Chapitre 2

Mac, assise sur l'un des bancs à l'extérieur du bâtiment, repensait à la question du caporal. Depuis plus de vingt ans, on n'avait pas évoqué le nom de son père. Elle en avait même presque oublié son existence si ce jeune caporal ne le lui avait pas rappelé.

Harm, de retour de Norfolk vit sa partenaire perdue dans ses pensées. Un sourire enjoliveur sur le visage, il vint s'asseoir à côté d'elle.

_Vous m'avez l'air pensive, dit-il d'un ton léger

_Pas maintenant, Harm, répondit-elle d'un ton plus dur qu'elle ne l'aurait voulu.

Harm, surpris, se leva et se dirigea vers les portes principales du quartier général avant de faire demi tour et de retourner au côté de sa partenaire.

_Haaaarm, supplia-t-elle en croisant pour la première fois de la journée le regard de son partenaire

_Vous aviez dit « pas maintenant », mais c'était avant, argumenta-t-il en sachant pertinemment que si Mac le souhaitait, elle l'enverrait balader une nouvelle fois.

Mais Mac soupira simplement avant d'incliner la tête vers le sol.

_Que se passe-t-il ? Demanda Harm inquiet du mutisme de son amie

_Le client de Bud a évoqué le nom de mon père, expliqua-t-elle en soupirant. J'avais juste oublié son existence jusqu'à ce qu'on me la rappelle

_On n'oublie pas ses parents, dit Harm en se voulant réconfortant.

_Croyez moi, j'ai tout fait pour les oublier, rétorqua-t-elle en froissant le pan de sa veste d'uniforme.

Elle lâcha le bout de tissu et réajusta son calot sur la tête, camouflant de son mieux, son état intérieur. Sans que rien ne l'explique, elle se sentait tout à coup vulnérable et angoissée. Elle n'avait plus ressenti cela depuis des années.

Comme elle se levait du banc, le caporal Robertson quittait l'enceinte du bâtiment. Mac pria intérieurement pour qu'il ne l'ait pas vu, mais quand elle le vit se diriger vers eux, elle s'excusa rapidement au près de Harm et s'avança vers le marine.

_Comment connaissez-vous Joseph Mackenzie ? Demanda Mac sans prendre de détour.

Robertson se figea sur place, troublé par le regard dur de la jeune femme. Elle n'avait rien de commun avec la marine qu'il avait rencontré un peu plus tôt dans le bureau de son avocat.

_Désolé, colonel… je n'ai, tenta-t-il en s'éloignant doucement. Vous savez ce n'est qu'un nom, se justifia-t-il avant de disparaître dans le parking visiteurs.

_On dirait qu'il a le feu aux fesses, plaisanta Harm en rejoignant Mac.

Mac ne répondit pas et pénétra à nouveau dans la battisse du JAG. Pour éviter une quelconque conversation avec son partenaire, elle prit les escaliers qui étaient toujours vides à ce moment de la journée. Elle montait avec nonchalance les marches, se remémorant contre son gré, des brides de son passé.

Maison des Mackenzie

Bellefontaine, OH

Décembre 1983

_Dégage de là, s'écria la jeune adolescente en s'extirpant de la poigne de son père.

_Comment oses-tu parler comme ça à ton père ? Répliqua l'homme en levant la main sur sa fille.

Mac mit ses bras devant son visage pour le protéger. Joseph Mackenzie conscient qu'il venait de faire peur à son unique fille, baissa doucement son bras le long de son corps.

_Je suis désolé, Sarah, s'excusa le père en tentant de prendre sa fille dans les bras.

Mais elle recula de quelques pas lui lançant un regard noir.

_Toujours facile de s'excuser, cracha-t-elle en lui tournant le dos. Mais je ne suis pas maman

Et elle claqua la porte de sa chambre, laissant son père, au milieu du salon, le regard désolé.

Mac tourna le verrou de sa porte, effrayé par les gestes que pouvait avoir son père par colère. Elle posa un regard sur sa chambre et vit la valise rangée sous son lit. Elle la sortit de sa cachette et la posa sur son lit. Doucement, elle commença à la remplir. Elle prenait n'importe quels vêtements qui lui tombaient sous la main, se fichant royalement du fait qu'elle venait d'y mettre des pantalons qu'elle n'avait plus mis depuis ses 10 ans, mais les larmes lui flouaient la vue. Elle voulait quitter cette maison, comme sa mère l'avait fait un mois auparavant.

Elle ferma sa valise et s'assit sur le lit, le visage ravagé par les larmes. Dépitée, perdue, impuissante, Mac prit son visage entre ses mains et laissa sa tristesse éclatée.

C'était toujours la même rengaine depuis que sa mère avait quitté le domicile familial. A chaque dispute, tous les deux jours, elle allait dans sa chambre et elle faisait son sac. Toujours dans le même état d'esprit, toujours avec la même colère. Mais quand la valise était bouclée et que la colère avait disparu, elle ne pouvait se résoudre à quitter son père.

_Je ne suis pas comme elle, répéta Mac encore et encore, en se balançant d'avant en arrière sur son lit d'enfant. Je ne suis pas comme elle

Mac accéda à la porte qui menait directement à l'étage où se trouvait son bureau. Elle inspira profondément, bouleversée par le souvenir de ce mois de décembre alors qu'elle avait tout juste 15 ans. Elle enleva son calot et le plia soigneusement avant d'ouvrir la porte.

_Joseph Mackenzie, murmura Mac comme si ce nom était associé à tous ses malheurs passés et présents.

Elle referma la porte derrière elle et aborda un visage impassible. Elle avait appris à donner le change, une chose qui venait de l'éducation de son père. Et aujourd'hui, elle allait à nouveau le mettre en pratique.

« Ne rien montrer » pensa Mac en poussant la porte vitrée qui séparaient le couloir du plateau des opérations du JAG.

_Je te hais