Vanille reprit ses habitudes bien vite dans les quartiers de la maison Serdaigle. Au bout de quelques jours seulement, elle se remit à perdre des plumes et des parchemins entre deux cours, et elle passait déjà des fins de journées à rédiger des devoirs.

Ses professeurs lui firent chacun leur discours de rentrée, certains s'attardant sur Vanille lorsque venait le conseil d'être attentif au cours. N'y croyant que peu, ils avaient haussé les épaules devant son acquiescement vigoureux. Seul le professeur Greenhat, qui enseignait la Défense Contre les Forces du Mal, insista longuement en s'adressant particulièrement à elle, ce qui fut une expérience déplaisante et embarrassante.

Les couloirs de Poudlard, maintes fois visités au cours de ses dernières années, n'avaient plus de mystère pour la jeune fille qui les traversait nonchalamment pour arriver à ses cours suivants. Son évasion habituelle lui fit rentrer plusieurs fois dans les élèves qui se trouvaient sur sa route. Son corps avait acquis des réflexes de ramassage de sacs qu'elle faisait tomber alors que son esprit restait au loin.

Un jour, dans la deuxième semaine de la rentrée, absorbée dans ses pensées (de cours... ou tout autre sujet bien moins sérieux), elle se dirigeait vers son cours accompagnée de sa classe quand elle se heurta contre quelqu'un plus violemment qu'à l'habitude.

Elle allait s'excuser négligemment et passer à autre chose, mais en levant les yeux, elle reconnu la personne qu'elle avait bousculé. Le jeune homme, grand, à la peau noire d'ébène et aux yeux sombres, faisait partie des personnes qui l'avaient fixée le jour de la rentrée. Pourtant, aucun de ces regards ne lui était restés en tête, mais là, elle fut certaine qu'il en faisait partie. Il s'était arrêté et la fixait.

Elle resta un instant sans voix et figée devant son air réprobateur. Son regard glacial, sévère, la gelait. Il semblait vouloir la faire disparaître, ou même exploser sur place. Elle le regarda, perdue, les yeux levés vers lui.

- Ne t'avise plus de me heurter.

Il avait dit cela d'une voix particulièrement lente et grave, comme s'il voulait que chacun de ses mots s'imprègnent en elle. Elle frissonna. Sans réfléchir, elle hocha lentement la tête. Il la contourna pour partir, prenant soin de ne pas même la frôler.

Vanille resta un instant interdite, puis réalisa qu'il n'y avait plus personne dans le couloir.

Elle se précipita dans sa salle.

- Il te voulait quoi ?

Leanne lui avait gardé la place près de la fenêtre. Vanille haussa les épaules. Elle n'en savait rien. La plupart des élèves qu'elle bousculait l'ignoraient, peut-être par habitude. A force, tout le monde savait ignorer Vanille. Pourquoi celui-là avait-il si mal réagit ?

Elle y pensait encore lorsque, le soir venu, Leanne et Vanille virent qu'une note sur le panneau d'affichage de leur salle commune les attendait.

Aux élèves de cinquième année.

(Le mot cinquième était écrit si gros qu'il devait attirer tous les regards.)

Une réunion obligatoire se déroulera ce vendredi, à 18h, dans la salle des sortilège numéro quatre, couloir Est, second étage.

Discrétion demandée.

- Discrétion ? se demanda Vanille tout haut tandis que certains de ses camarades la rejoignaient. Pourquoi être discret quand on nous demande publiquement de venir à une réunion ?

- Regarde les autres années, murmura alors Leanne.

Autour d'eux, les élèves des années précédentes regardaient le regroupent autour du panneau d'affichage, l'air étonné. Il passaient à côté d'eux sans même jeter de regard au panneau.

- On dirait qu'ils ne voient pas le feuille. Elle est peut-être enchantée, pour que nous soyons les seuls à la voir.

La curiosité de Vanille s'accentua d'un cran. Une réunion secrète, certainement pas organisée par les professeurs, au vu de l'aspect non officiel du papier écrit à la plume. Les jours suivant allaient être un calvaire d'attente.

Pendant les trois jours qui les séparaient de la mystérieuse réunion, les cinquième année semblèrent avoir complètement oublié la dernière partie du papier. Partout où elle croisait des cinquième année, de sa maison ou des autres, elle n'entendait parler que de ça. En revanche, dans les autres année, personne n'y faisait référence.

Elle-même ne voyait pas l'intérêt d'en discuter autant, vu le peu d'information dont ils disposaient, ce qui ne l'empêchait pas d'y penser.

Toujours retournée par l'agressivité du garçon qui l'avait bousculé, Vanille tenta de se concentrer lorsqu'elle se déplaçait, pour ne plus heurter qui que ce soit. Cette tentative fut un échec, comme toutes les fois où elle avait tenté de se concentrer en cours, et bien vite, elle bouscula encore des épaules sur son chemin.

Vanille ne pouvait s'empêcher de revoir ce regard glacial qu'il lui avait lancé. C'était la première fois qu'elle s'était sentie rabaissée ainsi, avec quelques mots et un coup d'oeil, il avait réussi à la déstabiliser. Elle était persuadée que, au mieux les autres élèves l'aimaient bien, au pire ils l'ignoraient, et les autres ne la connaissaient pas.

Et puis, elle se souvenait de ces yeux noirs, c'était ceux qui l'avait observée le soir du festin, lorsqu'elle avait ressenti ce trouble. Cette idée la rendait mal à l'aise.

Il arriva plusieurs fois à Vanille, pendant les jours qui suivirent, de recroiser ce garçon.

Un soir, dans la grande salle, il était assis presque face à elle sur la table d'en face. Il lui jeta un regard dédaigneux quand il s'aperçut qu'elle le regardait, et Vanille n'avait pu s'empêcher de le fixer plus ou moins discrètement pendant tout le repas. Elle demanda à Leanne ce qu'elle en pensait, mais bien qu'ayant repéré de qui il s'agissait, elle ne remarqua rien de spécial. Elle demanda à Ambre son avis, qui ne se priva pas :

- Je suis certaine que c'est dans ta tête. Ou alors, il te plaît, et tu inventes des histoires avec lui inconsciemment.

Vanille rougit et nia en bloc en secouant la tête.

Et ainsi jusqu'au vendredi. Heureusement, les cours et la perspective de la mystérieuse réunion réussirent en partie à lui faire penser à autre chose qu'à cet énergumène à qui son cerveau accordait bien trop d'importance.

Le vendredi soir, la classe de Vanille quitta son dernier cours et se dirigea ensemble vers la fameuse salle numéro quatre. Ils furent rapidement rejoints par les cinquième année de Poufsouffle, Serpentard et Gryffondor.

En attendant que les organisateurs se montrent, les élèves faisaient part de leurs théories sur le sujet de la réunion (Leanne avait été particulièrement productive en la matière et avait élaboré pas moins de sept hypothèses, qu'elle présentait à qui voulait l'écouter). Ils n'en avaient que peu d'information (la note écrite à la main, le fait que ce soit obligatoire) et personne ne semblait avoir réussit à trouver quelqu'un pour les informer un peu plus.

- Vous pensez à quoi vous ? demanda Olivier, un des amis Serdaigle de Vanille. Nous on penche sur un test surprise pour faire des prédictions sur les BUSE.

- Ou une présentation clandestine de métiers non-officiels, ajouta Octave, son camarade de chambre.

- Aucune idée, s'amusa Vanille, ou alors peut-être une réprimande générale sur une première semaine catastrophique ?

Olivier pâlit.

- Tu crois ? J'ai raté mes premiers devoir de métamorphose…

Vanille s'apprêtait à le rassurer quand elle remarqua qu'Ambre, qui était jusque là adossée au mur l'air indifférente, s'était soudainement redressée, et semblait alerte et attentive, regardant derrière la foule.

Celle-ci s'écartait pour laisser passer trois élèves, qui semblaient plus âgés qu'eux.

Le premier était assez petit et blond, et avait une clé en argent dans la main. Derrière lui, une grande rousse à la démarche légère le suivait, et, fermant la marche, le garçon à la peau sombre et au regard froid.

Vanille n'en cru pas ses yeux : c'était lui qui était derrière cette réunion ? Mais qui était-il à la fin ? Pourquoi continuait-il à apparaître autour d'elle et semblait-il toujours vouloir la faire disparaître en retour ? Encore une fois, elle essaya de l'ignorer, mais quand il passa près d'elle pour passer la porte que le blond avait ouverte, elle leva les yeux et vit un rictus qui ressemblait presque à de la haine.

Encore une fois, elle chercha Leanne du regard pour s'assurer qu'enfin elle aurait vu la même chose qu'elle, mais celle-ci haussa les épaules ; si elle avait bien reconnu le garçon, elle n'avait rien remarqué de spécial. Vanille soupira, se dit, finalement, qu'elle se faisait peut-être des idées. Elle se laissa emporter par la foule qui se pressait pour entrer. Elle ne savait pas à quoi s'attendre. Mais une chose était sûre, cette réunion ne serait pas une partie de plaisir.