Chaud et Las
Et l'homme perdait peu à peu le sens de la réalité, longeant murs et couloirs, oreilles tendues, guettant le moindre bruit, le moindre mouvement.
Personne ne devait le voir dans cet état de faiblesse. Personne de son entourage...
Il secoua sa jambe droite, essayant d'arranger son pantalon qui lui collait à la peau. Il était en sueur. Une sueur aux arômes de chocolat, une sueur ponctuée de désir.
Il jeta un énième coup d'œil à son entre jambe. Pestant contre ses attributs masculins, il s'engouffra dans une chambre déserte.
Pantelant d'envie, honteux de désir... Blessé dans son orgueil, il se hissa sur le lit et s'y allongea en étouffant un soupir de dépit.
Il avait su rattraper le coup, lui renvoyer la balle et la déstabiliser, mais elle... Était-elle dans cet état? Il en doutait fortement, conscient du pouvoir inébranlable de cette femme sur sa personne.
Il aurait mérité un face à face. Un corps à corps. Un bouche à bouche. Un cœur à cœur.
Il aurait mérité d'être touché, à nouveau ébranlé. Pas par un fantasme ou une simple pensée.
Mais par un frôlement, un touché.
Un effleurement, un son.
Le son de sa voix, chaude de désir.
Le battement de son cœur, retentissant d'excitation.
Il s'assoupit d'envie, crispé de dépit.
Puis un bruit.
Sursaut.
Il se redressa paresseusement, prêt à anéantir l'être assez fou pour l'extirper de sa torpeur.
Son regard croisa un iris bleu teinté de vert.
Il cessa de respirer.
Elle était là, debout à l'entrée, le dévisageant d'un œil noircit de...
Haine?
De... Désire?
Il s'ébroua à cette pensée, poussé par une irrésistible envie de se frotter les yeux.
Elle avança d'un pas, sans un mot. Son talon gauche foulant le sol, tordant le ventre du diagnosticien.
C'était un bruit si familier... Si...
Particulier...
Si...
La porte claqua alors qu'elle la refermait d'un mouvement sec.
Il tressaillit, se demandant quelle attitude adopter.
L'homme impassible bien sûr, noyé par sa fierté!
Elle avança d'un pas chaloupé.
L'homme impassible et fier mourut sur l'instant.
Néanmoins, il se laissa glisser du lit d'un geste assuré. Soutenant son regard, se voulant dominateur.
Maître de la situation.
Elle se posta alors devant lui, frôlant presque son corps du sien.
_ Bonjour, je voudrais un chocolat entre deux ébats sur un nuage de crème et de tendresse.
Déstabilisatrice.
Il déglutit doucement, chancelant d'un infime mouvement.
Mais répondit du tac au tac malgré lui :
_ Et ce chocolat, vous le voulez cuisant ou entre deux cuisses?
Il se figea d'étonnement, toujours porté par ce sentiment incompréhensible asséné d'une tranquillité déconcertante.
Il aurait dû être tout sauf tranquille.
Et elle aussi...
Pourtant leurs poitrines se soulevaient d'aspirations assumées.
Ils se désiraient et aimaient jouer.
Pourquoi ne pas s'en priver?
Le regard de la doyenne s'illumina, emportée par la réplique de son employé.
_ Mordant.
_ Piquant.
_ Très tentant.
_ Presque jouissif.
Elle recula d'un pas. Il avança.
_ Vous aimez le chocolat?
_ J'adore.
_ J'en raffole.
Elle avança d'un pas. Il recula.
Elle en raffolait et lui aussi.
Parfait.
Elle se rapprocha un peu plus de lui et il reprit :
_ Il ne faut pourtant pas en abusé...
_ Que se passe-t-il House?
Il se figea.
_ Vous me semblez bien à l'étroit.
Elle lança un regard éloquent à la bosse qui déformait son pantalon.
_ Aidez-moi à m'en défaire. souffla-t-il.
Ils étaient chauds et las.
Las de lutter et de peindre esquisses et tableaux hypocrites.
… Silence, plus un mot, plus un regard...
La lassitude n'efface pas la conscience. Mais l'alcool pousse à la consommation du plaisir.
Lui n'avait pas bu mais elle... Sa pupille reflétait cet écart.
Elle était saoule.
Il l'était aussi... Mais d'elle.
_ Quel chocolat préférez-vous House?
Le timbre de sa voix venait de descendre. Beaucoup plus grave...
Beaucoup plus...
Excitant!
_ Le cherry. déglutit-il.
Elle se colla à lui.
_ Le chocolat mêlé au doux parfum de cerise et d'alcool. précisa-t-il.
_ A en perdre la tête.
_ C'est chaud...
_ Grisant...
_ Obsédant...
Il effleura ses lèvres des siennes.
_ Quel est donc cet arôme qui frôle mes narines?
_ Celui de l'indécence et du leste.
_ Combien de verres?
_ Assez pour combler ce fin espace qui me rend folle.
Elle plaqua sa bouche contre la sienne, étouffant les paroles de l'homme... Inutiles...
Il s'enlacèrent, cédant à la décharge. Se laissant porter par ce désir irréfutable et brutal.
Laissant couler cette chaleur le long de leurs caresses.
Cette lassitude le long de leurs souffles.
Elle descella ses lèvres des siennes, haletante.
Il déglutit à nouveau, tentant de calmer son rythme cardiaque.
_ Et le votre? demanda-t-il enfin.
Sans détacher son regard du sien, elle glissa une main sous sa chemise, parcourant son torse humide de sueur.
_ Le rocher déclara-t-elle.
Elle fit remonter sa main jusqu'à son cœur.
_ A la fois rude et tendre. Complexe... Une couche de roc, puis une carapace... Et enfin le cœur... Délicat, fondant à souhait... La meilleure partie puis... Une... Noisette...
Il se plaqua à elle, frottant son bien le plus précieux contre elle. Elle frissonna.
_ Pas si petite que ça... murmura-t-elle.
Il l'embrassa avec exaltation, détachant de gestes vifs son chemisier, s'emparant rapidement de ses seins. Les faisant sien.
Elle étouffa un gémissement de plaisir dans son cou puis frémit.
Il se munit alors de gestes suaves.
Elle se laissa fondre dans ses bras.
Puis s'éloigna.
Il l'interrogea du regard.
Elle sourit.
_ Je te veux toi.
_ Que je te prenne?
_ Que tu me prennes. Comme ci comme ça, par toi pour toi, chez toi... Une autre fois.
Elle lui captura les lèvres une dernière fois puis s'éloigna à nouveau, prenant la direction de la sortie.
_ N'abusez pas trop du chocolat, vous risqueriez la crise de foie.
Il se réveilla en sursaut, manquant de tomber du lit. Il s'y raccrocha de justesse puis se passa une main sur le visage.
Il était trempé.
Chaudière, connerie et lassitude.
Il le fut un jour...
Cho-co-lat.
FIN
