'attend pas à percevoir... dit-il lentement. Il est vrai qu'au premier abord, l'acidité du citron agresse quelque peu nos papilles... beaucoup de gens n'aiment pas ça et seraient tentés de recracher le bonbon, rebutés par le désagréable picotement sur la langue. Rit-il. Ensuite vient ce goût sucré, probablement un peu trop, certes, mais outrageusement addictif... Et après que le sucre ait complètement fondu dans la bouche, il ne reste que le minuscule coeur du bonbon. Il n'est jamais comme on se l'imagine, il est surprenant et... fort agréable. Et dès lors qu'on a finalement pris goût à ses petits bonbons, on voudrait s'en délecter à longueur de temps, on ne peut plus s'en passer, comme si... comme si ces petites choses à première vue banales et innocentes devenaient soudain essentielles à notre bien-être...

- Êtes-vous toujours en train de parler de bonbons Albus ? Ronchonna Rogue, incrédule. Où voulez-vous en venir avec vos métaphores fumeuses ?

- Oh je suis un vieil homme, et il m'arrive parfois de divaguer... marmonna Dumbledore, posant son regard malicieux sur son ami.

- Vous ne me ferez pas avaler vos couleuvres Albus, pas cette fois !S'énerva le professeur de potions qui avait, encore une fois, l'horrible sensation que directeur le prenait pour le dindon de la farce.

- Rien ne sert de s'énerver Severus... Je voulais simplement vous faire comprendre qu'une simple friandise peut parfois nous faire voir les choses sous un tout nouveau jour, et que ce n'est pas forcément une mauvaise chose au final...

- Ça suffit, j'en ai assez entendu... grogna-t-il en se levant de sa chaise. Faites-moi savoir quand vous aurez autre chose à me servir que ces sornettes !

- Comme vous voudrez Severus... sourit le directeur. Vous semblez encore à fleur de peau, prenez donc une nouvelle journée de repos. Déclara-t-il sur un ton qui ne laissait aucune place à la négociation. Profitez-en bien mon ami...

Ce dernier lui jeta un regard exaspéré et quitta le bureau fastueux du directeur pour regagner en toute hâte son humble et modeste appartement de fonction dans les cachots.