Salut à toutes et à tous ! Chose promise, chose due, voici la suite (avec malheureusement du retard) des aventures de l'équipe de Teiko au camp des Zéphyrs matinaux. Ce ne sont pas les péripéties qui vont manquer dans ce chapitre.
Bonne lecture !
Après les avoir surpris en train de faire leurs valises à la hâte, Akashi fut contraint de sévir. Suite à un solide recadrage de la part du capitaine de Teiko - qui avait promis un boulet attaché aux pieds lors du prochain entraînement de basket à ceux qui ne voudraient pas s'occuper de ces « petits anges » (dixit Akashi) - Kuroko et les autres avaient été contraint de capituler. Malgré la prière silencieuse de Midorima à son mérou en porcelaine et les pleurnicheries de Kise, ils furent tous contraints de rejoindre Kitagaki dans le hall. Après que les enfants aient été lâchés dans la cour tels des bêtes sauvages, l'éducateur revint vers eux, le visage en sueur, les cheveux totalement emmêlés et les vêtements couverts de tâches et de grains de riz. Un sourire forcé ornait ses lèvres.
- Ils sont très joueurs mais vous verrez, on finit par s'y habituer, dit-il d'un ton las. Si ça ne vous dérange pas, je vais aller me changer. Ma collègue est restée les surveiller et je crains qu'étant seule elle ne parvienne pas à les calmer. Pouvez-vous me rendre ce service ?
- Avec plaisir, répondit aimablement Akashi alors que l'éducateur s'en allait rapidement. Vous avez entendu, vous autres ?
Aucun des lycéens ne prononça un seul mot. Ils étaient toujours sous le choc. Le capitaine dut se montrer plus persuasif.
- Je répète : Atsushi, Daiki, Shintarou, Ryouta, Tetsu, je vous nomme surveillants provisoires de cette cour. Vous êtes responsable de la sécurité de ces enfants.
- J'en veux pas de cette nomination ! s'emporta Aomine.
- Je préfèrerais plutôt être de corvées de cuisine et de ménage, déclara Kise. On peut négocier ?
- Si tu veux, sourit Akashi. Les tâches ménagères avec, en prime, mon sympathique boulet aux pieds lors du prochain entraînement.
- Je n'ai rien dit ! s'écria Kise, terrorisé. Je n'ai rien dit !
- Comment veux-tu qu'on s'en sorte ? s'agaça Midorima. On n'y connaît rien aux gosses !
- On a qu'à confisquer leurs bonbons s'ils font des bêtises, ça les incitera peut-être à mieux se comporter, proposa le géant de l'équipe en dévorant un paquet de gâteaux.
- Pour que tu les manges ensuite et que les gosses se mettent à chialer, merci bien, rétorqua Aomine, nullement dupe des intentions de Murasakibara.
- Je reconnais que l'idée d'Atsushi n'est pas si mauvaise que ça, déclara Akashi, songeur. Et que pensez-vous d'un sac rempli de pierres accroché à leurs épaules pendant qu'ils effectuent cent tours de terrain ?
- Ce n'est plus une punition, c'est carrément le bagne ! s'écria Kise, horrifié par cette proposition.
- Jette-les du haut d'une falaise tant que t'y es, c'est plus rapide et moins douloureux, ironisa le shooteur de la Génération Miracle, consterné par une telle idée.
- Et mais... Kurokocchi a disparu ! s'alarma le blond en scrutant les alentours avec inquiétude.
- Comme d'hab, pas besoin de s'angoisser, le rassura Aomine en croisant les bras derrière sa nuque. Il va encore surgir lorsqu'on s'y attendra le moins.
- Il est allé remplir ses prérogatives, déclara Akashi d'un air satisfait. Et vous devriez en faire autant.
En effet, le membre le plus frêle de l'équipe tentait d'interrompre une bagarre qui avait lieu entre quatre enfants. Malheureusement, aucun des élèves n'avait remarqué sa présence ni sa tentative désespérée d'imposer un ordre. Ce fut l'éducatrice qui dut intervenir pour éviter l'incident. Dans son élan, elle bouscula Kuroko qui se retrouva aussitôt par terre. Personne ne le remarqua.
« Ça doit quand même être dur au quotidien d'être aussi transparent » pensèrent plusieurs membres de Teiko, une goutte apparaissant derrière leur tête.
- Bon, il est temps de reprendre la situation en main ! s'encouragea Aomine en s'avançant vers deux petits garçons qui se donnaient des coups de pieds dans les tibias.
- Dai-chan, tu ne crois pas que c'est un peu risqué ? intervint Momoi qui était restée silencieuse depuis un moment. Regarde le pauvre Tetsu-kun qui n'est pas parvenu à les séparer...
- Pff, ne me sous-estime pas, Satsuki, rétorqua le basané en s'avançant vers la source du conflit, les mains dans les poches. Bon, ça suffit les mioches ! La bagarre est terminée !
Les quatre enfants arrêtèrent immédiatement de se battre et le regardèrent, surpris.
- T'es qui toi ? demanda un élève brun au regard méchant.
- Hé Jiro, c'est qui ce débile ? dit un enfant de petite taille en tirant le tee-shirt du concerné.
- Eh, lâche-moi, Shouta ! s'indigna le dénommé Jiro, élève aux cheveux ras, en lui administrant une claque sur ses mains. J'en sais rien de qui c'est ! Il a une tête de crétin, c'est tout ce que je vois !
- Tête de crétin ! Tête de crétin ! chantonna le quatrième enfant en pointant Aomine du doigt.
Les autres enfants reprirent en chœur. Une veine se mit à palpiter sur la tempe de l'as de Teiko.
- Répétez un peu pour voir, sales morveux ?
- Calme-toi Aomine, le réprimanda Midorima. Tes cris n'arrangent rien et de surcroit, tu me casses les oreilles.
- Y s'appelle Aomine cui-là ? ricana Jiro. Hé, Kenta, Shouta, Akiji, ça vous dit qu'on l'appelle Idiomine ?
- Ouais ! Idiomine ! Idiomine !
Momoi tenta de retenir son ami par la taille afin d'éviter qu'il ne les frappe.
- MON PAQUET !
Le cri horrifié de Murasakibara se fit entendre dans toute la cour. Un trio de deux garçons et une fille étaient parvenu à subtiliser la précieuse boîte de gâteaux à son insu. Grâce à une pyramide humaine finement exécutée, ils s'étaient saisi du paquet de gâteaux pendant que le géant regardait la scène entre Aomine et les autres élèves. A présent, il courrait à toutes jambes vers les gamins qui se refilaient la boîte chacun leur tour. Rapides, ils parvenaient à échapper au géant grâce à de surprenantes acrobaties ou en se faufilant entre ses longues jambes.
- AU VOLEUR ! A L'ASSASSIN ! MES GATEAUX ! MES BEAUX GATEAUX !
- Du calme Murasakibaracchi ! s'affola Kise en s'avançant dans sa direction.
Dans son élan, il ne vit pas la corde à sauter d'une petite fille qui traînait au sol et se prit les pieds dedans. Il s'écrasa lamentablement au sol. Celle-ci se mit alors à brailler avec force, pointant du doigt le « méchant blondinet » qui avait volé sa précieuse corde. Alors que Kise se relevait, le nez ensanglanté, il tenta de réconforter la petite fille, sans succès. De son côté, Midorima était envahi par de nombreux enfants qui souhaitaient voir de plus près son mérou en porcelaine sans qu'Akashi ne lève le petit doigt pour lui venir en aide.
- Vous allez la fermer, oui ? menaça Aomine, toujours retenu à la taille par Momoi. Je m'appelle Aomine, pigé ?
- A vos ordres, Idiomine ! lança Jiro alors que les trois autres éclatèrent de rire.
- Aomine-kun, tu devrais... commença Kuroko mais il fut interrompu par les élèves qui sursautèrent violemment, effrayés.
- Ouah, d'où il sort lui ?
- Vous avez vu ça ? Vous croyez que c'est un fantôme ?
- En tout cas, c'était vachement impressionnant comme tour...
Alors que les enfants discutaient entre eux, l'as de Teiko grogna de mécontentement.
- J'en ai ma claque ! Je me tire !
- Dai-chan, tenta de le raisonner Momoi. Tu ne peux pas faire ça !
- Ne t'inquiète pas, Satsuki, lança Akashi. Il suffit d'un seul mot pour le remettre dans le droit chemin : Punition.
Aomine se figea. Malgré l'aura sombre qui l'entourait, il revint machinalement en arrière, les poings serrés.
- Je te revaudrais ça, Akashi.
- Mais oui, mais oui, sourit ce dernier, nullement décontenancé par l'expression meurtrière de son joueur. Oh, Shintarou m'a l'air en difficulté.
En effet, le shooteur de la Génération miracle essayait par tous les moyens de protéger sa précieuse statue de mérou alors que les gamins grimpaient sur son dos pour lui dérober.
- Laissez-moi tranquille, gamins dégénérés ! s'énerva-t-il en gigotant dans tous les sens pour leur faire lâcher prise. Ce n'est pas à vous !
- RENDEZ MOI MES GATEAUX !
- Ne pleure plus, je t'en prie, s'affola Kise en essayant de réconforter la petite fille en larmes, sa corde à sauter à la main.
Akiji chuchota à l'oreille de Shouta qui arbora un sourire malicieux. Celui-ci attrapa une petite balle rouge et l'envoya en direction d'Aomine. Cependant, il n'était pas l'as de Teiko pour rien. Il parvint à la stopper avant qu'elle n'atteigne son visage.
- Bien essayé, gamin mais ça ne marchera pas, ricana-t-il d'un ton moqueur.
Loin, d'être découragé, Shouta réitéra avec une autre balle, de nouveau bloquée par le lycéen.
- Si tu crois me toucher avec ce genre de ballon, c'est...
Au même instant, cinq balles identiques aux autres le frappèrent en plein visage. Les mains prises, il n'avait pas pu les éviter. Sur les conseils d'Akiji, plusieurs enfants avaient voulu essayer de relever le défi. Ils éclatèrent de rire en fixant Aomine, fou de rage. Akashi se retint de pouffer en posant une main discrète sur ses lèvres.
- NON ! MON MEROU !
Après une vive querelle entre Midorima et trois élèves, le mérou en porcelaine échappa des mains de son propriétaire et se brisa en mille morceaux sur le sol. Les enfants applaudirent, ravis du spectacle tandis que le lycéen aux cheveux verts se prit la tête entre les mains, profondément désespéré.
- C'est un cauchemar ! s'écria-t-il, anéanti.
- Allons, tu ne crois pas que tu exagères un peu, Shintarou ? intervint Akashi, les bras croisés. Ce n'était qu'un tanuki en porcelaine sans aucune valeur marchande.
- Un mérou, corrigea Midorima d'une voix glaciale.
- Oui, si tu veux. Qu'il soit cassé ou non n'aura aucune incidence sur les évènements à suivre, que tu le crois ou non.
- Au contraire. L'horoscope de ce matin a déclaré que les conséquences seraient particulièrement néfastes si ma mascotte porte-bonheur venait à se briser ou disparaître. Ce qui vient d'arriver. D'ailleurs, les évènements d'aujourd'hui ne sont que les prémices de deux semaines infernales.
Akashi soupira. Impossible de convaincre un superstitieux comme Midorima. Une tartine tombant du côté de la confiture n'était due qu'à un alignement de planètes ou à la disparition d'une étoile de la voûte céleste. Maintenant, il allait être déprimé pendant tout le séjour.
« Tant pis, pensa-t-il, nullement préoccupé. De toute façon, les activités du camp lui feront oublier ce petit incident ».
- Dai-chan, je t'en prie ! supplia Momoi en retenant par la taille un Aomine devenu fervent partisan de l'infanticide.
Un des enfants qui s'était éclipsé durant l'incident revint en courant vers ses amis.
- Il parait qu'Idiomine va nous surveiller pendant ces deux semaines, déclara Shouta, les yeux brûlants d'une lueur malicieuse quoique perverse, nullement impressionné par l'expression furieuse de l'as de Teiko. Vous savez ce que ça veut dire ?
- Ouais, on va faire ce qu'on veut ! hurlèrent ses camarades.
- Sûrement pas ! s'emporta Aomine, les poings serrés. Vous avez intérêt à vous tenir tranquille les mioches ou je vous flanquerais une correction dont vous vous souviendrez.
- Bah, même pas cap, rigola Jiro. De toute façon, si tu nous punis, on appellera la police et t'iras en prison. Avec ta tête d'idiot et de pervers, même si t'es innocent, personne te croira.
- Ouais, personne te croira ! renchérirent les autres écoliers en sautant en l'air.
- Pervers, moi ?! s'étrangla Aomine alors que Momoi tentait coûte que coûte de le raisonner.
En vérité, elle avait du mal à donner tort à ces enfants. Les magazines cochons que gardaient son ami ne plaidaient guère en sa faveur. Régulièrement, lorsqu'un entraînement avait lieu à l'école, elle savait que son ami était endormi sur le toit de l'école, une revue compromettante sur son visage. Bien qu'il niait avec force lire ce genre de choses, Momoi n'était pas dupe. Elle ne s'était jamais imaginé que cette « manie » transparaissait dans le regard d'Aomine.
« Bon sang, s'il n'avait pas regardé ma poitrine, les enfants ne s'en seraient jamais aperçus » soupira-t-elle en hochant négativement la tête.
- Qu'est-ce que tu fais, Tetsu ? s'écria le bleutée, abasourdi, dont l'attention avait été détournée par les rires des autres enfants qui pointaient du doigt une scène surréaliste.
A quatre pattes sur le sol, Kuroko transportait deux enfants sur son dos, aboyant comme un chien. Son expression coutumière n'avait néanmoins pas du tout changée.
- Hue, hue, aiken' !
- Allez, plus vite, chien fantôme ! exigea d'un ton autoritaire une petite fille en lui donnant des coups de pieds dans les côtes. Vas-y, Tsu-Tsu !
- Ha, Tsu-Tsu ? répéta Aomine, croyant que ses oreilles lui jouaient un tour.
- Heureusement que le ridicule ne tue pas, lança froidement Midorima qui rassemblait les débris de son malheureux mérou. Les astres l'avaient prédits : les Verseaux vont vivre une journée délicate et il leur est fortement conseillé de rester chez eux pour éviter des situations problématiques ou embarrassantes.
- Kawai, Tetsu-kun ! cria Momoi, en mode fangirl, un appareil photo à la main, photographiant Kuroko dans toutes les positions.
- Momoi, c'est gênant, lui fit remarquer Kuroko sans pour autant arrêter d'avancer à quatre pattes et d'aboyer.
- Est-ce que le gentil petit toutou veut un biscuit ? demanda la petite fille sur le dos du joueur fantôme alors que sa camarade lui en avait donné un.
- NON, MOI ! hurla Murasakibara en se jetant désespérément au sol, la suppliant à genoux.
Son taux de sucre dans le sang n'était plus suffisant pour lui permettre de conserver ses esprits et de garder la tête froide. Murasakibara Atsushi était désormais capable de faire n'importe quoi pour récupérer ses doses de survie.
Les rires redoublèrent d'intensité et le pivot de l'équipe servit également de monture à d'autres enfants, guidé par les gâteaux que d'autres écoliers agitaient devant son nez. La bave aux lèvres, il ressemblait à s'y méprendre à un grand lévrier affamé.
Les mains dans les poches, Kise revint vers eux, la mine abattue. A cet instant, ce fut au tour d'Aomine de rire aux éclats. Midorima écarquilla les yeux, totalement effaré. Akashi lança un coup d'oeil amusé.
- Jolie coiffure, Ryouta, le complimenta le capitaine. Très tendance.
Après avoir trébuché dans la corde à sauter et face aux pleurs de la petite fille, il avait accepté de lui servir de cobaye : ainsi, celle-ci et ses camarades l'avaient coiffé de beaux nœuds roses, de fausses mèches arc-en-ciel, de broches papillons ou pailletées qui ornaient à présent sa chevelure blonde. Poussant un pleurnichement plaintif, il fustigea Aomine qui, hilare, se tenait les hanches.
- L'horoscope désastreux des Verseaux s'applique également aux Gémeaux, n'est-ce pas Shintarou ? commenta Akashi.
Les bras croisés, Midorima poussa un profond soupir. Ces deux semaines promettaient d'être très longues...
Après ce moment éprouvant, Kitagaki refit son apparition et signifia la fin de cette récréation qui n'avait que trop duré pour tout le monde. Remerciant les lycéens de Teiko pour leur aide - son regard s'attarda sur Kise, rendu ridicule par ses nœuds dans les cheveux - il annonça aux enfants d'une voix stressée qu'il était l'heure de se rendre à la piscine pour les activités aquatiques. Le hurlement suraigu poussé par les écoliers à cet instant précis auraient rendu sourd n'importe quel individu muni de protections auditives. Tentant de se boucher les oreilles par tous les moyens, Aomine poussa un juron sonore.
- Bordel, ils vont me rendre dingues ces gnomes !
- Pourquoi ne pas laisser tomber ? proposa Kise en se tournant vers Akashi, espérant susciter un tant soit peu de compassion. Pourquoi ne pas prendre une chambre à l'hôtel du coin et venir de temps à autre aider nos collègues lorsqu'ils en ont vraiment besoin ? Pourquoi tant de souffrances ?
- La vie est pleine de mystères, Ryouta, répondit calmement Akashi.
- Kise-kun n'a pas tort, intervint Kuroko en ayant retrouvé ses manières d'être humain. Que va nous apporter une telle expérience, si ce n'est des jets de ballons dans la figure, des hématomes, des vêtements trempés et des crachats de nourriture ?
- Ça forge le caractère.
- Tu ne crois pas que ces vingt minutes en compagnie de morveux braillards nous l'a assez forgé ? lança Midorima avec bon sens.
- Peut-être préfères-tu que mon entraînement s'en charge, Shintarou ?
- NON ! paniqua Kise en s'agrippant à la manche du capitaine. Il disait ça pour rire, pas vrai, Midorimacchi ?
- Qu'est-ce que je fiche à Teiko déjà ? maugréa le shooteur de la génération miracle en redressant ses lunettes.
- Hé, Idiomine, ramène ta tête de pervers ! On va jouer à la balle au prisonnier aquatique ! cria Jiro.
- QUI EST UN PERVERS, SALE PETIT TROLL CRASSEUX ?
- TOI ! répondirent la plupart des enfants à l'unisson.
La plupart des élèves éclata de rire.
- Ne rentre pas dans leur jeu, le blâma Midorima, consterné. Tu passes pour encore plus crétin que tu ne l'es déjà.
Le bleuté le fusilla du regard.
- Où est Mukkun ? demanda Momoi, surprise de la disparition du géant.
- Il est parti prendre des rations de survie, l'informa Kuroko.
- Bon sang, il ne pense qu'à bouffer celui-là... dit Aomine, de mauvaise humeur.
- Cela vaut peut-être mieux que d'hurler toutes les deux secondes contre une bande de marmots hyperactifs, rétorqua le lycéen aux cheveux verts sur le même ton.
- Tu me cherches, Midorima ? C'est la perte de ton totem qui te rends pas jouasse ? Tu veux qu'on règle ça sur un terrain de basket ?
- Le problème, intervint Kise, c'est qu'il n'y a ni paniers ni terrain dans les environs.
- Quoi ? s'écrièrent les deux joueurs de Teiko d'une même voix.
- Rassurez-vous, je me suis renseigné, il en existe un, leur indiqua Akashi. Le centre sportif de la ville voisine en dispose d'un très spacieux.
- Où ça ?
- A dix kilomètres d'ici. Si vous comptez y aller, j'ai prévu de vous faire transporter de gros sacs parfaitement adaptés à la marche à pied.
Les visages de la génération miracle virèrent au blanc. Cette expédition périlleuse risquait de leur coûter la vie. Les sacs seraient remplis de plomb ou de rochers que ça ne les étonnerait même pas.
- Bon... ben, sans rancune, hein Midorima ? dit Aomine en émettant un rire qui sonnait faux, préférant mettre fin à leur mésentente.
- Je me suis emporté, cela n'arrivera plus, répondit avec nervosité son camarade, les lèvres pincés, maudissant les astres solaires de n'avoir pas été clément aujourd'hui avec lui.
- Eh bien voilà, tout s'arrange, sourit aimablement le capitaine en observant les enfants qui criaient dans le rang malgré les tentatives désespérées de Kitagaki de les faire taire. Bien, maintenant rassemblez-vous.
Voyant que ses coéquipiers ne l'écoutaient pas, il frappa des mains comme un professeur réprimanderait des élèves dissipés. Kuroko aurait donné n'importe quoi pour quitter les lieux. Il préférait presque rejouer aux caniches obéissants en transportant des gamins sur son dos que d'affronter une marmaille indisciplinée qui risquait de les achever aussi bien physiquement que psychologiquement en les arrosant d'une quantité impressionnante d'eau chlorée. Il aurait voulu crier sa détresse mais il ne pouvait pas. La réputation de Kuroko Tetsuya, l'homme invisible au ballon rond, le passe-muraille des passes, le « Fantômas » du sport, le capitaine Nemo du basket, était en jeu. Enfin, surtout pour lui, vu que sa réputation n'était encore connu de personne hormis son équipe.
A cet instant, Murasakibara les rejoignit, des sucettes pleins la bouche, des paquets de biscuits et de gâteaux en tout genre dans les bras. Tout en suçotant ses friandises, son visage exprimait un grand bonheur et un immense soulagement.
- Tu crois qu'il n'y a que du sucre dans ses bonbons ? chuchota Kise à l'oreille d'Aomine.
- Va savoir... soupira Aomine, les bras croisés. A mon avis, il a surtout l'âge mental des mioches de ce foutu centre.
Tous les joueurs s'approchèrent d'Akashi qui leva les bras avec autorité.
- Allez chercher vos maillots. Vous allez avoir l'immense privilège de surveiller ces petits chérubins pendant leur barbotage. Bien sûr, la participation aux jeux de ces adorables bambins est obligatoire. Des questions ?
Pendant un court moment, ils hésitèrent. Devaient-ils, oui ou non, noyer leur capitaine dans la piscine la plus proche ? Bien que ce soit extrêmement tentant, cela leur semblait une mauvaise idée. D'abord parce qu'Akashi maniait ses ciseaux comme un katana et qu'il n'hésiterait pas à s'en servir pour les neutraliser. Ensuite, parce qu'ils finiraient en prison pour leur crime et qu'une condamnation aussi lourde pour un simple pétage de plomb contre un sadique atteint d'hétérochromie (1) leur paraissait exagérée. Enfin, le lycéen aux cheveux rouges allait devoir lui aussi supporter ce calvaire avec eux. Normalement...
- Et toi ? demanda Aomine suspicieux.
- Moi ? Je vous accompagne, dit Akashi d'un ton serein. J'ai prévu de bouquiner au bord de l'eau. Il faut bien s'occuper pendant ces trois heures.
- TROIS HEURES ? vociféra l'équipe au grand complet.
- Ce... ce ne serait pas un peu beaucoup pour un premier jour ? l'interrogea Momoi d'une voix gênée, trouvant cette situation bien difficile alors que les autres la considéraient clairement comme inhumaine.
- Tu veux nous tuer ou quoi ?
- Ça va pas, non ? Pourquoi pas jusqu'à vingt heures pendant que t'y es ?
- C'est de la folie, on y arrivera jamais !
- Et puis, on aura pas assez de provisions pour tenir...
- Si on tient jusque là...
- Vous préférez vous occuper du repas du soir ? leur proposa le capitaine, tout sourire. Je crois qu'il y a une veillée nocturne juste après...
Tous les joueurs coururent vers leurs chambres pour chercher leurs maillots et leurs serviettes, se bousculant les uns les autres.
- Hé, attendez-moi ! les réprimanda Momoi en filant chercher elle-aussi ses affaires.
« C'est tellement simple » jubila Akashi, ravi de les torturer comme bon lui semblait.
Les jeux aquatiques dans la grande piscine du centre furent un véritable parcours du combattant pour les malheureux éducateurs débutants. Après être allés chercher leurs maillots de bain dans leur chambre, les enfants filèrent rapidement vers l'immense piscine couverte munie d'un très long toboggan. Déjà ingérables sur la terre ferme, ils s'étaient transformés en démons marins déchaînés, aspergeant d'eau leurs surveillants et commettant toutes les bêtises possibles et imaginables. Trempé jusqu'aux os, Kitagaki était reparti se changer, laissant les enfants sous leur responsabilité. Apparemment, tous les adultes s'étaient de nouveau défilés et comptaient sur la motivation des lycéens pour calmer les plus rebelles. Ce fut catastrophique. Une fois en maillot, la génération miracle fut vite dépassée par les évènements. Aucun écolier n'obéissait aux malheureux adolescents qui tentaient tant bien que mal de les canaliser pour éviter les débordements et le chahut. En vain.
- Faîtes des gosses, faîtes des gosses ! hurla Aomine, hors de lui, en poursuivant trois enfants qui lui lançait des ballons de plage à la figure. Si je tenais ces militants natalistes, je leur ferais bouffer la semelle de mes pompes, ça traînerait pas !
- OUAAAAH ! A MOOOIII !
Descendant le grand toboggan la tête en arrière, Kise atterrit dans la piscine dans un bruit sonore en compagnie de cinq élèves qui le percutèrent de plein fouet dans leur chute. Poussant un plainte de douleur dans un gargouillis rendu incompréhensible par l'eau, les enfants éclatèrent de rire en le voyant émerger à la surface comme un vieux sac plastique.
- Arrête de faire l'andouille, Kise ! le réprimanda Midorima assis au bord du bassin, trempant ses doigts de pieds avec réticence. Tu ne devrais pas t'abaisser à faire des choses aussi stupides, tu vois bien le...
PLOUF ! Sans faire de bruit, deux enfants le poussèrent dans la piscine. Il émergea quelques secondes plus tard, recrachant une quantité importante d'eau chlorée.
- Ton histoire est tombée à l'eau, mon pauvre Shintarou, gloussa Akashi en sirotant son verre de grenadine sur un grand transat, à l'écart des autres. Tu as bien bu la tasse. A la tienne !
Ayant perdu ses lunettes au fond de l'eau, les cheveux verts aplatis contre son front, les insultes du shooteur s'entendirent dans tout le complexe aquatique. Pour la première fois depuis longtemps, il se montra aussi grossier qu'Aomine, ce qui était peu dire.
Discrètement, plusieurs petites filles avaient piqués les provisions de Murasakibara et se les partageaient entre elles. Ignorant les hurlements perçants, ce dernier était occupé à ramener les enfants trop turbulents hors de l'eau, deux sous chaque bras, comme s'il s'agissait de vulgaires cageots à patates. Le problème, c'est qu'à peine les avaient-ils posé au sol qu'ils repartaient aussi secs en direction de la piscine en effectuant d'impressionnants plongeons.
- J'en ai marre, dit Murasakibara d'un ton las. Je vais aller chercher des bonbons.
Habillée d'un maillot de bain rose deux pièces qui mettaient en valeur ses généreuses formes, Momoi frappa des deux mains pour faire respecter la discipline.
- Voyons, les enfants. Il faut obéir à vos aînés. Ils sont là pour vous surveiller.
De nombreux garçons s'approchèrent d'elle et se cramponnèrent à ses jambes en larmoyant, la regardant avec les yeux de Bambi et s'excusant pour leur comportement. La jeune fille se mit à leur hauteur, leur sourit et leur caressa les cheveux.
- Voilà, j'aime mieux ça. Amusez-vous gentiment.
- Merci, mademoiselle ! la remercièrent les enfants en l'étreignant chaleureusement.
A la fois surprise et attendrie, Momoi les accueillit dans ses bras. Cependant, cette étreinte était loin d'être innocente. Ils en profitèrent pour se coller à sa belle poitrine et à narguer Aomine qui regardait la scène, les poings serrés.
- Les petits salopards, grogna-t-il entre ses dents. Et après on dit que je suis un pervers... Hé, Kuroko, qu'est-ce que tu fous ?
Le sixième membre de Teiko servait de flotteur à plusieurs élèves, les faisant traverser des deux côtés du bassin.
- Je ne sais pas moi-même, répondit le concerné sans exprimer la moindre émotion. Je crois qu'il me prenne pour une bouée.
- C'est tout ce que ça te fais ? s'écria le bleuté, consterné.
- ...
Kuroko avait simplement haussé les épaules. L'as de Teiko soupira bruyamment.
- Faut pas chercher à comprendre...
Alors que Midorima ressortait de l'eau, une expression meurtrière sur le visage, un beuglement sourd fit sursauter toutes les personnes présentes.
- OÙ SONT-ILS ? OÙ SONT-ILS ?
Murasakibara cherchait frénétiquement ses bonbons qu'il ne trouvait nulle part. Désespéré, il renversa les affaires de tout le monde à la recherche de ses pastilles de glucoses. Paniqué, il ne vit pas Jiro, entouré de ses camarades, prêt à lui lancer une bombe à eau. Alors qu'il se dirigeait vers Akashi pour lui demander s'il n'avait pas vu ses petites douceurs, il entendit la voix de Kise lui crier :
- Derrière toi, Murasakibaracchi !
Agile, celui-ci esquiva à temps grâce à une pirouette finement exécutée. Le nez dans son livre, son verre à la main, Akashi ne vit pas le projectile arrivé droit sur lui. Il se le prit en pleine figure et fut éclaboussé de la tête aux pieds.
Les joueurs de la génération miracle se figèrent tous même Midorima qui, malgré l'absence de ses lunettes, avait pressenti le danger. Le capitaine de Teiko posa son verre et son livre trempé sur l'accoudoir de son transat. Dégoulinant d'eau, une aura menaçante l'entourait à présent. Il se leva et un sourire désagréable déforma ses traits.
- Qui a fait ça ? demanda-t-il d'une voix doucereuse. (2)
Notes :
(1) hétérochromie : Il s'agit d'une différence de couleur entre l'iris des deux yeux.
(2) Comme le dit le proverbe : "Ne réveillez pas un Akashi qui dort".
Fin de ce chapitre deux. Qu'en pensez-vous ? Vos avis m'intéressent, n'hésitez pas à me les donner. Le troisième et dernier chapitre viendra bientôt, soyez patients. Sur ce, à la prochaine !
