Titre: Ordre de Merlin, première classe.
Auteur: Lychee.
Source: HP, les cinq premiers tomes.
Disclaimer: tout ce petit monde à J.K.R.
Genre: un autre slash SS/HP, parce qu'ils le valent bien. Homophobes, âmes pures et sensibles, vous êtes prévenus.
Ordre de Merlin première classe.
Harry soupira. Re-soupira. Re-re-soupira.
Le discours n'en finissait pas. En fait, Fudge maîtrisait admirablement l'arme ultime des politiciens: endormir l'ennemi. Dommage que ses amis – quoique Harry l'aurait bien avadakédavré à ce moment précis – en subissent également les sévices.
"… et c'est grâce à des gens de leur valeur, dévoués au bien d'autrui et prêts au sacrifice de leur vie afin d'épargner celles de centaines, que dis-je, de milliers d'innocents…"
Derrière le Premier Ministre, Dumbledore, vêtu de sa somptueuse robe violette à étoiles argentées, étouffait un magnifique bâillement. M. Weasley, un peu plus loin parmi les gens du Ministère, somnolait. Harry ne pouvait regarder derrière lui mais était sûr que le reste de ses amis n'étaient pas en meilleur état. Après tout, le discours durait depuis près de trois quarts d'heure. Binns n'était rien à côté de ça.
"… et ainsi, tous unis vers le même but, libérer tout un peuple de l'emprise du plus terrible Mage Noir qu'on ait pu affronter tout au long de l'histoire du monde sorcier…"
- Poil au pied, marmonna une voix endormie à la gauche de Harry.
Le Survivant réprima un sourire: Draco, également à l'honneur et vêtu de la plus riche et onéreuse robe noire qu'il avait pu dénicher après avoir hérité de son père – son intention était de parvenir à dilapider son capital de trente millions de Gallions le plus vite possible puis de se lancer dans l'élevage de dragons nains – piquait du nez sans se dissimuler. Fils de Mangemort ou pas, un Malefoy se moque de l'opinion d'autrui. Surtout lorsque les renseignements qu'il a fournis ont permis de coincer Voldemort dans son Château d'Albanie.
En parlant de renseignements…
Harry se pencha légèrement et jeta un coup d'œil à l'homme à la gauche de son nouvel ami. Snape, toujours aussi impassible, fixait un regard impénétrable sur Fudge qui attaquait son cinquante et unième feuillet. Mais Harry le vit avec amusement taper impatiemment du pied. L'adolescent se redressa ensuite en soupirant.
"… et c'est pourquoi j'ai aujourd'hui l'honneur de décerner à ces trois valeureux hommes, j'ai nommé Harry Potter, Severus Snape et Draco Malefoy, l'Ordre de Merlin Première Classe!"
Toute l'assemblée s'agita faiblement, tirée de son sommeil par la fin du discours. Dans le léger brouhaha qui s'en suivit, Fudge leur passa à tous trois autour du cou ce qui ressemblait à une laitue de ruban orange accrochée au bout d'un cordon vert, puis la salle éclata en applaudissements. Harry commençait à espérer que le cauchemar était enfin fini quand Fudge brisa cruellement tous ses espoirs.
- Et maintenant… tous au cocktail!
- … mais j'avais toujours dis que le règne de Voldemort ne serait qu'une histoire de temps et que…
Harry se détourna avec écœurement et se dirigea vers Draco qui se resservait sans vergogne une pleine flûte de champagne.
- Pourquoi…
- … tu dois rester ici? Parce que tu es le grand héros du jour, très cher, dit joyeusement le blond. Que tu es jeune, beau, célèbre, plein d'avenir, plutôt riche qui plus est, que dès demain tu seras élu Mister Sorcier dans Sorcière Hebdo. Que demander de plus? conclut-il, hilare, en levant son verre.
- Partir d'ici.
- Ah. Ca, tu peux pas. Tiens.
Il lui colla la bouteille de champagne dans les mains. Harry la reposa en soupirant.
- Je hais ces trucs-là.
- Courage. Il reste trois cérémonies, quatre conférences de presse, et une rencontre avec le Premier Ministre de Grande-Bretagne. Dans une semaine ce sera à peu près terminé! Où sont tes deux fidèles Gryffondors?
Harry jeta un coup d'œil autour de lui et avisa par les larges baies vitrées un couple qui déambulait sur la terrasse.
- Ils roucoulent.
- Passionnant. (Draco vida son verre d'un trait, puis le détailla soigneusement avant de sourire.) Je t'avais dit que cette robe serait très bien.
Harry tira sur son col.
- Je me sens le roi des sapins de Noël, ronchonna-t-il.
La tenue que Draco lui avait conseillée – Harry reconnaissait n'avoir aucun goût dans le domaine vestimentaire – était une somptueuse robe verte émeraude, rebrodée de vert plus sombre et d'argent. L'adolescent vivait dans la crainte perpétuelle que quelqu'un ne marche sur sa cape de six kilos. Mais, contrairement à ce qu'il pensait, il ressemblait plutôt peu à un sapin de Noël, comme le prouvaient les nombreux regards flatteurs qui se retournaient sur son passage.
- En parlant de robes… enchaîna Draco sans l'écouter. Tu as vu Snape?!
Harry se contenta de hocher la tête.
- Snape en bordeaux! continua le Serpentard. Parfois on se dit que le monde ne tourne pas rond. Peut-être qu'il n'avait plus de vieilles robes noires assez propres…
- Ce n'est pas bordeaux. C'est rouge sang, murmura Harry.
- Si tu veux, concéda Draco. Dans tous les cas… il a quel âge, à ton avis?
- Trente-neuf.
- Ah oui, c'est vrai, il était avec ton père… Et bien pour une fois, il les fait ses trente-neuf!
Harry ne répondit pas. Une jolie jeune fille un peu plus âgée qu'eux s'avança alors dans leur direction et se présenta comme rédactrice au Dragon Tricolore, le journal sorcier français. Draco lui prit galamment le bras et s'éloigna avec elle, laissant Harry seul et légèrement morose.
~ ~ ~ ~ ~
- Endoloris!
Harry se jeta sur le Mangemort qui venait de lancer le Sortilège sur son ami et, sans réfléchir, commença à le bourrer de coups de poings. Avec un coup de chance inouïe, sa baguette, dont il avait presque oublié l'existence, s'enfonça dans l'œil de l'homme qui tomba à genoux en hurlant, tandis que Harry se redressait, complètement perdu au milieu du formidable chaos qui régnait autour de lui. Aurors et serviteurs du Lord Noir se battaient sans merci. Du sang gicla sur ses lunettes, qu'il essuya machinalement.
- Ce n'est pas un emploi très orthodoxe de la baguette, haleta Draco en s'appuyant sur son épaule, mais c'est efficace…
Le Mangemort se roulait à présent par terre en hurlant de douleur. Harry retint difficilement une violente envie de vomir.
- Potter!
Une main le saisit violemment à l'épaule, le secouant sans ménagement.
- Votre place n'est pas ici, petit imbécile! Dépêchez-vous!
Snape, blafard, l'entraîna à sa suite vers un couloir encore plus sombre que la pièce où ils se trouvaient… Draco lui fit un dernier petit signe ironique avant de se pencher sur le Mangemort blessé, sa baguette levée…
- Où on va? demanda Harry sans réfléchir, tentant confusément de se rappeler qui il était et ce qu'il pouvait bien faire dans cet endroit.
L'homme lui jeta un regard rapide puis eut un rictus désabusé.
- Tuer Voldemort.
- Ah oui, c'est vrai, répondit simplement Harry.
Tuer Voldemort. Tuer Voldemort. Tuer Voldemort, tuer Voldemort, tuer Voldemort, tuerVoldemort-tuerVoldemort-tuerVoldemort-tuerVoldemort-tuer…
Il le suivit dans le tunnel opaque.
~ ~ ~ ~ ~
Et maintenant, ils répondaient tous les trois aux questions des journalistes… Comme si tous n'avait été qu'une partie de plaisir… Bravo, bravo…
Son regard accrocha l'immense et mince silhouette rouge sang de son professeur. Snape était en train de répondre à une question, et visiblement, d'après son regard méprisant et le pli ironique de sa bouche, ce ne devait pas être une question très intelligente. Son interlocuteur s'enfuit la queue entre les jambes. Snape soupira et son regard accrocha un instant celui de Harry, avant que l'adolescent ne détourne vivement le regard et ne parte à la recherche de quelqu'un qu'il connaissait et avec qui il pourrait se sentir un peu à l'aise.
- Ca va, Harry?
Dumbledore se tenait près de lui, souriant gentiment comme à son habitude.
- Si on veut, grimaça l'adolescent.
Le vieux sorcier piocha généreusement dans un plat de petits fours à la citrouille et au curry.
- Le pire, dit-il au bout d'un assez long moment, c'est qu'on ne se débarrasse jamais entièrement de son étiquette de sauveur du monde, quoi qu'on fasse. Mais bon, on s'y habitue, ajouta-t-il avec philosophie. Ca a même parfois des avantages… Tiens, goûte ceux-ci, ils sont très bons.
- Merci, fit poliment Harry en se servant.
C'était vrai. Ils étaient très bons.
- Est-ce que… Est-ce que c'était la même chose quand vous avez vaincu Grindelwald? hasarda-t-il.
Le visage de Dumbledore s'attrista brusquement, ce qui, chez lui, surpris Harry plus que n'importe quoi.
- Oui. Et pendant qu'ils me félicitaient et demandaient des détails, je devais me retenir de les embrocher sur les tringles à rideaux. Galadion – Grindelwald – était mon meilleur ami…
- Oh. Excusez-moi…
Le vieil homme haussa les épaules en souriant légèrement.
- Tu n'as pas à t'excuser. Je connais suffisamment ta vie pour que tu te permettes de m'interroger sur la mienne. Enfin dans les limites de la décence, bien sûr… Au fait, embraya-t-il sans transition, félicitation pour tes ASPICs! Et pour ton acceptation chez les Aurors, bien sûr…
Harry sourit joyeusement: Albus savait vraiment comment lui remonter le moral.
Ils bavardèrent un moment de tout et de rien, de l'année qui arrivait, de la carrière de Harry, lançant des regards peu amènes aux quelques inopportuns qui s'avançaient de temps à autres vers eux et décampaient aussi sec. Dumbledore fut finalement obligé de l'abandonner pour aller rejoindre Fudge qui l'interpellait de l'autre bout de l'immense salle. Une horde de journalistes se jeta alors sur le pauvre Survivant tel une nuée de vautours sur le pauvre agneau isolé. Lequel pauvre agneau replongea dans son devoir avec un manque d'enthousiasme impressionnant, mais qui hélas ne stoppa pas les reporters.
~ ~ ~ ~ ~
Le couloir était long, interminable, et sombre, sombre, sombre… Harry trébucha contre l'arête d'un pavé, et fut rattrapé par la poigne ferme de Snape qui le tira impatiemment.
- Dépêchez-vous, Potter! Sinon Merlin seul sait où Il sera passé quand nous arriverons!
Quand nous arriverons où? Harry était perdu. Epuisé. Seul son leitmotiv le maintenait debout, le poussait encore vers l'avant… Tuer Voldemort tuer Voldemort tuer Voldemort tuer Voldemort tuer Voldemort tuer Voldemort tuer Voldemort tuer Voldemort…
Il regarda l'homme à côté de lui. Snape. Snape était quelque chose de connu, quelque chose à quoi se raccrocher. Il le connaissait. Il avait toujours été là. Snape était encore là pour lui permettre de poser un pied devant l'autre, pour lui faire momentanément oublier les horreurs qu'il venait de voir, d'entendre, de sentir… de faire…
Tuer Voldemort tuer Voldemort tuer Voldemort tuer Voldemort tuer Voldemort…
Horreurs que l'homme devait supporter depuis près de vingt ans… Et si ce n'avait été concrètement durant toute cette période, il avait dû en subir les souvenirs… Souvenirs qui étaient de nouveau présents…
Tuer Voldemort tuer Voldemort tuer Voldemort tuer Voldemort tuer Voldemort…
Pauvre Snape… Harry se sentit soudain envahi d'un amour immodéré pour l'homme, de même que pour la planète entière, cette pauvre petite planète qui, dans cinq minutes, serait sauvée ou condamnée par sa faute à lui, petit Potter, qui n'avait rien demandé… Dix-sept années de vie sans véritable bonheur pour en arriver à un meurtre… Un meurtre pour lequel on chantera ses louanges… Il trouva l'idée délicieusement comique et éclata d'un rire simplement joyeux.
Tuer Voldemort tuer Voldemort tuer Voldemort tuer Voldemort tuer Voldemort…
Snape se tourna vers lui sans cesser de courir, le visage blême.
- Potter! Vous pensez sérieusement que c'est le moment de rire? Vous…
- Devez tuer Voldemort, je sais! répliqua-t-il gaiement. (Il remarqua que Snape avait un très beau timbre de voix. Etrange qu'il ne l'ait encore jamais noté.) Oh, ne vous inquiétez donc pas! ajouta-t-il gentiment. Je vais le tuer. Après je prendrai des vacances. En Guadeloupe, je pense. Tout seul. Il y aura les cocotiers, la mer, le sable blanc… Vous voulez venir avec moi? Sinon je vous ramènerai un souvenir. Un joli coquillage. Et un pour Draco, aussi. Vous un bleu, et lui un vert. Ca vous va un bleu? Sinon je peux –
Snape s'arrêta, le saisit par l'épaule et le gifla de toutes ses forces. L'euphorie dans laquelle Harry était plongée se dissipa net et il reprit pied.
- Merci, souffla-t-il en remettant ses lunettes d'aplomb.
Snape le regarda étrangement puis se racla la gorge.
- Ca va aller? demanda-t-il sans trace d'animosité cette fois.
Harry lui adressa un regard surpris. Les yeux noirs n'étaient pas impénétrables, Snape étant mort de trouille – ce qui était parfaitement compréhensible. Mais il y avait aussi autre chose, qui ressemblait davantage à de la tristesse, de l'anxiété. Si la chose n'avait pas été parfaitement impossible, il aurait dit que l'homme s'inquiétait pour lui.
- Ca va, dit-il calmement. Je vais le faire.
Le Mangemort se détendit légèrement. Harry ne put s'empêcher d'ajouter.
- Mais je prendrai quand même des vacances en Guadeloupe après ça.
Ce fut sans aucun doute la première fois de sa vie qu'il vit son professeur sourire. Pour de vrai. C'était époustouflant.
- J'attends votre coquillage avec impatience, M. Potter.
Il fallut que l'homme, déjà reparti, l'appelle pour qu'il secoue la tête et lui emboîte rapidement le pas.
Et puis il y avait eu la Salle.
Et Voldemort.
Qui l'attendait.
~ ~ ~ ~ ~
- M. Potter! Pensez-vous que sans l'aide des renseignements de Draco Malefoy et du Pr Snape le Pr Dumbledore serait parvenu à localiser le quartier général de Vous-Savez-Qui?
- M. Potter! On raconte que vous avez refusé la proposition de l'équipe de Quidditch d'Angleterre…
- M. Potter! Est-il vrai que Vous-Savez-Qui souhaitait vous voir entrer dans ses rangs?
- M. Potter! Qu'en est-il de votre idylle avec Melle Cho Chang?
- M. Potter! Vous…
- M. Potter! Est-ce que…
- M. Potter!…
Une main l'attrapa par le col et l'extirpa du tas de journalistes qui semblaient avoir décidé d'entamer une partie de rugby avec sa petite personne en tant que ballon.
- Merci, Ron, souffla-t-il tandis qu'ils s'éloignaient précipitamment.
- A ton service, répliqua le rouquin. Tiens.
Il lui colla un verre de ce qui ressemblait de très près à du whisky dans la main. Harry y piqua du nez.
- Pourquoi tout le monde s'obstine-t-il à me faire boire et manger? râla-t-il après trois gorgées.
- Ce doit être à cause de ton air positivement rayonnant, se moqua Hermione.
- C'est un cauchemar, geignit-il. Dire qu'il y a des gens qui aiment ça… (Il prit un air rêveur.) J'aurais dû faire boire du Polynectar à Lockheart et l'envoyer à ma place, il s'en serait très bien tiré…
- Et il aurait raconté des tas de bobards sur ton compte, compléta Ron. Dans le genre que tu sortais avec Malefoy…
- … que tu étais le petit-fils caché de Dumbledore… enchaîna Hermione.
- … ou le fils de Tu-Sais-Qui lui-même…
- … ou sa fille!…
- … ou son amant…
- … ou son clone…
- … ou son frère…
- … ou son père, et qu'il serait ensuite revenu dans le temps…
- … son grand-père…
- … son arrière-grand-père…
Les deux adolescents s'arrêtèrent, à court d'idée, puis regardèrent d'un air soupçonneux Harry qui affichait un air extasié.
- C'est super comme idée! Si on faisait ça?!
Ron lui colla un petit four dans la bouche.
- Au fait, intervint Hermione, Dumbledore m'a dit que si tu songeais à t'éclipser discrètement, une garde d'Aurors t'attendait à la porte pour t'accompagner aux toilettes.
Harry soupira à fendre l'âme, la bouche pleine de jambon.
- C'est pareil pour Malefoy et même pour Snape, le consola Ron.
- En parlant de Snape, s'exclama Hermione toute excitée, vous avez vu?! Il n'est pas en noir!
Harry leva les yeux au ciel, pendant que Ron rigolait de bon cœur.
- Ce sera sans doute à la une de la Gazette du Sorcier de demain, commenta le rouquin. Trois pages sur la robe du terrible professeur de Potions, ancien sinistre Mangemort. Je me demande ce qui lui a pris…
- J'ai entendu dire que le Pr MacGonagall l'avait traîné de force au Chemin de Traverse dès que les professeurs avaient appris sa nomination à l'Ordre de Merlin, pouffa Hermione. Mais faut avouer que le résultat est très réussi…
Harry approuva mentalement pendant que Ron faisait semblant d'être vexé et que Hermione embrassait son petit ami dans le cou. Il devait admettre que Snape, dans sa tenue rouge sombre rebrodée de noir, était très bien. La moitié féminine de la soirée en semblait convaincue d'ailleurs.
- Harry? HARRY!
- Mmh? Oui, oui, j'écoute!
- Ron et moi allons faire un tour dehors. Tu viens?
- Tu plaisante? J'espère seulement pour vous que les buissons sont assez épais…
Ses deux amis s'éloignèrent, écarlates, le laissant à nouveau seul. En avisant la trentaine de regards prédateurs qui se fixèrent sur lui, il décida qu'une petite visite aux toilettes serait finalement une bonne idée.
Il se dirigea vers l'entrée de la salle et arriva près des deux dizaines d'Aurors qui gardaient la porte.
- M. Potter? demanda poliment l'un d'entre eux en lui barrant le passage.
- Je me demandais s'il m'était permis de me rendre aux toilettes, déclara-t-il dignement.
L'homme prit un air embarrassé.
- Mais certainement. Seulement…
- Je sais, je sais…
L'Auror fit signe à cinq de ses collègues et Harry s'apprêtait à leur emboîter le pas quand Draco et cinq autres agents de la sécurité arrivèrent du couloir.
- Harry! s'exclama gaiement et sans aucune discrétion le blond. Tu vas aux toilettes, toi aussi?
Les gens autours d'eux se tournèrent dans leur direction.
- Méfie-toi de la troisième porte en partant de la gauche, enchaîna Draco tandis que Harry réprimait difficilement un fou rire. Le loquet ferme mal. Sinon c'est très propre et tout et tout! Pas vrai? demanda-t-il innocemment aux Aurors qui essayaient de se cacher derrière les battants de la porte.
- Il y a du papier? demanda Harry d'un ton inquiet.
Ses Aurors essayaient frénétiquement de l'emmener dans le couloir tandis que ceux de Draco poussaient ce dernier à l'intérieur. Les gens toussaient nerveusement ou se marraient autour d'eux.
- Mâââââ oui! C'est super bien équipé! Pas vrai professeur?
Harry aperçut alors Snape, trois pas derrière lui, qui tentait tant bien que mal de dissimuler un sourire goguenard.
- La présence du personnel est un peu stressante, peut-être, proposa-t-il d'une voix moqueuse.
- Ca, il faut se concentrer, admit Draco. Bon, je te laisse, Harry. Je te sens très pressé, là.
Harry, au bord de l'étouffement, se laissa emmener.
~ ~ ~ ~ ~
Et il avait vaincu Voldemort.
Et la vie avait repris.
Pour tous les sorciers, l'heure avait été à réparer les dégâts causés par l'année de terreur du Lord Noir. Les enfants étaient retournés à Poudlard, relativement épargné, tandis que les adultes remettaient un semblant d'ordre. Le mois de Juin s'était déroulé dans une ambiance surexcitée, au point que Dumbledore avait dû intervenir pour ramener un semblant de concentration en vue des examens.
De concentration… Comme s'il pouvait seulement se concentrer. Harry était satisfait d'avoir travaillé comme un fou durant le reste de l'année. Les dernières révisions lui étaient presque inutiles et de toutes façons, il n'y avait vraiment la tête.
Le combat contre Voldemort nageait comme une nappe de brouillard dans son esprit. Toujours présent. Et toutes les nuits, il se réveillait en hurlant. Et le sommeil mettait un temps infini à revenir, car le rêve n'était jamais complet. Il manquait la fin, toujours la fin…
A moins qu'il ne l'ait rêvée, cette fin.
- Potter. Vous pensez passer votre concours en attendant que les mouches fassent le travail à votre place?
Snape se tenait face à lui, aussi froid qu'à on habitude. Harry jeta un coup d'œil à son chaudron: violet à rayures vertes.
- J'ai terminé, annonça-t-il.
Snape haussa un sourcil.
- Température?
- 38°5.
- pH?
- 12,3.
- Concentration?
- 0,36 mol/L.
- Testez-la.
Harry avala une louche de la peu ragoûtante potion, attendit une dizaine de secondes, puis abattit son poing sur le bureau de bois de quinze centimètres d'épaisseur. Sa main s'y enfonça comme un couteau dans du beurre.
- Très bien, fit Snape en se détournant. A+. Et une retenue pour destruction de matériel…
Le cœur de Harry fit un bond.
- … Vous irez voir M. Rusard pour votre colle, conclut Snape sans se retourner.
Harry rangea ses affaires sans dire mot, abattu.
~ ~ ~ ~ ~
Par miracle, personne ne semblait avoir remarqué son discret retour des toilettes. Il fallait dire que Draco, exécutant une magnifique démonstration de la danse des canards avec le Pr Chourave, monopolisait un peu l'attention.
Tant mieux… Même si cela ne durait pas, un peu de répit ne ferait pas de mal. Il chercha encore une fois un moyen de se planquer discrètement mais en revint à la même conclusion: il n'était à l'abri de rien dans la salle, et le jardin était plain de couples… Allez… Encore trois ou quatre heures à tirer et il pourrait peut-être partir…
Il se servit un autre verre d'une liqueur quelconque et soupira en renversant la bouteille sur la belle nappe blanche du buffet. Tout allait bien, décidément. Il se demanda vaguement comment on faisait pour dénicher de telles nappes, d'une taille aussi impressionnante. Peut-être existait-il des usines à nappes de banquet. Dans tous les cas celle-ci parvenait jusqu'au sol, des deux côtés, vérifia-t-il. Ca faisait une sacrée surface de toile. Presque une petite tente…
…
Une tente.
Il secoua la tête: il avait sûrement trop bu pour penser un seul moment…
…
Pourquoi pas, après tout? Il se mordilla nerveusement la lèvre, puis rigola. On le retrouverait peut-être endormi le lendemain matin, après une nuit de panique… Il se décida, souleva la nappe et se glissa souplement sous la table.
Le problème, c'est que la place était déjà prise.
Snape et lui restèrent trois bonnes secondes nez à nez, les yeux écarquillés, puis Harry fut pris d'une véritable crise nerveuse de fou-rire. Il dut mordre sauvagement dans sa manche pour ne pas hurler de rire, tandis que Snape se ré-adossait contre un des solides pieds de table en soupirant. Au bout d'une bonne minute à hoqueter, Harry réussit tant bien que mal à reprendre son sérieux et se tourna, à genoux, vers son ancien professeur.
- Ca ne vous gêne pas si…? demanda-t-il d'une voix hésitante.
- Il y a de la place pour deux, dit froidement Snape.
- Hum… merci.
Il s'installa contre le pied en face de lui, ramenant sa cape autour de lui, faisant attention de ne pas se cogner la tête. Puis ses yeux revinrent vers Snape et malgré lui il gloussa de nouveau, songeant au spectacle que les deux héros de la fête devaient présenter. L'homme fronça les sourcils.
- Potter…
- Non, non, pardon… Je suis dans le même cas que vous…
L'homme le dévisagea un moment, puis détourna la tête et s'alluma une cigarette. Harry le regarda avec étonnement.
- Vous n'avez pas peur qu'on sente la fumée?
Il se sentait étrangement désinhibé. Le fait de trouver Snape à cet endroit, ou l'alcool, il ne savait pas trop.
L'ancien Mangemort secoua la tête.
- Je sais quand même lancer un bouclier anti-odeur, dit-il sèchement. (Il secoua sa cendre dans un bol de cacahuètes improvisé en cendrier.) Et un autre anti-bruit.
- Vous êtes très bien installé, apprécia Harry avec un sourire hilare. Non-non, je ne rigole pas… ajouta-t-il précipitamment.
L'homme le regarda à nouveau, ses yeux noirs impénétrables.
- Vous savez, Potter, je pense que vous avez bu.
- C'est fort probable. Mais y'avait pas grand chose d'autre à faire… (Il réinstalla sa cape entre lui et l'épais pilier de bois.) Et… ça fait longtemps que vous êtes là? demanda-t-il un peu plus calmement.
- Depuis le début de la prestation de ce cher M. Malefoy.
- Ah.
Le silence s'installa. Harry sentit sa joie se calmer petit à petit, remplacée par un embarras que le regard impassible que Snape posait de temps en temps sur lui n'arrangeait pas.
Puis il se rendit compte que c'était peut-être la dernière fois qu'il voyait l'homme de sa vie. Il partait l'an prochain commencer ses études pour devenir Auror. Snape resterait à Poudlard, bien entendu. Alors il n'y avait tout simplement pas de raison pour qu'il le revoie un jour.
- Vous êtes tout pâle.
Snape le regardait tranquillement.
- C'est rien.
L'homme ne fit aucun commentaire.
~ ~ ~ ~ ~
- Non, M. Potter. Si vous mettez la labradorite avant les plumes d'autruche, l'action de ces dernières sera annulée par la présence de la première.
- Bien, Monsieur.
Harry reposa soigneusement la sphère de pierre bleue au bord de la table et saisit ses plumes proprement découpées pour les incorporer à sa potion. Puis il revint à sa labradorite. Qui roulait rapidement en direction du bord opposé de la table.
- Merde!
Harry lança son bras pour rattraper la traîtresse et percuta son chaudron qui se renversa droit sue ses genoux.
Il se sentit agrippé par le col et violemment attiré en arrière. Le liquide visqueux tomba à terre en sifflant, effleurant ses chaussures, et creusa un gros trou dans le sol.
Snape avait encore une main posée sur son épaule, et son autre bras était passé autour de lui, le pressant légèrement contre le torse du Maître des Potions. Harry, tendu à mourir, eut un hoquet en sentant l'odeur de l'homme – chaude, légèrement parfumée de tabac et d'odeurs épicées d'ingrédients de potions – envahir ses narines.
Toute la classe s'était retournée pour contempler l'accident.
- Vous l'avez échappé belle, M. Potter, fit sèchement Snape en le relâchant.
Tandis que Harry restait debout, immobile, tentant de se reprendre, l'homme répara table, sol et chaudron de trois coups de baguettes, puis se baissa souplement pour ramasser la labradorite qui s'était immobilisée trois pas plus loin. Personne ne parlait, guettant la sanction qui n'allait pas manquer de tomber. Mais le professeur se contenta de poser la pierre en face de Harry, de prononcer un " Trente points en moins pour Gryffondor pour votre inattention, M. Potter." et de retourner à son bureau. La cloche sonna à ce moment et tous s'empressèrent de ranger leur matériel et de sortir.
- Harry? Tu viens?
Harry suivit Draco comme un automate.
Cette nuit-là, il rêva l'intégralité de sa confrontation avec Voldemort, et ne se réveilla même pas.
~ ~ ~ ~ ~
A ce qu'il pouvait entendre, Draco avait fini sa prestation et les conversations reprenaient bon train. Il se demanda combien de temps mettraient les gens à se rendre compte de son – de leur – absence.
- Et si on nous trouve sous la table? lâcha-t-il pensivement.
- Fudge et Albus étoufferont l'affaire, répondit calmement Snape en écrasant sa cigarette.
Harry ne répondit pas, observant la main élégante et forte se saisir gracieusement du paquet pour se resservir.
Ils replongèrent à nouveau dans le silence.
Harry ferma les yeux, un peu engourdi par les brouhahas qui arrivaient de derrière la nappe. Quand il les rouvrit quelques minutes plus tard, ceux de Snape étaient fixés sur son visage, attentifs. L'homme, nullement embarrassé, les détourna tranquillement pour recroiser ses jambes dans une position plus confortable.
Harry ouvrit difficilement la bouche.
- Je… puisque j'en ai l'occasion… je voudrais vous remercier.
Un coup d'œil impassible.
- Pour?
- Pour… pour Voldemort, bien sûr…
- Oh.
Les lèvres de l'homme s'incurvèrent ironiquement.
- Je n'allais pas vous laisser vous faire tuer, M. Potter-le-Vainqueur-du-Lord-Noir.
Harry sourit faiblement.
- Oui, bien sûr… Je sais… Mais je ne sais pas, vous auriez pu…
- J'y étais obligé, le coupa sèchement Snape.
- D'accord.
Harry se passa une main nerveuse dans les cheveux. Allez, vas-y, dis-le… mais dis-le!
- Mais vous n'étiez pas obligé… après.
Le silence qui suivit lui sembla durer une éternité.
- Non.
Snape n'ajouta rien d'autre.
- Monsieur, je…
- S'il vous plaît, Potter. Je ne souhaite pas me rappeler cet incident.
Je ne souhaite pas me rappeler cet incident. Harry sentit son cœur s'arrêter.
- Cet incident, hein?… murmura-t-il. Bien. Excusez-moi de vous avoir ennuyé avec ça.
Il se tut, essayant de ne pas se laisser envahir par la vague de douleur qui naissait dans son ventre. Bien sûr… Il le savait, bien sûr… Quel idiot…
- Potter?
- Quoi?!
- Vous n'avez pas l'air bien.
Harry explosa.
- NON je ne suis pas bien! A cause de vous, si vous voulez savoir! lâcha-t-il d'un ton haché.
L'homme le fixait d'un air sincèrement surpris.
- Je ne vois pas ce que j'aurais pu vous faire, étant donné que vous n'êtes plus mon élève.
Harry en resta la bouche ouverte.
- Pr Snape… articula-t-il enfin. Vous êtes authentiquement stupide.
Ce fut au tour de Snape de rester muet d'indignation.
- Je ne vous permets pas!
- Je ne suis plus votre élève, comme vous venez de le dire, remarqua narquoisement Harry. Et je maintiens que vous êtes stupide, ajouta-t-il en se redressant. Bon, maintenant, je n'ai plus rien à vous dire…
Il tendait la main pour soulever la nappe, mais Snape le saisit par le poignet.
- Une minute. Je ne peux pas deviner tout ce qui passe par votre petite tête de superstar, Potter. Alors si vous avez quelque chose à m'expliquer…
- A vous expliquer?! crisa Harry. C'est vous qui avez des choses à m'expliquer! Je ne vous ai pas pris dans mes bras en vous croyant mort, moi! Je ne vous ai pas hurlé de ne pas crever en vous traitant d'idiot de petit morveux, moi! Moi, je rêve juste stupidement de mon prof de Potions depuis que j'ai cru découvrir qu'il tenait un peu à moi! Mais visiblement je me suis trompé et –
- Je tiens à vous. Bien plus que vous ne le croyez.
Harry s'arrêta net, coupé dans son élan, et ne pus que cligner stupidement des yeux.
- Ah.
Snape semblait tout aussi stupéfait de ce qu'il venait de dire.
- Mais… à moi comment? demanda prudemment Harry, le cœur battant.
Snape hésita. Il semblait étrangement… perdu.
- Vous m'énervez plus que tout, Potter, dit-il enfin. Vous m'exaspérez. Il n'y a pas une journée sans que je vous voue aux mille diables. Mais… en même temps… j'ai envie de vous. Que vous me regardiez dans les yeux. Que vous me fassiez confiance. Que vous pensiez à moi. Que vous soyiez à moi.
Il avait tout dit calmement, comme on se jette d'un pont.
- Pourquoi vous ne l'avez pas dit plus tôt? bégaya Harry.
- Potter, vous êtes stupide.
- Je sais, vous me l'avez assez souvent dit, admit Harry. Je peux vous embrasser? demanda-t-il, l'air toujours halluciné.
Snape hocha doucement la tête et, ne l'ayant toujours pas lâché, l'attira à lui. Leur baiser fut hésitant, plus incrédule qu'autre chose. Ils se séparèrent tout aussi doucement.
- Potter, avant tout…
- Vous croyez que je vais vous laisser partir après ça? le coupa Harry en reprenant sa bouche.
Snape se résigna sans trop de peine. Ils mirent beaucoup plus de temps à se séparer cette fois, s'appropriant fiévreusement la bouche de l'autre, mêlant leur souffle et leur salive avant d'abandonner, hors d'haleine. Harry, atterri sur les genoux de l'homme, posa la tête sur son épaule.
Ils restèrent quelques instants silencieux, souriant jusqu'aux oreilles. Puis Harry redressa la tête.
- On recommence?
Son professeur l'avait plaqué au sol pour l'embrasser plus efficacement et leurs mains se baladaient déjà un peu partout sous leurs robes quand l'adolescent soupira voluptueusement.
- J'en avais déjà marre de cette soirée, mais là je n'en peux plus… Enfin si vous voulez bien de moi chez vous ce soir? demanda-t-il d'une voix hésitante.
A la lueur qui brilla dans le regard ordinairement indéchiffrable de l'homme, Harry se dit qu'il n'avait pas à trop s'en faire de ce côté-là.
- Je peux vous faire l'amour sous cette table, Potter.
Harry planta fermement ses yeux verts dans ceux, d'un noir d'encre, de Severus Snape.
- Chiche.
~ ~ ~ ~ ~
- Potter. Le Directeur souhaiterait vous entretenir.
Harry leva un regard surpris sur le Pr MacGonagall, puis se leva docilement et se dirigea vers la porte.
- Le mot de passe est "Vive les vacances", ajouta la femme d'un ton pincé.
- Oh… merci.
Quoi encore? Une autre interview à organiser? Harry se demandait franchement s'il ne préférait pas sa vie chez les Dursley, après tout.
Il donna le mot de passe à la gargouille, gravi l'escalier et frappa à la porte du bureau.
- Entrez!
Dumbledore lui sourit aimablement de derrière son bureau quand il pénétra dans la pièce où étaient déjà présents Draco et… Snape. Il adressa un signe de tête à ces derniers, puis prit le fauteuil que lui indiquait le vieux sorcier.
- Bien! commença celui-ci. Ce que j'ai à vous annoncer vous concerne tous les trois… Cornélius Fudge a brusquement été pris par la lubie de vous citer à l'Ordre de Merlin première classe… Avec réception, journalistes et tout le tralala. La cérémonie est prévue juste après les résultats des ASPICs. Je… oui, Harry?
- On peut refuser?
Il sentit Draco pousser un soupir d'exaspération à côté de lui, mais n'osa pas tourner la tête pour observer Snape. Dumbledore secoua la tête.
- Je ne pense pas. Vous êtes malheureusement des héros. Et on attend des héros qu'ils se comportent en tant que tels. Ce ne sera qu'un mauvais moment à passer… ajouta-t-il en souriant. Je vous donnerai les précisions dès que j'en aurais été informé. Je vous remercie, Messieurs.
Ils se levèrent tous les trois et le saluèrent.
- Pourquoi veux-tu refuser? demanda Draco à Harry en s'engageant dans l'escalier. Ca fait toujours bien, sur un curriculum vitae.
- C'est futile, je trouve. Ca me fait penser à Lockheart.
Il entendit son professeur renifler derrière lui. De mépris, ou d'amusement, il ne savait pas.
- Dumbledore aussi possède l'Ordre de Merlin première classe, intervint le blond.
- C'est vrai…
Il le suivit ensuite sans un mot jusqu'à la Grande Salle.
~ ~ ~ ~ ~
- Mais où est-ce qu'il est passé?
Ron haussa les épaules et repiocha dans les petits fours avec entrain.
- Fous-lui la paix, marmonna-t-il. Ca doit déjà être assez difficile pour lui d'être ici.
- Quand même… protesta Hermione.
- Tu sais bien qu'il déteste ça.
- Salut les deux ventouses.
Les deux Gryffondors jetèrent un regard exaspéré au nouvel arrivant qui se servait à boire.
- Malefoy, laisse-moi t'apprendre que ton humour est simplement vaseux.
- M'en fiche. Je peux me le permettre. Où est le héros du jour?
- Disparu, dit simplement la brunette en haussant les épaules.
Une lueur égrillarde traversa l'œil du Serpentard.
- Dans un recoin sombre avec quelqu'un?
- Ne prend pas ton cas pour une généralité, grinça Ron.
- C'est toi qui me dit ça? On ne vous a pas beaucoup vus tous les deux ce…
Il évita en riant les deux coups de pied.
- De toutes façons, conclut Hermione, il faudrait déjà qu'il trouve quelqu'un. Ou plutôt…
- … qu'il se bouge le cul, compléta Ron.
Le blond les dévisagea tour à tour.
- Ah. Vous aussi vous avez remarqué.
- Le contraire eut été difficile…
Ils restèrent tous les trois silencieux un moment.
- Vous croyez qu'il a une chance? lâcha enfin Ron.
- Non, répondirent les deux autres en chœur. Espérons simplement que ça passera, ajouta Hermione en tendant la main vers un feuilleté au fromage.
Main qu'elle retira vivement quand la table bougea.
Ils échangèrent un regard, puis reportèrent leur attention sur la table qui continuait à tressauter.
- Une table n'est pas sensée bouger, prononça Draco au bout de quelques secondes.
Hermione ne répondit pas mais se pencha pour saisir un bout de la nappe, et, après une fraction de seconde d'hésitation, ils jetèrent un coup d'œil.
Ils se redressèrent immédiatement, aussi rouges qu'une écrevisse tirée de l'eau bouillante.
- Hum…
- Je retire ce que j'ai dis, murmura Draco. J'espère simplement que personne ne se demandera où ils sont passés…
- Hello, hello mes enfants! Auriez-vous vu Harry?
Ils se tournèrent vers Dumbledore qui souriait aussi gentiment que d'habitude. Ron eut un bruit étouffé et s'éloigna, la main sur la bouche, suivit par le regard un peu surpris du bon vieux Directeur. Draco inspira profondément, tandis que Hermione détournait les yeux en se mordant les lèvres.
- Non. Aucune idée, dit enfin le blond. Mais il doit être avec le Pr Snape, ne vous inquiétez pas pour lui…
- Oh, s'il est avec Severus… fit Dumbledore d'un air soulagé.
Et il abandonna là ses élèves qui s'étouffèrent enfin de rire.
~ ~ ~ ~ ~
SCHLACK!
Sa baguette vola en l'air. Et il resta face à Voldemort, qui abordait un rictus horrible.
- Enffffin… siffla celui-ci. Potter à ma merci. Oh, je ne vais pas te faire de cadeaux… Endolo –
- NON!
Une silhouette noire se jeta entre lui et le Lord Noir, avant de s'effondrer avec un cri et de se convulser au sol en hurlant. Snape.
- Pour toi, j'aviserai plus tard, dit froidement Voldemort en toisant son ancien serviteur. Occupons-nous d'abord de notre invité d'honneur…
Harry n'entendait pas, le regard fixé sur l'homme qui se tordait à terre… Encore une fois. Encore une fois quelqu'un souffrait à sa place. Tout ça à cause de…
- Endoloris!
La douleur le frappa de plein fouet, lui coupant le souffle. Voldemort. Tout ça à cause de Voldemort. Il tomba en hurlant, ses nerfs parcourus par des décharges de souffrance. Tout le monde avait tout fait pour qu'il en arrive là. Et maintenant…
Et maintenant…
Sa main frappa quelque chose, quelque chose dont il ne sentit ni la texture, ni la chaleur, mais que son esprit embrumé localisa comme le bras de Snape. Son bras. Il força sa main agitée de sursauts nerveux à l'agripper, ce bras, à descendre, descendre jusqu'au poignet qu'il enserra douloureusement, jusqu'à la main… jusqu'à la baguette que l'homme avait presque lâchée… Il tressauta, une traînée de feu lui traversant l'épaule… Une main tremblante referma ses doigts sur la fine tige de bois…
- Cccccc'est la fin, petit Potter, et ccccc'est moi qui ai enfin gagné! Avada –
- AVADA KEDAVRA!
Il y eut une lueur étonnée dans les yeux rouges de Voldemort; un balbutiement de refus sur ses lèvres; un dernier signe de protestation. Puis il tomba.
Et la douleur cessa brusquement. Harry se laissa de nouveau aller au sol, les larmes affluant à ses yeux. Fini. Fini. Fini. Ô Merlin, dites-moi que c'est fini. Je ne veux pas qu'il se relève. Je ne veux pas que ça recommence. Il ferma les yeux, laissant sa tête rouler sur le pavé. Je n'en peux plus. Je veux dormir. Laissez-moi dormir. Oublier un moment tout ça…
- POTTER!
Deux mains le saisirent brutalement aux épaules.
- Potter, nom de Dieu! DEBOUT!
Non. Non, il voulait dormir, laissez-moi dormir, j'ai fait mon boulot…
Les deux mains le secouèrent plus violemment, le giflèrent.
- Potter! Debout, j'ai dit! C'est un ordre, vous m'entendez, Potter?! Potter!
Snape. Bien, il était vivant, au moins. Qu'est-ce qu'il lui voulait…
- Potter! Vous n'allez pas crever, stupide marmot?! Vous n'allez pas me faire ça, pas maintenant?!
De l'inquiétude? Il sentit confusément l'homme le prendre dans ses bras, lui passer une main dans les cheveux…
- Potter… S'il vous plaît…
Pas de l'inquiétude. De la panique. Snape était paniqué. A l'idée de le voir mourir. Snape le tenait dans ses bras. Et mon Dieu que c'était agréable…
- Harry…
Et son prénom prononcé doucement était le summum de l'extase.
Il soupira légèrement et s'évanouit.
~ ~ ~ ~ ~
Il poussa un long cri sous les derniers coups de reins de Snape, puis laissa sa tête retomber en arrière, encore tremblant de plaisir. L'homme se retira de lui avec douceur, puis s'allongea à son côté, les yeux fixés sur son visage. Harry lui sourit timidement et embrassa la main qui lui caressait la joue.
- Merci.
- Vous me remercierez à la fin de la nuit. Si vous êtes encore en état.
Harry sentit un frisson lui parcourir la colonne vertébrale, puis haussa un sourcil.
- Il faudrait déjà sortir d'ici.
Le professeur cessa un moment de le regarder et jeta un coup d'œil autour d'eux.
- Rhabillez-vous, intima-t-il.
- Vous avez déchiré mes affaires…
Snape marmonna un juron.
- On ne peut pas transplaner? proposa Harry.
- Non. Pas ici.
Ils étaient mal barrés. Ils se regardaient d'un air perplexe quand le nappe se souleva légèrement, laissant apparaître une digne barbe blanche.
- Ah, vous voilà! fit joyeusement Dumbledore. Je cous cherchait partout… (Le vieil homme fronça les sourcils tandis que les deux tourtereaux protégeaient rapidement leur décence avec ce qui leur tombait sous la main.) Vous m'avez l'air en mauvaise posture, dites-moi, remarqua-t-il imperturbablement.
- C'est plutôt le cas, approuva impassiblement Snape tandis que Harry ne savait plus où se mettre.
Dumbledore soupira puis leur tendit un bol de cacahuètes.
- C'est un Portoloin, expliqua-t-il devant leur air dubitatif. Je me suis permis de le faire aboutir dans vos appartements, Severus. Bonne fin de soirée, conclut-il en laissant retomber la nappe.
Harry et Snape se regardèrent, puis prirent une cacahuète en souriant.
Fin.
