Note: J'aimerais bien réussir à faire un texte sur chacune des Kujas... Mais forcément j'ai moi-même mes petites chéries, alors je crains malheureusement de ne pas pouvoir jouer la carte totale de objectivité. J'espère au moins que vous aurez plaisir à suivre les aventures de celles qui tomberont entre mes pattes. Pour ceux qui se poseraient la question: pourquoi ai-je mis Genêt? Il s'agit du nom de fleur que porte Enishida si vous traduisez. Donc ça ne sort pas de nul part.

Personnage: Enishida

Thème: Mon Talent Improbable

Rating: T


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Le bois cassé du Genêt

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Tu as toujours aimé le bois.

Tu es bien incapable d'expliquer d'où te vient cette étrange attirance. La seule chose ont tu es certaine c'est que tu l'apprécies pour tout ce qu'il peut t'apporter. Il est autant de moyens de te protéger, de te permettre de survivre, qu'il est capable de devenir moteur d'expression.

Depuis l'enfance, et pendant que tes sœurs apprenaient à se battre pour devenir de grandes guerrières amazones, toi tu préférais te perdre des heures dans la forêt, à récolter des branches cassées pour en faire quelque chose de nouveau. Tu prenais celles tombées des arbres, comme si elles t'imploraient de leur donner une nouvelle raison d'être. Tu les prenais entre tes doigts, et tu en faisais des œuvres d'arts. Parfois des flèches pour te défendre des créatures qui peuplaient ton île, d'autres fois des petites formes qui n'avaient de sens que pour toi.

Tu aimais le bois d'un amour sincère. Tu le trouvais capable de représenter tes sentiments les plus profonds, voire les plus insondables que toi-même tu ne comprenais guère. Le bois était pour toi le meilleur moyen d'exprimer celle que tu étais.

Tu restais jusqu'à très tard dans la forêt, ou lorsque tu n'avais pas le choix, tu t'enfermais dans ta petite chambre, ton petit sanctuaire dans lequel tu assemblais branche sur branche. Pendant ces tendres instants d'insouciance tu en oubliais tout le reste. Tu ne pensais plus aux devoirs, aux combats, au monde extérieur que l'on te vendait toujours comme une terre hostile à laquelle tu ne survivrais pas.

Lorsque tu avais eu du bois entre tes petits doigts d'enfant et que tu les enchâssais pour leur donner forme, tu étais ailleurs. Partie dans un monde meilleur.

Beaucoup de tes sœurs t'avaient souvent étrangement regardé, ne comprenant pas tout l'acharnement que tu mettais dans l'assemblage de tes branches. Et puis avec le temps, elles avaient appris à l'accepter. Certaines venaient même quelques fois jusqu'à toi te demander ce que tu avais voulu faire.

Elles respectaient ce talent assez unique dont tu disposais. Elles ne comprenaient peut-être pas le sens de tes créations aux courbes étranges, mais jamais elles ne s'étaient permis de te juger. Parce qu'elles ne voulaient que ton bonheur. Et elles avaient conscience que le tien passait par ces petits morceaux de bois.

Tes enchevêtrements étaient devenus tes meilleurs amis. Ils étaient ce que tu créais, sans réellement y penser, laissant tes mains conduire ta construction afin de créer autant de formes, d'êtres, et de possibilités qui puissent exister. Tu t'analysais au travers d'eux. Un peu comme tes sœurs qui parlaient parfois de leurs rêves afin de mettre en lumière certains de leurs traumatismes ou de leurs joies profondes. Mais toi tu avais ton talent particulier, tes petits morceaux de bois pour apprendre à mieux connaître celle que tu étais.

Ton bois était une partie de toi. C'était une partie de ton âme, de tes convictions, et même une partie de ton amour que tu plaçais dans tout ce que tu construisais avec eux. Ils se laissaient modeler selon tes envies, et toi tu leur donnais l'occasion de devenir plus qu'un simple petit bout de matière qui se perd. Au travers d'eux tu apprenais à te connaître, et au travers de toi ils parvenaient à devenir plus que de simples morceaux de bois.

Ils étaient arts. Ils étaient toi.

Et à ce titre, tu les aimais comme tu t'aimais.

Mais ce n'était pas son cas.

Elle, elle n'aimait pas ce talent que tu avais.

Elle, elle n'appréciait pas que tu répandes ton être, ton enchevêtrement au milieu de son domaine.

Elle, elle ne voulait pas que tu lui montres de quoi tu étais faite.

La première fois qu'elle avait réduit à néant une partie de toi en miettes, tu étais restée pétrifiée d'horreur.

Tu n'avais pas compris, pas saisi pourquoi elle se montrait si insensible avec tout ce que tu avais construit. Ce jour-là tu avais ressenti toute la terreur d'être brisée de l'intérieur.

Mais tu n'avais rien dit. Tu t'étais contentée de ramasser les morceaux écrasés comme elle te l'avait demandé, le son atterrant du bois qui se brisait se répétant en boucle dans tes oreilles comme une affreuse mélodie macabre. Lorsque ses talons s'étaient mis à piétiner ton petit toi, tu avais cru que c'était toi qui avait hurlé… Cependant seul le bois craquant de toutes parts avait couvert l'effroyable silence qu'elle t'avait imposé.

Elle n'aimait pas ce qui était sale.

Elle n'aimait pas ce qui se trouvait sur son chemin.

Elle n'aimait pas ce que tu étais, toi.

Et ton bois qui avait si souvent accompagné tes nuits, tes jours ainsi que tes heures silencieuses, disparut. Comme emporté par le brasier implacable que ton Impératrice avait jeté sur lui.

Tu avais abandonné le pouvoir offert par tes mains pour te consacrer à ce qu'elle attendait de toi.

Ton talent, tu l'avais enterré au plus profond de la forêt.

Les cris du bois qui t'appelaient, tu avais tout fait pour les masquer. Par le bruit du papier entre tes doigts, en emplissant ton existence du son de la vie de tes sœurs, et noyant tes pleurs sous le flot des paroles de ta supérieure.

Une fois de plus, en cette journée ensoleillée qui s'annonçait et tandis que les autres Kujas s'étaient munies de leur courage ainsi que de leur affection pour Hancock pour avancer, toi tu jettes un regard nostalgique en direction de ta forêt. Ton petit coin tranquille dans lequel tu avais pu te trouver une particularité, un talent qui te définissait.

Elle te semble soudainement bien inaccessible, cette masse de vert et de marron. Elle est loin, trop loin pour que tu ne parviennes à l'atteindre du bout de tes doigts. Alors tu te contentes de lui lancer un dernier regard, désolée de l'abandonner au triste sort de sa solitude.

Peut être qu'un jour tu serais de nouveau autorisée à y retourner. A t'emplir les bras de petits bouts de bois pour te remettre à créer, à être ce que tu étais.

Mais en attendant ce jour tant espéré… Tu n'es plus la femme que tu aimes.

Tu es celle qu'elle veut que tu sois.

Alors même que cela signifie abandonner tout ce qui était tien.

Mais tu préfères ça... plutôt que de devoir de nouveau voir ton petit bois se casser.


J'essayerai de faire des textes plus joyeux pour les prochains, mais je ne promets rien.

Je ressens le besoin irrépressible de faire souffrir les personnages que j'aime, c'est assez... malsain non?